L’Australie n’entends pas réduire charbon et gaz simplement investir dans l’hydrogène propre

« L’évolution prudente » de l’Australie en matière de transition énergétique

Pressé de faire un pas avant la COP26 sur le climat, le pays ne revoit pas à la hausse ses engagements pour 2030 et compte investir dans l’hydrogène « propre ». 

Par Isabelle Dellerba(Sydney, correspondance)Publié aujourd’hui à 10h25  

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Un bateau passe devant un terminal de gaz naturel liquide à Darwin, en Australie, le 6 juillet 2018.
Un bateau passe devant un terminal de gaz naturel liquide à Darwin, en Australie, le 6 juillet 2018. RICHARD WAINWRIGHT / AP

C’est un petit pas en avant, très insuffisant eu égard aux mesures nécessaires pour garder une chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Mais, pour l’Australie, il représente un progrès notable. A quelques jours de l’ouverture de la 26econférence mondiale sur le climat (COP26), le 31 octobre, à Glasgow, le gouvernement dirigé par Scott Morrison s’est engagé, mardi 26 octobre, à viser l’objectif de « zéro émission nette » de gaz à effet de serre pour 2050.

Il n’a, en revanche, pas rehaussé son objectif de réduction des émissions d’ici à 2030, actuellement fixé entre 26 et 28 % (par rapport au niveau de 2005), se contentant d’annoncer que le pays le dépasserait pour atteindre de 30 % à 35 %. Ce n’est « pas une révolution mais une évolution prudente », a souligné le premier ministre conservateur mardi, en brandissant un petit livret bleu, contenant le plan qu’il entend présenter lors de son déplacement en Ecosse.

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« L’exécutif défend toujours les énergies fossiles. Il veut encore ouvrir de nouvelles mines. Or, la science est très claire. Pour respecter l’accord de Paris, il faut baisser les émissions d’environ 50 % dès 2030, atteindre la neutralité carbone avant 2050 et cesser immédiatement tout investissement dans le charbon, de gaz comme le pétrole », critiquait, peu avant l’annonce, Will Steffen, conseiller auprès du Climate Council, une organisation faisant autorité sur les questions liées au changement climatique en Australie.

« Nouvelles technologies » et « hydrogène propre »

Premier exportateur mondial de charbon comme de gaz naturel liquéfié, le pays n’entend pas tourner le dos aux ressources naturelles qui assurent sa prospérité ni instaurer de taxe carbone, ni même imposer des mesures contraignantes. Pour réussir sa transition énergétique, il privilégie une autre méthode : investir massivement dans les « nouvelles technologies » et notamment dans l’hydrogène « propre ».

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Sous cet adjectif se cachent deux types d’hydrogènes : le « vert », produit à partir d’énergies renouvelables, et le « bleu », produit à partir d’énergies fossiles adossées à un système de stockage de carbone. Ce dernier, qui conserve le gaz ou le charbon dans le mix énergétique et s’appuie sur des technologies encore balbutiantes, est rejeté par des organisations de défense de l’environnement. Mais, pour l’Australie, qui ambitionne de devenir une puissance exportatrice de produits tels que l’hydrogène, l’ammoniaque, l’acier ou l’aluminium, la priorité est de trouver le bon équilibre afin de préserver les emplois dans les régions minières, tout en amorçant la conversion du pays dans les renouvelables.

L’île-continent n’est pas sans savoir que quatorze de ses vingt principaux partenaires commerciaux se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050-2060. Si elle ne veut pas perdre des parts de marché, elle doit donc s’adapter à la demande d’un monde décarboné.

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Et pour cela, elle dispose d’une multitude d’atouts : un taux d’ensoleillement exceptionnel, un vaste espace et une faible densité de population. Les Etats et territoires ne s’y sont pas trompés. La plupart d’entre eux ont d’ores et déjà misé sur les renouvelables. C’est grâce à leurs efforts et à l’engouement des particuliers et des entreprises australiennes pour le solaire que Canberra devrait pouvoir réduire ses émissions de 30 % à 35 % d’ici à 2030. Quant à la Nouvelle-Galles du Sud, elle espère devenir un géant mondial de l’hydrogène vert.

Interminable impasse

Au niveau fédéral, « nous n’avons toujours pas de politique globale. Le gouvernement veut investir dans les technologies mais il manque une politique pour inciter à l’adoption de ces technologies », note Tony Wood, directeur du programme énergie au Grattan Institute. « Néanmoins, je suis optimiste car nous assistons peut-être au début de la fin des guerres climatiques », ajoute-t-il. Pendant plus d’une décennie, les élus fédéraux australiens se sont écharpés sur ces questions au point de plonger l’île dans une interminable impasse. En juillet, les Nations unies, qui avaient analysé les actions de 170 pays pour répondre à la crise climatique, avaient classé l’Australie à la dernière place du rapport publié.

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Finalement, c’est Scott Morrison, fervent défenseur de l’industrie minière, qui a réussi à convaincre les derniers climatosceptiques, au sein de sa majorité, d’agir. L’homme, connu pour son pragmatisme, ne pouvait plus ignorer qu’une vaste majorité de la population australienne mais aussi des acteurs économiques, politiques, culturels et même religieux réclamaient l’adoption de politiques climatiques ambitieuses. Il était aussi sous la pression de ses principaux alliés étrangers, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui lui demandaient de ne pas venir à Glasgow les mains vides.

Si la majorité de droite s’est résolue à viser la neutralité carbone, elle ne s’est pas donné les moyens de l’atteindre en renonçant, poussée par une poignée d’élus issus de circonscriptions agricoles et minières, à renforcer ses objectifs pour 2030.

Isabelle Dellerba(Sydney, correspondance)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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