Un bilan accablant des violences sexuelles commises par des membres du clergé

Pédocriminalité : l’Eglise a besoin d’un vrai aggiornamento

ÉDITORIAL

Le Monde

Le rapport de la commission présidée par Jean-Marc Sauvé dresse un bilan accablant des violences sexuelles commises par des membres du clergé. Leur « caractère systémique » met en cause les structures mêmes de l’institution, son fonctionnement mais aussi certains de ses dogmes.

Publié aujourd’hui à 12h06    Temps de Lecture 2 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/10/05/pedocriminalite-l-eglise-a-besoin-d-un-vrai-aggiornamento_6097201_3232.html

Editorial du « Monde ». Longtemps, l’image du prêtre se livrant à des attouchements sur des enfants a relevé du cliché, de la rumeur, entre secret et blague grasse. Depuis que la parole des victimes a commencé à se libérer dans les années 2010, en France, comme dans de nombreux autres pays, on sait que ces agressions sexuelles ont été nombreuses, dévastatrices et largement couvertes par la hiérarchie catholique. Mais le rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, rendu public mardi 5 octobre, donne à ces violences une autre dimension : celle d’un scandale massif mettant en cause non seulement le fonctionnement des institutions de la première religion française, mais certains de ses dogmes. Deux chiffres résument ce constat accablant : 216 000 personnes aujourd’hui majeures ont été abusées par des prêtres ou des religieux depuis 1950 alors qu’elles étaient mineures ; quelque 3 000 clercs se sont comportés en pédocriminels.

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Le bilan est d’autant plus explosif qu’il a été dressé sur des bases solides, au terme d’un travail méticuleux de près de trois années combinant enquête dans les archives, écoute des victimes, expertise tant en droit canon qu’en sciences sociales et en psycho-psychiatrie. Bien que commandé et financé par les évêques et les congrégations religieuses, le rapport de la commission présidée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’Etat, n’est pas suspect de complaisance et fournit un panorama des abus sexuels dans l’Eglise de France sans équivalent à l’étranger. Il établit que l’Eglise catholique est, de loin, le premier lieu de socialisation où, en France, ont été commis de tels délits et crimes, en dehors de la famille.

Ménager davantage de place aux femmes

Toute la question est aujourd’hui de savoir, au-delà du choc que constitue le déferlement de témoignages terribles sur des secrets gardés pendant des décennies et des vies marquées à jamais, quelles leçons saura tirer une institution qui, en la matière, a longtemps érigé en principes la dissimulation et la non-dénonciation d’infractions pénales. La commission Sauvé propose des pistes utiles : l’Eglise doit reconnaître sa responsabilité en tant qu’institution, engager un mécanisme de « réparation financière » et modifier son mode de gouvernance, ses processus de formation et de prévention. Elle recommande de faire prévaloir la justice pénale sur le droit canon, qui ignore les victimes, de remettre en cause l’« excessive sacralisation de la personne du prêtre » et de ménager davantage de place aux femmes.

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Mais de telles mesures, minimales, peuvent-elles suffire à l’Eglise pour regagner la confiance perdue et prétendre faire à nouveau entendre sa voix dans la société ? Le fait que la quasi-totalité des abus sexuels constatés a été commise par des hommes interroge sur la place des femmes dans l’institution. Il questionne les structures mêmes de l’Eglise qui, fondée sur la domination masculine et refusant d’autoriser les femmes à dispenser des sacrements, doute d’un principe fondamental des sociétés modernes : l’égalité entre hommes et femmes.

Le pape François, en nommant quelques femmes à des postes de responsabilité au Vatican et en autorisant des femmes à jouer un rôle dans la célébration liturgique, montre la voie. Mais il faudra bien davantage que ce premier pas vers un aggiornamento pour que l’Eglise surmonte le traumatisme de la mise au jour de ces abus sexuels dont le caractère « massif » et « systémique » pose non seulement la question de la responsabilité de l’institution vis-à-vis de la société, mais aussi celles du célibat qu’elle impose aux prêtres et de la place qu’elle réserve aux femmes.

Le Monde

Abus sexuels dans l’Eglise catholique : l’état des lieux accablant de la commission Sauvé

Fruit de deux ans et demi de travail, le rapport rendu par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique, mardi, fait état de 216 000 victimes agressées sexuellement par des membres du clergé alors qu’elles étaient mineures depuis 1950. Il décrit un phénomène « massif » et « systémique ». 

Par Cécile ChambraudPublié aujourd’hui à 12h02, mis à jour à 22h59  https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/05/pedocriminalite-un-etat-des-lieux-devastateur-pour-l-eglise-catholique_6097197_3224.html

Temps de Lecture 7 min. 

Jean-Marc Sauvé, le président de la commission indépendante sur les abus sexuels commis par des responsables ecclésiastiques (Ciase), lors de la publication du rapport de la commission, le 5 octobre, à Paris.
Jean-Marc Sauvé, le président de la commission indépendante sur les abus sexuels commis par des responsables ecclésiastiques (Ciase), lors de la publication du rapport de la commission, le 5 octobre, à Paris. THOMAS COEX / AFP

Plus encore que la valeur absolue, tragique mais probablement sous-évaluée, c’est la comparaison qui est dévastatrice. Le rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase), rendu public mardi 5 octobre, estime à 216 000 personnes le nombre d’adultes, dans la population actuelle, qui ont été victimes, mineurs, de violences sexuelles de la part d’un prêtre, d’un diacre ou d’un religieux.

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La commission présidée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’Etat, a cherché à savoir où se situait l’Eglise catholique, dans cette évaluation, par rapport aux autres sphères de socialisation. Sa réponse est formelle : « L’Eglise catholique est, hormis les cercles familiaux et amicaux, le milieu où la prévalence des violences sexuelles est la plus élevée. » Si l’on y ajoute les agressions subies de la part de non-prêtres ou religieux liés à l’Eglise (personnels des établissements scolaires, catéchistes, encadrants de mouvements de jeunesse…), on arrive à une estimation de 330 000 personnes victimes.

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Fruit de deux ans et demi de travail, le rapport a été remis mardi à ses mandataires, la Conférence des évêques de France (CEF) et la Conférence des religieuses et religieux de France (Corref). Sous la pression des collectifs de victimes, les deux organismes, représentant l’un les diocèses, l’autre les congrégations, s’étaient, en novembre 2018, résolus à créer une instance indépendante pour faire un bilan de ce qui s’est passé depuis 1950, étudier les réactions de la hiérarchie ecclésiastique, évaluer les mesures prises depuis vingt ans pour mettre un terme à ce phénomène et faire des propositions pour en prévenir la répétition. Depuis quelques jours, des messages étaient diffusés par certains évêques prévenant les fidèles qu’ils devaient s’attendre à des révélations particulièrement bouleversantes.

Sous le titre « Les violences sexuelles dans l’Eglise catholique – France, 1950-2020 », la commission, qui a pu travailler sans entrave, fait un état des lieux « particulièrement sombre », résume Jean-Marc Sauvé dans son introduction. Pour les vingt-deux membres de la Ciase, les chiffres les plus déstabilisants sont arrivés dans la dernière phase de leur mission. C’est au premier semestre de cette année que l’enquête en population générale conduite auprès de 30 000 personnes a permis de calculer la prévalence des violences sexuelles selon les différentes sphères de socialisation.

Francois Devaux, founder of victim association « La parole liberee », attends the publishing of a report by an independant commission into sexual abuse by church officials (Ciase) on October 5, 2021, in Paris. The commission’s two and a half years of research based on church, court and police archives, as well as interviews with witnesses, uncovered between 2,900 and 3,200 paedophile priests or other members of the church have operated inside the French Catholic Church since 1950. (Photo by THOMAS COEX / various sources / AFP)

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Selon cette enquête, effectuée sous la conduite de la sociologue Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), les agressions sexuelles sur des mineurs par des clercs et des religieux ont représenté un peu moins de 4 % de l’ensemble des agressions de ce type commises, qui ont concerné au total 5,5 millions de personnes âgées de 18 ans et plus aujourd’hui (14,5 % des femmes, 6,4 % des hommes). La proportion monte à 6 % si l’on inclut les agressions commises par des laïcs liés à l’Eglise.

Dans l’ensemble de la population aujourd’hui majeure, la grande majorité des violences sur mineurs a été commise dans le cadre familial (pour 3,7 % des plus de 18 ans), par un ami de la famille (2 %) ou par un ami ou copain (1,8 %). Mais, parmi les autres instances de socialisation, c’est l’Eglise catholique qui arrive en tête, et largement, pour la prévalence des agressions. La part des personnes qui l’ont fréquentée et qui y ont été agressées dans leur minorité est de 0,82 %, si l’on ne compte que les violences commises par des clercs ou des religieux et de 1,16 % si l’on inclut les autres agresseurs en lien avec l’Eglise. Dans les autres institutions de socialisation, ce taux est de 0,36 % pour les colonies et camps de vacances, de 0,34 % pour l’école publique, de 0,28 % pour les clubs de sport et de 0,17 % pour les activités culturelles et artistiques. Au total, le taux de prévalence des violences sexuelles sur mineurs dans l’Eglise catholique est donc plus de deux fois supérieur aux autres milieux touchés, hors familles.

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  • Le difficile recensement des abuseurs

Le nombre de prêtres, de diacres et de religieux auteurs d’agressions sexuelles sur mineurs ne peut être évalué par les mêmes méthodes. En revanche, l’enquête à partir des archives et des témoignages conduite par l’équipe du sociologue et historien Philippe Portier, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), permet d’établir une donnée « plancher ». Depuis 1950, entre 2 900 et 3 200 prêtres, diacres et religieux nommément connus ont, de manière établie, infligé des violences sexuelles à des mineurs (très majoritairement) ou à des majeurs vulnérables (principalement des religieuses, mais aussi des séminaristes).

Si l’on rapporte ce nombre à celui du total des prêtres et religieux qui ont exercé pendant les soixante-dix ans étudiés, c’est-à-dire 115 000 environ, on peut établir un pourcentage d’abuseurs cléricaux. Il atteint alors 2,5 % à 2,8 %. Peut-il refléter la réalité ? La commission Sauvé demeure prudente à ce sujet. Elle note que ce ratio se situe « dans le bas de la fourchette » établie par les commissions équivalentes qui ont travaillé depuis vingt ans dans d’autres pays occidentaux – qui s’étage de 4,4 % à 7,5 % –, mais qu’il est supérieur à celui obtenu par la commission néerlandaise.

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D’autre part, elle constate que, rapporté aux données de l’enquête en population générale, ce ratio supposerait un nombre très élevé de victimes (entre 64 et 67) par agresseur. Elle a donc établi d’autres hypothèses « correspondant à des taux de 5 % à 7 % » pour finalement estimer qu’« un taux aux approches de 3 % de clercs et de religieux auteurs d’agressions sexuelles constitue une estimation minimale et une base de comparaison pertinente avec les autres pays ».

Au total, compte tenu des données dégagées par les différentes enquêtes en sciences sociales conduites, la commission estime que le phénomène des violences sexuelles dans l’Eglise catholique peut être qualifié de « massif ». Il est selon elle « en diminution dans le temps mais toujours présent » et il présente « un caractère systémique ».

Olivier Savignac, l’une des victimes, lors de la publication du rapport de la commission sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase), le 5 octobre, à Paris. THOMAS COEX / AFP

  • « Phénomène systémique »

Face à ces violences, comment s’est comportée l’institution ? Son attitude a évolué au fil des décennies, comme le démontre en détail l’étude archivistique de Philippe Portier. Pendant les années 1950 et 1960, celles durant lesquelles a eu lieu plus de la moitié (56 %) des faits (ils représentaient, à l’époque, 8 % du total des violences sexuelles sur mineurs), la hiérarchie ecclésiale cherche d’abord à « se protéger du scandale » tout en traitant les prêtres agresseurs dans des structures ad hoc, tandis que les personnes victimes sont « invitées à faire silence » et que leur sort est « occulté ». Dans les deux décennies suivantes (22 % des abus), la préoccupation de l’Eglise pour les abus semble s’estomper, avant, dans les années 1990, de timidement commencer « à prendre en compte l’existence de personnes victimes » puis, dans les années 2010, de commencer à les « reconnaître ».

Le jugement d’ensemble porté par la Ciase est cru. Elle le résume par ces mots : « occultation »« relativisation, voire déni, avec une reconnaissance toute récente, réellement visible à compter de 2015, mais inégale selon les diocèses et les congrégations ». Finalement « s’impose la notion de phénomène systémique » dans la mesure où « l’institution ecclésiale n’a clairement pas su prévenir ces violences, ni simplement les voir, et moins encore les traiter avec la détermination et la justesse requises ».

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  • Les causes de la spécificité de l’Eglise

La Ciase a analysé différents facteurs qui lui semblent expliquer l’ampleur du phénomène comme le traitement défaillant qui lui a été appliqué. Elle met en cause le droit canon, le droit interne de l’Eglise, qu’elle juge « largement inadapté », ne faisant aucune place à la victime, ne nommant jamais les violences sexuelles. Bref, il ne répond pas « aux standards du procès équitable et aux droits de la personne humaine dans la matière si sensible des agressions sexuelles sur mineurs ».

La commission s’est aussi interrogée sur le rôle de certains éléments de la doctrine catholique, dont les « dévoiements » et les « dénaturations » auraient fait le lit des abus. Elle cite « l’excessive sacralisation de la personne du prêtre »« la survalorisation du célibat »« le dévoiement de l’obéissance lorsqu’elle confine à l’oblitération de la conscience »« la vision excessivement taboue de la sexualité ». En revanche, la synthèse du rapport ne s’aventure pas sur la question du principe du célibat des prêtres ni sur celle de l’ordination réservée aux hommes.

  • Une réponse insuffisante

La commission était aussi invitée à évaluer les mesures prises par les autorités ecclésiales depuis vingt ans, depuis que des cas d’agressions sexuelles sont régulièrement parvenus à la connaissance de l’opinion. Là encore, en dépit de décisions qualifiées d’« importantes » pour les prévenir et les traiter, la Ciase porte un jugement sévère. Ces mesures ont été souvent « tardives », décidées « en réaction aux “événements” et, en outre, “inégalement appliquées” ». Bref : « Globalement insuffisantes. »Publication du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique : ce qu’il faut savoir

Mardi 5 octobre, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise a rendu public son rapport. Elle estime le nombre de victimes, durant leur minorité, de violences sexuelles de la part d’un prêtre, d’un diacre ou d’un religieux, dans la population actuelle âgée de 18 ans et plus, à 216 000 personnes.

Pour tout comprendre, les articles du Monde sur le sujet :

**Responsabilité de l’institution, indemnisation des victimes, gouvernance… Les préconisations de la commission sur les abus sexuels dans l’Eglise

Pour la commission Sauvé, qui a rendu son rapport mardi sur les violences sexuelles dans l’Eglise catholique, l’institution doit endosser « une responsabilité à caractère à la fois individuelle et systémique » pour une « justice restaurative ». 

Par Cécile ChambraudPublié aujourd’hui à 12h03, mis à jour à 13h08  https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/05/responsabilite-de-l-institution-indemnisation-des-victimes-gouvernance-les-preconisations-de-la-commission-sur-les-abus-sexuels-dans-l-eglise_6097198_3224.html

Temps de Lecture 5 min. 

Conformément à sa lettre de mission, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase) formule des recommandations, au nombre de quarante-cinq, aux évêques et aux religieux pour tirer les conséquences de ce qui s’est produit depuis soixante-dix ans et pour prévenir toute répétition du phénomène « systémique » des violences sexuelles sur mineurs et majeurs vulnérables. Ce faisant, dans son rapport publié mardi 5 octobre, elle tranche une question centrale sur laquelle ont buté jusqu’à présent les évêques parce qu’ils sont profondément divisés à son sujet. Cette question, déterminante pour les personnes victimes, est celle de la responsabilité de l’institution.

Depuis des années, elle fait l’objet de débats feutrés au sein de l’épiscopat. Qui peut être tenu pour responsables d’abus commis il y a parfois plusieurs décennies, par des prêtres aujourd’hui décédés ? Leurs seuls auteurs ? Ceux qui les ont couverts ? Le diocèse dans lequel ils ont été perpétrés ? Ou bien l’Eglise catholique dans son ensemble ? Pour certains évêques, la responsabilité ne saurait être collective pour des faits individuels. Pour la commission présidée par Jean-Marc Sauvé, l’état des lieux impose la réponse : l’Eglise doit « endosser une responsabilité à caractère à la fois individuel et systémique ».

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Selon la Ciase, cette responsabilité doit s’entendre au sens large et aussi au sens très concret. C’est d’abord une responsabilité juridique, tant pénale que civile. Elle vaut « à titre individuel, à raison des fonctions exercées » comme « pour l’ensemble des personnes morales qui composent l’Eglise ». Ce peut être une responsabilité pour les fautes personnelles commises mais aussi, et c’est là une précision qui risque de heurter dans la hiérarchie, « du fait d’autrui, en raison du lien juridique existant entre le prêtre auteur du crime ou du délit et l’évêque de son diocèse ». Ce lien juridique est souvent contesté en matière d’abus.

Reconnaître les faits

La responsabilité de l’Eglise, ajoute la Ciase, est également « systémique » et « civique », du fait de sa place dans la société française. La commission Sauvé incite du reste l’institution à ne pas se sentir à l’abri d’une « responsabilité qu’elle n’aurait pas elle-même acceptée » en croyant que seuls peuvent être poursuivis les agresseurs et les personnes ayant omis de signaler une infraction dont elles auraient eu connaissance. Elle affirme qu’en l’état actuel de la législation, « l’engagement de la responsabilité civile des diocèses est tout sauf exclu ». Elle estime, en outre, « probable » que le Parlement impose, dans l’avenir, des « mécanismes d’indemnisation » aux institutions et collectivités dans lesquelles se seraient produites des violences sexuelles sur mineurs.

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Encore faut-il, pour se sentir responsable de ces violences sexuelles, accepter pleinement de dépasser « la chape de silence qui les a couvertes ». L’Eglise est appelée à reconnaître les faits, leur ampleur, les immenses dommages qu’ils ont causés à des dizaines de milliers de personnes et à ne pas demeurer dans le « déni du réel » qui a caractérisé son attitude des dernières décennies. La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique, qui a travaillé ces questions avec les associations et collectifs de personnes victimes pendant deux ans, recommande à l’institution d’en faire autant pour bâtir un processus de reconnaissance extrait des habituelles euphémisations, des « on ne savait pas » ou encore des excuses tirées du contexte.

La Ciase tranche une autre question très souvent soulevée par les victimes de violences sexuelles dans l’enfance, qui se heurtent à la prescription des faits subis devant les tribunaux de l’Etat. Faut-il allonger la prescription de ces faits, voire la supprimer ? Là encore, le sujet a été approfondi de concert avec les associations. La Ciase tranche pour le statu quo, au motif qu’une telle réforme n’aiderait probablement pas les victimes dans leur reconstruction. En revanche, elle demande à l’Eglise d’aider les personnes victimes qui le souhaitent à établir la vérité, y compris pour des faits très anciens et prescrits, en diligentant les enquêtes nécessaires. Ce serait, pour la commission, un élément important dans la mise en œuvre d’une « justice restaurative ».

Indemnisation individuelle

La commission Sauvé se prononce sur un troisième sujet épineux, qui a lui aussi divisé les évêques : celui de l’indemnisation des victimes qui le souhaitent. L’emploi du terme « indemnisation » et de l’expression « réparation financière » est la conséquence logique de sa position sur la responsabilité de l’Eglise. Parce qu’ils n’étaient pas tous prêts à l’assumer, les évêques ont recouru depuis trois ans à toutes sortes de contorsions lexicales pour éviter les termes d’« indemnisation » ou de « réparation », trop liées, selon eux, à l’engagement de la responsabilité. En mars, lors de leur assemblée plénière, ils s’étaient ainsi prononcés pour « une contribution financière ». La commission balaie donc ces hésitations.

Pour elle, l’indemnisation doit être conçue comme un aboutissement du processus de réparation. Elle doit être individualisée, c’est-à-dire adaptée à la situation de chaque personne victime, ce qu’avait déjà admis l’épiscopat en mars. Le mécanisme doit être confié à un organisme indépendant, extérieur à l’Eglise. Il doit être abondé par le patrimoine des agresseurs et celui « des institutions relevant de l’Eglise en France, sans appel aux dons des fidèles », insiste la Ciase. La contribution des fidèles volontaires avait été souhaitée par les évêques en mars.

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Le rapport formule de nombreuses autres préconisations. Dans certains cas, sans doute pour éviter de défier directement des éléments constitutifs de l’ecclésiologie ou du dogme catholique, il se contente de suggérer des pistes. Il en va ainsi pour ce qui est de la gouvernance de l’Eglise. Celle-ci est « invitée à s’interroger en profondeur » sur « les conséquences de la concentration entre les mains de l’évêque des pouvoirs d’ordre [sacramentels] et de gouvernement ». Outre la non-séparation des pouvoirs, sont critiqués le manque de contrôle interne, d’évaluation et la faible place des laïcs et des femmes en particuliers dans les lieux de décision.

La Ciase prend moins de gants pour réclamer « une vaste remise à niveau du droit canonique en matière pénale », que ce soit en ce qui concerne la définition des infractions ou la procédure. Elle réclame « la reconnaissance de la prééminence »de la justice pénale étatique. A ce propos, elle estime que la législation actuelle ne permet pas aux confesseurs de se prévaloir du secret de la confession pour se soustraire à l’obligation de signalement au parquet des cas de violence sexuelle sur mineur ou majeur vulnérable. Alors même que cette analyse n’est pas partagée par l’Eglise, elle lui demande de donner des directives précises en ce sens aux confesseurs. D’autres préconisations enfin concernent la sélection et la formation des séminaristes et des novices.Publication du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique : ce qu’il faut savoir

Mardi 5 octobre, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise a rendu public son rapport. Elle estime le nombre de victimes, durant leur minorité, de violences sexuelles de la part d’un prêtre, d’un diacre ou d’un religieux, dans la population actuelle âgée de 18 ans et plus, à 216 000 personnes. Pour tout comprendre, les articles du Monde sur le sujet :

Cécile Chambraud

Violences sexuelles dans l’Eglise : des associations de victimes réclament l’application des préconisations de la Ciase

Alors que la commission Sauvé rend son rapport mardi 5 octobre, plusieurs collectifs ont signé un communiqué dans lequel ils « saluent ce travail immense ». 

Par Cécile ChambraudPublié aujourd’hui à 12h05, mis à jour à 13h10  

Temps de Lecture 1 min.

 https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/05/violences-sexuelles-dans-l-eglise-des-associations-de-victimes-reclament-l-application-des-preconisations-de-la-ciase_6097199_3224.html

Francois Devaux, fondateur de l’association de victimes La Parole libérée, lors de la remise du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase), le 5 octobre, à Paris.
Francois Devaux, fondateur de l’association de victimes La Parole libérée, lors de la remise du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase), le 5 octobre, à Paris. THOMAS COEX / AFP

Pendant ses deux ans et demi d’existence, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase) a travaillé, sur certains sujets, en étroite coopération avec les représentants d’associations de victimes qui le souhaitaient. C’est notamment le cas de la réflexion sur ce que doit être un processus de « justice restaurative », qui vise à permettre aux personnes victimes de reprendre possession de leur histoire en faisant la vérité sur ce qu’ils ont subi, à établir les responsabilités, et à réparer ce qui peut l’être.

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Ces associations ont réagi à la publication, mardi 5 octobre, du rapport de la commission présidée par l’ancien vice-président du Conseil d’Etat Jean-Marc Sauvé. Dans un communiqué signé par les collectifs Comme une mère aimante, Collectif 85, Foi et Résilience, Sentinelle, Victimes-Aumônerie du lycée d’Enghien-Les-Bains, ainsi que par François Deveaux, l’un des fondateurs de La Parole libérée, ils « saluent ce travail immense » qui « a permis d’établir avec certitude, précision et rigueur la réalité des faits »« Ces crimes, qui ont touché des mineurs et des majeurs, écrivent-ils, ne pourront désormais plus être ni contestés ni minimisés. »

Ils demandent maintenant, ensemble, à l’Eglise catholique, de « mettre en œuvre des réformes structurelles »« Nous attendons que les évêques et responsables religieux de tous niveaux respectent et appliquent chacune des préconisations de la Ciase, commission d’enquête qu’ils ont eux-mêmes suscitée, écrivent-ils. Le temps n’est plus aux paroles qui n’engagent que ceux qui les écoutent et qui dispenseraient l’Eglise et ses représentants de les traduire en actes ! » Parallèlement, une pétition en ce sens a été lancée sur Change.org. Mardi matin, elle avait recueilli plus de 11 000 signatures.

Pédophilie dans l’Eglise : « La prédation cléricale demeure à un niveau significatif, quoique moins élevé que dans les premières décennies de la période analysée »

L’enquête conduite par l’historien Philippe Portier sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique a porté sur les caractéristiques des ecclésiastiques agresseurs, sur le profil de leurs victimes et la façon dont l’institution a géré ces affaires. 

Propos recueillis par Cécile Chambraud

Publié aujourd’hui à 12h27, mis à jour à 13h09  

Temps de Lecture 13 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/05/pedophilie-dans-l-eglise-la-predation-clericale-demeure-a-un-niveau-significatif-quoique-moins-eleve-que-dans-les-premieres-decennies-de-la-periode-analysee_6097204_3224.html

Membre de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase) et directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, le sociologue et historien Philippe Portier a conduit, à partir des archives, une enquête sociohistorique sur les violences sexuelles commises par des prêtres ou des religieux sur des mineurs et des majeurs vulnérables.

Avec son équipe de recherche composée de Paul Airiau, docteur en histoire religieuse, Thomas Boullu, docteur en histoire du droit, et Anne Lancien, docteur en science politique, il a eu accès aux archives des diocèses (un seul leur en a refusé l’accès), des congrégations religieuses, aux archives nationales de l’Eglise ainsi qu’à celles de la justice. Il retrace les principaux résultats issus de ce travail concernant le nombre et les caractéristiques des ecclésiastiques abuseurs, le profil de leurs victimes et l’attitude de l’institution concernant ces agressions.

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Avez-vous pu déterminer combien de prêtres et religieux auteurs de violences sexuelles sur des mineurs les diocèses et les congrégations connaissaient, depuis 1950 ?

Nous avons cherché à savoir combien on pouvait repérer de prêtres et de religieux abuseurs certains depuis 1950, à travers les archives de l’Eglise, les témoignages à la Ciase et les dossiers judiciaires. Ils sont à peu près 3 000, dont on connaît l’identité et dont les agissements sont avérés. Sur ces 3 000, l’Eglise en connaissait nommément 1 800, présents dans les archives. Depuis 1950, l’Eglise compte à peu près 110 000 prêtres et religieux – les religieuses sont très peu nombreuses parmi les abuseurs sexuels, une dizaine. Cela donne un taux d’abuseurs d’environ 3 %, ce qui situe la France dans le bas de la fourchette établie par les enquêtes faites dans d’autres pays [Etats-Unis, Allemagne, Australie, Irlande, Pays-Bas].

C’est un plancher bien sûr, un nombre minimal. On ne doit jamais confondre la « criminalité apparente » avec la « criminalité réelle ». Il s’agit cependant d’un plancher très solide dont les éléments sont attestés avec certitude dans les documents dont nous disposons. L’écart entre la situation française et les situations étrangères s’explique par les modalités de notre enquête, réalisée au plus près des archives, mais aussi par le modèle de relations qui s’est noué en France entre l’Eglise, l’Etat et la société.

Comment la distribution des abus a-t-elle évolué dans le temps ?

On repère trois périodes. La première court jusqu’au début des années 1970. C’est la période culminante des abus. Puis vient une phase de déclin du nombre d’abuseurs repérés ; elle dure jusqu’au milieu des années 1990. On trouve enfin une stabilisation, avec une pente légèrement ascendante dans les années 1990-2010, sans que l’on n’atteigne jamais, très loin de là, le niveau des années 1950-1960. Il y a donc, en 2010-2020, beaucoup moins d’abuseurs déclarés ou repérés qu’au début de la période.

Ce sont là des données brutes. La diminution tient largement au fait que le clergé est aujourd’hui bien moins nombreux que dans l’immédiat après-guerre : par exemple, les prêtres diocésains étaient 42 500 en 1948, ils ne sont plus aujourd’hui que 10 000, en moyenne beaucoup plus âgés qu’il y a soixante-dix ans. Reste que le problème n’est pas derrière nous : la recherche archivistique nous montre que la prédation cléricale demeure à un niveau significatif, quoique moins élevé que dans les premières décennies de la période analysée, du fait des mutations des conditions d’exercice du métier de prêtre.

La pente légèrement ascendante de ces vingt dernières années est redevable probablement, plutôt qu’à une reprise du phénomène, à une circulation de la parole qui n’existait pas auparavant. Elle tient aussi au fait qu’elle enregistre souvent des faits anciens qui n’avaient pas été divulgués.

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Qui sont les prêtres abuseurs, quelles sont leurs caractéristiques, leurs parcours ?

Le plus souvent, ils sont issus de milieux plutôt favorisés, plus rarement populaires, contrairement à une idée couramment diffusée. Leur profil psychologique marque une distance à l’égard de ce que l’institution attend de son clergé. Au séminaire ou au noviciat – ils ont alors 18-20 ans –, ils révèlent en effet un certain nombre de difficultés : leurs directeurs notent fréquemment qu’ils ont « un caractère peu agréable » ou « difficile », que leur niveau intellectuel n’est « pas satisfaisant », voire « faible ». Les statistiques que nous avons pu constituer sont très éclairantes de ce point de vue.

Jusque dans les années 1980-1990, ils exerçaient leur violence sur des enfants prépubères, avec une large majorité de victimes âgées de 11 à 14 ans. Au cours de ces dernières décennies, le profil de leurs victimes a évolué : les abuseurs visent désormais des proies plus âgées, avec, en leur sein, une forte population de femmes. Cette évolution n’est pas sans lien avec leur lieu d’affectation. Ces prédateurs n’occupent plus les mêmes fonctions. On les trouve aujourd’hui massivement dans des fonctions paroissiales. Auparavant, ils étaient très majoritairement éducateurs, professeurs ou surveillants, en poste dans des internats, notamment dans des petits séminaires, où ils étaient nommés dès leur ordination. On doit aussi rapporter cette mutation dans la sélection des victimes aux transformations – que nous avons aussi étudiées – de l’éducation à la chasteté.

Ces affectations résultaient-elles d’une demande de leur part ou un choix de l’autorité ?

Au début de notre période, les nominations ne se négocient guère. L’autorité épiscopale décide seule, mais sur le fondement des informations que lui transmettent les directeurs de séminaire. Elle prend en compte le profil psychologique des nouveaux prêtres en plaçant ceux qui ont fait valoir un charisme pédagogique dans l’éducation. En outre, des congrégations d’importance, comme les Frères des écoles chrétiennes, recrutent d’abord des enseignants.

Vous évoquiez les fonctions paroissiales.

Pour ce qui a trait au clergé diocésain, les paroisses constituent en effet un deuxième pôle d’abus, prolongées, au cours des années 1950-1960, par les associations de jeunesse – les troupes de scouts, les patronages, les cercles de loisirs, les associations sportives. Le troisième lieu de commission des abus est la famille : les personnes abusées sont quasi unanimement issues de milieux catholiques où les abuseurs trouvent un accueil qui leur a permis de gagner la confiance et souvent l’affection de leurs futures victimes. Pour clore le panorama, il faut ajouter que, du côté du clergé ou des religieux non diocésains, les ordres historiques (jésuites, dominicains, frères enseignants), sans disparaître du tableau de la prédation, se sont vus concurrencés, à partir des années 1980, par les communautés dites « nouvelles » comme les Frères de Saint-Jean par exemple.

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Avez-vous repéré des particularités dans leurs conditions de vie qui pourraient éclairer ce passage à l’acte ?

L’abus dans les communautés nouvelles ne se déroule pas dans les mêmes conditions que celui qui advient dans une congrégation enseignante. Retenons simplement ici les violences exercées par le clergé diocésain. On voit que, dans ce registre, le facteur géographique joue un rôle significatif. Sur la période, ce sont dans les zones de chrétienté [de forte imprégnation catholique] que les abuseurs sont les plus nombreux. Sur les dix diocèses où l’on en trouve le plus, huit sont des zones de chrétienté massive : l’ouest de la France, le nord, l’est autour de Strasbourg et de Besançon.

Pour aller plus loin cependant, nous avons rapporté le nombre d’abuseurs au nombre de prêtres exerçant dans les diocèses observés. On s’aperçoit alors que la variable de l’intensité catholique ne joue plus, ou joue moins. Avec cet indicateur, ce sont davantage les diocèses d’indifférence ou de simple tradition chrétienne qui sont les plus touchés. Cela nous renvoie aux conditions de vie que vous évoquiez. Dans les régions de simple tradition ou d’indifférence, le prêtre n’exerce pas son ministère de la même manière que dans les pôles de chrétienté. Il est souvent isolé, seul en charge de la paroisse, avec une population très distante : peu contrôlé par ses confrères, il y ressent souvent une manière de solitude, qui peut être propice à des troubles de comportement. On ajoutera cependant que dans ces zones géographiques, la criminalité ecclésiastique apparaît plus fortement parce qu’elle y est davantage dénoncée.

Quelle image des victimes avez-vous retiré des archives ?

Les violences touchent toutes les couches sociales, avec cependant une surreprésentation des milieux populaires et moyens, comme si le prédateur craignait davantage la réaction des élites sociales. On trouve aussi des fragilités psychologiques chez ces enfants. Les archives de l’Eglise le montrent, aussi bien que les dossiers judiciaires. Très souvent, ils sont issus de familles difficiles, où le père est soit absent, soit hyperautoritaire, ce qui amène l’enfant à attendre une figure de substitution. L’abuseur peut s’engouffrer dans cette béance, en articulant le registre de l’autorité et le registre de l’affection. Sa stratégie d’emprise est facilitée par le fait qu’issu d’un univers de catholicité lourde, aujourd’hui comme hier, l’enfant voit dans le prêtre (ou le religieux) une figure sacrale qui, à l’instar de Dieu, « ne peut se tromper, ni nous tromper ».

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Comment ont réagi les autorités ecclésiastiques à travers la période étudiée ?

Il faut distinguer deux plans de réalité. D’abord, la préoccupation pour la question pédophile. Il y a, et c’est un apport de notre étude, un véritable intérêt de l’Eglise pour le problème des abus sexuels jusqu’à la fin des années 1960. Elle ne cesse de s’interroger sur cette question. Puis, dans la période suivante, jusqu’aux années 1990, elle n’en parle plus guère. Traduction pratique : les évêques sont moins appelés à se prononcer, les associations qui prenaient en charge les « prêtres en difficulté » changent d’objectifs, avant de disparaître. Lorsqu’on regarde, comme nous l’avons fait, les condamnations pour viol ou agression sexuelle par la justice d’Etat pendant cette même période, on voit que la société, à travers son appareil judiciaire, n’intervient guère également. Il y a là comme un moment général de silence, en dépit de la création d’associations de protection de l’enfance.

Et au moment où l’Etat se réveille, où la société se montre plus active sur la question de la pédocriminalité, à la fin des années 1980 et surtout dans les années 1990, tant au niveau national qu’au niveau international, l’Eglise s’interroge à nouveau sur la question pédophile, qui devient centrale, mais sous une autre forme, dans ses préoccupations. On remarque que ce tableau est superposable à celle qui décrit la situation historique des abuseurs déclarés.

Comment se traduisent concrètement ces attitudes successives ?

C’est le deuxième niveau de réalité : quelles ont été les politiques suivies ? Là, il faut déplacer un peu la courbe. Dans les années 1950-1960 de manière évidente, puis sous forme de trace jusque dans les années 1990, l’institution opère par dissimulation vis-à-vis de l’extérieur. Il est hors de question de laisser voir ce qui pourrait porter atteinte à l’honorabilité, à la réputation, au sacré de l’Eglise. Derrière tout cela, il y a une conception théologique du scandale. Le scandale, ce n’est pas d’abord ce qu’on fait au plus petit d’entre nous, c’est ce qui porte atteinte à la vérité de l’Eglise. Entre l’Eglise et l’enfant, on choisit l’Eglise. La victime n’apparaît jamais dans les discours.

Quel traitement choisit-on en interne ? Dans ces années-là, on déplace les mauvais prêtres. Souvent au sein du même diocèse. Ou d’école à école, quand on ne force pas l’enfant abusé à changer d’école, comme nous l’avons vu à plusieurs reprises dans les archives. D’autre part, on met en place des dispositifs de soins psychologiques dans des établissements ad hoc. Le point culminant est la création, en 1970, d’un centre spécialement consacré aux prêtres en difficulté, la clinique de Montjay [en Seine-et-Marne], qui subsistera jusqu’en 1985. Dans cette clinique intervient Tony Anatrella [un prêtre et psychothérapeute, accusé par d’anciens patients d’agressions sexuelles, que l’archevêque de Paris a sanctionné en 2018 en le privant de tout ministère], qui commence sa carrière à ce moment-là. Il est alors la référence sur les questions d’homosexualité et de pédophilie, qu’il ne dissocie pas vraiment.

Ce premier modèle – dissimulation ad extra, traitement ad intra – est porté par une association qui se déploie dans une grande discrétion, le secours sacerdotal. Il organise des journées d’études, réalise des enquêtes sociologiques. Il vient en aide aux prêtres en difficulté, dont les abuseurs. On emploie, pour qualifier ces derniers, des formules euphémisantes : « problèmes avec les enfants »« problèmes avec les jeunes gens », en convoquant même des formules latines : « cum pueris », ou « de sexto », en référence au sixième commandement [qui renvoie au péché d’adultère]. On met en place des réseaux d’assistance aux évêques pour leur permettre de déplacer les prêtres. Parfois même, jusqu’au milieu des années 1960, l’institution s’efforce de peser sur les ministres, les procureurs ou les directeurs de journaux, afin d’étouffer les affaires, non sans succès.

Jusqu’à quand perdure ce modèle ?

Dans ses grandes lignes, si l’on met à part les interventions dont je viens de parler, il ne change pas avant les années 1990. Un modèle intermédiaire se met alors en place sous la pression du contexte international – la découverte des scandales sexuels aux Etats-Unis et ailleurs –, de l’évolution des sensibilités sociales – loi sur la protection de l’enfant, convention internationale des droits de l’enfant en 1989 –, mais aussi sous la pesée de cas judiciaires, comme l’affaire Pican [le premier évêque condamné, en septembre 2001, pour non-dénonciation d’actes pédocriminels]. Le monde change, et changent aussi les réflexions à l’intérieur de l’Eglise. Apparaît un discours sur la souffrance de l’enfant abusé et sur la nécessité de signaler à l’Etat les faits répréhensibles. Il reste que les pratiques évoluent peu, et pas partout, ni par tous. Nous avons trouvé dans les archives des années 1990 et encore des années 2000 des pratiques où on essaie de maintenir le système de gestion de l’époque antérieure : dissimulation au regard de l’opinion publique, méconnaissance de la parole des victimes.

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A partir des années 2010-2015, les signalements sont de plus en plus fréquents, conformément aux indications de la Conférence des évêques du début des années 2000. L’écoute des victimes se développe. Après 2015, il y a même une accélération. La pratique fait désormais cortège à la doctrine : le signalement au procureur est devenu automatique ; le dispositif d’accompagnement des victimes s’est très sensiblement consolidé.

Comment interprétez-vous toute cette trajectoire de l’Eglise face aux violences sexuelles sur mineurs ?

Elle renvoie à un changement de modèle social global. On ne peut pas analyser l’Eglise indépendamment de la société. Jusqu’à la fin des années 1950, avec des effets encore lourds dans les années 1960, on était dans une « société de l’honneur », dans laquelle comptent moins les droits de l’individu que la réputation des autorités, l’honorabilité des familles et le respect des hiérarchies. Les actes sont jugés à cette aune. Ce qui explique pourquoi les familles, l’Eglise, les représentants de la puissance publique mêmes, ne veulent pas de « bruit » sur tout ce qui pourrait remettre en question ce que la tradition a établi. Souvent, le droit de l’individu ne prévaut pas contre les structures morales de la société, qui sont encore attachées à un cadre de vie traditionnel.

A partir des années 1960, on entre dans un autre modèle d’existence, une « société de transparence » où compte davantage, et de plus en plus, la liberté du sujet, donc la prise en compte de ce qui peut l’atteindre, en particulier la souffrance qu’on peut lui faire subir. L’égalisation, l’individualisation des conditions font leur œuvre. L’important n’est pas de respecter les hiérarchies sociales, mais de préserver les droits du sujet. Et parmi ces sujets se trouve l’enfant au premier chef. A un moment donné, il y a une disjonction entre l’ethos de l’Eglise et une société qui fonctionne de manière totalement différente. S’ensuit, pour l’Eglise, une rupture culturelle qui la contraint à changer son mode de penser et d’agir.

Pour la Ciase, le secret de la confession « ne peut pas être opposé à l’obligation légale de signalement de violences sexuelles » sur mineur

L’anthropologue Laëtitia Atlani-Duault a étudié les témoignages de victimes arrivés directement à la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique. Pour elle, le rappel à l’obligation systématique de signalement est un des changements structurels qui pourrait protéger les mineurs. 

Propos recueillis par Cécile ChambraudPublié aujourd’hui à 13h30, mis à jour à 14h38  https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/05/pour-la-ciase-le-secret-de-la-confession-ne-peut-pas-etre-oppose-a-l-obligation-legale-de-signalement-de-violences-sexuelles-sur-mineur_6097214_3224.html

Temps de Lecture 5 min. 

L’anthropologue française Laetitia Atlani-Duault, membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, à Paris le 14 avril 2021.
L’anthropologue française Laetitia Atlani-Duault, membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, à Paris le 14 avril 2021. JOEL SAGET / AFP

Membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase) et directrice scientifique à la Fondation Maison des sciences de l’homme, l’anthropologue Laëtitia Atlani-Duault a travaillé sur les témoignages de victimes arrivés directement à la Ciase. Ces témoignages ont inspiré l’une des analyses de cette dernière, pour qui le secret de la confession ne saurait dispenser les prêtres de signaler les agressions sexuelles sur des mineurs.

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De nombreux témoignages de personnes victimes sont parvenus directement à la Ciase, en plus des réponses à l’appel à témoignages. Comment ont-ils été pris en compte ?

De très nombreuses personnes victimes ont souhaité témoigner directement, en audition, devant les membres de la commission. Nous avons ainsi mené 153 auditions de victimes, conduites par des tandems sur tout le territoire français. A ces auditions se sont ajoutés plus de deux milles lettres et mails envoyés à la Ciase. Pour que ces témoignages soient entendus et surtout pris en compte dans nos recommandations, il fallait en faire le dépouillement exhaustif puis en sélectionner, avec l’accord de leurs auteurs, les verbatims les plus représentatifs. Ce que j’ai fait. Cela a permis de nourrir de paroles de victimes non seulement l’analyse fournie, mais aussi le texte même du rapport, ce qui en fait une de ses spécificités. Et si vous me demandez l’exemple le plus courageux de cette prise en compte, dans nos recommandations, des témoignages qui nous ont été confiés, c’est sur le secret de la confession. Nous ne recommandons pas la levée générale du secret de la confession, mais sa levée systématique dans le cas précis des violences sexuelles sur mineurs et personnes vulnérables. Pour une raison simple, qui en fait toute sa force : c’est la loi.

Pourquoi la Ciase affirme-t-elle, contrairement à l’Eglise catholique, que le secret de la confession n’est pas applicable dans les cas de d’agression sexuelle sur mineur ou personne vulnérable ?

L’article 434-3 du code pénal prévoit l’obligation de signalement pour quiconque ayant connaissance de privations, de mauvais traitements, d’agressions ou d’atteintes sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable. La Conférence des évêques de France (CEF) a d’ailleurs rappelé, en 2016, le principe d’un signalement systématique des faits à la justice pénale.

Mais en parallèle, les membres de l’Eglise se réfèrent souvent à un texte datant de 1891 (et donc avant même la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905) selon lequel ils peuvent garder le secret sur les révélations qui leur sont faites en confession. On retrouve cette double logique au Vatican. En effet, le pape François a publié, en 2019, un motu proprio qui oblige à la dénonciation des faits de violences sexuelles aux autorités ecclésiastiques, parallèlement aux lois civiles, tout en réaffirmant le caractère absolu du secret de la confession.

« Les membres de l’Eglise bénéficieraient-ils d’une exception ? Nous avons conclu que non »

L’obligation de dénonciation ne s’appliquerait donc pas aux informations recueillies lors d’une confession, qui serait un temps suspendu, hors de portée de la justice des hommes. Or, en France, l’article 434-3 du code pénal s’applique à « quiconque », soit à tous.

Les membres de l’Eglise bénéficieraient-ils d’une exception ? Nous avons conclu que non. Car à l’heure où, s’agissant des violences sexuelles sur mineurs ou personnes vulnérables, le secret professionnel tend à se réduire, y compris pour les professionnels de santé, il ne nous paraît pas possible que ce secret puisse être opposé aux obligations de signalement et d’assistance à personne en péril, obligations qui pèsent sur membre de l’Eglise comme sur tout « professionnel ».

Nous ne remettons pas en cause le secret de la confession en tant que tel. Mais nous rappelons qu’il constitue, au regard de la loi pénale, un secret professionnel qui n’entre pas dans l’exception prévue par l’article 434-3. Il ne peut donc pas être opposé à l’obligation légale de signalement de violences sexuelles commises sur des mineurs ou des personnes vulnérables. En clair, la loi de la République s’applique à tous.

En quoi jugez-vous dangereux le secret de la confession ?

Les témoignages montrent que le secret de la confession peut être une arme de silence massive sur les violences sexuelles commises par des membres de l’Eglise. En effet, dans les témoignages, après avoir parlé à des prêtres, très peu de personnes victimes voient leurs cas signalés à la justice, avec comme justification que leur parole a été entendue en confession. De même, des prêtres qui ont également témoigné décrivent des situations où ils sont pris entre deux injonctions contradictoires : signaler car c’est la loi de la République, ou taire à la justice pour suivre le droit canon. Ce qui nous a amenés à nous interroger sur le secret de la confession

.Lire aussi l’entretien : Philippe Portier : « La prédation cléricale demeure à un niveau significatif, quoique moins élevé que dans les premières décennies de la période analysée »

L’approche retenue a-t-elle fait l’objet de longs débats dans la Ciase ?

Sous la houlette de Jean-Marc Sauvé, nous avons été quelques-uns à nous battre sur cette question, mais nous l’avons fait à la manière de la Ciase, soit avec des arguments longuement préparés et une approche de groupe. Si le sujet n’était pas central dans les premières moutures du rapport, la force de la proposition a été de conjuguer la prise en compte des témoignages et une lecture juridique très pointue des textes, ce que permet la composition de notre commission. Une fois construite, cette combinaison a convaincu l’ensemble des membres pour une double raison : nous sortons de trois ans d’écoute des victimes dont nous avons tous été ébranlés, mais surtout, le raisonnement est d’une clarté redoutable.

Qu’attendez-vous de l’Eglise catholique ?

Le risque est qu’après la secousse que notre rapport va peut-être provoquer par la prise de conscience de l’ampleur du phénomène, « tout redevienne comme avant », nous disent les personnes victimes. Si la prise de conscience est essentielle, seuls des changements structurels peuvent protéger les mineurs et les personnes vulnérables. Ce rappel à l’obligation systématique de signalement, sans exception pour le secret de la confession, peut en être un. Nous n’appelons pas à une évolution de la loi. Nous ne faisons que la rappeler avec des arguments qu’il sera difficile de contredire. En interne, cela va libérer ceux qui se disent pris dans les mailles d’une injonction contradictoire entre droit de la République et le droit canon : ils sont dans l’obligation de signaler. Et les agresseurs ne se sentiront plus protégés par leur hiérarchie. Cela peut tout changer.

Cécile Chambraud

Rapport de la commission Sauvé : « L’Eglise est un observatoire privilégié de la domination masculine »

L’enquête inédite menée par la sociologue Nathalie Bajos estime à 216 000 le nombre de victimes de violences sexuelles de la part d’un membre du clergé alors qu’elles étaient mineures. Loin de l’idée de « brebis galeuses », le phénomène est systémique. 

Propos recueillis par Cécile Chambraud

Publié aujourd’hui à 15h00, mis à jour à 20h39  

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/05/nathalie-bajos-en-dehors-de-la-famille-l-eglise-catholique-est-la-premiere-institution-pour-la-frequence-des-violences-sexuelles_6097228_3224.html

Temps de Lecture 10 min. 

Nathalie Bajos membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, le 8 février 2018, à Paris.
Nathalie Bajos membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, le 8 février 2018, à Paris. JACQUES DEMARTHON / AFP

Membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) et directrice de recherche à l’Inserm et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), la sociologue Nathalie Bajos a conduit pendant deux ans une étude sur les victimes de violences sexuelles par un prêtre ou un religieux. Avec une équipe composée des sociologues Julie Ancian et Josselin Tricou ainsi que de la démographe Axelle Valendru, elle a travaillé à partir d’une enquête en population générale auprès de 28 000 personnes, d’entretiens semi-directifs auprès de 45 personnes agressées pendant leur minorité et 24 personnes « majeures vulnérables », et de plus de 1 600 questionnaires remplis par des répondants à l’appel à témoignages lancé par la Ciase. Mme Bajos explique pourquoi, avec une estimation de 216 000 victimes, l’institution catholique est un terrain plus propice que d’autres aux violences sexuelles.

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Quelle est l’ampleur du phénomène des violences sexuelles sur mineurs dans l’Eglise catholique ?

Notre enquête en population générale, réalisée auprès d’un échantillon de 28 000 personnes, donne une estimation de 216 000 personnes de plus de 18 ans aujourd’hui qui auraient subi une violence sexuelle de la part d’un membre du clergé (prêtre, diacre, religieux) alors qu’elles étaient mineures. Ce sont à 78 % des hommes et à 22 % des femmes. Ce chiffre est largement supérieur à celui que l’on peut établir à partir de l’analyse des archives de l’Eglise catholique. Si l’on ajoute celles qui ont été agressées par une personne ni prêtre ou diacre, ni religieux, mais en lien avec l’Eglise catholique (cadres de mouvements de jeunesse, d’école, catéchistes…), on arrive à 330 000 personnes.

Comment ces agressions se répartissent-elles dans le temps ?

Pour l’analyse, nous avons distingué trois phases entre 1950 et aujourd’hui : de 1950 à 1970, avec pour cadre une France encore largement rurale et un maillage catholique serré ; de 1970 à 1990, phase de crise sacerdotale et d’effondrement du recrutement des prêtres ; et de 1990 à aujourd’hui. Nous constatons que le taux de violences baisse de manière significative entre la première et la seconde période. Cette baisse est à mettre en perspective avec la crise sacerdotale, la diminution du nombre d’enfants qui ont participé à des activités en lien avec l’Eglise catholique (catéchisme, scoutisme, etc.), mais aussi avec la disparition des petits séminaires et la réduction drastique du nombre d’internats. A partir des années 1990, le taux ne baisse plus de manière significative. L’enjeu est certes numériquement moins important qu’il ne l’était dans les années 1960, mais les violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique restent d’actualité.

Lire aussi l’entretien : Philippe Portier : « La prédation cléricale demeure à un niveau significatif, quoique moins élevé que dans les premières décennies de la période analysée »

Comparées à d’autres institutions, les violences sexuelles sur mineurs sont-elles plus ou moins fréquentes dans l’Eglise catholique ?

Notre enquête est la première qui permet de répondre à cette question. Nous avons demandé aux personnes interrogées si elles avaient subi des violences et qui étaient le ou les auteurs, mais aussi quelles sphères de socialisation (catéchisme, scouts, colonies de vacances, école publique, cours de musique…) elles avaient fréquentées dans leur enfance. On peut ainsi comparer la prévalence de ces violences sexuelles entre les différentes sphères de socialisation.

Lire le décryptage : Commission Sauvé : les violences sexuelles sous le regard des sciences sociales

La famille est de loin le premier cadre dans lequel surviennent les violences sexuelles contre personnes mineures (5,8 % des filles et 1,5 % des garçons). Mais, en dehors de la famille, l’Eglise catholique est la première institution pour la fréquence des violences sexuelles. Et cela de manière significativement plus élevée pour les garçons que ce que l’on observe dans l’école publique, les clubs de sport ou les colonies de vacances. Au total, la prévalence des violences y est de 0,82 % si l’on ne compte que les agressions commises par des clercs ou des religieux, et de 1,16 % si l’on inclut les personnes en lien avec l’Eglise catholique, alors qu’elle est de 0,36 % dans les colonies de vacances, de 0,34 % dans l’école publique hors internats, de 0,28 % dans les clubs sportifs et de 0,17 % pour les activités culturelles et artistiques.

Les violences sexuelles qui y sont commises ont-elles les mêmes caractéristiques ?

Nous avons essayé de voir quelles étaient les caractéristiques communes avec les violences commises ailleurs et quels étaient les traits spécifiques à l’Eglise. Ce qui est commun, c’est que, quelle que soit la sphère de socialisation, ce sont des hommes qui les commettent, à plus de 95 %. Sociologiquement, cette violence exercée par des hommes sur des femmes et des enfants, c’est la manifestation extrême de la domination masculine. Une deuxième caractéristique que l’on retrouve ailleurs, c’est que ces agressions touchent tous les milieux sociaux, comme les violences contre les femmes.

« Les personnes victimes de ces violences sexuelles en ont finalement souvent parlé, à plus de 40 % »

L’enquête montre aussi que les ravages que provoquent ces violences dans la vie affective, sexuelle, familiale et professionnelle sont le plus souvent très importants. Un autre point commun, c’est que les personnes victimes de ces violences sexuelles en ont finalement souvent parlé, à plus de 40 %. Là encore, dans la même proportion qu’ailleurs. La question n’est donc pas seulement « pourquoi on n’a pas parlé ? », mais « pourquoi on n’a pas écouté ces personnes ? »

Quelles sont les spécificités ?

La durée des abus, d’abord. Ils s’étalent davantage dans le temps que dans les autres sphères de socialisation. En second lieu, les personnes abusées dans l’Eglise déclarent plus souvent avoir subi d’autres agressions, et elles disent plus souvent que les autres qu’elles connaissaient d’autres personnes abusées par le même agresseur (45 %).

Les femmes sont très majoritaires parmi les personnes victimes de violences sexuelles dans l’enfance dans les familles. A l’opposé, elles sont très minoritaires parmi les victimes de clercs ou de religieux. Comment l’interprétez-vous ?

C’est effectivement une spécificité des agressions dans l’Eglise. Le sex-ratio est inversé par rapport aux autres sphères sociales. Dans les familles, les personnes abusées sont très majoritairement des filles, alors qu’elles le sont autant que les garçons dans les autres sphères de socialisation (colonies de vacances, clubs de sport, activités culturelles et artistiques).

Lire aussi la tribune : Violences sexuelles : « La majorité des enfants victimes sont des filles »

Il faut mettre cette spécificité en perspective avec le fait que le terme de « violences sexuelles » recouvre différentes situations liées à l’époque, au lieu, au rapport que la personne abusée entretenait avec l’agresseur, etc. La typologie des situations d’abus a évolué au fil du temps. Certaines ont quasiment disparu, d’autres perdurent, d’autres encore sont apparues plus récemment. Par exemple, les agressions qui survenaient dans les petits séminaires ou les internats, qui concernaient essentiellement des garçons, ont fortement baissé pour des raisons structurelles – elles ont quasiment disparu. Quant aux violences commises au domicile familial par un prêtre qui est invité dans la famille, qui en est parfois un quasi-membre, plus qu’un ami de la famille, elles restent toujours présentes et concernent autant les filles que les garçons. Globalement, sur l’ensemble de la période considérée, les garçons ont été plus nombreux à être en contact avec les prêtres, et surtout dans des lieux de vie non mixtes comme les internats. Cette surreprésentation des garçons renvoie donc avant tout à ce que nous avons appelé un « effet d’opportunité ». Et cela évolue au fil du temps. La part des jeunes filles parmi les personnes agressées a d’ailleurs tendance à augmenter.

Comment expliquer que le taux de prévalence soit plus élevé dans l’Eglise que dans d’autres institutions ?

Dans toute agression sexuelle sur personne mineure, il y a une relation par définition asymétrique entre l’enfant et l’adulte, il y a toujours une relation d’autorité, que ce soit un père, un beau-père, un prêtre ou un oncle, un professeur, un entraîneur… L’autorité du prêtre, elle, est redoublée par son caractère sacral mais aussi symbolique (« mon père »). Elle s’exerce à l’abri de contre-pouvoirs, notamment par le dispositif de la confession, qui est du domaine du secret (le prêtre sait tout, doit tout savoir de l’enfant, et peut imposer à l’enfant de ne pas parler des actes interdits).

« L’Eglise est véritablement un observatoire privilégié de la domination masculine »

Le fonctionnement hiérarchique et patriarcal de l’Eglise, avec l’éviction des femmes des zones de pouvoir, est aussi un élément important à prendre en considération pour comprendre la plus grande fréquence des violences sexuelles au sein de l’Eglise par rapport aux autres sphères de socialisation. Par exemple, l’ordination, réservée aux hommes, inscrit dans la structure même de l’institution une inégalité fondamentale entre les femmes et les hommes. Tout ce qui contribue à légitimer ou à renforcer la domination masculine ne peut que favoriser la survenue de violences sexuelles.

Et il est important de souligner que ces logiques sociales qui favorisent la survenue des violences contre les personnes mineures rendent également compte des violences sexuelles contre les religieuses. L’Eglise est véritablement un observatoire privilégié de la domination masculine.

Vous dites que 40 % des victimes ont parlé de leur agression. Pourquoi 60 % n’ont-elles pas parlé ?

Celles qui n’ont pas parlé se sont tues par « honte » (54 %), parce qu’elles ne trouvaient pas les mots pour le dire (33 %), parce qu’elles avaient peur de ne pas être crues (33 %). La plupart ont eu conscience que ce qui s’était produit n’était pas « normal ». Mais arriver à le formaliser, à en parler, à remettre en cause l’autorité du prêtre, apparaît très difficile. D’autant que, souvent, les enfants abusés étaient d’une certaine façon « élus » par leur agresseur. Ils avaient un traitement distinctif par rapport aux autres.

Que s’est-il passé après pour les 40 % qui ont parlé ?

Leur parole n’est parvenue que rarement jusqu’à un représentant de l’Eglise – prêtre, évêque, religieux : c’est le cas de seulement 10 % de ceux qui ont parlé de leur agression, soit 4 % de l’ensemble des personnes agressées.

« Si de nombreux enfants savaient, les encadrants pouvaient difficilement ne pas savoir »

Le premier blocage, pour que de tels propos parviennent à l’Eglise, c’est la famille. Globalement, il y a peu de parents soutenants, c’est-à-dire qui agissent après la révélation par leur enfant d’une agression. Parmi ceux qui sont informés, un cinquième (21 % des mères et 24 % des pères) entreprennent une démarche (en parler à l’Eglise, aller voir un professionnel de santé…). Ces réactions sont fortement genrées. Aussi bien les filles que les garçons qui en parlent rapidement après l’agression s’adressent à leur mère, beaucoup plus souvent qu’à leur père. Les mères réagissent de manière différenciée : elles soutiennent davantage leurs fils que leurs filles. Comme si elles avaient intériorisé que les violences sexuelles font partie du trajet de vie d’une femme.

Lire notre reportage : La vie des victimes de violences sexuelles après la libération de la parole

Il y a un second barrage au niveau des membres de l’Eglise catholique. L’institution ne pouvait être au courant des situations des 220 000 personnes agressées, car très peu d’entre elles en ont parlé directement à l’un de ses représentants. Mais rappelons que près d’une personne sur deux a déclaré connaître d’autres victimes du même agresseur. Même si certaines et certains ont pu être informés longtemps après les faits, beaucoup disent qu’à l’époque on « savait » qu’il ne fallait pas aller voir tel prêtre ou tel religieux. L’information circulait. Et si de nombreux enfants savaient, les encadrants pouvaient difficilement ne pas savoir.

D’autant qu’on peut penser que si un agresseur fait plusieurs victimes, l’une d’entre elles au moins a pu parler…

C’est une donnée importante. On ne connaît pas le pourcentage d’abuseurs parmi les prêtres et les religieux. Mais si l’on se base sur les estimations faites à l’étranger, autour de 5 %, cela veut dire qu’en moyenne un prêtre aurait agressé 35 enfants (et plus de 60 si l’on estime que 3 % des prêtres ont agressé des personnes mineures). C’est aussi un élément qui permet de penser qu’on savait : un prêtre n’abuse pas pendant des années autant d’enfants sans qu’à un moment des membres de l’Eglise catholique ne soient au courant. Il est d’ailleurs frappant de constater que, d’après les données des archives, les prêtres incriminés auraient abusé en moyenne de trois ou quatre enfants. Cela conduit donc à penser que l’Eglise n’a pas diligenté des enquêtes sérieuses qui auraient permis de mettre en évidence toutes les agressions que les prêtres identifiés comme agresseurs avaient pu commettre.

Lire l’entretien : Pour la Ciase, le secret de la confession « ne peut pas être opposé à l’obligation légale de signalement de violences sexuelles » sur mineur

Comment remédier aux conditions qui favorisent les violences sexuelles dans l’Eglise catholique ?

L’idée de brebis galeuses ayant « fauté » de manière exceptionnelle ne tient pas au regard de ces résultats scientifiques. Notre recherche atteste à l’inverse d’un phénomène profondément systémique. On ne peut donc se contenter d’améliorer les conditions de recrutement et la formation des prêtres, même si cela reste un point très important. Les mesures doivent viser à remettre en question le cléricalisme, l’autorité sacrale, qui s’exerce sans contre-pouvoirs. Mais il importe aussi de revoir les positions de l’Eglise catholique sur la sexualité et de remettre en cause l’inscription de la domination masculine dans les structures mêmes de l’institution ecclésiale.

Rapport de la commission Sauvé sur la pédocriminalité dans l’Eglise : les réponses aux questions posées à la Conférence des religieux de France

https://www.lemonde.fr/societe/live/2021/10/05/rapport-sauve-sur-la-pedocriminalite-dans-l-eglise-posez-vos-questions-a-la-conference-des-religieux-de-france_6097220_3224.html

La Commission sur les abus sexuels dans l’Eglise a publié mardi un rapport accablant, faisant état de 216 000 victimes depuis 1950. Pierre-Yves Pecqueux, secrétaire général adjoint de la Conférence des religieux de France, a répondu à vos questions.15:39

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C’est la fin de cet échange avec Pierre-Yves Pecqueux, le secrétaire général adjoint de la Conférence des religieux et religieuses de France. Merci pour vos nombreuses questions.

Vous retrouverez sur Le Monde.fr l’ensemble de nos articles relatifs au rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise. Bonne journée !15:33

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Bonjour, Lors de leur parcours avant leur sacrement à la prêtrise, les futurs prêtres reçoivent-il une formation sur la gestion de leur sexualité et leur célibat , d’un point de vue biologique psychologique et relationnel ?

Tanguy

Bonjour, Dans la formation des séminaristes comme dans celle des religieux, l’équilibre de vie, la conduite de sa sexualité et la gestion de la juste distance dans les relations font normalement partie du cursus. La gravité du rapport de la Ciase demandera certainement une reprise adaptée et vérifiée de cette dimension de la formation.15:30

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Une des recommandations évoquée est la constitution d’une instance judiciaire canonique (interne à l’Eglise) distincte et autonome des évêques et supérieurs. Pensez vous cela réalisable ? Et à quel horizon temporel ?

O. R.

Un tribunal national pour l’Eglise de France doit être mis en place. Ses statuts sont en cours d’élaboration, ils devraient être adoptés lors d’une prochaine assemblée plénière.15:29

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Bonjour, une question juridique, des enquêtes préliminaires peuvent être déclenchées suite à ce rapport ? ou l’Eglise est-elle seule compétente pour juger les prêtres incriminés ?

Martin

Bonjour, Chaque fois qu’une action peut être faite en justice, il y a lieu de la faire. L’Eglise n’est pas au-dessus des lois du pays. La déclaration en justice doit être faite chaque fois que nécessaire. De son côté, l’Eglise a le devoir de mener son action canonique si besoin est.15:19  POUR APPROFONDIR 

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Lire aussi : Pour la Ciase, le secret de la confession « ne peut pas être opposé à l’obligation légale de signalement de violences sexuelles » sur mineur 15:19

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La France n’a-t-elle pas quelques années de retard, lorsqu’on sait ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis ?

Alexis

Peut-être. Mais on pensait dans l’Eglise de France que ce qui avait été mis en place en 2001 avait suffi pour répondre à ces drames. Hélas, il faut avec humilité reconnaître qu’il n’en est rien et que l’ampleur des faits donne des situations terrifiantes et des réactions bien tardives.15:15

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En tant que victime (à 10 ans) d’un prêtre, comme toutes les autres victimes, aurons nous le droit à une vraie cérémonie de repentance dans chacun de nos diocèses ?

loulou

Chaque évêque est invité à mettre en œuvre une vraie démarche d’accueil, d’écoute, de soutien, de réparation et de repentance dans son diocèse. Je vous encourage à entrer en contact avec lui.15:11

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Des suivis et contrôles renforcés sont-ils prévus dans les établissements scolaires catholiques pour prévenir et mettre à jour les abus sexuels ?

Evelyne

Le secrétariat général de l’enseignement catholique, les directions diocésaines et les chefs d’établissement sont au cœur du dispositif de réflexion, de vigilance et d’accompagnement des jeunes et des familles. La prévention fait partie des instances de formation au sein des équipes pédagogiques.15:09

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Bonjour, Pourquoi le rapport a été fait seulement maintenant alors qu’il y a des décennies de « doutes » (même si c’était plus des certitudes que des doutes)? Merci

Quelqu’un

Bonjour, En 2001, le dossier avait largement été ouvert au sein de la Conférence des évêques (CEF), des préconisations et des actions avaient été entreprises. Il faudra attendre les années 2010 à 2015 pour que le dossier se fasse impératif, en particulier avec l’affaire du père Preynat à Lyon. Les révélations se multiplieront, et l’action commune de Mgr Pontier, alors président de la CEF, et de sœur Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux, conduiront à la mise en place de la commission indépendante qui a produit le rapport publié aujourd’hui.15:05  POUR APPROFONDIR 

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Le pape François a réagi au rapport de la commission Sauvé :Lire aussi : Le pape François fait part de son « immense chagrin » 15:03

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Est ce qu’il y a d’autres pays qui ont entrepris la même démarche ? si oui lesquels ? Avec quels résultats ?

olivierfree

Australie, Allemagne, Irlande, Pays-Bas, Belgique et Etats-Unis ont mené des enquêtes et demandé des rapports. D’autres sont en cours. La gravité est partout la même, bien que les questionnements soient parfois différents. Les questions de sanctions, de réparations financières varient souvent selon les pays. Ce qui est certain, c’est que les blessures sont profondes au sein des communautés.15:01

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Des réactions du Vatican?

Pas le Vatican

Le Vatican suit attentivement la publication du rapport de la Ciase. Le pape François devrait donner un avis sur ce dernier. Il recevra prochainement Jean-Marc Sauvé, le président de la commission, ainsi que des membres de celle-ci, Mgr de Moulins-Beaufort, qui est le président de la Conférence des évêques, et sœur Véronique Margron, la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France.14:58

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Bonjour, ce rapport va t’il pousser l’Eglise catholique a s’interroger sur le discours et les préceptes qu’elle tient sur la sexualité et le genre ? Sur la question du célibat des prêtres, de l’homosexualité ou encore l’accès des femmes aux fonctions sacrées.

MMol

Le rapport oblige à une vraie relecture de la pratique de l’Eglise, dans sa pastorale des vocations, dans ses formations, dans son discernement psychologique, dans sa pratique de l’autorité. Elle aura à s’interroger au niveau national, mais aussi au niveau de l’Eglise universelle, sur ses instances de décision, sur ses pratiques pastorales et sur les ministères à mettre en place. Les travaux du synode sur l’Amazonie ouvrent des pistes en ce sens, et le futur synode de 2023 sera consacré à ces questions.14:54

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Quelles conséquences aura ce rapport au sein de votre conférence, à très court terme ?

lautar

La Conférence des évêques, comme celle des religieux et religieuses, va reprendre le rapport de la Ciase et, surtout, ses recommandations, pour évaluer concrètement les mises en œuvre, les moyens à mettre en place, et se donner des moyens d’évaluation, pour voir comment répondre à la gravité de la situation. Les deux conférences s’engageront à rendre compte de l’évolution des actions entreprises, et ce prioritairement par rapport aux victimes.14:51  POUR APPROFONDIR 

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Sur la question des recommandations de la commission Sauvé :Lire aussi : Responsabilité de l’institution, indemnisation des victimes, gouvernance… Les préconisations de la commission sur les abus sexuels dans l’Eglise 14:46

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Bonjour, dans les médias nous entendons beaucoup parler de l’indemnisation des victimes, mais peu de prévention : une quelconque prévention est-elle évoquée par le rapport ? Merci.

LeaCecco

Bonjour, La formation, l’accueil psychologique, la prévention, l’accompagnement, le suivi sont des dimensions que le rapport met en lumière avec insistance dans les 45 recommandations qu’il émet.14:44

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Le célibat des prêtres favorise t-il la pédocriminalité ? observe t-on ce phénomène dans les églises où les prêtres sont mariés : protestantismes, musulmanes etc ?

Pierrot

La question n’a pas été clairement identifiée, et les comparaisons avec les autres types de communautés n’ont pas été faites. Toutefois, si la proximité d’enfants comporte des risques de déviance et de criminalité sexuelle, on ne peut généraliser la cause au seul célibat : 82 % des abus sexuels ont lieu dans le cadre familial.14:37

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Quelles peuvent être les conséquences d’un tel rapport et de ces révélations ? (Judiciaires, internes à l’Eglise…)

Psitrivial

Chaque instance de l’Eglise doit se remettre en question sur son mode d’accueil et d’accompagnement des personnes, et entrer dans une dynamique de retour à la confiance par une tolérance zéro. Les responsables des diocèses et des congrégations doivent mettre l’accueil et l’écoute des victimes en priorité de leurs actions, et répondre concrètement à leurs attentes. Sur le plan légal, les signalements doivent être faits clairement chaque fois que nécessaire.14:29

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Bonjour, je suis effarée par l’étendue des révélations du rapport de la Ciase. Y a-t-il une chance que l’Eglise change de logiciel après cela ?

Artiste78

L’Eglise de France, par la voix de son président, a exprimé sa honte et sa douleur et s’engage à se remettre profondément en question à tous les niveaux de sa vie et de ses structures.14:28

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216 000 victimes… Je dois être un rescapé alors. Comment croire à ce chiffre ?

216000

Dans les chiffres donnés par le président Sauvé, il y a 5,5 millions de personnes sur le territoire français qui ont été victimes de violences sexuelles entre 1950 et 2020, dont 216 000 ont été commises par des prêtres, religieux et religieuses. Ce travail est le fruit d’une étude sociologique sérieuse sur un échantillon représentatif de la population française. Il y a toutes les raisons de prendre ces chiffres très au sérieux.14:22

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Comment l’Eglise peut-elle indemniser les victimes ? En a-t-elle les moyens ?

CD 

Bonjour CD,
L’Eglise a la volonté de répondre aux demandes pour soutenir les victimes au plan financier, elle met en place une commission d’évaluation pour établir l’authenticité de la demande et donner son aval à la réparation. Ses moyens sont limités, mais elle est décidée à répondre concrètement.14:21

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Le tchat avec Pierre-Yves Pecqueux commence.13:18

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En attendant les premières questions, vous pouvez lire notre compte rendu de la présentation du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) :Lire aussi : Rapport de la commission Sauvé : le pape François fait part de son « immense chagrin » 13:16

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Bonjour et bienvenue dans cet échange consacré à la publication, mardi, du rapport de la commission Sauvé sur les abus sexuels dans l’Eglise.

Pierre-Yves Pecqueux, le secrétaire général adjoint de la Conférence des religieux et religieuses de France, qui a commandité ce rapport avec la Conférence des évêques, répond à vos questions à partir de 14 heures.

LE CONTEXTE

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) a publié son rapport mardi 5 octobre. Fruit de deux ans et demi de travail, il fait état de 216 000 victimes agressées sexuellement par des membres du clergé alors qu’elles étaient mineures, depuis 1950. Il décrit un phénomène « massif » et « systémique ». Mardi, après la publication, le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Eric de Moulins-Beaufort, a exprimé « sa honte »« son effroi » et a demandé « pardon » aux victimes de pédocriminalité.

Les commanditaires du rapport, la CEF et la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), lui avaient confié trois missions : faire la lumière sur les violences sexuelles commises par des prêtres et des religieux sur des mineurs ou des adultes vulnérables depuis 1950 ; étudier la manière dont ces affaires ont été traitées ; évaluer les mesures contre la pédophilie prises par la CEF et la Corref depuis vingt ans, afin d’émettre des recommandations.

Pierre-Yves Pecqueux, le secrétaire général adjoint de la Corref, a répondu à vos questions dans un tchat.

A lire sur « Le Monde.fr » :

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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