Les médecins intérimaires, à la fois la gangrène et les sauveurs très onéreux de l’hôpital, témoins de la perte d’attractivité avec un taux de postes vacants supérieur à 30% et bien plus élevé dans les hôpitaux non universitaires

Réforme de l’intérim médical : le gouvernement fait marche arrière

Le plafonnement de la rémunération des intérimaires, qui devait s’appliquer fin octobre, a été repoussé face au risque de fermetures massives de services dans les hôpitaux. Le ministère de la santé dit tenir compte des tensions dues au contexte sanitaire.

Par Camille StromboniPublié hier à 05h29, mis à jour hier à 09h19 

Temps deLecture 8 min.

https://www.lemonde.fr/sante/article/2021/10/22/reforme-de-l-interim-medical-le-gouvernement-fait-marche-arriere_6099452_1651302.html

Dans le service des urgences de l’hôpital de Perpignan, en janvier 2021.
Dans le service des urgences de l’hôpital de Perpignan, en janvier 2021. ARNAUD LE VU / HANS LUCAS / AFP

Il est des situations où le remède apparaît pire que le mal. A l’hôpital, l’encadrement de « l’intérim médical » en est une. Comment arrêter ce phénomène des médecins intérimaires payés par les hôpitaux à des tarifs beaucoup plus élevés que les praticiens en poste, pour combler les trous de plus en plus béants dans certains services, sans mettre en difficulté les établissements ? Le gouvernement, qui avait prévu de mettre un terme aux dérives de ce système fin octobre, a finalement fait marche arrière.

En juillet 2020, le ministre de la santé, Olivier Véran, avait promis de s’attaquer frontalement à ceux qu’il dénomme les « mercenaires » de l’hôpital, en plafonnant strictement leurs rémunérations. La mesure, soutenue par la communauté hospitalière, a été inscrite dans la loi visant à améliorer le système de santé promulguée en avril, pour une application prévue le 27 octobre.

Plus question de dépasser, pour ces médecins recrutés par le biais des agences d’intérim ou « de gré à gré » par les établissements, le plafond de 1 170 euros brut les vingt-quatre heures de garde – soit environ 950 euros net –, sous peine de voir le comptable public rejeter le paiement, et l’agence régionale de santé saisir le tribunal administratif en cas de rémunération supérieure constatée. Une « arme nucléaire », selon l’expression d’un directeur d’hôpital, pour faire appliquer une règle déjà instituée par un décret de 2017, mais jusqu’ici non respectée dans les établissements.

Le ministre de la santé, qui dénonçait déjà, dans un rapport en 2013, comme député socialiste, ces intérimaires et leur surcoût pour l’hôpital – soit 6 000 médecins, pour une enveloppe évaluée à 500 millions d’euros –, promettait ainsi de passer à la vitesse supérieure.

Mais, à quelques jours de cette échéance, le scénario du recul gouvernemental se confirme. Dès le 12 octobre, interpellé par plusieurs députés extrêmement inquiets pour l’avenir de leurs hôpitaux, le premier ministre, Jean Castex, avait enclenché la marche arrière, en donnant quinze jours à Olivier Véran pour « adapter la réforme de manière très pragmatique ».

Contexte sanitaire

Jeudi 21 octobre, c’est désormais acté : « l’application stricte de la réforme » aura lieu « dès que possible en 2022 », annonce le ministère de la santé, par communiqué. Il s’agit de « tenir compte du contexte actuel, avec notamment une situation sanitaire et hospitalière marquée par des mois de mobilisation pour lutter contre le Covid ». Un travail de cartographie de l’intérim médical sur le territoire commencera, lui, dès le 27 octobre, précise Olivier Véran, qui recevra l’ensemble des acteurs en début de semaine.

Sur le terrain, ce report n’a pas surpris. Depuis plusieurs semaines, les alertes se multiplient sur le péril pour l’hôpital, dans les rangs des directeurs, des syndicats de praticiens, des médecins. Déjà fortement éprouvés par une rentrée marquée par la pénurie d’infirmiers et un absentéisme plus fort des personnels après un an et demi d’épidémie, les établissements ont-ils les moyens d’y ajouter l’absence des médecins intérimaires qui refuseraient de se plier à cette moindre rémunération et déserteraient les services ? Sans compter la pression des infections hivernales, qui s’annonce déjà.

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Au premier rang des services risquant d’être déstabilisés : les urgences, où de nombreux intérimaires viennent pallier le manque d’urgentistes, mais aussi les blocs opératoires, qui ont recours à des anesthésistes intérimaires, ou encore toute une palette de services selon les territoires.

Confrontées à la loi de l’offre et de la demande, les directions sont prises en étau entre « deux principes », décrit Maxime Morin, directeur de l’hôpital de Roubaix (Nord) et référent sur les affaires médicales à la Conférence nationale des directeurs de centre hospitalier. « D’un côté, il s’agit de respecter la loi, y compris sur les rémunérations, pour ces médecins intérimaires, de l’autre d’assurer la continuité des soins, de remplir nos lignes de gardes, avec une pénurie médicale et des postes vacants… »

Jusqu’à 3 000 euros la garde

Dans la Sarthe, le docteur Joël Pannetier, référent médical des projets territoriaux du groupement hospitalier de territoire, comptabilise quarante postes vacants sur 80 dans les cinq services d’urgences. Traduction à l’hôpital du Bailleul : les urgences ont 0,5 équivalent temps plein, pour treize postes ouverts. « Le service ne tourne qu’avec de l’intérim et cela fait plusieurs années, résume l’urgentiste. Sans intérimaires, on va vers une fermeture massive des urgences, mais aussi du bloc opératoire, de la maternité et des soins continus. »

Car, personne n’en doute, il y aura un bras de fer avec cette population de remplaçants, dont les tarifs habituels se situent dans une fourchette de 1 200 euros à 1 400 euros net la garde, certaines pouvant atteindre parfois, sur des jours fériés ou des périodes estivales, 2 800 euros, voire 3 000 euros, selon plusieurs responsables hospitaliers.

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Ce bras de fer a d’ailleurs commencé, à entendre les directions, qui constatent de premières défections d’intérimaires. « Nous avons des remontées de tensions pour remplir les plannings pour les prochaines semaines », rapporte Frédéric Valletoux, à la tête de la Fédération hospitalière de France (FHF). D’aucuns craignent de voir ces médecins free-lance s’échapper massivement vers le privé, qui n’est pas concerné par la mesure, se reconvertir dans le libéral ou, tout simplement, pour ceux déjà en poste à l’hôpital ou les retraités, arrêter ces gardes supplémentaires bien rémunérées.

Principe de réalité

En 2017, déjà, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, aux manettes lors de la publication du décret plafonnant les rémunérations, s’était retrouvée dans un violent conflit avec les intérimaires. Pour s’opposer au plafond, certains, réunis en collectif, établissaient des listes des hôpitaux qui l’appliquaient. La plainte déposée devant l’ordre des médecins par la ministre contre les instigateurs de ces « listes noires » n’a pas changé grand-chose : sous pression de faire tourner leurs services, les hôpitaux n’ont finalement pas appliqué la mesure.

« Nous avons un niveau d’études élevé, une énorme responsabilité, nous voulons être rémunérés correctement », dit la porte-parole du Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux

L’histoire ne semble pas loin de se répéter, entend-on déjà chez les hospitaliers. « Comme beaucoup de mes confrères, nous n’accepterons pas de travailler à ce prix irrespectueux », prévient l’anesthésiste-réanimatrice Christine Dautheribes, porte-parole du Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux, qui évalue la perte de rémunération pour les intérimaires à 30 % ou 40 %. « Cela va faire des trous dans la raquette, et dans tous les hôpitaux, dit-elle. Mais nous avons une profession difficile, un niveau d’études élevé, une énorme responsabilité, nous voulons être rémunérés correctement. » Elle en convient, dans le même temps, la chute des tarifs pourrait engendrer aussi le retour d’une « petite partie » de praticiens intérimaires vers un poste fixe à l’hôpital.

Et, sur le fond, si des tarifs exorbitants sont pratiqués, ils relèvent d’une « infime minorité », se défend-elle. « Nos gardes de vingt-quatre heures sont payées environ 1 300 euros net, assure-t-elle. Et cela fait au moins dix-huit ans que le tarif n’a pas changé ! »

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Dans la communauté médicale, on se retrouve désormais dans une situation un peu ubuesque. Les défenseurs de ce plafonnement sont ceux qui, ces derniers jours, étaient en première ligne pour appeler à son report. « Sur un principe de réalité », dit Frédéric Valletoux, de la FHF, rappelant la situation extrêmement tendue sur les ressources humaines dans les établissements. « Tout le monde est d’accord, ce sont des sommes énormes qui heurtent les directions, les médecins, les équipes…, explique Maxime Morin, du côté des directeurs. Mais il y a un problème de calendrier, il faut d’abord ramener vers l’hôpital public ces médecins, nous donner des outils et nous laisser le temps de les prendre en main, sinon, on va forcément se crasher. »

Le gouvernement pointé du doigt

Dans les rangs syndicaux, on garde un goût amer de la séquence, face à ce que l’on dénonce comme un « manque d’anticipation » du gouvernement. « L’intérim est une gangrène pour l’hôpital, assume Jean-François Cibien, d’Action Praticiens Hôpital, syndicat de praticiens hospitaliers, qui en comptabilise quelque 100 000 en France (titulaires, contractuels, hospitalo-universitaires). Agnès Buzyn s’y est déjà cassé les dents, c’est un non-sens de s’attaquer au problème de cette manière, nous le répétons depuis des mois, mais Olivier Véran a préféré allumer ce contre-feu plutôt que de traiter de la question majeure de l’attractivité de l’hôpital pour les praticiens. »

« Si la situation paraît insoluble, c’est parce que le gouvernement ne s’est pas donné les moyens de remplir les postes vacants », déplore, sur la même ligne, la docteure Anne Geffroy-Wernet, anesthésiste-réanimatrice au centre hospitalier de Perpignan, à la tête du Syndicat national des praticiens hospitaliers en anesthésie-réanimation, profession où le taux de vacance de 40 % a été franchi cette année.

Avec 45 127 médecins hospitaliers en exercice au 1er janvier, l’hôpital compte toujours près d’un tiers de ces postes vacants à temps plein, selon les données du Centre national de gestion, soit une désaffection qui continue de croître doucement (31,6 % en 2021, contre 30,3 % un an plus tôt). Des emplois en partie occupés par des contractuels, ou comblés, donc, par l’intérim.

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Au-delà de l’aspect strictement budgétaire, le système a plusieurs effets pervers, souligne-t-on dans les rangs des médecins en poste. Ces intérimaires de passage ne participent pas, de facto, à la gestion du quotidien : « Etre praticien, ce n’est pas que soigner, c’est aussi de l’organisation, c’est régler toute une liste de problèmes chaque jour », reprend l’anesthésiste Anne Geffroy-Wernet. Ces tarifs élevés sont aussi source d’une difficulté toujours plus grande pour garder les médecins à l’hôpital « C’est forcément compliqué par rapport aux équipes, aux jeunes praticiens, pour qui les gardes de nuit représentent, par exemple, une majoration de 230 euros… », décrit le docteur Joël Pannetier.

Depuis plusieurs années, d’autres solutions sont déjà expérimentées, chez lui comme ailleurs, pour tenter de contrer le phénomène. Dans la Sarthe, un système de « bourse à l’emploi » permet de proposer des gardes supplémentaires dans des établissements publics à des tarifs intéressants aux médecins, ou encore des contrats avec une part d’exercice sur un site principal, une autre sur d’autres hôpitaux publics. « Mais c’est un serpent qui se mord la queue : quand un service est vide, les gens ne veulent plus y aller, ils ont peur de la charge de travail terrible, du risque que ce serait d’y travailler… Reconstruire une équipe prend du temps. »

Camille Stromboni

Paroles de médecins intérimaires : « Je ferai tout mais je ne reviendrai pas à l’hôpital »

Malgré la volonté du gouvernement de plafonner leurs revenus, deux soignantes qui ont choisi cette voie expliquent leur décision, loin de l’appât du gain. 

Par Camille StromboniPublié hier à 12h00 

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/22/paroles-de-medecins-interimaires-je-ferai-tout-mais-je-ne-reviendrai-pas-a-l-hopital_6099511_3224.html

La crise du Covid-19 n’est pas étrangère à son départ, mais sa décision était prise bien avant. Amandine, qui souhaite rester anonyme, a quitté le centre hospitalier de Montauban en janvier, après seize années passées aux urgences. Depuis neuf mois, l’urgentiste a rejoint les rangs des intérimaires, ces médecins qui effectuent des remplacements et comblent les trous dans les hôpitaux.

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« C’est particulier de passer de l’autre côté du miroir, alors que j’avais toujours dit jamais », confie cette femme de 46 ans. Comme de nombreuses voix dans le monde médical, elle aussi les considérait auparavant avec un œil critique, pour certains comme des « mercenaires » allant aux plus offrants.

Mais la médecin, qui navigue désormais entre des gardes aux urgences dans deux petits établissements de santé de sa région, se sent à mille lieues de ce portrait. « Moi, soit j’explosais en vol, soit je partais », dit-elle, résumant assez simplement les symptômes qu’on associe au « burn-out », de la « boule au ventre » aux « troubles du sommeil », en passant par « l’irritabilité »…

Avec l’intérim, elle a pu mettre le holà sur des horaires qu’elle ne supportait plus, avec ces gardes de nuit, de week-end, à la pénibilité toujours plus forte en avançant dans l’âge, sans compter les réunions d’organisation en plus, les projets à monter. Désormais, elle travaille un tiers de temps en moins. Elle effectue environ trois gardes de vingt-quatre heures par mois, ainsi que six à huit journées de remplacement, pour gagner 5 000 euros net, contre 6 500 euros auparavant.

« Faire du soin, et du bon soin »

La crise sanitaire a fait office de révélateur, comme de nombreux soignants l’ont exprimé à la sortie de la première vague de Covid-19, en dénonçant le retour à « l’anormal » : « On a vu pendant le Covid que tout pouvait être plus simple aux urgences », résume Amandine. Terminé le casse-tête pour trouver des places d’hospitalisation, l’agressivité des patients, ou encore le flux d’entrées si important… « Ça a joué sur le sens de notre travail, ça m’a confirmé que je voulais faire du soin, et du bon soin », reprend-elle.

Que pense-t-elle du plafonnement des rémunérations des intérimaires, une promesse faite par le ministre de la santé, Olivier Véran, en juillet 2020 ? Elle y voit plutôt une « bonne chose », mais cela ne la convaincra nullement de retourner à l’hôpital. « Je ferai tout, mais je n’y reviendrai pas, je sais que ça ne peut pas changer », dit-elle, se préparant à une reconversion, dans les mois qui viennent espère-t-elle, en médecine libérale.

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Impossible de savoir dans quelle mesure le profil de l’urgentiste est représentatif des intérimaires d’aujourd’hui : aucune donnée ne permet de le saisir. A écouter les hospitaliers qui les accueillent, ce sont aussi souvent des jeunes en début de carrière, qui cherchent à tester plusieurs endroits, que des praticiens en fin de carrière, des retraités qui veulent mieux gagner leur vie, ou encore des praticiens en poste qui arrondissent leur fin de mois.

