Sauvegarder les terres agricoles tout en assurant le développement du solaire

« Il est possible de mener de concert transition énergétique et défense de notre souveraineté alimentaire »

TRIBUNE

Collectif

Un collectif d’élus, de défenseurs de l’agriculture et des énergies renouvelables, parmi lesquels Pascal Chaussec, Alain Grandjean et Emmanuel Hyest expliquent, dans une tribune au « Monde » que le développement du solaire doit être mis au service de notre agriculture et non l’inverse.

Publié aujourd’hui à 15h30    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/10/04/il-est-possible-de-mener-de-concert-transition-energetique-et-defense-de-notre-souverainete-alimentaire_6097077_3232.html

Tribune. Nos agriculteurs, déjà touchés régulièrement par des prix de vente trop faibles et les effets du dérèglement climatique, doivent désormais affronter un défi propre à ce XXIe siècle, celui de la pénurie des terres. Les espaces agricoles deviennent petit à petit insuffisants pour nourrir une population croissante, d’autant qu’ils subissent par ailleurs érosion et artificialisation galopante.

En France, ce phénomène pourrait être accentué par nos objectifs de transition énergétique. Les développeurs de parcs solaires rencontrent des difficultés pour identifier et maîtriser le foncier de friches industrielles ou d’autres terrains artificialisés, délaissés ou dégradés pour y implanter leurs installations.

 Lire aussi  La difficile quête de terrains pour implanter les parcs éoliens et solaires

Ainsi, la recherche du foncier nécessaire à l’atteinte des objectifs solaires inscrits dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) exerce, depuis deux ans, une forte pression sur les terres agricoles. Face à cette pression, de plus en plus de plans locaux d’urbanisme prévoient le déclassement de terres agricoles pour permettre l’implantation des centrales solaires. Ces projets d’installations photovoltaïques au sol conduisent à l’artificialisation de terres arables et à l’affaiblissement de l’activité agricole.

Des terres agricoles perdues

Cette quête de terres nouvelles entraîne l’agriculture dans un cercle vicieux : outre la baisse du potentiel de production agricole, la pénurie de terrains disponibles pour le photovoltaïque crée une spéculation foncière pouvant séduire des agriculteurs en grandes difficultés économiques ; ensuite, l’inflation des loyers ou des prix d’achat des terrains objets de cette spéculation accentue, malgré la volonté affichée du gouvernement de les soutenir, les difficultés d’installation de nouveaux entrants et menace la transition générationnelle agricole.

Nous, signataires de ce texte, soutenons qu’il est possible de mener de concert transition énergétique et défense de notre souveraineté alimentaire. Nous soutenons qu’il existe des solutions pour préserver les surfaces agricoles tout en réalisant les objectifs de la transition énergétique, et qu’elles offrent une opportunité équitable pour le plus grand nombre des agriculteurs.

Tout d’abord, si tous les agriculteurs de France pouvaient équiper de toiture solaire leurs bâtiments d’élevage ou de stockage, les objectifs de la PPE seraient déjà atteints. Chaque agriculteur en tirerait de multiples avantages : compléments de revenus tirés de la vente d’électricité, modernisation de leur exploitation, bien-être animal… A plus long terme, cela permettrait également d’équiper les exploitations de bornes de recharge et d’utiliser des engins agricoles électriques dès que ceux-ci seront devenus compétitifs.

Pour le développement de l’agrivoltaïsme

Ensuite, de nouvelles technologies sont actuellement mises au service de l’agriculture et de la transition énergétique dans le but de relever nos défis pour 2050. Parmi elles, l’agrivoltaïsme dynamique vise à gérer, au moyen de l’intelligence artificielle, la position de panneaux solaires placés au-dessus des cultures afin de leur apporter un niveau d’ombrage optimisé, limiter ainsi les stress hydrique et thermique et maintenir, voire augmenter, leur rendement.

Le gel dévastateur du printemps, mais aussi les canicules répétées des deux derniers étés, ont montré, s’il en était besoin, l’urgence de mettre en place des solutions d’adaptation pour l’agriculture. L’agrivoltaïsme, justement proportionné aux besoins de l’exploitation agricole, en fait partie…

 Lire aussi  La loi climat, « insuffisante » pour les uns, « transformation écologique profonde » pour les autres

Pour maximiser son impact, les projets peuvent être dirigés en priorité vers les secteurs agricoles les plus vulnérables et ceux pour lesquels les solutions d’adaptation au changement climatique sont les plus coûteuses ou les plus difficiles à mettre en œuvre, comme certaines cultures à haute valeur ajoutée (viticulture, arboriculture, maraîchage, pépinières, etc.).

Les agriculteurs, notre indépendance alimentaire

Au vu des enjeux, nous saluons les avancées de la loi Climat et résilience qui inscrit dans la loi l’objectif de réduction par deux du rythme d’artificialisation des sols d’ici à 2030, pour atteindre zéro artificialisation nette en 2050. Il s’agit d’un premier pas vers une meilleure protection des espaces agricoles.

 Lire aussi  L’ONU exhorte à transformer les systèmes alimentaires pour cesser « la guerre livrée à notre planète »

A présent, la mise en œuvre de cette loi doit être une opportunité pour faire graver dans le marbre l’interdiction de transformer des terres agricoles en fermes photovoltaïques au sol. Egalement à l’agenda politique, le Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique [lancé le 28 mai 2021 par Julien Denormandie, ministre de l’agriculture et de l’alimentation, et Bérangère Abba, secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité] doit avoir pour ambition de faire de la France un leader des nouvelles technologies d’adaptation au changement climatique.

Les agriculteurs sont nécessaires à notre bien-être et à notre indépendance alimentaire. C’est avec et grâce à eux que nous réaliserons simultanément les transitions agricoles, écologique et énergétique dont la France a besoin.

Liste des signataires : Dominique Chargé, président de la Coopération agricole ; Pascal Chaussec, président de l’Association des agriculteurs producteurs d’électricité (Apepha) ; Anthony Cellier,député (LRM) du Gard, président du Conseil supérieur de l’énergie ; Philippe Dewost, cofondateur de Wanadoo et inspirateur de la French Tech ; Jean-Luc Fugit, député (LRM) du Rhône, auteur du rapport « L’agriculture face au défi de la production d’énergie » ; Alain Grandjean, président de la Fondation Nicolas-Hulot ; Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer (FNSafer), sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural ; Jean-François Longeot, sénateur (Union centiste) du Doubs, président de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable ; Jean-Pierre Moga, sénateur Union centiste) de Lot-et-Garonne, vice-président de la commission des affaires économiques ; Antoine Nogier, président de France agrivoltaïsme, association de promotion de l’agrivoltaïsme ; Sébastien Windsor, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA).

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire