Interview de Patrick Pelloux: manques de lits et de reconnaissance des soignants.

Patrick Pelloux: « La Sécurité sociale c’est le socle de la République »

Dans quel état de santé est l’hôpital public en sortie de crise du Covid? L’urgentiste pointe les faiblesses accentuées par l’épidémie: manques de lits et de reconnaissance des soignants.

https://www.centre-presse.fr/article-816942-patrick-pelloux-la-securite-sociale-c-est-le-socle-de-la-republique.html

Le stress qu’ont subi les hôpitaux pendant cette crise a fait apparaître des failles béantes: le manque de lits, la rémunération et le manque de reconnaissance des soignants selon le docteur Patrick Pelloux

Qu’est-ce qui a profondément changé à l’hôpital avec la crise du Covid?

« La crise a d’abord réaffirmé la place importante de l’hôpital, alors qu’il a été malmené durant les quarante dernières années, où on a fermé trop de lits d’hospitalisation. Il ne faudra jamais oublier qu’avec cette crise, on a confiné la société pour empêcher la saturation des centres hospitaliers. Ensuite, ce qui a changé, c’est le regard de la population à l’égard des soignants et de l’hôpital. La santé a un coût et, au nom du « quoi qu’il en coûte », la population est prête à y mettre le prix. Le Ségur de la santé a engendré une rémunération supplémentaire mais cela n’a pas eu les effets escomptés sur les recrutements. Nous avons un problème paradoxal, à savoir un taux de chômage élevé et une incapacité à recruter du personnel pour l’hôpital. »

C’est le niveau de rémunération qui est en cause?

« On devrait remettre 190 euros de plus par mois pour l’ensemble des personnels. Il existe aussi un vrai problème de management et de formation. Il faut faire naître beaucoup plus de démocratie participative au sein des établissements. Il est de plus assez catastrophique de voir que les jeunes qui veulent devenir infirmiers ou aide-soignants ont été recalés dans leurs études à cause du bazar qui règne pour les concours dans les écoles. Il y a également un vrai problème de reconnaissance des compétences et des responsabilités, comme c’est le cas pour les sages-femmes. Nous avons besoin d’une grande conférence nationale sur les salaires dans la fonction publique hospitalière. Quand vous êtes aide-soignante, vivre à Paris est impossible! »

Les conditions de travail sont donc la première maladie de l’hôpital?

« Tout à fait! Les ressources humaines sont au coeur de tout. Rémunération et reconnaissance sont la clé. »

Concernant la vaccination du personnel hospitalier, où en sommes-nous?

« Les gens se sont fait vacciner. Ce qui n’a jamais ou peu été dit, c’est que le refus de certains de se faire vacciner relevait souvent d’un problème hiérarchique. Ils ne voulaient pas qu’il soit dit qu’ils obéissaient à leur encadrement. On a assisté à une sorte de lutte des classes. Quand il a été décidé de vacciner d’abord tous les plus de 55 ans, les personnels infirmiers et aides-soignants, qui sont jeunes car ils ne restent pas dans la profession, l’ont mal vécu. C’est ça qui a engendré le phénomène. »

La France fait partie aujourd’hui des bons élèves matière de vaccination. Globalement, peut-on dire qu’il y a eu en la matière une bonne gestion de la part du gouvernement?

« Il faut le dire: nous sommes aujourd’hui les meilleurs. Qui aurait fait différemment du gouvernement? Impossible de le dire. Il fallait gravir une montagne inconnue. Certains préconisaient la face nord, d’autres la face sud… Ce qui compte aujourd’hui, c’est d’être parvenu au sommet. Notre peuple est vaillant, courageux et finalement beaucoup plus obéissant qu’on ne le pense. »

Notre système de santé a-t-il fait preuve de solidité?

« C’est la Sécurité sociale qui a fait preuve de solidité, pas le système hospitalier. Nous sommes toujours avec 5.000 lits de réanimation, alors qu’il en faudrait au moins le double. Une des autres conséquences de la pandémie, c’est la disparition de la chirurgie publique au profit des cliniques privées. Les cliniques ont continué d’opérer et ont envoyé leurs chasseurs de tête dans les hôpitaux pour recruter. Le rapprochement du libéral et du public reste très compliqué. »

La situation de l’hôpital va-t-elle ou doit-elle être au coeur de la prochaine campagne présidentielle?

« Je pense qu’elle le sera naturellement car c’est un sujet sur lequel les Français veulent avoir des certitudes. Il y aura forcément un débat public sur l’avenir de la Sécurité sociale, car c’est le socle de la République. Après cette crise, son déficit est abyssal, car tout le monde a été testé et soigné gratuitement. Tout le monde doit participer à l’effort. Je pense notamment aux profits boursiers. »Propos recueillis par Philippe Minard/ALPNos dernières vid

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire