Mise en place d’une téléconsultation médicale, à Valençay (Indre), sans concertation avec les professionnels de santé (une généraliste se met en grève) – Des starts-up (H4D, Tessan et BodyO…) implantent des centaines de cabines y compris en entreprise

Une généraliste en grève pour protester contre la mise en place d’une borne de téléconsultation   

Par L.C.  le 06-10-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/e-sante/69300-une-generaliste-en-greve-pour-protester-contre-la-mise-en-place-d-une-borne#xtor=EPR-3-1%5BNews_En_Bref%5D-20211006-%5B_1%5D

Depuis ce mardi 5 octobre, midi, le Dr Sylvaine Le Liboux, généraliste à Valençay (Indre), ne reçoit plus de patients. La présidente de la CPTS du Boischaut Nord proteste contre l’installation prochaine d’une borne de téléconsultation. Une décision prise sans que les professionnels de santé du territoire n’aient été informés. 

« Cabinet médical en grève. » Depuis ce mardi midi, les patients du Dr Sylvaine Le Liboux, médecin généraliste à Valençay, dans l’Indre, trouvent porte close. La praticienne s’est mise en grève, indique La Nouvelle République. En cause: cette dernière conteste la mise en place prochaine d’une borne de téléconsultation dans sa commune par l’Assurance maladie agricole, la MSA Berry Touraine et la communauté de communes Ecueillé-Valençay.

En effet, déplore le Dr Le Liboux, également secrétaire générale des Généralistes-CSMF: les professionnels de santé n’ont pas été concertés dans le cadre de ce projet. Cette dernière a appris l’installation de cette borne via un courrier. « Ils ont fait ça dans notre dos, je me sens humiliée », dénonce la médecin, qui préside la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) du Boischaut Nord.

Selon elle, cette borne a été mise en place par « un organisme purement privé et mercantile ». Elle nourrit par ailleurs peu d’espoirs sur l’efficacité de ce dispositif, mis en place pour pallier le manque de médecins dans le territoire. En effet, « un accord national [l’avenant 9, NDLR], dont le décret est paru en septembre, précise que les téléconsultations ne peuvent être remboursées quand il y a des CPTS qui existent », argumente la généraliste.

Visite longue, rémunération des médecins spécialistes, SAS… Ce que contient l’avenant 9, entériné au JO

Une organisation territoriale visant à répondre aux demandes de soins non programmés est bel et bien déjà mise en place, défend la présidente de CPTS : « Nous avons chaque jour un médecin qui prend les urgences sans rendez-vous. J’ai moi-même assuré 46 consultations vendredi. »

Les instigateurs du projet se défendent d’avoir voulu faire de « la concurrence déloyale » aux médecins. « Le délai était très court pour répondre à l’appel d’offre lancé par l’Agence nationale de la cohésion des territoires autour des bornes de téléconsultation. Bien sûr que nous avions l’intention d’associer les professionnels de santé dans un deuxième temps. C’est en ce sens que nous avons envoyé ce courrier à Mme Le Liboux »,explique le directeur général de la MSA Berry Touraine.

Etienne Le Maur se montre néanmoins inquiet sur la question du non-remboursement des téléconsultations. « Si le territoire n’y est pas éligible, cela va compliquer les choses car la borne ne trouvera pas sa place. Nous allons vérifier ce point auprès de la Caisse primaire d’Assurance maladie et prendre le temps de discuter avec les professionnels de santé locaux sur cette initiative qui, je le rappelle, reste un outil expérimental. »

[avec La Nouvelle République]

Valençay : une médecin généraliste en grève après la mise en place d’une téléconsultation

Publié le 05/10/2021 à 12:40 | Mis à jour le 05/10/2021 à 18:40

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/ecueille/indre-une-medecin-generaliste-en-greve-suite-a-la-mise-en-place-d-une-tele-consultation

Le Dr Sylvaine Le Liboux, généraliste à Valençay (Indre), s'est mise en grève à la suite de la mise en place d'une téléconsultation médicale, dans sa commune, sans concertation avec les professionnels de santé.
Le Dr Sylvaine Le Liboux, généraliste à Valençay (Indre), s’est mise en grève à la suite de la mise en place d’une téléconsultation médicale, dans sa commune, sans concertation avec les professionnels de santé. 
© Photo NR

La généraliste Sylvaine Le Liboux s’est mise en grève, à midi, ce 5 octobre 2021, après avoir reçu un courrier l’informant de la mise en place d’une téléconsultation médicale, à Valençay (Indre), sans concertation avec les professionnels de santé.

Médecin généraliste à Valençay, dans l’Indre, Sylvaine Le Liboux porte aussi les casquettes de secrétaire nationale du syndicat de généralistes Les Généralistes CSMF et est présidente de la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) du Boischaut Nord

Depuis midi, ce mardi 5 octobre 2021, elle a annulé ses consultations et s’est mise en grève. Une réaction de colère et de protestation face au courrier qu’elle a reçu, annonçant la mise en place d’une téléconsultation médicale organisée par l’assurance-maladie agricole, la MSA et la communauté de communes. « On n’a même pas été consultés ni prévenus ! Ils ont fait ça dans notre dos, je me sens humiliée », proteste-t-elle. 

On n’a même pas été consultés ni prévenus ! Ils ont fait ça dans notre dos, je me sens humiliée

Sylvaine Le Liboux, médecin et présidente de la CPTS du Boischaut Nord

La téléconsultation « mise en place par un organisme purement privé et mercantile« , entre, selon elle, en contradiction avec les engagements pris par la CPTS. « Un accord national, dont le décret est paru en septembre, précise que les téléconsultations ne peuvent être remboursées quand il y a des CPTS qui existent« , rappelle la secrétaire nationale du CSMF. 

« Chaque jour, un médecin prend les urgences sans rendez-vous »

La médecin généraliste rappelle que toute la communauté s’est organisée pour assurer une continuité de soins. « Nous avons chaque jour un médecin qui prend les urgence sans rendez-vous. J’ai moi-même assuré 46 consultations vendredi« , souligne-t-elle. À Valençay, la CPTS avait aussi organisé le centre de vaccination qui a réalisé 13.000 injections. 

Autant de rappels de la médecin sur le maintien des soins dans le nord du département. Elle a donc cessé toute consultation, jusqu’à ce que le conflit puisse être réglé avec ses interlocuteurs.  

« Un outil complémentaire aux médecins »

La communauté de communes Eceuillé-Valençay, comme la MSA Berry Touraine, regrettent que cette démarche soit perçue comme une « remise en cause de la bonne volonté des professionnels de ce territoire ». « On sait que les bornes ne sont pas l’alpha et l’omega de la médecine, convient Etienne Le Maur, directeur général de la MSA Berry Touraine. Mais sur un territoire carencé en offre de soins, elles sont un outil complémentaire. » 

« Il ne s’agit pas de faire de la concurrence déloyale, argumente pour sa part Annick Brossier, présidente de la communauté de communes. On essaie d’apporter une solution à de nombreux patients qui n’ont pas de médecins et de soulager aussi nos professionnels qui sont débordés .»

Sur le manque de concertation, Etienne Le Maur invoque la précipitation du calendrier. « Le délai était très court pour répondre à l’appel d’offre lancé par l’Agence nationale de la cohésion des territoires autour des bornes de téléconsultation. Bien sûr que nous avions l’intention d’associer les professionnels de santé dans un deuxième temps.  C’est en ce sens que nous avons envoyé ce courrier à Mme Le Liboux.» 

S’agissant de la question du non-remboursement, le directeur de la MSA reconnaît que « si le territoire n’y est pas éligible, cela va compliquer les choses car la borne ne trouvera pas sa place. Nous allons vérifier ce point auprès de la Caisse primaire d’assurance maladie et prendre le temps de discuter avec les professionnels de santé locaux sur cette initiative qui, je le rappelle, reste un outil expérimental. »

« Des cabines de téléconsultation arrivent en entreprise »

Date de publication : 6 octobre 2021

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=660a0f81e1236404e2d11c4a4f24b41d&id_newsletter=15444&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=15444&from=newsletter

Le Parisien indique en effet que « consulter un médecin et obtenir une ordonnance sans mettre un pied hors du bureau, c’est aujourd’hui possible. Les cabines de téléconsultation commencent à faire leur apparition en entreprise, dans les tours du quartier d’affaires de Paris La Défense ou sur les campus de grands groupes, comme chez Bouygues Telecom à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), qui a adopté la capsule de l’entreprise H4D ».
« D’autres start-up, comme Tessan et BodyO, se sont lancées sur ce nouveau marché en plein essor, dopé à la fois par la crise sanitaire, la désertification médicale et les nouveaux modes de vie des salariés », 
observe le journal.
Le quotidien note ainsi que « sur le campus de Bouygues Telecom, 3500 salariés, la cabine de téléconsultation, implantée près de l’espace santé, est opérationnelle depuis novembre 2020, mais utilisée surtout depuis le retour sur site des collaborateurs en mai 2021 puis en septembre. […] Elle affiche 90 passages dont 65 en téléconsultation et 25 pour des séances de check-up où le salarié-patient opère seul ses mesures ».
Bernard Faucilhon, responsable grands comptes chez H4D, start-up de la medtech, précise : « Notre cabine est équipée de capteurs médicaux qui assurent 15 prises de constantes (pouls, tension artérielle, etc.), on peut même y réaliser un électrocardiogramme, soit 97 à 98% des actes médicaux qui seraient pratiqués dans un cabinet médical. Elle est également équipée d’une caméra destinée à un examen dermatologique ».
Le Parisien note que « le médecin est en contact vidéo avec le salarié installé dans la cabine. Il peut établir un diagnostic à partir des constantes et délivrer une ordonnance à l’issue de l’entretien ».
Bernard Faucilhon indique : « Nous avons obtenu l’éligibilité RGPD (règlement général sur la protection des données). Toutes nos données sont hébergées en France, H4D n’a pas accès aux données des salariés. Deux consentements sont demandés au patient : accepter que ses données soient stockées chez un hébergeur indépendant et certifier qu’il n’a pas pu voir son médecin traitant ».
Le journal relève ainsi que « la cabine de téléconsultation n’a en effet pas vocation à se substituer au généraliste référent ni au médecin du travail ».


Le Parisien évoque en outre Tessan, « start-up lancée il y a 3 ans, [qui] a surtout investi les déserts médicaux, avec des cabines installées dans 250 pharmacies et espaces publics, mais compte aussi une dizaine en Île-de-France et aux portes de Paris. Sept objets connectés permettent d’y réaliser 90% des mesures prises lors d’une consultation physique ».
« Arrivée de Dubaï en 2019, BodyO attend, quant à elle, les certifications qui lui permettront de commercialiser sa capsule sur le territoire européen : les premières, financées par Bayer, ont été mises à disposition des ministères des Emirats. […] Le fondateur de BodyO s’apprête à mettre en service sa première cabine française pour la métropole de Nice »,
 poursuit le quotidien.
Patrice Coutard déclare ainsi : « Nous avons industrialisé deux produits, une cabine et un dispositif permettant d’équiper une pièce vide en salle de téléconsultation. La cabine peut avoir un effet anxiogène, et certains patients âgés peuvent avoir besoin de l’aide d’un personnel soignant pour effectuer les mesures ».
« Il destine sa capsule, qui a reçu un prix de l’innovation à VivaTech, à trois marchés : les hôpitaux et Ehpad ; la médecine du travail ; les collectivités et les entreprises »,
 indique Le Parisien.

« De la sous-médecine ! » : la charge d’une généraliste contre les bornes de téléconsultation

PAR STÉPHANE LONG – PUBLIÉ LE 09/10/2021

Crédit photo : Phanie

L’épidémie de Covid-19 a donné un coup d’accélérateur au déploiement de la télémédecine en France, adoptée par un grand nombre de médecins. Le Dr Sylvaine Le Liboux y a elle aussi eu recours durant la crise sanitaire. Pourtant, la généraliste s’oppose fermement à l’installation d’une borne de téléconsultation dans sa commune de Valençay, dans l’Indre, où le manque de médecins se fait sentir. Avec son franc-parler, la médecin, également secrétaire générale de la CSMF-Généralistes, livre sa vision de la télémédecine, telle qu’elle la conçoit dans son exercice quotidien.

« LE QUOTIDIEN » – Vous avez fait grève cette semaine pour contester l’installation d’une borne de téléconsultation dans votre commune. Que reprochez-vous à ce dispositif, présenté comme une solution au manque de médecins dans les zones sous-dotées ?

Dr SYLVAINE LE LIBOUX – Je considère que c’est de la sous-médecine. Une consultation, c’est un interrogatoire et un examen clinique. Si j’étais malade, je n’irais pas dans une borne comme ça ! Au niveau technique, elles sont super bien équipées. Mais le patient est livré à lui-même. Comment peut-il mettre un otoscope lui-même dans son oreille alors qu’il nous faut à nous, médecins, plusieurs années pour examiner correctement un tympan. On nous dit que ces bornes vont nous faire gagner du temps. Je n’en suis pas sûre. Ce qui nous prend du temps, ce sont les patients âgés, pluripathologiques, qu’il faut aller voir à domicileEt ces malades, ils ne vont pas consulter dans la borne !

N’est-ce pas une solution pour les pathologies bénignes ?

Il n’y a pas de consultation simple en médecine. J’ai déjà donné cet exemple mais il est pertinent. Prenez le cas d’une jeune femme qui a une cystite. Si vous ne l’examinez pas, vous pouvez passer à côté d’une pyélonéphrite. Une angine, ça peut aussi être un phlegmon, un trouble du sommeil, ça peut être un syndrome dépressif grave. On peut passer à côté de plein de pathologies. D’ailleurs, les médecins qui pratiquent ce type de téléconsultation le savent bien et ils se protègent. Ils font un arrêt de travail d’une journée au patient et ils lui disent d’aller voir leur médecin traitant dès le lendemain ou d’appeler le 15 s’il voit que ça ne va pas.

Pourtant, comme beaucoup de médecins, vous avez eu recours à la téléconsultation durant l’épidémie de Covid…

Oui, mais parce que les patients ne pouvaient pas venir… on ne pouvait pas faire autrement ! J’assimile ça à des consultations dégradées. Je le répète, on prend des risques en pratiquant ce type de médecine. Ce n’est pas vers cela qu’il faut aller.

Comment concevez-vous aujourd’hui une « bonne » télémédecine ?

Je suis favorable aux téléconsultations assistées. Dans ce cas de figure, le patient est accompagné d’un professionnel de santé, une infirmière ou un pharmacien par exemple, qui est à côté de lui pour lui prendre la tension, mener un interrogatoire basique, etc. À l’autre bout, il y a le médecin qui dirige la consultation.

C’est la télémédecine que vous avez développée au sein de la CPTS que vous présidez ?

Oui, et nous le faisons dans le cadre d’une coordination entre professionnels de santé, ce qui n’est pas le cas de la solution à laquelle je m’oppose à Valençay. Nous utilisons une application qui permet de dialoguer entre professionnels, d’échanger en direct des documents. Je vous donne un exemple que j’ai vécu récemment. Une infirmière est au domicile d’une patiente. Elle trouve que son ulcère de jambe est inquiétant. Elle m’envoie une photo sur mon téléphone mobile et on peut dialoguer via notre application de communication santé. Elle fait l’interface avec la malade : « Est-ce qu’elle a mal, est-ce qu’elle a de la fièvre… » À la fin, je peux envoyer directement l’ordonnance au pharmacien. Ça m’évite de faire une visite, c’est un vrai gain de temps.
Mon objectif, c’est de développer ça en Ehpad. Les infirmières pourraient passer de chambre en chambre avec une tablette qui fait la liaison avec un médecin qui, dans son cabinet, a accès au dossier du patient. Ça permettrait de régler les petits problèmes : un résident qui ne va pas à la selle, une sonde urinaire bouchée… Là encore, il y a un dialogue de professionnel à professionnel, le patient n’est pas seul face à son écran. C’est dans cette direction qu’il faut aller.

Vous êtes également favorable à la téléexpertise, qui vient d’être revalorisée par l’avenant 9 ?

Oui, c’est la possibilité de mettre en relation à distance un médecin généraliste et un spécialiste. On le fait déjà aujourd’hui, mais les outils disponibles ne sont pas encore aboutis.

Vous ne voyez aucun avenir aux bornes de téléconsultation ?

Je pense qu’on ne les utilise pas comme il faut. Je le répète, elles sont super techniquement et disposent de nombreux dispositifs médicaux. Pourquoi ne pas en installer dans les Ehpad où les infirmières pourraient s’en servir ? Il faudrait que les sociétés qui les développent travaillent davantage avec les médecins et les professionnels de santé pour trouver les bonnes solutions !

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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