Albi, la ville ou on vit en bonne santé: un classement un peu trop simpliste faisant fi des inégalités socio-environnementales

Albi, Tarbes, Toulouse et Montauban parmi les dix villes françaises où l’on vit en bonne santé, selon Le Figaro

Albi arrive en tête du classement des villes où l'on vit en bonne santé, selon Le Figaro.Albi arrive en tête du classement des villes où l’on vit en bonne santé, selon Le Figaro. Pixabay

Santé,  Occitanie,  MontaubanPublié le 25/10/2021 à 20:30

l’essentiel

Le quotidien national a publié un classement censé illustrer les villes de France où l’on vit en meilleure santé. Selon leur baromètre, qui compare les données des 100 villes françaises comptant le plus d’habitants de plus de 75 ans, Albi décroche la première place, devant Tarbes. Toulouse (8e) et Montauban (9e) intègrent le Top 10. L’ancienne région Midi-Pyrénées est ainsi mise en avant.

Le Sud, et en particulier le Sud-Ouest, bien plus fort que le Nord. C’est ce qui ressort du classement publié ce lundi 25 octobre par nos confrères du Figaro, portant sur les villes françaises où l’on vit en bonne santé.

La méthodologie appliquée par le quotidien national pour parvenir à un classement objectif est simple : sur les 100 villes françaises où l’on compte le plus d’habitants de plus de 75 ans, ils ont analysé les données épidémiologiques (coefficient 3), les chiffres de la densité de médecins (coefficient 2), et ceux de la pollution (coefficient 1). Les villes qui ont le meilleur classement moyen pondéré sont celles qui arrivent en tête du classement, selon cette méthode.

Albi en tête

Et à ce petit jeu, c’est la préfecture du Tarn, Albi, qui s’en sort donc le mieux, selon le quotidien. Une place qu’elle doit en partie au bon résultat du département en termes de mortalité par tumeurs, maladies cardiaques et circulatoires, ou neurologiques.

À la deuxième place du classement national, on retrouve Tarbes, une autre préfecture de l’ancienne région Midi-Pyrénées, qui figure donc en très bonne position selon les critères du Figaro en termes de santé publique. Un peu comme pour la capitale tarnaise, ce sont les bons chiffres de la santé de la population au niveau départemental qui permettent à Tarbes de bien se classer, ainsi qu’une excellente qualité de l’air (6e national).

Aux 8e et 9e places, on retrouve respectivement Toulouse et Montauban, pour des raisons très différentes des premières. La capitale de Région et son département de la Haute-Garonne figurent sur le podium des villes où la mortalité de différentes affections gravissimes est la plus faible, quand Montauban brille par sa densité de médecins libéraux (4e national) et par sa qualité de l’air (8e).

Le Nord en souffrance

Bordeaux complète le podium au classement général, alors qu’on retrouve également des villes comme Bayonne (10e) ou Biarritz (13e) très bien situées, confirmant la bonne santé du Sud-Ouest dans ce baromètre.

Tout le contraire du Nord du pays, où les villes sont en souffrance, selon les données du Figaro. « Les villes en queue de classement sont surtout situées dans les Hauts-de-France, note le quotidien. Roubaix, Calais et Dunkerque ferment la marche. Tourcoing (95e) et Saint-Quentin (92e) ne sont pas loin devant ».

Un « fossé sanitaire » que le professeur de santé publique à l’université de Génève, interrogé par nos confrères, impute à trois hypothèses : « les revenus, l’éducation et la place sur l’échelle sociale ».

Lucas Serdic


Notre classement 2021 des villes françaises où l’on vit en bonne santé

Par Paul CarcenacPublié hier à 15:08, mis à jour il y a 2 heures

https://www.lefigaro.fr/sciences/notre-classement-2021-des-villes-francaises-ou-l-on-vit-en-bonne-sante-20211025

Selon notre lieu de vie, les chances de vivre en bonne santé varient statistiquement. Adobe

EXCLUSIF – Mortalité par cancers ou maladies cardiovasculaires, prévalence d’Alzheimer et de Parkinson, densité de médecins, pollution de l’air… Le Figaro a comparé les données de 100 communes. Découvrez les résultats.