Décrivant un même syndrome d’« épuisement professionnel », Marie, qui souhaite garder l’anonymat, a plié bagage après la première vague de Covid-19, à l’été 2020. Après huit ans aux urgences d’un hôpital parisien, la jeune femme de 36 ans sillonne désormais la France, de Douai (Nord) à Troyes en passant par Châlons-en-Champagne, Rennes… « J’ai beaucoup culpabilisé, raconte l’intérimaire. On a l’impression qu’on profite d’un système qui n’est pas censé exister si l’hôpital fonctionnait… et puis je me suis rendu compte que je faisais juste mon métier, et je le faisais bien, je soigne des gens. »

« Une porte de sortie »

Inscrite dans trois agences d’intérim, l’urgentiste prend des gardes allant de 1 100 euros à 1 400 euros, ce qui lui permet souvent, en une dizaine de jours dans le mois, de toucher le salaire qu’elle avait comme praticienne, d’environ 4 000 euros net, et même plus. En octobre, elle a ainsi pris quatre gardes de vingt-quatre heures dans un hôpital de Bretagne, sur une semaine. « J’ai vu des annonces à 2 000 euros, mais je considère que c’est trop, ça me gêne, je sais que ça va coûter très cher à l’hôpital, je ne le fais pas », assure la jeune femme, qui écarte l’intérêt financier comme motivation à son changement de vie. « Sinon, je serais depuis longtemps partie dans le privé. »

Avec ou sans le plafonnement, elle continuera dans l’intérim jusqu’à la fin de l’année, le temps de rebondir vers le libéral ou vers un poste dans le secteur du sport, pour lequel elle a passé une spécialisation. Loin de l’hôpital, à coup sûr. « Tous les intérimaires autour de moi préparent des diplômes, en échographie, en pratiques médico-judiciaires… pour chercher une porte de sortie », dit-elle.

Camille Stromboni

Par M.J.   le 25-10-2021 

« L’hôpital est pris en otage par des sociétés d’intérim » : la FHF demande un calendrier clair d’application du blocage des rémunérations hors plafond   

Par M.J.   le 25-10-2021

https://www.egora.fr/actus-pro/hopitaux-cliniques/69591-l-hopital-est-pris-en-otage-par-des-societes-d-interim-la-fhf#xtor=EPR-3-1%5BNews_En_Bref%5D-20211025-%5B_1%5D

Dans une tribune publiée dans Libération, la Fédération hospitalière de France réclame « un calendrier clair » d’application de la réforme encadrant les tarifs de l’intérim médical que le Gouvernement vient de reporter à l’année prochaine, en raison des pénuries de personnels à l’hôpital.  

Au lendemain de l’annonce du report à 2022 de la mise en œuvre de l’article 33 de la loi Rist, qui devait permettre aux comptables publics de bloquer les rémunérations supérieures au plafond réglementaire, au 27 octobre, la Fédération hospitalière de France a décidé de “lancer une alerte” dans une tribune publiée dans Libération. “Nous disons oui à une application en deux temps, mais pour cela, un calendrier clair doit être annoncé, ainsi que des mesures fortes de moralisation de l’intérim. Il est plus que temps de rappeler à l’ordre les maîtres chanteurs de l’hôpital public”, écrit ainsi le président de la FHF, Frédéric Valletoux.  

Il dénonce, en effet, les “tarifs abusifs” des sociétés d’intérim, qui profitent des difficultés de recrutement à l’hôpital, en particulier dans les spécialités à garde (urgentistes, anesthésistes, obstétriciens, réanimateurs, pédiatres, cardiologues…). “Les hôpitaux sont parfois contraints de recourir à des prestations d’intérim médical pour assurer cette continuité. Et trop souvent, par exemple, les sociétés d’intérim non régulées, imposent des tarifs abusifs et contraires à la réglementation”, ajoute Frédéric Valletoux. Pour rappel, le salaire brut maximum pour une journée de vingt-quatre heures de travail a ainsi été fixé à 1.170,04 euros depuis 2020. « Le remplacement intérimaire, c’est précaire » : « médecins mercenaires » ou boucs-émissaires?

