Abus sexuels : au Vatican, l’attente inquiète du rapport Sauvé
Par Loup Besmond de Senneville (à Rome)., le 4 Octobre 2021
https://www.la-croix.com/Religion/Abus-sexuels-Vatican-lattente-inquiete-rapport-Sauve-2021-10-04-1201178806

A Rome,Ie rapport de la Commission sur les abus sexuels dans l’Eglise, publié mardi 5 octobre, sera suivi avec attention. Selon les informations de << La Croix >>, Jean-Marc Sauvé pourrait rencontrer prochainement le pape Frangois.
Le rapport de Ia Ciase a été l’un des sujets centraux. Au cours de leur visite ad limina, tout au long du mois de septembre, les évêques français ont abondamment parlé des violences sexuelles dans l’Eglise, avec les responsables des différents dicastères, quelques jours avant la publication, mardi 5 octobre, du rapport de la commission Sauvé. Qu’ont-ils perçu de leur décision de confier, il y a trois ans, ce travail à une commission indépendante? < Ils nous ont dit que nous n’avions pas d’autre choix, a expliqué Mgr Laurent Ulrich, l’archevêque de Lille, vendredi ler octobre devant les journalistes.
Récit. Abus sexuels : l’éprouvante traversée de la commission sauvé
Mais ils ont aussi senti une certaine inquiétude, en particulier de la part du cardinal Marc OueIIet, le préfet de la congrégation des évêques. L’archevêque québecois les a ainsi exhortés à faire particuliérement attention à leurs prêtres, estimant que le choc de la publication du rapport pourrait grandement les fragiliser. D’autres responsables du Vatican, notamment à la Congrégation pour la doctrine de la foi, ont aussi engagé les évêques frangais à soigner particulidrement la communication aprés la publication du rapport. Autant de signes que Ia fébrilité de l’Eglise de France est clairement arrivée jusqu’à Rome.
Perplexité
C’est d’ailleurs grâce à la succession de ces visites que le Vatican a pris conscience de l’imminence de ce rapport, une source interne indiquant que certains ignoraient largement la date de rendu des conclusions de la commission Sauvé. Il y a quelques mois encore, une autre source vaticane confiait sa perplexité à La Croix : » Pourquoi aurions-nous besoin d’une commission indépendante pour prendre des mesures ? Pourquoi ne pas le faire nous-mêmes ? «
Abus sexuels dans l’fgfise : les premiires rev6tations port Sauv6
< S’il y a des critiques dans la Curie, c’est le signe que le processus va dans le bon sens. Beaucoaup estiment que l’on en fait assez pour lutter contre les violences sexuelles, qu’il n’est pas nécessaire de faire plus , juge Juan Carlos Cruz, vice-président de la Commission pontilicale pour la protection des mineurs, et lui-même victime, dans son enfance, d’agressions sexuelles au Chili. « Si cette commission est vraiment indépendante, c’est une bonne chose. Clairement, jusqu’à maintenant, la plupart des évêques, dans le monde, n’ont pas fait un bon travail. En 2019, lors du sommet organisé à Rorme. ils ont effectué de grandes déclarations, mais quand ils sont rentrés chez eux, rien n’a changé »
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Cette victime d’agressions sexuelles souligne » le fossé énorme entre l’attitude du pape ( » je l’ai vu pleurer de douleur ») et celle de nombreux évêques. « Tout ce qui peut aider les survivants, présents ou passés, est une bonne initiative », insiste-t-il encore.
Australie, Allemagne, Irlande
A vrai dire, ce type de rapport n’est pas une première pour le Vatican, puisque de semblables enquêtes ont déjà été conduites dans plusieurs pays, comme en Irlande, en Australie ou en Allemagne. « Mais pour l’Allemagne, cela s’est mal terminé, indique une source vaticane puisqu’ils ont décidé de s’appuyer sur ces résultats pour lancer un chemin synodal national tris contestable. » Et c’est peu dire que cette démarche, menée outre-Rhin, fait peur aux hauts responsables de l’Eglise. En visite à Rome, Mgr Eric de Moulins Beaufort a d’ailleurs pris soin de déconnecter Ia sortie du rapport sur les violences sexuelles dans I’Eglise et I’organisation d’un éventuel synode national en France. » Nous ne pourrons faire un synode utilement que lorsque nous aurons dépassé le problème des abus« , expliquait-il mercredi 29 septembre lors d’une soirée organisée par l’ambassade de France pès le Saint-Siège et KTO.
Abus sexuels : » Dans de nombreux pays, on ne veut pas salir I’Eglise«
A Paris, beaucoup ont aussi noté le soutien appuyé du cardinal Pietro Parolin à la démarche des évêques français, dans son entretien accordé à La Croix en juillet dernier. Le secrétaire d’Etat du Saint-Siège est même allé jusqu’à endosser la responsabilité de la commande du rapport : « On ne doit pas avoir peur de la vérité, avait-il ainsi affirmé. Nous devons situer la chose dans cette perspective. Et c’est aussi la raison pour laquelle nous avons demandé la constitution de cette commission ». Avant d’ajouter: « Nous sommes tristes, et je sais que beaucoup de catholiques vont être trés peinés et scandalisés de ce qu’ils vont lire. Mais nous devons traverser cette épreuve. »
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Comment réagira le Pape Franqois ? Impossible à prévoir. Il existe en tout cas une possibilité qu’il s’exprime Ie lendemain, à la fin de sa traditionnelle audience du mercredi. Il est en tout cas informé de la situation : lors de sa visite, début octobre,Ie président de la Conférence des évêques de-France, Mgr Eric de Moulins- Beaufort, a remis au pape une note dans laquelle il souligne la gravité du rapport à venir et les enjeux de telles révélations. Selon nos informations, Jean-Marc Sauvé pourrait 6galement rencontrer prochainement le pape Frangois.
COURRIER
Loup Besrnond de Senneville (A Rome)
Chiffres, recommandations, réparation… Le rapport Sauvé en 5 points-clés Abonnés
Les faits
Contenant des chiffres dramatiques, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a remis mardi 5 octobre son rapport sur les violences sexuelles sur mineurs commises au sein de l’Église. De ce document de près d’un demi-millier de pages, auxquelles s’ajoutent 2000 pages d’annexes, « La Croix » a tiré cinq points à retenir.
- Xavier Le Normand,
- le 05/10/2021 à 12:57
- Modifié le 05/10/2021 à 14:48
Lecture en 3 min.

► Des chiffres alarmant pour l’Église
À travers une large étude menée par l’Inserm, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a déduit qu’environ 330 000 mineurs avaient été victimes dans des contextes ecclésiaux depuis 1950. Pour 216 000 de ces mineurs, l’abus a été commis par une personne consacrée (prêtre, religieux, diacre ou religieuse).
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Au total les prêtres et religieux agresseurs sont évalués entre 2 900 et 3200, chiffre comparativement bas, mais il s’agit d’une fourchette « plancher », souligne la Ciase. Si des religieuses ont pu commettre des abus de nature sexuelle les auteurs sont toutefois trés largement des hommes.
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Des violences plus fréquentes en milieu ecclésial
Si les milieux familiaux et amicaux sont les premiers contextes de pédophilie, Ia prévalence de la pédophilie est « significativement plus forte » au sein de l’Eglise que dans les autres milieux de socialisation. Ainsi 1,16 % des majeurs métropolitains auraient été victimes dans leur enfance de violences sexuelles en contexte ecclésial, alors qu’ils sont » seulement » 0,36 % à l’avoir été en colonie et camps de vacances et 0,34 % dans Ie cadre de l’école publique. Ces données viennent ainsi battre en bréche une ligne de défense souvent entendue.
La lente évolution de l’Eglise
< L’Eglise catholique a tris longtemps entendu d’sbord se protdger en tqnt qu’institrttion et elle u manifestd uneindffirence complite et mAme cruelle d l’6g*rtl tles personnes ayant subi des ugressions. r Les mots de Jean- &Iarc Sauv6 sont particulidrement cinglants.
Mgr Eric de Moulins-Beaufort : < Nous devons entendre le cri des victimes >
Dans le rapport, trois p6riodes sont distingu6es. De 1950 e 19?0,I’Eglise veut <r se protrlger du scantlale n, occulte les victimes et tente d.e t sauvey,,r l’agresseur » Puis,l’attitude 6volue avec une u prise en compte de l’existence des personnes victimes I ce qui ne vaut toutefois pas ( reconnaissance r. Enfin, depuis 2010′ t’Eglise accepte de d6noncer ir la justice et renonce ir un traitement t purement interne l. Malgrd cette 6volution, taile la commission Sauv6, << les rdponses rte l’Eglise ont dtd globalement insuffisantes, souvent tardives, et prises en riaction aux dvdnements ou mal appliqudes v.
Par ailleurs, il est not6 que si les violences sexuelles ont d6cru ir partir de 1970, celles-ci stagnent depuis 1990. ll ne s’agit donc pas pour la commission Sauv6 de faits appartenant seulement au pass6.