Vaccinations: le Sud-Est et les quartiers défavorisés sont les moins bien couverts. 

Covid-19 : ces territoires où la vaccination patine encore

Deux mois après le rebond de la campagne vaccinale, 8,5 millions de Français n’ont pas reçu de première dose. Le Sud-Est et les quartiers défavorisés sont les moins bien couverts. 

Par Camille Stromboni

Publié le 21 septembre 2021 à 05h58 – Mis à jour le 21 septembre 2021 à 15h13  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/21/covid-19-ces-territoires-ou-la-vaccination-patine-encore_6095395_3244.html

La France a franchi, vendredi 17 septembre, l’objectif des 50 millions de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19. Depuis l’annonce du président de la République, le 12 juillet, d’une extension du passe sanitaire alors que la campagne s’essoufflait, plus de 13 millions de personnes supplémentaires ont été vaccinées.

Pour autant, les lignes de fracture qui traversent le pays n’ont pas disparu. Au contraire, plusieurs d’entre elles se sont maintenues, selon l’indice comparatif de la vaccination, calculé par le géographe de la santé Emmanuel Vigneron à partir des dernières données de l’Assurance-maladie en date du 17 septembre et portant sur la situation au 5 septembre. Cet indicateur, publié une première fois le 25 juillet, permet d’évaluer l’avance ou le retard d’un territoire par rapport aux moyennes nationales, à l’échelle fine des intercommunalités, indépendamment du « biais de l’âge » de ses habitants.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : en France, une triple fracture vaccinale

Résultat : deux mois plus tard, alors que, selon le ministère de la santé, encore 8,5 millions de Français restaient à convaincre au 14 septembre, avec 86 % des plus de 12 ans ayant reçu une première dose, le clivage demeure entre une France du Nord et du Grand Ouest bien vaccinée, et un Sud-Est sous-vacciné.

Outre les territoires ultramarins, qui accusent le plus grand retard, en métropole, la France la moins vaccinée s’étend du pays niçois à Digne-les-Bains, Gap, Toulon et Marseille, pour la Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), jusqu’aux alentours de Perpignan, Carcassonne et Montauban, plus à l’ouest, en Occitanie, ou encore en Nouvelle-Aquitaine, à Périgueux.

« Trous dans la raquette »

Ces territoires n’ont pas rattrapé leur retard durant la période estivale, quand, à l’inverse, les départements déjà les plus vaccinés ont renforcé leur avance. « Globalement, les premiers sont toujours les premiers, les derniers toujours les derniers, résume le professeur Emmanuel Vigneron. C’est le signe d’une dimension territoriale forte de la résistance à la vaccination, cela peut aussi être celui de “trous dans la raquette” du dispositif vaccinal, les deux pouvant se cumuler. »

Lire aussi : Radiographie de la France qui doute de la vaccination contre le Covid-19

Les territoires très ruraux ou éloignés des métropoles, en périphérie, restent encore, ici et là, en deçà des moyennes, comme la communauté du Diois (Drôme), ou encore le Couserans, dans l’ouest de l’Ariège. Mais ce sont d’autres espaces où la sous-vaccination paraît la plus massive : dans de nombreux quartiers défavorisés, près de 50 % de la population n’a pas reçu une seule dose de vaccin. Une situation que l’on retrouve de la Seine-Saint-Denis au sud du Val-de-Marne, mais aussi à Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Saint-Fons, dans la métropole lyonnaise, jusqu’aux quartiers nord de Marseille. Dans les 3e, 14e et 15arrondissements de la cité phocéenne, zones de désert médical, entre 57 % et 59 % des habitants restent à vacciner.

Est-ce le signe que le plafond de l’adhésion vaccinale est atteint ? Celui d’une défiance à l’égard du gouvernement ou de l’autorité ? Sur le terrain, voilà des mois que l’accent est mis sur les dispositifs « d’aller vers » déployés pour toucher les populations les plus éloignées du soin. Equipes mobiles envoyées auprès des plus précaires (centres d’hébergement d’urgence, foyers de migrants, de demandeurs d’asile, etc.), barnums installés au pied des tours de certaines cités, bus de vaccination, opérations dans les centres commerciaux, dans les fêtes foraines, campagnes de courriers et d’appels téléphoniques de l’Assurance-maladie…

Lire aussi  Le Covid-19, une maladie socialement inégalitaire

« Il n’y a pas de solution miracle, reconnaît-on au ministère de la santé. Cela prend du temps, et forcément, cela devient de plus en plus compliqué », à mesure que l’onapproche des derniers mètres de la campagne. Deux règles devraient servir de nouveau levier : l’application du passe sanitaire pour les 12-17 ans prévue le 30 septembre, ainsi que la date limite du 15 octobre à laquelle doit s’arrêter la gratuité des tests de dépistage.

« Récupérer la confiance »

Les professionnels de santé en première ligne font état d’une gamme de freins de nature très différente. En commençant par l’information : « Dans les quartiers nord [de Marseille], à la maison de santé des Aygalades, où l’on vaccine le week-end, l’une des premières choses qu’on précise bien quand on appelle des habitants, c’est que le vaccin est gratuit. Ça peut paraître aberrant, mais certains pensent encore que c’est payant », rapporte le professeur Jean-Luc Jouve, à la tête de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille.

Dans la région du professeur Didier Raoult, le responsable dit aussi se heurter à la nécessité de « récupérer la confiance » après le fort écho des discours de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection – que le microbiologiste de 69 ans dirige encore pour un an – dont « se sont emparés les réseaux sociaux et certains groupes politiques, interprétés comme n’allez pas vous faire vacciner ».

Lire aussi  Vaccination contre le Covid-19 : « On a eu tendance à interpréter les hésitants comme des réfractaires »

A Marseille comme ailleurs, des rumeurs circulent encore sur l’infertilité que la vaccination causerait chez les femmes, mais aussi chez les jeunes hommes. Il y a aussi des réticences liées à la barrière de la langue ou des craintes chez les personnes dont les papiers ne sont pas en règle. Ou encore, parfois, la gêne de se faire vacciner en bas des tours, sous le regard des voisins…

De toutes parts, un même constat : les liens noués en amont avec les associations, les médiateurs, les acteurs de terrain, les comités de quartier font la différence pour le succès d’une opération de vaccination. « C’est simple, quand on fait une séance de vaccination et que les associations n’ont pas pu faire le travail en amont pendant la semaine qui précède, on tourne à dix vaccinations dans la journée. Quand elles ont préparé le terrain, on est au minimum à une centaine », relate Jean-Luc Jouve.

Opérations ciblées vers les plus précaires

Même retours en Ile-de-France, où Clichy-sous-Bois, Villetaneuse, Stains ou encore Villepinte et Pierrefitte-sur-Seine figurent parmi les cinquante territoires les moins vaccinés du pays. « En impliquant les bailleurs sociaux, par exemple, avec lesquels on vient de mettre en place une action pour faciliter l’installation des barnums, et surtout prévenir les habitants, afficher l’opération, communiquer, on crée un effet d’entraînement indispensable », décrit Luc Ginot, directeur de santé publique de l’agence régionale de santé (ARS) francilienne. Les compteurs de l’agence comptabilisent 234 000 personnes vaccinées à la suite de ces dispositifs « d’aller vers », avec quelque 1 200 opérations ciblées vers les plus précaires (foyers de migrants, hébergements collectifs) et 650 autres vers les territoires populaires depuis le début de la campagne.

Le responsable se défend de tout retard ou d’un « trou dans la raquette » dans la stratégie vaccinale en direction des quartiers modestes : « Les tendances en termes d’inégalité de santé sont très lourdes, pas seulement concernant le Covid, il était illusoire de penser qu’on allait y échapper d’un coup de baguette magique. »

Lire la tribune : Vaccination : « Les autorités brouillent les messages en adoptant une position offensive devant toute critique »

« On s’adapte, on cherche l’endroit le plus pertinent avec les élus territoriaux, petit à petit, l’écart, on va le combler », espère aussi Philippe Guetat, directeur départemental du Rhône et de la métropole lyonnaise de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes.

Des équipes mobiles en direction d’une dizaine de « quartiers prioritaires de la ville » ont été déployées tout l’été, du 8arrondissement lyonnais à La Duchère, en tentant le sur-mesure. A Vénissieux, après avoir fait le constat que près de la moitié des personnes vaccinées au centre venaient d’ailleurs, l’équipe a transformé son action en sillonnant les quartiers, trois fois par semaine. A l’inverse, les opérations de vaccination menées sur les parkings des centres commerciaux, qui n’ont rencontré qu’un faible écho, ont été abandonnées.

« S’adapter à chacun »

« L’essentiel, c’est aussi de s’appuyer sur les soignants du territoire, les pharmaciens, les infirmiers », souligne Philippe Guetat. A Grigny, par exemple, ces professionnels vaccineront les habitant dans les semaines qui viennent avec des kits apportés par l’équipe mobile.

« On n’est pas sur un problème de vaccin, mais de rapport à la santé », souligne le docteur Vincent Rébeillé-Borgella, parti à la retraite cet été, après quatre décennies dans le quartier populaire des Etats-Unis, à Lyon. Surmonter les freins suppose « d’avoir le temps, de parler un langage accessible, d’entendre les représentations de la maladie et du vaccin, qui sont culturelles, sociales, de s’adapter à chacun, détaille-t-il. Il ne faut pas croire que tout le monde comprend à la même vitesse et de la même manière un discours médical. » Pour cette raison, le généraliste regrette que les moyens n’aient pas été mis plus tôt pour que la médecine générale dispose du vaccin Pfizer en cabinet, ce qui doit être le cas à compter d’octobre.

Camille Stromboni

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire