« Sous-effectif et obligation vaccinale : l’hôpital de Mulhouse « sous tension extrême » »
Date de publication : 7 octobre 2021
Benjamin Delille livre dans Libération un reportage au sein de l’hôpital Emile-Muller de Mulhouse, « essoré par la crise sanitaire [et qui] reste agité après deux semaines sous plan blanc. Son personnel soignant dénonce un manque chronique d’effectifs ».
Le journaliste évoque ainsi le « problème de fond qui tenaille cet hôpital, comme de nombreux autres en France : la tension permanente liée au manque d’effectifs, notamment dans le personnel soignant ».
« Un sous-effectif qui a obligé Corinne Krencker, la directrice du Groupe hospitalier de la région Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA), à déclencher le plan blanc il y a deux semaines. Ce plan d’urgence permet la déprogrammation d’opérations non urgentes et la sollicitation de renforts de personnels », note-t-il.
Benjamin Delille précise que « c’est la fermeture temporaire des urgences du pôle privé du Diaconat-Fonderie de Mulhouse qui l’a rendu nécessaire. Pour éviter une saturation de l’hôpital public dans un contexte déjà très tendu : de nombreux salariés sont en arrêt maladie et le groupement hospitalier a dû suspendre 174 personnes au nom de l’obligation vaccinale imposée depuis le 15 septembre aux personnes travaillant dans la santé ».
Le Dr Didier Debieuvre, chef du service de pneumologie, souligne que « le ratio soignants/patients est trop bas pour avoir une réserve en cas d’arrêt de travail ou de congé maternité. On est presque sur un flux industriel. Sauf que dans l’industrie, le boulon peut attendre, nos patients le peuvent rarement ».
Benjamin Delille note que le médecin « estime ce rapport entre 1 pour 12 et 1 pour 15 et le compare à celui des hôpitaux de Bâle, en Suisse, à seulement 30 kilomètres, où le ratio est plutôt d’un sur 4 ».
Yves Passadori, chef du pôle gériatrie de l’hôpital, déclare quant à lui que « l’obligation vaccinale, c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».Le journaliste explique : « D’abord parce que les suspensions accroissent la tension, mais aussi parce que certains soignants l’ont vécu comme l’injonction de trop, alors qu’ils se sentaient déjà pressés jusqu’à l’os depuis des mois ».
Guillaume Raimondi, infirmier suspendu, secrétaire du syndicat CGT du centre hospitalier de Guebwiller, déclare ainsi : « C’est du chantage. On ne veut pas se faire vacciner parce qu’on a constaté chez des patients des effets secondaires dans les urgences de l’hôpital où on travaille. Mais on ne nous laisse pas le choix : soit on se fait vacciner, soit on se retrouve sans rien, sans aucune solution ».
Benjamin Delille observe qu’« avec ceux restés à l’hôpital, le dialogue est complexe, si ce n’est rompu. Les uns comme Guillaume accusant les médecins d’être «dans le déni», les autres accusant les suspendus «de manquer de rationalité» ».
Le journaliste poursuit : « Même si les urgences du Diaconat-Fonderie ont finalement été rouvertes, que le plan blanc a été levé le 30 septembre, le fond du problème n’est pas réglé. L’hôpital est toujours sous tension, les services en sous-effectif et aucun suspendu n’a pour l’instant pu faire son retour faute de vaccination ».
« L’hôpital public n’attire plus. Alors que les soignants ont été applaudis pendant des mois lors du premier confinement, que leur rôle essentiel a été une nouvelle fois mis en lumière par la crise sanitaire, ils sont de moins en moins nombreux, de plus en plus usés et les candidats pour les remplacer de plus en plus rares »,ajoute-t-il.
Benjamin Delille relève notamment que « toutes les infirmières croisées en pneumologie ou en gériatrie témoignent de cette même pression : un rythme «trop rapide», la «frustration d’avoir constamment la main sur la poignée de porte», de ne pas passer assez de temps avec les patients ».
Le Dr Passadori remarque : « Je pense qu’il y a un problème d’image, on n’arrive plus à montrer à quel point le travail comme infirmier ou même médecin à l’hôpital public est stimulant. A chaque fois qu’on a des stagiaires infirmières, elles adorent le métier, mais la charge est juste trop lourde ».