« Le plaidoyer des économistes de la santé, théorique mais salutaire »

Les Tribunes – 6 octobre 2021

Elysée 2022 : « Le plaidoyer des économistes de la santé, théorique mais salutaire » (Tribune)

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Tribune rédigée par Philippe Leduc, initialement publiée sur le blog du Think Tank Economie Santé.

Impressionnant. Les économistes de la santé se lancent. A l’occasion des 30 ans de leur Collège, ils passent en revue « les enjeux et défis » du système de santé français.*** Le constat est sévère mais lucide. Les propositions sont disparates mais nourriront à coup sûr les débats de la campagne présidentielle en matière de santé.

Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.
Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.

Le constat est connu : difficulté d’accès aux soins primaires sur tout le territoire,* manque de coordination ville-hôpital, déficit de prévention, invisibilité de la santé publique**, inégalités sociales de santé, etc. Le patient a changé. Comment mieux tenir compte de ses aspirations ? Le professionnel aussi n’est plus le même et alors que les besoins s’accroissent, la densité va fortement baisser au cours des 10 ans à venir, accroissant la tension sur ceux-ci.

Les solutions égrenées sont diverses : repenser l’organisation du financementréorganiser en profondeur l’offre de soins, agir sur les modes de rémunération des offreurs de soins, développer les systèmes d’information en santé et les évaluations.

Des propositions disparates qui nourriront les débats « santé » de la campagne présidentielle

Sont aussi discutés : la place pour une assurance privée concurrentielle en complément de l’assurance publique ; la dépendance ; l’hétérogénéité des pratiques, leur raison d’être et leur contrôle ; santé et travail ; la qualité des soins et la coordination des acteurs ; comment financer les innovations organisationnelles, numériques, technologiques, génomiques et pharmaceutiques.

Passionnante, cette mine d’informations est bien argumentée et manie thèse et antithèse. Elle aurait certes gagné à se conclure pour chaque item par des propositions concrètes et imprégnées par leur faisabilité et par la manière de mobiliser les professionnels, les acteurs et les patients. Mais on ne boudera pas notre plaisir.

Le système de santé français aujourd’hui – Enjeux et défis. A l’occasion des 30 ans du Collège des Economistes de la santé. Sous la coordination de Thomas Barnay, Anne-Laure Samson et Bruno Ventelou. 367 pages. Editions ESKA

Les Tribunes – 21 mai 2021

« Les soins primaires ont-ils encore un avenir en France ? » (Tribune)

*https://www.lesechos-events.fr/think-tank/blog/think-tank-economie-sante/covid-19-les-soins-primaires-ont-ils-encore-un-avenir-en-france/

Tribune rédigée par Philippe Leduc, initialement publiée sur le blog du Think Tank Economie Santé.

Mal nommés, mal compris et mal acceptés, les soins primaires ont frayé leur chemin en France depuis une vingtaine d’années, avec en particulier la création du « médecin traitant » en 2004. Dans un petit opuscule passionnant et érudit, l’histoire de ce mouvement et ses enjeux sont analysés dans toute leur complexité.

Comment un tel schéma en théorie structurant a impacté la pratique médicale ? Correspond-il toujours aux besoins de santé à l’heure du Covid ?

Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.
Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.

Les soins primaires ont pour fonction de garantir l’accès aux soins selon ses besoins en associant globalité, continuité et coordination avec les autres secteurs, secondaires et tertiaires. « Primaires » a pu être perçu comme un peu dévalorisant, si bien qu’est préférée bien souvent la notion de « soins de proximité ». Ou encore de « premier recours », dans la loi de 2009. Pour revenir aux « équipes de soins primaires » dans celle de 2016.

Les « soins de proximité » apparaissent dans la loi de 2019. Cette valse-hésitation sémantique trahit en fait les difficultés d’organisation, de régulation et de gouvernance. Et l’importance d’associer différentes professions de santé dont les hospitaliers, les usagers et les élus locaux. Jusqu’à la création des collectifs de professionnels de santé de ville sur un territoire (CPTS*) englobant – enfin – la prévention, l’anticipation et les besoins de santé insuffisamment traités au sein de la population d’un territoire donné.

Les soins primaires ont un avenir s’ils se réinventent en se décloisonnant avec les autres acteurs et en passant du soin à la santé. Est-ce la fin du modèle libéral individuel, s’interrogent les auteurs. Le Président de la République a déjà répondu par la positive en septembre 2018.

*Communauté professionnelle territoriale de santé

Les soins primaires en question(s). Yann Bourgueil, Aline Ramond-Roquin, François-Xavier Schweyer. Hygée Éditions

Les Contrepoints de la Santé – 1 décembre 2020

**Santé publique : « il faut s’appuyer sur les forces présentes dans les territoires »

https://www.veille-acteurs-sante.fr/2020/12/01/segur-sante-publique-territoires/

Prévu à l’automne, puis finalement reporté, le « Ségur de la santé publique », annoncé par le ministre de la Santé le 21 juillet dernier en conclusion du Ségur de la santé, doit être l’occasion de renouveler notre façon de concevoir, d’enseigner et de pratiquer la santé publique en France. Et ce, afin de faire évoluer notre système de soins vers un véritable système de santé.

Décloisonner le système, inclure tous les acteurs de la promotion de la santé, améliorer la prévention et l’éducation en santé, soutenir les initiatives locales et les dynamiques de territoires… les enjeux, nombreux, ont été évoqués et débattus lors des Contrepoints de la Santé organisés le 23 novembre 2020, en présence du Pr Franck Chauvin, Président du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), et du Pr Emmanuel Rusch, Président de la Société française santé publique (SFSP) et Président de la Conférence nationale de Santé (CNS). Un débat dont nous étions partenaires média.

D’un système de soins à un système de santé

« Il y a eu le Ségur de la santé », comme « réponse à la crise de l’hôpital » ; « il me semble que le Ségur de la santé publique que l’on doit conduire doit être une réflexion sur la place de la santé dans notre système de soins », introduit Franck Chauvin, Président du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), lors des derniers Contrepoints de la Santé. De fait, « il serait temps que notre système de santé, qui est en fait un système de soins, évolue vraiment vers un système de santé ».

L’une des étapes-clé pour y parvenir est de « décloisonner » entre sanitaire et médicosocial, entre soins de premiers recours et soins spécialisés, entre soins à domicile, de ville et hospitaliers, pour une meilleure efficacité et efficience, renchérit Emmanuel Rusch, Président de la Société Française de Santé Publique (SFSP). « En France, on a un mode de fonctionnement en silo, il faut que l’on puisse abattre un certain nombre de cloisons », détaille-t-il.

Pour lui, le système doit par ailleurs renforcer la prévention et la promotion en santé, et davantage prendre en compte les inégalités sociales de santé.

Une « réponse de santé » plus qu’une « réponse toute médicale »

« Tous les acteurs de santé, médicaux ou non, devront contribuer » à cette transitionselon Franck Chauvin, qui appelle à « sortir d’une réponse toute médicale » pour s’orienter vers « une réponse de santé ».

« Ils sont prêts », renchérit Emmanuel Rush. Prêts « à se mobiliser »« à confronter leurs idées » et « à essayer de dégager des points de consensus ».

Le timing – en pleine pandémie liée à la Covid-19 – est propice. « La lutte contre les épidémies a fondé historiquement la santé publique. La question de l’avenir de la santé publique peut donc être reposée à l’occasion de cette nouvelle crise », juge Franck Chauvin.

Privilégier les instances de démocratie sanitaire

Du point de vue de la méthode, Emmanuel Rush plaide non pas pour « une succession de bilatéralismes » mais pour un « cadre multilatéral » au sein des « instances de démocratie en santé« , à l’échelle des départements (via les conseils territoriaux de santé), des régions (à travers les conférences régionales de santé et de l’autonomie ou CRSA) ainsi qu’à l’échelle nationale (au sein de la CNSA).

« Utilisons les outils dont nous disposons », clame-t-il, faisant référence à ces « petits parlements dans le champ de la santé qui réunissent tous les acteurs du système de santé, des usagers aux professionnels de santé, en passant par les élus » que « nous avons progressivement mis en place et qui sont les lieux idoines pour travailler ce Ségur de la santé et ce Ségur de la santé publique ». Les associations d’usagers abondent dans son sens : le 24 juillet, dès la fin du Ségur, France Assos Santé scandait « un Ségur de la santé publique : OUI, mais avec tous les acteurs de la promotion de la santé ! »

De même, de nombreux dispositifs locaux se développent, tels que les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), les Contrats locaux de santé (CLS)… Ils « doivent être soutenus », assure Emmanuel Rush, afin de renforcer la territorialisation de notre système de santé. Celui-ci doit être « repositionné » au service des besoins de santé de la population, lesquels s’inscrivent dans un territoire particulier.

Renforcer la santé publique de territoire

Franck Chauvin confirme : ce nouveau Ségur, prévu pour le printemps 2021, doit être l’occasion d’une réflexion sur la « santé publique de territoire« . Bref, de « s’appuyer sur les forces présentes dans les territoires » et de ne pas oublier d’inclure les collectivités, dont les municipalités.

Paradoxalement « notre faiblesse n’est pas l’hôpital, qui résiste bien face à la crise » actuelle liée à la Covid-19estime Franck Chauvin. Pour autant, il est d’avis que la prévention dans les établissements de soins et la responsabilité populationnelle de ces derniers doivent être renforcées.

L’enjeu global est clair : diminuer le nombre de patients dans notre pays. Il y a, pour Franck Chauvin, un « enjeu majeur » pour la soutenabilité de notre système de santé et la santé des Français : celui d’« augmenter dans les dix ans qui viennent l’espérance de vie sans incapacité et sans maladie de cinq ou dix ans ».

Cela implique, en termes de pilotage, une « approche interministérielle » (Santé, Education nationale, Enseignement supérieur…) pour améliorer la santé de la population… et sa culture en santé publique. « Cela ne sert à rien de changer de système si on ne change pas la culture en santé publique dans notre pays ».

Emmanuel Rush en convient, « il y a une culture de la santé publique globalement pauvre » dans l’Hexagone. Il y a donc, selon lui, « des actions à mener tout au long du système éducatif français, du plus jeune âge aux âges plus avancés ». Par ailleurs, « l’approche de la santé doit également être systémique : santé animale et santé humaine doivent être appréhendées de façon globale », dans la droite ligne du concept « One health« . On y arrive…

Les Contrepoints de la Santé sont des petits-déjeuners-débats mensuels co-organisés par les journalistes Pascal Maurel (Ortus), Philippe Leduc (LDC Santé) et Renaud Degas (La Veille des acteurs de la Santé, Presse Infos +), avec l’aide de Françoise Millet (Ortus) et Nathalie Ratel (La Veille des acteurs de la Santé, Presse Infos +). Tous les mois, des personnalités de premier plan débattent ainsi des sujets qui font l’actualité de la santé !

Nous sommes partenaires média de ces débats, aux côtés de BVA Santé, Canon Médical, Carte blanche, Groupe Pasteur Mutualité, MSD, Point Vision et Qare.

(Re)voir les précédents Contrepoints de la Santé

***Livre collectif des 30 ans

Ouvrage collectif du Collège des Economistes de la Santé

Le Système de Santé Aujourd’hui : Enjeux et Défis

https://www.ces-asso.org/publications/livre/

La crise de la COVID-19 a souligné, parfois avec cruauté, certaines insuffisances du système de santé français. Elle a jeté la lumière sur l’absence de stratégie globale de gestion du risque et la difficulté de prendre des décisions adaptées à un niveau infranational. Mais elle a aussi été porteur d’espoir en révélant une véritable capacité d’adaptation des professionnels de santé à l’hôpital et en ville et des industriels pharmaceutiques, accélérant les processus d’innovation thérapeutique et de coordination des acteurs.

Il semble, aujourd’hui plus que jamais, nécessaire qu’un ouvrage en économie de la santé puisse éclairer les débats qui traversent le système de santé. De nombreux défis sont à relever : le financement et la régulation des dépenses de santé, le manque de coordination entre médecine de ville et hôpital ; le déficit de prévention et l’invisibilité de la santé publique ; les inégalités sociales de santé et d’accès aux soins. Ces défis interrogent chacun des acteurs du système de santé (patients, offreurs de soins, industriels…). 

A l’occasion de ses 30 ans, le Collège des Economistes de la santé propose un ouvrage collectif réunissant 30 contributeurs, et ambitionne d’analyser et de disséquer les principaux défis auxquels le système de santé fait face.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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