Un rapport sur le « mercenariat » médical publié par Olivier Véran en 2013, alors qu’il était encore député, estimait à 500 millions d’euros par an le surcoût de ces pratiques pour l’Assurance maladie. Un budget qui, s’il était récupéré par les hôpitaux, équivaudrait “au salaire annuel de 10 000 infirmiers”, selon la FHF. Cette dernière accuse par ailleurs les sociétés d’intérim de “sciemment contourner la loi” et ainsi, de fragiliser l’hôpital et le système de santé “avec le risque de fermetures inopinées de services d’urgences, de maternités”. Elle les accuse également de contribuer “au déficit de la Sécurité sociale” au “profit de quelques-uns” et même de “sciemment se préparer à contourner la loi, par exemple en majorant les frais de gestion des contrats”.  

La FHF demande enfin au Gouvernement d’instaurer une “charte de moralisation” de l’intérim associant sociétés d’intérim, Conseil national de l’ordre des médecins et Fédérations hospitalières. En attendant la mise en place de l’article 33, Frédéric Valletoux souhaite “que les nouvelles modalités d’encadrement de l’intérim entrent en vigueur concomitamment avec les nouveaux contrats et statuts médicaux hospitaliers, et notamment par la prime de solidarité territoriale”.  

 
[avec Libération]   COMMENTER CET ARTICLE

VOS COMMENTAIRES PRÉFÉRÉS

Posté par zig et zag () le lun, 25/10/2021 – 14:36 

Aucune boite d’interim n’exige d’un hopital de passer par elle.

Au début des remplaçants (vers 2OO5-2010), car avant l’exécution des 35 heures, l ln’y avait que tres peu de remplaçants., les service du personnel tenaient un registre :untel à reprendre, tel autre à ne jamais reprendre….

mais aujourd’hui, il est bien plus simple de telephoner aux boites d’interim.Mais c’est plus cher.

par contre il faut admettre la loi de l’offre et de la demande, plus les 35 heures, plus la féminisation….Posté par Lily () le lun, 25/10/2021 – 16:33

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la féminisation???? on lit encore des absurdités de ce type? vous êtes un mec n’est-ce pas et bien sûr c’est vous qui vous êtes arrêtés pour élever les enfants ou les emmener à droite et à gauche ou quand ils étaient malades!!!?

quelle société et quel milieu médical paternaliste! décidément rien ne change et nous sommes presque en 2022!Posté par Michel_R () le lun, 25/10/2021 – 16:58 

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Tout d’abord ne confondons pas les problèmes ou du moins les professionnels. En essayant d’être le moins polémiste possible.

En ce qui concerne les soignants non médecins. les difficultés sont  multiples et, au moins dans certains secteurs les rythmes et la pénibilité sont dénoncés depuis très longtemps. L’application des 35h a beaucoup compté sur des gains de productivité et la demande d’heures supplémentaires et la crise sanitaire actuelle n’a fait qu’amplifier les dégâts. L’encadrement budgétaire, les plans de retour à l’équilibre, la volonté de réduire le nombre de lits et les durées de séjour avaient déjà lourdement pesé sur la profession, sans compter sur des rémunérations peu enthousiasmantes!!! l’intérim à connu des heures fastes mais depuis longtemps la profession est moins porteuse et les remplacements dans les services « chauds » sont une espèce de quadrature du cercle pour les cadre de santé de ces services.

En ce qui concerne le personnel médical, la pénurie de médecin est dénoncée également depuis des lustres: déjà dans les années 1970 on facilitait l’accession à des postes statutaires en anesthésie, radiologie et psychiatrie. Les avertissements sur le numerus clausus ont mis 45 ans à se faire entendre et la réforme actuelle ne change pas grand chose. Les bonnes gens dénoncent le mercenariat intérimaire qui ruinerait la sécurité sociale. Mais on croit rêver: qui a instauré le statut de clinicien hospitalier, contractuel « permanent », payé deux fois plus cher qu’un praticien hospitalier de milieu de grille ? Qui a abusé de la précarité des médecins à diplôme étranger payés moitié moins cher que le même praticien de référence ? Je parle  dans les deux cas de fonctions, temps de travail, responsabilités équivalentes.

La FHF a su défendre les hôpitaux de façon globale mais comme les tutelles il semble qu’elle se soit rangée derrière l’avis des manieurs de tableurs qui raisonnent sur les moyennes statistiques et qui passent sous silence les probabilités. Non, les stats n’ont jamais permis de prévoir le quotidien en temps réel. Quand sur une permanence de 8h on accueille habituellement une cinquantaine de malades (données statistiques) il est extrêmement improbable qu’arrive un malade toutes les dix minutes . La probabilité est qu’il existe des pics de flux :sortie du travail ou des écoles, ou des boites de nuits (hors confinement bien sûr)pour les urgences par exemple. Et c’est mieux d’adapter les effectifs en fonction des risques probables que des moyennes fictives. Mais alors il faut aussi accepter qu’il y ait des périodes de moindre tension qui sont des temps de récupérations et de restauration de moyens et non de paresse et de flemmardise.

TRIBUNE

Intérim médical : il faut moraliser les maîtres chanteurs de l’hôpital public

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https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/interim-medical-il-faut-moraliser-les-maitres-chanteurs-de-lhopital-public-20211023_KOO2EB3CERCFZF3H4INHG47FBM/?redirected=1

En imposant des tarifs abusifs, les sociétés d’intérim médical mettent à mal notre système de santé, estime le président de la Fédération hospitalière de France. Il appelle à la création d’une charte de moralisation de l’intérim.

En 2013, le député Olivier Véran publiait un rapport qui estimait à 500 millions d’euros par an le surcoût de ces pratiques pour l’assurance maladie. (Fred Dufour/AFP)

par Frédéric Valletoux, Président de la Fédération hospitalière de France (FHF)publié le 23 octobre 2021 à 12h13

Les Français sont de longue date attachés à leur hôpital public. Depuis mars 2020, ils ont plus que jamais conscience qu’il est leur bouclier sanitaire, alors que plus de 8 patients sur 10 hospitalisés pour Covid l’ont été à l’hôpital public. 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, chacun peut y recevoir les soins dont il a besoin, sans distinction de revenus ou de situation sociale.

Pourtant, l’hôpital public est pris en otage par des sociétés d’intérim médical aux pratiques honteuses, qui menacent de le déstabiliser. Les difficultés de recrutement médical à l’hôpital sont connues : 30 % des postes de praticien hospitalier sont vacants, notamment dans les spécialités dites «à garde» : urgentistes, anesthésistes, obstétriciens, réanimateurs, pédiatres, cardiologues.

Les tarifs abusifs des sociétés d’intérim

Dans ce contexte, les hôpitaux sont parfois contraints de recourir à des prestations d’intérim médical pour assurer cette continuité. Et trop souvent, par exemple, les sociétés d’intérim non régulées, imposent des tarifs abusifs et contraires à la réglementation.

Alors qu’un jeune praticien à l’hôpital perçoit un salaire net mensuel d’environ 4 500 euros, certains intérimaires exigent jusqu’à 3 000 euros pour une seule journée. Comment accepter que de l’argent public serve ainsi à alimenter les fortunes de quelques-uns quand l’hôpital souffre encore de financements insuffisants ?

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/20/40-de-postes-hospitaliers-vacants-12-millions-de-francais-en-desert-medical-les-hopitaux-se-piquent-les-praticiens-hospitaliers-les-centres-de-sante-et-les-maisons-de-sante-liberales-les-generalist/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/14/la-penurie-dinfirmiers-a-laquelle-sont-confrontes-de-nombreux-etablissements/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/15/le-phenomene-de-penurie-de-soignants-atteint-une-dimension-cataclysmique-dans-nos-hopitaux/













































Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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