La recherche d’un médecin dans un village du cantal (La Tour d’Auvergne) – on tourne toujours en rond faute de l’absence de décision contre la mauvaise répartition et la liberté d’installation

La Tour-d’Auvergne, 630 habitants, veut tout faire pour attirer un nouveau médecin généraliste

Par Frédéric Potet 

Publié hier à 06h30, mis à jour à 01h38

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/09/29/la-tour-d-auvergne-remue-ciel-et-terre-pour-attirer-un-nouveau-medecin-generaliste_6096393_3224.html

RÉCIT

Depuis la mort de son seul médecin, emporté par le Covid-19, ce village du massif de Sancy subit un fléau que le milieu rural connaît bien : la désertification médicale.

Le 23 août, alors que la confusion la plus totale régnait à Kaboul, Yannick Tournadre a cru nécessaire d’écrire à Jean-Yves Le Drian. Qu’avait donc à dire au ministre des affaires étrangères le maire de La Tour-d’Auvergne (Puy-de-Dôme), gros bourg de 630 habitants perché à 1 000 mètres d’altitude au cœur du massif du Sancy ? Simplement que sa commune, comme tant d’autres, était disposée à accueillir des réfugiés afghans. Pas n’importe quels réfugiés cependant : « L’arrivée éventuelle d’un médecin afghan dans notre village serait une véritable aubaine et une garantie de réussite et d’intégration », précisait-il.

L’absence de réponse du Quai d’Orsay n’a pas surpris M. Tournadre, mais n’a pas contrarié pour autant son projet : trouver un généraliste pour remplacer le docteur attitré de la commune, Jérôme Valette, emporté par le coronavirus en avril 2020, aux temps les plus meurtriers de la pandémie.

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Un an et demi après la disparition du Dr Valette, à l’âge de 65 ans, La Tour-d’Auvergne paraît inconsolable. Fief d’une illustre famille noble éponyme (la Maison de La Tour-d’Auvergne), le village a toujours abrité un médecin ; on en vit même un, Paul Godonnèche, devenir maire, puis député à la fin des années 1950.

Pour tragique qu’elle soit, la mort « en fonction » du Dr Valette place aujourd’hui la bourgade devant un fléau que le milieu rural connaît bien : la désertification médicale. Les patients du praticien décédé sont ainsi venus engorger les salles d’attente de ses confrères les plus proches, jusqu’à 25 km de là. Afin de réguler la demande, l’un d’eux, de nationalité roumaine, a proposé de consulter temporairement un jour et demi par semaine, dans le cabinet même du Dr Valette, laissé en l’état.

« Le médecin de campagne par excellence »

Aux murs de celui-ci, un tableau naïf acheté à Haïti et un pochoir venu de Thaïlande témoignent de la trajectoire du généraliste, arrivé ici en 2003 après vingt ans passés dans le secteur de l’humanitaire. L’homme en savait long sur les crises sanitaires. D’où la sidération, qui continue de planer sur le village : « On était conscients qu’il n’était pas invulnérable, mais il était passé à travers tellement de difficultés et d’épidémies à l’étranger qu’il était inconcevable qu’il puisse mourir chez nous par la faute d’une maladie », indique Patrick Meynie, facteur à la retraite et ancien patient du Dr Valette.

Tableau haïtien dans le cabinet du Dr Valette. FRÉDÉRIC POTET / LE MONDE 

Né en 1954 à Abidjan, où sa mère enseignait l’anglais, Jérôme Valette avait la médecine humanitaire pour passion. Son CV fait état d’innombrables missions à travers le monde, comme la gestion de cliniques au Tchad, la coordination d’une enquête sanitaire sur les personnes déplacées au Cambodge ou la direction d’un hôpital de campagne en Afghanistan dans un contexte de guerre. Ce globe-trotteur avait travaillé dans plus de vingt pays et pour le compte d’une dizaine d’organisations : Médecins sans frontières, Médecins du monde, l’Unicef, Action contre la faim, la Croix-Rouge française, International SOS…

C’était pour « voir grandir ses enfants », aujourd’hui âgés de 21 ans et 25 ans, qu’il s’était installé au pied des volcans d’Auvergne, prenant la suite d’un généraliste décédé à 54 ans d’une rupture d’anévrisme.

« Il aimait le contact avec les gens, la nature, les animaux », résume son épouse, Nesrine Valette, décrivant un mari qui ne comptait pas son temps pour son travail, multipliant les visites dans les hameaux éloignés, consultant au-delà de 22 heures, allant jusqu’à examiner les chats de ceux qui n’avaient pas les moyens de payer un vétérinaire. « Il était le médecin de campagne par excellence, dévoué corps et âme à ses patients, souligne Patrick Meynie. Savoir qu’il y avait quelqu’un comme lui chez nous était particulièrement rassurant. »

Un vide à combler

Diplômé dans le traitement des maladies tropicales, Jérôme Valette avait également suivi, en 1999, une formation en « épidémiologie d’intervention », dispensée par la Fondation Mérieux. A-t-il minimisé les risques face au Covid-19 ? Croyait-il, comme s’en souviennent certains patients, que le virus ne ferait que « passer » ?

Si la connaissance qu’on avait alors du SARS-CoV-2 n’est pas comparable à celle qu’on en a désormais, « la question de la protection n’était pas la même non plus, souligne Nesrine Valette. Les masques manquaient. Jérôme a reçu un jour une boîte de cinquante exemplaires, qu’il a partagés avec ses patients. Il en a gardé quelques-uns pour lui, mais cela n’a pas tenu longtemps ».

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Nul ne sait précisément comment le médecin contracta la maladie, et peu importe. Son transfert en hélicoptère au CHU de Clermont-Ferrand, seize jours avant son décès, avait provoqué un premier traumatisme au village.

« Nous pensions tous, jusque-là, que le virus n’arriverait jamais chez nous, rapporte M. Tournadre. La densité de population est de treize habitants au km² à La Tour-d’Auvergne. Elle est de 10 000 à Lyon. On se sentait protégés à la campagne. » Infirmier de profession, il se souvient avoir discuté avec le Dr Valette quelques jours avant son hospitalisation : « Il m’avait dit qu’il serait obligé d’exercer encore cinq années, jusqu’à ses 70 ans, car il n’avait pas assez cotisé dans l’humanitaire. Je me suis dit que je serais tranquille jusqu’à la fin de mon mandat et que je n’aurais pas à lui trouver un remplaçant. »

Nesrine Valette, la veuve du Dr Valette. FRÉDÉRIC POTET / LE MONDE 

Synonyme d’inégalités dans l’accès aux soins, le vide créé par sa disparition n’a jamais été comblé, sauf de manière provisoire. D’abord par un interne de la faculté de Clermont-Ferrand, resté deux mois dans l’ancien chef-lieu de canton, à la faveur d’une dérogation obtenue en express auprès des différents organismes habilités (agence régionale de santé, Ordre des médecins…). Mme Valette avait alors assuré son secrétariat, comme elle le faisait pour son mari : « Une mauvaise idée, regrette-t-elle. Les gens, au téléphone, me demandaient immanquablement comment j’allais. »

Candidatures fantaisistes

Le 14 juillet 2020, cette Belge d’origine turque est allée assister à la parade militaire sur les Champs-Elysées, à l’invitation du ministre de la santé, Olivier Véran. Avant son départ, le conseil municipal de La Tour-d’Auvergne lui avait confié un dossier décrivant la situation dans laquelle se trouvait la commune – dossier destiné à être remis en mains propres à Emmanuel Macron, si les conditions se présentaient. Elles ne se présentèrent pas.

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Entouré des autres professionnels de la santé du village (un pharmacien, un kiné, un deuxième infirmier), Yannick Tournadre prit alors son bâton de pèlerin.

Deux petites annonces, publiées sur un site spécialisé et dans des journaux médicaux – moyennant 1 200 et 1 500 euros –, restèrent lettre morte. Les seuls courriers reçus en mairie furent des offres de sociétés spécialisées dans le placement de médecins étrangers, promettant la perle rare en échange de 15 000 euros. Une autre entreprise proposa d’installer au village une cabine de télémédecine, à l’intérieur de laquelle les habitants auraient pu se faire examiner à distance, « et même repartir avec une ordonnance imprimée sous leurs yeux » : « Je n’ai pas mordu à l’hameçon », balaie l’élu.

Intitulée « La Tour-d’Auvergne cherche un médecin contre bons soins », une vidéo amateur vantant l’art de vivre auvergnat fut également mise en ligne sur les réseaux sociaux, mais resta sans suite. Idem des cierges allumés par quelques fidèles au pied de Notre Dame de Natzy, une vierge en bronze édifiée au sommet d’une colline au XIXe siècle, à la suite… d’une guérison miraculeuse.

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Si le « miracle » se fait encore attendre, quelques candidatures ont toutefois fini par arriver. Des demandes « farfelues » pour la plupart, comme celle d’une doctoresse camerounaise diplômée d’une université chinoise, ou celle d’un médecin tunisien retraité cherchant du travail pour son fils titulaire d’un doctorat en médecine.

Jusqu’à ce que Radu-Cristian Tudose, le docteur de Lanobre (Cantal), à 20 km plus à l’ouest, vienne proposer de délocaliser son activité à La Tour-d’Auvergne les mercredis et les samedis matins. « De nombreuses personnes âgées et isolées ne peuvent pas se déplacer jusqu’à mon cabinet. Je me devais d’aller à leurs devants », explique ce praticien libéral venu de Bucarest par l’entremise d’une agence de placement, évoquant une décision dictée par sa « foi chrétienne ».

« Tour de France des remplacements »

Quelque peu débordé depuis, le Dr Tudose devrait bientôt pouvoir souffler un peu. Une médecin de 34 ans, Eloïse Benoist, s’est en effet manifestée pour l’assister à La Tour-d’Auvergne en janvier et février prochains. Diplômée de la faculté de Marseille, cette mère de deux jeunes enfants cherche à s’installer après un congé parental de quatre ans. Elle a planifié pour cela un « tour de France des remplacements », afin de trouver le meilleur endroit où poser définitivement sa mallette.

Banderole à l’entrée de La Tour-d’Auvergne (Puy-de-Dôme). FRÉDÉRIC POTET / LE MONDE 

Son périple commencera le 4 octobre à Itteville (Essonne), non loin de là où vivent ses parents. Il se poursuivra à Orbey (Haut-Rhin) pour deux mois. Puis à La Tour-d’Auvergne, début 2022. La Dre Benoist a adopté une « technique » de démarchage éprouvée par d’autres avant elle, consistant « à téléphoner au médecin d’une commune visée, et lui proposer de le remplacer sur une courte durée, détaille-t-elle. En général, on trouve tout de suite. »

Et si La Tour-d’Auvergne – son collège, ses commerces, son lac, sa proximité des stations de ski du Sancy – devait ne pas convenir à son « désir de s’installer en milieu rural », la postulante irait poursuivre ailleurs sa tournée. « En Bretagne et en Corrèze », prévoit-elle.

La jeune docteure n’a pas encore mis un pied au pays des volcans que, déjà, tout le village se demande si elle restera ou non, à l’issue de ses deux mois d’essai. Une grande bienveillance l’attend. « Les gens comprendraient parfaitement quelle ne travaille pas 70 heures par semaine, note le pharmacien, Fabrice Legrand. La patientèle, qui plus est, a le sens de la mesure par ici : personne ne l’appellera à 23 heures pour un petit bobo, ce n’est pas le style de cette terre d’élevage où on a l’habitude de vivre à la dure. »

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La municipalité, elle, lui promet, à terme, un outil de travail entièrement neuf : une maison médicale, comprenant un ou deux cabinets, ainsi qu’un appartement de fonction. Quelque 200 000 euros de travaux devraient être engagés d’ici à la fin 2022 dans ce logement à trois niveaux, dont la commune vient d’hériter sous forme de donation. Sa propriétaire était une ancienne interprète-traductrice de nationalité britannique. C’est pour remercier la population de l’avoir accueillie, il y a une vingtaine d’années, qu’elle a cédé sa maison, sans contrepartie. Agée de 84 ans, elle vit chez sa fille, à l’entrée du village, depuis le premier confinement. La solidarité n’a pas dit son dernier mot à La Tour-d’Auvergne.

Frédéric Potet

Voir aussi:

Bientôt dépourvu de médecin, un village du Tarn veut embaucher un praticien afghan   

Par L.C.  le 01-09-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale/67806-bientot-depourvu-de-medecin-un-village-du-tarn-veut-embaucher

Alors que l’unique médecin généraliste de sa commune va quitter le cabinet médical dans quelques semaines, le maire de Valderiès (Tarn) évoque l’idée d’accueillir un praticien d’Afghanistan. 

C’est une « grosse déception » pour le maire de Valderiès, près d’Albi. Dans quelques semaines, le cabinet médical créé par la précédente municipalité sera vide. En effet, la généraliste qui s’y est installée il y a un an et demi a décidé de quitter la structure dans quelques semaines pour des raisons familiales, rapporte la radio centpourcent.

Comme dans de nombreuses communes en France touchées par la désertification médicale, ce sont ici quelque 1.500 patients qui vont se retrouver très bientôt sans médecin. Le cabinet médical peut pourtant accueillir deux praticiens et un dentiste.

Loin de se laisser abattre, le maire, Vincent Recoules, cherche des solutions pour remplacer la praticienne et évoque l’idée de faire venir un médecin afghan. « On va voir, que ce soit à travers des organismes privés ou l’ARS, et je vais même plus loin. Je vais voir avec le consulat, un médecin arrivé d’Afghanistan serait le bienvenu à Valderiès », a-t-il déclaré à l’antenne.

[avec centpourcent.com]

Un village prêt à offrir 10 000 euros pour attirer un médecin   

Par P.M. le 02-08-2021

 https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale/67313-un-village-pret-a-offrir-10-000-euros-pour-attirer-un-medecin

Coup de pouce financier, loyer gratuit pendant 6 mois… Une commune de moyenne montagne de Haute-Saône ne lésine pas sur les moyens pour éviter le désert médical. 

10 000 euros. C’est le montant de l’aide financière qui a été voté par la municipalité de Plancher-les-Mines (Haute-Saône) en vue de faciliter l’installation d’un nouveau médecin.

L’ambition ? Éviter la désertification médicale dans cette zone de fond de vallée à la population vieillissante, alors que le dernier médecin en activité va bientôt faire valoir son droit à la retraite, rapporte l’Est Républicain.70 médecins salariés en 35 heures : le pari gagnant de la Saône-et-Loire ?

Cette aide s’additionnera aux 50 000 euros attribués par l’Assurance maladie. Mais aussi à d’autres avantages, tels que six mois de loyer gratuit.

[Avec l’Est Républicain]

Déserts médicaux : dix millions de Français vivent dans un territoire où l’accès aux soins est inférieur à la moyenne   

Par M.J. le 04-02-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale/65236-deserts-medicaux-dix-millions-de-francais-vivent-dans-un

Dix millions de Français vivent dans un territoire où l’accès aux soins est de qualité inférieure à la moyenne, alerte l’Association des maires ruraux de France qui publie, jeudi 4 février, une nouvelle étude sur la dégradation des déserts médicaux sur notre sol.  

Réalisée pour l’Association des maires ruraux de France (AMRF) par Emmanuel Vigneron, professeur des universités à Montpellier et spécialiste de l’approche territoriale de la santé, une nouvelle étude sur la démographie médicale révèle que dix millions d’habitants vivent dans un territoire où l’accès aux soins est de qualité inférieure à celle de la moyenne des territoires français. Le document souligne que la densité pour 1.000 habitants pour toutes les catégories de médecin « est systématiquement inférieure à la campagne par rapport aux territoires hyper-urbains ». Concernant les médecins spécialistes, leur nombre est même deux fois moins important dans les départements hyper-ruraux. 

L’étude indique également que le nombre de cantons dépourvus de médecins est passé de 91 en 2010 à 148 en 2017, soit une augmentation de 62%. La densité médicale a d’ailleurs baissé de plus d’un tiers dans 30% de l’ensemble des cantons pendant la même période. 

L’AMRF alerte ainsi sur la “dégradation des déserts médicaux”, alors que l’épidémie de Covid n’est toujours pas endiguée en France. « Nous ne sommes qu’au début de la crise. Si rien n’est fait, on court vraiment à la catastrophe », s’inquiète Dominique Dhumeaux, premier vice-président de l’Association. A ses yeux, « cette difficulté d’accès aux soins est insoutenable”. « J’ai du mal à imaginer comment notre société va absorber cette profonde injustice. Rien n’explique que pour 1.000 habitants, il y ait moins de médecins en milieu rural qu’en ville. Il n’y a pas moins d’enseignants ou de pharmaciens », déplore-t-il encore.  

Autre problème majeur à prendre en considération pour les élus : la moyenne d’âge des praticiens, toujours plus élevée dans les territoires ruraux. « Plus de la moitié des médecins en rural sont âgés de plus de 55 ans et un bon nombre a déjà largement dépassé les 70 », souligne Dominique Dhumeaux, qui rappelle que « les jeunes médecins sont beaucoup plus nombreux en ville ».   « J’ai même tenté ma chance avec Doctolib » : installé en Bretagne, un médecin sicilien déplaque faute de patients

Fin 2020, l’AMRF avait publié deux autres études, la première révélant que l’espérance de vie à la campagne se dégradait depuis le début des années 2000 par rapport aux villes et la seconde, que les habitants des régions rurales « consomment 20% de soins hospitaliers en moins que ceux des villes ».  

[avec AFP]  

Le conventionnement sélectif plutôt que l’obligation à l’installation : l’offre d’un sénateur aux médecins généralistes   

Par Aveline Marques le 21-07-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale/67525-le-conventionnement-selectif-plutot-que-l-obligation-a-l?nopaging=1

Le sénateur LR du Cantal Stéphane Sautarel vient de déposer une proposition de loi instaurant, entre autres, un conventionnement sélectif des médecins généralistes dans les zones sur-dotées. Soutenue par quelque 70 sénateurs appartenant à trois groupes politiques, la proposition est conçue comme une « arme de dissuasion massive« , explique Stéphane Sautarel à Egora : les médecins libéraux ont tout intérêt à s’accorder sur une régulation concertée plutôt que de se voir imposer des mesures franchement coercitives, plaide-t-il. Stage d’internat « en autonomie supervisée » dans un désert, mesures visant les médecins proches de la retraite… Décryptage d’un proposition de loi qui pourrait faire l’effet d’une bombe dans la profession. 

Egora.fr : Vous proposez la mise en place d’un conventionnement sélectif dans les zones médicalement sous-denses. L’idée n’est pas nouvelle et a déjà été rejetée plusieurs fois. Pourquoi pensez-vous que c’est malgré tout une bonne solution ?

Stéphane Sautarel (DR)

Stéphane Sautarel : Si j’ai proposé ce texte, c’est parce qu’il me semble que les mesures incitatives qui ont été mises en place depuis de nombreuses années déjà ne suffisent pas, ou ne suffisent plus, même si elles ont leurs vertus et ont apporté des résultats. Avant d’aller vers des mesures plus contraignantes ou coercitives, d’obligation d’installation dans des zones sous-denses par exemple, je propose effectivement ce conventionnement sélectif qu’avait d’ailleurs proposé la Cour des comptes dans un rapport de 2017. Le but est de privilégier le conventionnement sur des zones en déficit d’offre, et pour cela, de manière à ne pas le faire de façon trop brutale, je propose deux choses : de laisser le temps au dialogue jusque mi-2023 pour que les partenaires de l’Assurance maladie puissent trouver des solutions concertées, et si ce n’était pas le cas, une expérimentation, avant une généralisation, de cette démarche pour trois ans.

Je sais effectivement que cela a déjà été proposé sans succès car certains considèrent que c’est déjà trop contraignant. » Face à une éventuelle menace, un éventuel risque, sans doute que les professionnels avanceraient sur des solutions plus favorables »

En 2019, quand le débat a eu lieu à l’Assemblée nationale, Agnès Buzyn avait interpellé les députés sur cette question : « Quel élu sur ces bancs peut aujourd’hui s’imaginer que sa circonscription est une zone à forte densité médicale, bénéficiant d’un fort excédent de médecins ? Sincèrement, si vous pensez repeupler la France avec des médecins de Saint-Tropez, vous allez à l’échec ! » Y a-t-il encore des territoires sur-dotés en médecins ?

Oui, c’est une évidence. En 2018, environ 4 millions de Français vivaient dans des zones sous-denses en médecins généralistes, au regard du nombre de professionnels par habitant et de l’éloignement. Mon propos n’est pas d’imaginer de pouvoir déplacer le médecin de Saint-Tropez dans le Cantal ou dans la Lozère mais au moins pour les nouveaux diplômés de permettre ce conventionnement sélectif pour répondre à cette demande de soins. Je crois qu’il est de la responsabilité du politique de permettre l’accès aux soins de l’ensemble de nos concitoyens de manière équitable, sinon égalitaire. Surtout dans cette période post Covid où l’on voit un regain d’attractivité pour un certain nombre de territoires ruraux. Les deux facteurs les plus essentiels sont l’offre éducative et l’offre de santé. Donc on ne peut pas rester sur ce déficit et ce déséquilibre d’offre de santé.

Et encore, ma proposition de loi ne traite que des médecins généralistes. Il y a aussi un vrai sujet sur les médecins spécialistes, qui concerne également le secteur hospitalier.

Pour les généralistes, je conçois…

cette proposition comme une arme de dissuasion. Si elle était adoptée, elle permettrait une avancée concertée – j’en suis convaincu. Face à une éventuelle menace, un éventuel risque, sans doute que les professionnels avanceraient sur des solutions plus favorables.

Ce principe d’une arrivée pour un départ en zone sur-dotée sera-t-il opérant avec ces départs à la retraite massifs de médecins libéraux qui s’annoncent dans les prochaines années partout en France ?

Je ne propose pas forcément « une arrivée pour un départ », il faut voir au cas par cas. L’organisation de l’offre n’est plus la même aujourd’hui qu’il y a 10, 20 ou 30 ans, avec des médecins qui exerçaient seuls dans chaque commune. Aujourd’hui, on est plus sur des cabinets concentrés, mutualisés à l’échelle d’une intercommunalité.

Ce serait aussi une mesure transitoire. Les évolutions du numerus clausus -qui sont pour moi insuffisantes- peuvent à terme permettre d’avoir davantage de diplômés et donc de répondre plus facilement aux difficultés démographiques d’une profession sur laquelle on n’a très peu anticipé. Et il est vrai que ces difficultés dépassent les seuls territoires en déficit… » On ne peut pas laisser nos concitoyens, qui sont des contribuables comme les autres, dans la situation dans laquelle ils sont »

Pour s’opposer au conventionnement sélectif, Agnès Buzyn avait fait valoir qu’à l’étranger cela avait conduit les médecins à s’installer dans les zones limitrophes des zones sur-dotées et non dans les territoires les plus déficitaires…

Ce que je reprocherais à Agnès Buzyn, qui n’est plus aux affaires mais que vous citez car elle s’est exprimée sur le sujet, c’est sa position de ministre hors sol, francilienne pour ne pas dire parisienne, coupée des réalités et qui ne faisait pas preuve de volontarisme politique mais se résignait à accompagner des mesures. Moi je pense que le rôle du politique c’est de prendre des décisions plus volontaristes dans ce domaine-là comme dans d’autres, faute de quoi il ne faudra s’étonner si nos concitoyens transforment parfois leur colère en violence. Ou en tout cas en absence de reconnaissance. Notre pays traite de façon différente, pour ne pas dire dégradante…

des territoires ruraux par rapport à la métropolisation galopante. Je ne partage absolument pas les propos de Madame Buzyn. Le résultat n’est pas certain, mais en tout cas on a une obligation d’essayer de trouver des nouvelles solutions. On ne peut pas laisser nos concitoyens, qui sont des contribuables comme les autres, dans la situation dans laquelle ils sont.

Les représentants des médecins eux-mêmes alertent sur le risque de découragement de l’exercice libéral que ferait peser une limitation de la liberté d’installation. Les jeunes auraient tendance à se diriger vers des postes salariés, y compris sur la Côte d’Azur…

Le salariat peut répondre à un certain nombre de besoins mais ne résout pas les difficultés d’attractivité de certains territoires, même si ça peut être une solution. Est-ce que cela détournera tous les professionnels de l’exercice libéral ? Certes, les conditions de travail ne sont pas tout à fait les mêmes, mais les conditions de rémunération non plus. Je crois encore au libéral et aux vertus de l’exercice libéral de la profession. Vous savez, il y a déjà des écarts d’attractivité entre des postes salariés, par exemple entre poste de médecin de PMI à Lyon et un poste à Guéret…« Certains médecins ne jouent pas le jeu de l’accueil des étudiants en stage »

Autre mesure de votre proposition de loi : la mise en place d’une année de stage territorial dans le cadre d’une quatrième année d’internat, « en autonomie supervisée », dans des territoires déficitaires. Une proposition qui avait été également rejetée avec force par les carabins en 2019. Ne risque-t-on pas d’avoir une médecine à deux vitesses avec des territoires où exercent des médecins diplômés et des déserts avec des médecins encore en formation ?

 La médecine à deux vitesses, on l’a déjà puisqu’aujourd’hui il y a des endroits où il y a des médecins et d’autres où il n’y a pas de médecins. Ce ne serait pas un stage avant la thèse. L’interne, au bout de trois ans, serait déjà un professionnel. Il ne substituerait pas aux autres stages de 1ère, 2e et 3e année avec un tuteur. Ça permettrait vraiment d’avoir un exercice plein et entier par ce jeune professionnel, qui aurait un encadrement ou un suivi qui relèverait plus du conseil de l’Ordre. Il n’y aurait pas nécessairement besoin d’un médecin en place. L’intérêt est justement de pouvoir intervenir dans des territoires qui aujourd’hui n’ont plus de médecin en place.Liberté d’installation des médecins : Buzyn accusée de défendre des « intérêts corporatistes »

Je comprends parfaitement certaines réticences des étudiants et jeunes médecins. C’est la raison pour laquelle dans un autre article je propose une revalorisation substantielle des indemnités des internes. Une des raisons majeures pour lesquelles les jeunes diplômés ne s’installent pas ou ne prennent pas de poste de salariat en milieu rural c’est qu’après avoir eu un internat difficile en termes de conditions de travail, ils cherchent une respiration, un nouveau rythme -ce qu’on comprend parfaitement- et une activité plus rémunératrice, avec des vacations ou des remplacements parce qu’ils ont vécu tout leur internat en étant payés au lance-pierre. L’équilibre de cette proposition de loi…

 c’est justement de mieux reconnaître financièrement les internes de manière à avoir ce niveau d’exigence sur cette 4e année.

Un autre article prévoit que dans le cadre des négociations conventionnelles, il soit examiné des mesures incitatives, voire obligatoires, de préparation au départ en retraite des médecins en zones sous-dense. C’est-à-dire?

Il y a déjà un certain nombre de mesures qui existent, comme le contrat de transition, que je ne remets pas en cause et qui ont tout leur intérêt. Pour autant, il y a certains médecins pour diverses raisons -et je ne les juge pas- ne font pas cet effort d’accueillir des étudiants en stage. Je renvoie au dialogue et à la concertation pour essayer de trouver des mesures incitatives pour ces médecins, pour faciliter cet accueil : peut-être une surcotation pour leur retraite, ou des mesures d’allègement de charges au moment de leur départ en retraite. Dans un deuxième temps -mais ça n’est pas dans la PPL- si ces avancées ne voyaient pas le jour, on pourrait imaginer à l’inverse une mesure de bonus-malus : le médecin qui accueille les étudiants à l’approche de son départ en retraite aurait un bonus et celui qui ne fait pas cet effort-là, pourrait avoir un malus. Si on n’arrive pas à avancer sur l’incitation positive, il faudra peut-être imaginer une incitation négative.

Je parle d’accueil d’étudiants en stage sans préjuger qu’ils puissent être successeurs. Mais on sait que quand ces accueils se passent bien et s’inscrivent dans la durée, il peut y avoir des succès de reprise d’installation. Il n’y aurait pas d’engagement de part et d’autre mais ça peut permettre de faciliter les choses, de découvrir la patientèle et le territoire. On rajoute en tout cas des chances de succès à une installation possible.

Enfin, vous proposez d’étendre le dispositif de l’ateliers-relais au domaine de la santé. De quoi s’agit-il et quel serait le but?

Aujourd’hui les collectivités investissent dans des maisons de santé pour offrir aux professionnels un lieu de pratique adapté à leurs besoins mais elles restent des propriétés publiques avec un loyer qui est payé par les professionnels. Je propose que ce loyer puisse être un crédit-relais : cela permet qu’au bout de 8, 10 ou 12 ans selon les conditions, le professionnel devienne propriétaire du bâtiment s’il le souhaite. Ce serait un investissement patrimonial supplémentaire sur lequel capitaliser.« Pas encadré, pas formé » : les carabins se mobilisent contre l’année d’internat « en autonomie »

Savez-vous quand votre proposition de loi pourrait être examinée?

Elle vient d’être déposée donc je n’ai pas encore de calendrier. Elle a été cosignée par presque 70 sénateurs de trois groupes politiques différents. Elle va être partagée avec d’autres collègues d’autres groupes. Je dois rencontrer le cabinet du ministre de la Santé début septembre pour évoquer cette proposition. J’espère une inscription à l’agenda parlementaire à l’automne.

« Une arrivée pour un départ » : une proposition de loi en faveur de la régulation de l’installation des médecins    

Par Aveline Marques  le 16-07-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale/67482-une-arrivee-pour-un-depart-une-proposition-de-loi-en-faveur-de

La crise sanitaire a occulté le débat mais il a tôt fait de ressurgir : un groupe de 65 sénateurs, emmenés par le républicain Stéphane Sautarel, ont signé une proposition de loi prévoyant le lancement pour trois ans d’une expérimentation de conventionnement sélectif des médecins et le rallongement de l’internat de médecine générale d’une 4e année faite de « stage territorial », en relative autonomie.  

Alors que la « voie incitative » empruntée par les « gouvernements successifs » a « abouti aux mêmes constats d’échec », à savoir l’augmentation inexorable du nombre de Français vivant dans une zone médicalement sous-dotée, un groupe de sénateurs centristes et LR proposent « d’ouvrir une nouvelle voie » : celle du conventionnement sélectif des médecins. Une proposition de loi a été enregistrée au Sénat le 8 juin dernier.  

L’idée n’est pas nouvelle, soulignent ses promoteurs : la régulation à l’installation est déjà en vigueur pour les sages-femmes, les chirurgiens-dentistes, les kinés et les infirmières. Equilibre « entre l’incitation et la coercition », elle présente l’avantage de s’opposer « moins frontalement » à la sacro-sainte liberté d’installation des médecins, souligne l’exposé des motifs. Dans les zones, déterminées par l’ARS, « dans lesquelles il est constaté un fort excédent en matière d’offre de soins », « le conventionnement à l’assurance maladie d’un médecin libéral ne peut intervenir qu’en concomitance avec la cessation d’activité libérale d’un médecin exerçant dans la même zone », prévoit le texte. « Une arrivée pour un départ », résume l’exposé des motifs. « Les médecins resteraient théoriquement libres de choisir où s’installer, mais en pratique la menace de non-conventionnement les conduirait à s’installer dans les zones sous-dotées. » 

Autre mesure forte du texte : l’allongement à 4 ans de l’internat de médecine générale, « pour prévoir une année finale consistant en un stage territorial d’un an ». « Tout en excluant la possibilité d’exercer à l’hôpital, ce stage ne s’effectuerait pas obligatoirement auprès d’un médecin généraliste libéral afin de permettre de répondre à un besoin d’un territoire en déficit de professionnels de santé », précise l’exposé des motifs. Il s’agirait donc potentiellement d’une année entière en autonomie pour les internes de dernière année. « L’encadrement pourrait être assuré par un professionnel de santé installé dans une commune limitrophe, ou par l’Université, ou encore par l’Ordre des médecins », détaille l’exposé des motifs. Pour rappel, en 2019, le dépôt au Sénat d’un amendement au projet de loi de santé transformant la dernière année d’internat de médecine générale en « pratique ambulatoire en autonomie » avait déjà suscité une levée de boucliers des carabins. Devant la fronde, les parlementaires avaient reculé. 

Comme une contrepartie à ce sacrifice des étudiants, cette nouvelle proposition de loi prévoit que soient « ouvertes des discussions afin de revaloriser le montant des émoluments et primes perçus par les étudiants de deuxième et de troisième cycles en médecine ». Pas sûr que cela suffise à les convaincre. 

Un centre de santé à 800.000 euros ferme ses portes, faute de médecins   

Par M.J. le 07-06-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale/66923-un-centre-de-sante-a-800000-euros-ferme-ses-portes-faute-de

Le centre de santé de Montluçon, qui vient d’ouvrir, va fermer ses portes à la fin du mois faute de praticiens, aggravant un peu plus les problèmes de déserts médicaux dans le département. 800.000 euros ont été investis par la mairie.  

A peine ouvert, il ferme ses portes. Le centre de santé de Montluçon (Allier), créé en pleine zone sous-dotée, n’est pas parvenu à attirer jusqu’à lui des médecins intéressés pour y être salariés.  

La municipalité, face aux nombreux départs en retraite des généralistes locaux, avait décidé en 2020 de la création de ce centre. Très rapidement, plus de 7.000 patients y avaient même été enregistrés. La facture totale s’élève à 800.000 euros pour la mairie, qui affirme que c’est un modèle économique qui “fonctionne”.  

Mais très vite, des difficultés pour attirer les généralistes surviennent. Trois médecins étrangers exerçant en région parisienne avaient donné leur accord pour venir y pratiquer, mais « en raison de contraintes administratives et de la crise sanitaire, ils ne pourront pas être opérationnels avant décembre », déplore un médecin retraité, venu en renfort temporairement, interrogé par France 24. “Le sujet ne se pose pas tant en termes de financement que de ressources médicales désirant s’installer dans la région », leur confirme également l’Agence régionale de santé. De plus, certains généralistes retraités qui avaient donné leur accord pour faire tourner le centre jusqu’à l’arrivée des médecins étrangers se sont finalement désistés. 70 médecins salariés en 35 heures : le pari gagnant de la Saône-et-Loire ?

Pour le maire de Montluçon, « la solution définitive, c’est qu’on ‘oblige’ – entre guillemets – des médecins à passer un temps donné dans les territoires déshérités. (…) Tant que cela ne sera pas dit en face, on ne résoudra pas ce problème ».  

[avec France 24]  

Des soins non programmés 7j/7, de 9 à 22 heures : un nouveau réseau de « maisons de santé et d’urgences »    

Par Karen Ramsay le 10-06-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale/67003-des-soins-non-programmes-7j7-de-9-a-22-heures-un-nouveau-reseau

Le groupe Santé Cie a annoncé, ce 9 juin, le lancement d’un réseau de maisons de santé et d’urgences (MSU) via sa filiale Urgencemed, et déployé pour l’heure sur la région Paca. Objectif : faire face à la désertification médicale et à l’engorgement des urgences hospitalières.

Article initialement publié sur le site du Concours pluripro

Le sigle peut prêter à confusion mais ne vous méprenez pas. Contrairement aux maisons de santé universitaires (MSU), les MSU du groupe Santé Cie sont des maisons de santé et d’urgences visant à répondre à la désertification médicale et à l’engorgement des urgences hospitalières. Au cœur de ce dispositif visant à fluidifier le parcours de soins et le lien ville-hôpital, des médecins – majoritairement généralistes ou urgentistes – et des infirmières.

C’est l’idée du groupe Santé Cie, qui annonce ce mercredi 9 juin, le lancement d’un réseau de maisons de santé et d’urgences (MSU), par le biais de sa filiale Urgencemed. Objectif : renforcer, via ces structures polyvalentes, le maillage territorial, notamment dans les territoires où les besoins en santé de proximité sont les plus criants, explique-t-il dans un communiqué publié aujourd’hui. Si pour l’heure, six MSU Urgencemed ont été inaugurées en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca), « d’autres implantations sont programmées dans l’année en Ile-de-France, notamment à Créteil (Val-de-Marne)«  et des projets sont à l’étude à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et à Trappes (Yvelines).

Radio, échographie et scanner dans l’heure

Implantées avec le soutien des hôpitaux publics voisins, ces structures se posent, au sein des territoires, en complémentarité du maillage existant, insiste Larbi Hamidi, président de Santé Cie : « Dans le cadre des parcours de soins ambulatoires que nous construisons, nous échangeons quotidiennement avec des centres hospitaliers et des praticiens sur ces questions d’accès aux soins. L’idée de lancer un réseau de MSU vient de là : il y avait un vrai besoin des patients et des professionnels de santé dans les territoires. Ce que l’on propose, c’est un modèle intermédiaire, à la charnière de la ville et de l’hôpital, qui répond à des besoins médicaux du quotidien qui n’ont pas vocation à faire l’objet d’une prise en charge hospitalière. Et on propose aux praticiens une solution clés en mains leur permettant d’assurer une prise en charge globale et sécurisée, en étroite coordination avec les acteurs locaux pour réaliser rapidement bilan biologique, soins infirmiers, radio, échographie, scanner ou IRM, voire solliciter en urgence les médecins spécialistes de nos établissements de soins partenaires pour avis si nécessaire ». Ce qui convient tout particulièrement au Dr David Bounan, médecin urgentiste au Samu 13 et co-fondateur d’Urgencemed : « Par exemple, si l’on a besoin d’une radio, d’une échographie ou d’un scanner, on peut l’avoir dans l’heure !« 

En assurant la prise en charge de toute consultation médicale non-programmée, sans rendez-vous, tous les jours de 9h à 22h, y compris le week-end et les jours fériés, ces structures permettent, assure Santé Cie, de « soutenir les hôpitaux et les cabinets de médecine de ville« .

Objectif : soutenir les hôpitaux et les cabinets de médecine de ville

Les 6 MSU opérationnelles dans le Sud de la France, notamment dans plusieurs quartiers de Marseille, à Avignon et Montpellier, fonctionnent avec des médecins généralistes ou urgentistes et des infirmières sur site. Pour autant, précise Larbi Hamidi, « nous travaillons en réseau avec des laboratoires d’analyse, des centres d’examens et les services hospitaliers dans le cadre d’une prise en charge coordonnée ». Les équipes peuvent également solliciter d’autres professionnels de santé si les soins nécessitent un suivi à plus long-terme, notamment au domicile. Une démarche qui « s’inscrit en complémentarité des acteurs de santé du territoire avec pour seul objectif de fluidifier le parcours de soin des patients ». D’autant que les structures travaillent également en réseau avec des laboratoires d’analyse, des centres d’examens et les services hospitaliers dans le cadre d’une prise en charge coordonnée.« On voulait seulement soulager nos collègues » : quand trois médecins se retrouvent au tribunal pour avoir ouvert un « mini service d’urgence » en ville

Pour autant, insiste Larbi Hamidi, il ne s’agit pas de proposer une offre de soins pluridisciplinaire mais de répondre davantage « à un besoin d’accès aux soins immédiat pour des urgences non vitales du quotidien, pour lesquelles les patients auraient habituellement tendance à se rendre en hôpitalMais aussi à l’absence de médecins généralistes en nombre suffisant dans certains quartiers ».

L’objectif de Santé Cie est de développer, à l’horizon 2023, une cinquantaine de MSU sur l’ensemble du territoire. Des structures qui, selon leurs estimations, pourront accueillir chacune environ 150 patients par jour. « Au fond, nous sommes garants d’une prise en charge vraiment globale, en ambulatoire, que les patients attendaient depuis longtemps », se réjouit David Bounan.

Élections régionales : les propositions des syndicats de médecins pour améliorer l’accès aux soins dans les territoires 

Par P.M le 18-06-2021

https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale-syndicalisme/67100-elections-regionales-les-propositions-des

Alors que les élections régionales et départementales se profilent – elles auront lieu les 20 et 27 juin – des syndicats de médecins interpellent les candidats pour permettre aux praticiens de trouver toute leur place dans la structuration de l’offre de soins. 

“Soutenir la médecine libérale dans les territoires”, telle est la requête du syndicat des médecins libéraux (SML) à l’endroit des candidats aux élections régionales et départementales, formulée dans un communiqué daté du 17 juin, à quelques jours des élections. Le SML appelle pour cela les futurs élus à davantage dialoguer avec les syndicats médicaux et à ne pas résumer la structuration de l’offre de soins aux seules CPTS. Si pour le syndicat, celles-ci sont “utiles”, elles “pêchent encore par leur complexité et leur excès de bureaucratie”, d’où sa volonté d’intéresser les futurs acteurs régionaux aux équipes de soins pluriprofessionnelles ouvertes, qui “peuvent se construire de manière plus rapide et fluide”.

Le SML entend également “mettre en garde les futurs élus régionaux face au risque de déstabilisation de l’offre libérale”, en raison de la multiplication des centres de santé, décidés et financés par les collectivités locales, plusieurs initiatives ayant, pour le syndicat, “montré leurs limites, et souvent d’ailleurs aux dépens des finances publiques”. Il formule plusieurs propositions à l’attention des candidats.70 médecins salariés en 35 heures : le pari gagnant de la Saône-et-Loire ?

Pour favoriser la lisibilité de la médecine de ville dans les territoires, il demande : davantage de transparence dans l’action des ARS et une association systématique des syndicats représentatifs en amont des arbitrages visant l’organisation des soins ; la généralisation du 116 117 pour les soins ambulatoires ; la répartition équitable entre l’hôpital et les libéraux du financement des moyens pour la télémédecine ; la mise en oeuvre d’incitations fiscales et de zones franches pour favoriser l’installation des jeunes médecins libéraux et conforter les médecins en cumul emploi-retraite…

Pour développer la prévention dans les territoires : la placer au cœur de la coordination et de la coopération entre professionnels de santé libéraux ; prendre en compte le risque environnemental ; promouvoir la construction ou la réfection éco-responsable des cabinets par des crédits d’impôts.

Comment attirer des généralistes ? 

De son côté, le Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR) livre dans un communiqué un certain nombre de conseils aux élus pour renforcer l’accès aux soins. D’abord, avoir à l’esprit que les jeunes médecins ne veulent pas travailler seuls, et qu’ “aujourd’hui la majorité des généralistes souhaitent s’installer à plusieurs, avec d’autres médecins ou professionnels de santé”, selon les mots de la présidente, le Dr Agathe Lechevalier.

Mais aussi qu’un médecin s’installe généralement dans un territoire qu’il connaît. D’où, selon la présidente de ReAGJIR, l’importance “de bien accueillir les futurs médecins [lors de l’externat, de l’internat, de remplacements, NDLR] pour leur donner envie de s’installer plus tard dans un endroit où ils seront passés (…)”. La présidente balaie l’idée que la jeune génération de médecins veut être salariée, “ce n’est pas ce qui ressort des sondages”, mais insiste sur la nécessité “d’accompagner pas à pas le futur installé libéral”.Déserts médicaux : dix millions de Français vivent dans un territoire où l’accès aux soins est inférieur à la moyenne

Pour le Dr Lechevalier, la solution pour pallier le manque de médecins “n’est pas de rivaliser d’avantages ou de propositions financières délirantes mais bien de comprendre qui sont ces jeunes médecins, ce qui va leur donner envie de s’installer et de penser groupe de soignants au service d’un bassin de patients”.

Les nouvelles idées des maires de France pour lutter contre les déserts médicaux    

Par Sandy Bonin le 15-12-2020 

https://www.egora.fr/actus-pro/demographie-medicale/62861-les-nouvelles-idees-des-maires-de-france-pour-lutter-contre-les?nopaging=1

L’association des maires de France (AMF) a publié la semaine dernière, en association avec la Mutualité Française, son baromètre de la désertification médicale. Le constat est sans appel. La situation ne fait que se dégrader et pourrait empirer si des mesures ne sont pas prises. Frédéric Chéreau, maire de Douai, est un expert de la question. Selon lui, les collectivités devraient prendre le pas sur l’Agence régionale de santé (ARS) dans la gestion de l’installation des médecins. 

Egora.fr : Ce baromètre indique que 11% des Français vivent dans un désert. Vos chiffres sont plus importants que ceux de la Drees qui ne comptabilise que 5,7% des Français. Comment expliquez-vous cette différence ? 

Frédéric Chéreau : Je ne saurais pas rentrer dans le détail. Nous ne devons pas prendre en compte les mêmes indicateurs ni les mêmes seuils. C’est simplement les modalités de calcul qui sont différentes. 

Une étude de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) montre que les habitants des zones rurales consomment 20% de soins hospitaliers en moins que les citadins, comment expliquez-vous ce phénomène ? 

Je pense qu’il y a un problème de recours aux soins que l’on peut retrouver dans certains quartiers pauvres. Quand on est loin de l’hôpital, on se fait moins suivre. C’est moins facile de prendre un rendez-vous en programmation. C’est une explication que j’avance à titre personnel. C’est sans doute également lié à la démographie médicale en ville. Il y a des gens qui ne sont pas suivis, qui n’ont pas de médecin de ville. Ce sont souvent ces derniers qui prescrivent des examens complémentaires ou des hospitalisations programmées à leurs patients. Il y a une chaîne d’effets. Plus d’un Français sur 10 habite dans un désert

Pour contrer ce phénomène de désertification, François Baroin [président de l’AMF NDLR] appelle à un big bang territorial. Que veut-t-il dire ? 

Aujourd’hui il faut vraiment travailler sur une logique de couverture de l’ensemble des soins de santé sur un même territoire. Il faut une approche qui soit à la fois sur la ville et sur l’hôpital parce que les deux se parlent dans le cadre de parcours de soins. Cela doit se faire avec un pilotage…

local par les élus, ce qui permet de sortir d’une approche purement administrative et comptable, et uniquement pilotée par l’ARS. 

Vous pensez que l’ARS bloque, plus qu’elle n’aide, l’installation des médecins ? 

Je trouve, à mon petit niveau, que les élus ont beaucoup de mal à dialoguer avec l’ARS. Cela s’améliore un petit peu. J’ai mis en place une cellule Covid à Douai où le représentant de l’ARS est présent. A un moment donné, on avait l’impression d’une ARS qui était exclusivement sur des sujets financiers et une gestion purement budgétaire.  

Concrètement, que pourraient faire les élus ? 

Je pense qu’il faut défendre l’idée des contrats de santé que certains territoires ont mis en œuvre. Je pense aussi que la mise en place des CPTS, qui a un moment donné pouvaient apparaître comme des « machins en plus », font leurs preuves. Quand on laisse les professionnels de ville s’organiser entre eux, ça a du sens. Ils trouvent des terrains d’entente et une organisation qui leur va. Il ne faut pas que cela soit rigide et fixé par le niveau régional ou national. Et ensuite, au niveau local, les CPTS, l’hôpital, les structures de soins de suite et tout le médico-social doivent pouvoir être coordonnés dans le cadre d’un contrat local de santé pour que les élus aient fortement leur mot à dire. Les élus connaissent bien la situation sanitaire d’un territoire. Les élus sont aussi écoutés et respectés dans la mesure où ils ne travaillent pas pour les uns ou pour les autres. On ne travaille pas pour l’hôpital, ni pour la médecine de ville, et encore moins pour la médecine privée. On a un rôle de catalyseur qui permet aux uns et aux autres de se parler. Généralistes, pharmacies, urgences… Les déserts médicaux vus sous un nouvel angle

En quoi consisterait ce contrat local de santé ? Qu’apporterait-il aux médecins ? 

On peut travailler sur pas mal de sujets. On peut déjà définir une cartographie de l’installation des médecins sur un territoire et constater qu’il y a des micro-zones blanches sur lesquelles il n’y a pas de médecins. C’est sur ces micro-zones que la communauté d’agglomération doit se dire qu’elle va soutenir l’investissement dans une maison de santé où plusieurs médecins et professionnels vont se rassembler. Il peut donc y avoir des soutiens à l’investissement. Dans certains cas, sur des gros territoires ou à l’échelle d’un département, il peut y avoir des recrutements de médecins. Il peut aussi y avoir la création d’une maison des internes de l’hôpital. Je suis en train d’y travailler à Douai. L’idée est que les internes découvrent…

l’agrément de la vie à Douai et aient envie de s’y installer. Les futurs médecins hospitaliers ou de ville sont les internes. Cette maison, c’est l’occasion de leur faire découvrir un lieu où ils ou elles auront peut-être envie de s’installer.  

En quoi consiste cette maison des internes ? 

Nous sommes très en amont dans ce projet. Aujourd’hui, je m’aperçois que la plupart des internes qui passent à l’hôpital de Douai sont hébergés sur le site de l’hôpital, qui est excentré et face à une zone commerciale. Ce n’est clairement pas le plus joli endroit de Douai. Je souhaite que tous les internes qui passent à l’hôpital soient hébergés en ville et puissent découvrir la vie culturelle, sportive, l’animation du centre-ville. Les médecins qui s’installent viennent souvent de fonder leur famille et ils regardent à la fois les critères médicaux et la qualité de vie d’un territoire.  

D’autres solutions peuvent-elles être envisagées pour contrer la désertification ? 

Il y a une réflexion à mener à l’échelle régionale, complémentaire au travail local. Un projet de loi a été déposé pour suggérer la mise en place d’un conseil d’administration de l’ARS dans lequel rentreraient la région et les départements. Je suis convaincu qu’il y a un pilotage régional autour de l’ARS et du ou des centres hospitaliers régionaux (CHR). Ce sont ces hôpitaux qui distribuent sur le territoire les chefs de service ou les spécialistes hospitaliers dans certaines sur-spécialités. C’est à l’échelle régionale que l’on peut piloter et distribuer la répartition des spécialités dans les hôpitaux. C’est cela qui va renforcer, ou pas, un territoire. Les spécialités portées par un hôpital sont aussi un critère d’installation d’un médecin.  

Il faut s’en doute aussi revoir l’Ondam pour coller à la réalité des besoins des Français. Nous sommes un pays qui vieillit. Les besoins de santé sont importants mais nous avons encore malgré tout des territoires où les gens ne se soignent pas assez. Ça doit être un choix national fort de se dire qu’on se donne les moyens de mettre l’argent qu’il faut sur notre système de santé, avec peut-être une répartition qui est à revoir entre santé privée et publique.  

Je ne suis pas contre les acteurs privés de santé mais il faut aussi prendre en compte l’accueil universel qu’il y a sur l’hôpital. Il faut miser davantage sur les médecins qui acceptent d’assurer des gardes. Finalement, tous ceux qui assurent ce service public de la santé, doivent être récompensés. On doit financer…

d’une manière différente ceux qui se contentent d’avoir une approche opportuniste en choisissant les actes médicaux qu’ils veulent faire et les spécialités qu’ils veulent assurer parce qu’elles sont les plus rentables ou faciles. 

Plusieurs villes proposent des sommes d’argent aux médecins qui s’installent, ce qui crée parfois une concurrence entre territoires. Qu’en pensez-vous ? 

Il faut effectivement faire attention à cela. La concurrence, on la voit là. On la voit aussi dans les services d’urgences où certains médecins mercenaires se font payer des sommes astronomiques pour assurer quelques gestes d’urgentiste. Peut-être faut-il réguler un peu tout cela mais il faut faire confiance aux collectivités pour savoir de quoi elles ont besoin, sous quelle forme et à quel endroit. Ça, les maires le savent.  « Le remplacement intérimaire, c’est précaire » : « médecins mercenaires » ou boucs-émissaires?

Offrir une somme d’argent à un médecin qui s’installe, est-ce une bonne idée ? 

L’Etat le fait déjà. Il y a des aides à l’installation dans certains territoires, sans doute faut-il les renforcer. Il y a tout un débat à l’AMF sur la liberté d’installation des médecins. La position collective de l’AMF est de dire que nous sommes contre toute forme de coercition à l’encontre des médecins. 

En réalité, ce dont les médecins ont peur, c’est de faire des gardes tout le temps, de ne pas avoir leurs soirées ni leurs week-ends parce qu’ils sont tout seuls. Quand on est en-dessous de la masse critique de médecins pour que la charge de travail soit supportable, je me demande s’il ne faut pas réfléchir à ce que les hôpitaux puissent mettre à disposition de temps en temps sur les week-ends des médecins en plus pour suppléer les gardes.  

Je me pose cette question, d’une forme de coercition à titre personnel. Je me dis que c’est un cadre sur lequel on peut réfléchir. Il n’y a pas de liberté d’installation pour les magistrats, des cadres de la police ou de la gendarmerie…. Les médecins, d’une manière ou d’une autre, sont financés sur fonds publics. Peut-être peut-on réfléchir à une contractualisation, à des objectifs cibles de nombre de médecins par territoire à travailler avec les départements et les régions. L’idée serait de ne pas forcer mais d’orienter l’installation des jeunes médecins sur les territoires où on en a le plus besoin. Il pourrait aussi y avoir des contrats courts pour des médecins en début de carrière. Ils gagneraient alors des avantages pour la suite de leur carrière.  

Des études payées contre dix ans dans un désert : les internes recadrent les Insoumis suite à la proposition choc de Mélenchon    

Par Marion Jort le 18-11-2020

https://www.egora.fr/actus-pro/etudes-de-medecine/62314-des-etudes-payees-contre-dix-ans-dans-un-desert-les-internes

Après le tollé suscité par les propos du leader de la France Insoumise, proposant de payer les études des étudiants en médecine contre un engagement de dix ans pour la collectivité, l’InterSyndicale nationale des Internes a rencontré la député Caroline Fiat afin de faire le point sur cette mesure largement rejetée par le corps médical.  

“Je veux que tous ceux qui étudient aient un revenu. Et que tous ceux qui étudient et qui ont un revenu, s’engagent ensuite à l’égard de la collectivité. Exemple : les étudiants en médecine. Je suis d’accord, je pense qu’il faut que des étudiants en médecine soient pris en charge par l’Etat (…). Ensuite, ils doivent dix années à l’État, ils ne rachètent pas, pas de pantouflage”, proposait le 12 novembre dernier le leader de la France Insoumise invité de BFM TV pour présenter les premières mesures de son programme à la présidentielle. Par cette proposition, Jean-Luc Mélenchon, et les Insoumis, entendent régler le problème des déserts médicaux en France.  

Problème : tout comme en 2019 lors de la présentation d’un amendement dans le cadre du projet de loi santé visant à conditionner le conventionnement des médecins à « l’appréciation de la densité de l’offre de soin dans sa zone d’installation », ses propos ont suscité une levée de boucliers chez les étudiants en médecine, internes et médecins. Dans ce contexte, le président de l’InterSyndicale nationale des internes (Isni) a rencontré la députée LFI Caroline Fiat pour échanger sur la problématique des déserts médicaux.  120 000 euros par cursus : ce que fait économiser un carabin à l’Etat

“Nous avons déclaré à Mme la Députée que bien au-delà de l’aspect médical, ces zones sous-dotées sont surtout abandonnées depuis longtemps par l’Etat et les services publics. Les conditions de vie proposées par ces territoires délaissés par les gouvernements successifs ne permettent pas, à ce jour, d’offrir aux jeunes médecins une vie épanouie pour eux et leurs proches. Nous avons également rappelé qu’en l’état actuel, les moyens de coercition seraient donc contre-productifs et dangereux”, a fait savoir Gaëtan Casanova, dans un communiqué.  

Pour l’Isni, la problématique des déserts médicaux est “injustement portée, une nouvelle fois, sur les étudiants en médecine et les internes”. Le syndicat estime que Jean-Luc Mélenchon est mal informé sur les dispositifs en cours, notamment sur le contrat d’engagement du service public (CESP) proposant déjà aux étudiants en médecine une allocation mensuelle de 1.200 euros dès la deuxième année contre un engagement à travailler dans une zone sous-dotée. Et rappelle plusieurs chiffres : un étudiant en médecine coûte entre 8.000 et 10.000 euros par an à la société pendant les quatre premières années d’études, et les études médicales – entièrement à la charge de l’étudiant – coûtent environ 5.000 euros. Etant donné le salaire moyen d’un carabin (2,6 euros bruts par heure en moyenne pour un quatrième année), l’Isni rappelle qu’un étudiant en médecine est “très rentable” et estime que l’Etat fait un bénéfice de 80.000 à 120.000 euros par futur médecin formé.  

Au cours de l’échange avec Caroline Fiat, le président de l’Isni a tenu à faire le point sur différentes problématiques qui touchent les internes : non-respect du temps de travail, risques psycho-sociaux dus à l’omerta hospitalière, agressions sexuelles ou morales, précarité généralisée des internes. Dans son communiqué, Gaëtan Casanova affirme également être prêt à discuter avec tous les partis politiques présents à l’élection présidentielle de 2022 afin “d’évoquer avec eux le service public de la santé et la situation des internes”.  

Nous avons partagé avec la Députée @CarolineFiat54 sur les conditions de vie scandaleuses des internes en médecine et l’omerta hospitalière sur le harcèlement. Nous serons reçus par @FranceInsoumise et demandons aux partis politiques de nous recevoir avant la #presidentielle2022 https://t.co/gwG9p1N2uX

— Gaetan Casanova (@CasanovaGaetan) November 16, 2020

VOS COMMENTAIRES PRÉFÉRÉS

Posté par Bozboz () le jeu, 19/11/2020 – 09:25 

Les chefs d’accusation sont lourds : accusés d’études supérieures universitaires prolongées en bandes organisées, de refus réitéré d’obtempérer à l’aimable invitation de s’installer dans des déserts médicaux, nos étudiants sont donc encore une fois obligés de se défendre face aux réquisitions du procureur Mélenchon qui réclame, en réparation du préjudice occasionné par les amoureux de la médecine qui étudieraient trop longuement sur les bancs publics, une condamnation à pas moins de dix ans de « purgatoire « sans possibilité d’aménagement de peine !Posté par Claude_R () le dim, 22/11/2020 – 14:37 

Il y a mieux et plus simple. 1-Recenser les déserts medicaux 2-Proposer aux jeunes médecins de choisir un lieu d’installation, la contrepartie étant une exonération totale de fiscalité directe pendant 5 ans, mais 3-S’il y a départ  anticipé ou départ après les 5 ans, l’impôt non perçu est dû.

Posté par Baspeyre () le jeu, 26/11/2020 – 09:38

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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