Le risque d’être touché par une maladie grave n’est pas le même partout dans notre pays. Pour comprendre où les Français ont les meilleures chances de vivre en bonne santé, Le Figaro a analysé les données de 100 villes : les grandes métropoles, mais aussi la quasi-totalité des villes moyennes. Nous avons comparé les statistiques épidémiologiques (tumeurs, maladies cardiovasculaires, démences, Alzheimer, Parkinson), la densité de médecins et les chiffres de la pollution. Nous présentons ci-dessous trois palmarès thématiques, et un classement général, où les résultats pour chacune des communes sont détaillés. Évidemment, déménager dans une ville bien classée n’ajoutera à personne des années d’espérance de vie d’un coup de baguette magique. Néanmoins, les déséquilibres français en matière de santé sont édifiants.

Commentaires Dr Jean Scheffer:

Bonjour,

Je suis étonné de ce classement par le Figaro. En effet dans notre travail de préparation du programme du Collectif pour les élections municipales, ce que nous avions relevé n’était pas dans dans le même optimisme que ce qui découle de la publication du Figaro.

Il faut d’abord insister avec Nathalie Ferrand-Lefranc sur le fait que les déterminants de la santé ne consistent pas uniquement à étudier le nombre de pathologies, de décès et à étudier le réseau de soins du territoire (ce dernier n’intervînt que pour 15%). Il y a en particulier tout l’aspect des inégalités socio-environnementales (plus mauvais classement pour l’Albigeois Profil 6). Il y a aussi les inégalités d’accès aux soins. Albi est une ville ou au moins 8 spécialités sont en situation de monopole dans les cliniques lucratives (urologie, chirurgie vasculaire, ORL, ophtalmologie, stomatologie et odontologie, lits d’endocrinologie, soins de suite et de réadaptation (SSR), coronarographie, chirurgie plastique, transfusion sanguine…). Pour nombre d’entres elles les Albigeois sont confrontés aux dépassements d’honoraires, obligeant les plus démunis quand ils le peuvent à se rendre à Castres ou à Toulouse.

Une émission de FR3 confirme qu’Albi est une des villes d’Occitanie où l’accès aux spécialistes et généralistes est un des plus difficile* (https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/deserts-medicaux-ces-villes-d-occitanie-ou-il-y-a-urgence-sanitaire-2274997.html?fbclid=IwAR0lxxjE5o7iC0kbNl6CnAWTD_8k6_-zssEsJxcnJo61X4sOwLxJsYkCyPo)

Certes le nombre de cancers sont moins élevés, mais ils arrêtent de diminuer à l’inverse de la région. Certes la mortalité prématurée est plus faible, mais elle arrête aussi de diminuer. Pour l’hôpital public, les urgences sont sous-dimensionnées, situation aggravée par la fermeture de celles de Carmaux. La sous-médicalisation en amont et le trop grand nombre de lits supprimés en aval expliquent des délais d’attente trop longs à certaines heures. Enfin en ce qui concerne la psychiatrie , c’est pire, certaines consultations en CMP ne donnant plus de rendez-vous.

Je me permets de reproduire ce que nous avions relevé en 2019:

Déterminants sociaux de santé (Contrat Local de Santé 2019)

Des situations de précarité financière plus fréquentes : En 2015, 7 650 personnes sont couvertes par le RSA, soit 12,2 % des habitants âgésde moins de 65 ans, proportion plus importante sur la CA de l’Albigeois que dans le Tarn (10,4 %), dans la région (11,6 %) ou en France métropolitaine (9,5 %).  • En 2016, on compte plus de 8 100 bénéficiaires de la CMUc (80% sur Albi), ce qui correspond à 9,9 % de la population, part plus élevée que celle observéedans le Tarn (7,4 %) et dans la région (8,9 %). •En 2014, près de 3 500 personnes âgées vivent seules chez elles, soit 38,4 % des personnes âgées de 75 ans ou plus qui vivent à domicile  • 45 % des familles ont un ou plusieurs enfants, part moins élevée qu’en Occitanie (48,6 %) et qu’en France métropolitaine (51,4 %). Parmi elles, plus de 3 000 familles sont des familles monoparentales, soit 29,8 % des familles avec enfant(s), part nettement plus élevée que celles du Tarn (23 %), de la région (25,5 %) et de la France métropolitaine (23,3 %).  •10,6 % de logements sociaux, part plus élevée dans la CA de l’Albigeois qu’en moyenne dans le département (7,0 %) et la région (8,7 %), mais plus faible qu’en moyenne nationale (14,7 %). 

Les inégalités environnementales (air, eau, habitat, sol)

17 Communes en Albigeois en profil 6, y compris Albi

Il s’agit des communes les plus exposées  à la pollution de l’air : la totalité des communes sont exposées à de fortes émissions en particules fines et les deux tiers également à des émissions d’oxydes d’azote importantes. La densité de sites industriels installés ou anciens potentiellement polluants (sites « basias ») est élevée avec plus de 1,5 sites au km2 pour 7 communes, y compris Albi

Situation sanitaire en Albigeois

Maladies chroniques (admissions en ALD) plus nombreuses que les moyennes régionale et Française, en particulier pour les cancers (sein), maladies cardio-vasculaires (CV), psychiatriques, le diabète,  •La mortalité est plus basse mais ne baisse pas pour les cancers à l’inverse de la région et du national  •Les tumeurs 29% et les maladies cardio-vasculaires 27% sont les principales causes  •La mortalité prématurée (avant 65 ans) ne baisse pas à l’inverse de la région et du national mais reste plus faible  –  les 2/3 sont du aux tumeurs, maladies CV, et causes externes (suicides, accidents…) •La mortalité cardio-vasculaire a baissé de 18% en 5 ans, mais pas les ALD sont en augmentation +17%

Indicateurs du comportement des jeunes occitanie

•Près de 6 enfants sur dix à 5-6 ans (57,9 %) vont à pied à  l’école, contre seulement 23,6 % en 6 .•95 % des petits albigeois prennent un petit déjeuner, à 5-6 ans comme en 6ePeu d’enfants à 5-6 ans (4,4 %) et encore moins en 6e (0,9 %), présentent ou déclarent des troubles du sommeil.  •Le taux de couverture vaccinalecontre la rougeoleest de 86,1 % à l’âge de 5-6 ans sur l’albigeois ; cette part est et de 96,2 % pour les élèves de 6e, plus élevée que celle observée sur l’académie de Toulouse (90,3 %).  •À 5-6 ans moins d’un enfant sur dix a un téléviseurdans sa chambre, part qui est de 5 sur dix en 6 plus de 7 enfants sur 10 en 6e possèdent un téléphone portable.
17 % des petits albigeois à 5-6 ans et 45 % en 6epratiquent une activité physique extrascolaire. •Près de 11 % des enfants de 5-6 ans sont en surcharge pondérale dans la CA de l’Albigeois, part plus élevée que celle observée sur l’académie de Toulouse (moins de 9 %). •En grande section maternelle: au moins une carie non traitéea plus que doublé : elle est passée de 9,5 % en 2013-2014 à 21,7 % en 2016-2017

Comportements à risque en Occitanie

Jeunes

•L’usage régulier d’alcoolà 17 ans est supérieur à la moyenne métropolitaine dans l’ex-région Midi-Pyrénées. •L’usage quotidien de tabac à 17 ans est plus fréquent en Occitanie que dans l’ensemble de la France et concerne un jeune sur trois  •Les niveaux de consommation de cannabis en Occitanie sont supérieurs à ceux de la métropole et sont en hausse. •Bilan bucco-dentaire 5-19 ans 10,2% (département11%, région10%)

Adultes

•Une personne âgée sur deux (48,0 %) a bénéficié de la vaccination antigrippale  (46% département et région) •Dépistage organisé du cancer du sein, soit 48,5 %des femmes âgées de 50-74 ans (Occitanie 42%); avec le dépistage individuel 62% (département 59%, région 55%) •Prévention du cancer de l’utérus: 22% (région 24%, département23%) 

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/22/vivement-la-creation-dun-centre-de-sante-public-sur-albi/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/20/condom-saint-gaudens-albi-villes-ou-ils-a-urgence-sanitaire/

*https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/20/avec-les-deserts-medicaux-lecart-desperance-de-vie-entre-territoires-ruraux-et-urbains-se-creuse/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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