« Une étude montre qu’à 30 km/h on pollue plus qu’à 50 km/h » : la mauvaise interprétation de Xavier Bertrand
Le candidat de droite à l’élection présidentielle a mal interprété les conclusions d’un rapport sur l’émission de polluants issus du trafic routier.
Par Assma MaadPublié le 24 septembre 2021 à 11h38 – Mis à jour le 24 septembre 2021 à 12h00
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Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, était l’invité de France Bleu Gironde, mercredi 22 septembre. Au cours de cet entretien, le candidat à l’élection présidentielle de 2022 a été interrogé sur la décision du maire de Bordeaux, Pierre Hurmic (Europe Ecologie-Les Verts, EELV), d’abaisser la vitesse autorisée à 30 km/h dans les rues de la commune à partir de janvier, comme vient de le faire la Ville de Paris. Voici ce qu’il a déclaré :
« Il y a une étude d’un institut, le Cerema, qui dépend du ministère [de la transition écologique et solidaire], qui montre qu’à 30 km/h on pollue plus qu’à 50 km/h. Ce n’est pas moi qui l’indique, c’est cette étude. Le vrai sujet, c’est qu’il y a beaucoup d’élus qui ne veulent plus de la voiture en ville. »
Une étude montre qu’on pollue plus à 30km/h qu’à 50km/h. Certains élus animés par l’idéologie ne veulent plus de la… https://t.co/SWVyANWfNJ— xavierbertrand (@Xavier Bertrand)
- De quelle étude parle Xavier Bertrand ?
Le candidat de droite à la présidentielle évoque ici une publication du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), un établissement placé sous la tutelle du ministère de la transition écologique et solidaire. Mis en ligne le 17 août, ce rapport intitulé « Emissions routières des polluants atmosphériques : courbes et facteurs d’influence » remonte au mois d’avril et actualise une note d’information publiée en 2009. « Dans le cadre de l’évaluation des projets d’infrastructures ou des projets de transports, il est intéressant de connaître les facteurs qui ont un impact direct sur les taux d’émissions de polluants atmosphériques et les gaz à effet de serre », explique le Cerema en guise d’introduction.
La vitesse des véhicules est le premier élément influençant les rejets de polluants atmosphériques (particules fines, dioxyde d’azote, gaz à effet de serre…). C’est sur ce point que s’attarde donc la publication citée par Xavier Bertrand. Elle présente les courbes des émissions de polluants, en fonction de la vitesse, pour trois types de véhicules : poids lourds, véhicules utilitaires légers (camionnettes) et véhicules légers. Parmi les enseignements tirés, le Cerema note que pour un véhicule particulier, les émissions des polluants sont « minimales » à 70 km/h. Et d’ajouter :
« On remarquera que pour les véhicules légers comme pour les poids lourds, les émissions sont importantes à très faible vitesse (jusqu’à 30 km/h environ), ce qui signifie que les situations de congestion du trafic routier sont très pénalisantes du point de vue de la qualité de l’air. »

Ce rapport, publié quelques jours avant la limitation à 30 km/h à Paris le 30 août, a été repris par de nombreux médias pour expliquer que cette mesure engendrerait plus de pollution que la circulation à 50 km/h. Or, comme l’avait déjà noté le site Arrêt sur Images, le rapport ne dit pas tout à fait cela.
- Pourquoi ce rapport est-il mal interprété ?
Le Cerema lui-même, dans une note d’explication, met en garde contre les mauvaises interprétations de son rapport. Il précise que ces chiffres ne permettent pas de « conclure que des vitesses limitées à 30 km/h sont nécessairement plus négatives en termes d’émissions que des vitesses à 50 km/h » et que les conclusions du rapport ne permettent pas « d’évaluer des politiques publiques de mobilité telles que les mesures de réduction des vitesses en milieu urbain (zone 30 par exemple). »
Pour cela, le centre d’études revient sur sa méthodologie. Il précise qu’il s’agit d’un comparatif en fonction de vitesses moyennes incluant des cycles de conduite différents sur des parcours en ville mais aussi en « interurbain » (routes nationales, par exemple) et sur autoroute :
« Ces résultats ne sauraient être assimilés à des conditions de circulation à vitesse constante, ni à des conditions de circulation dans des zones à vitesses limites autorisées, notamment en agglomération (zone 30 par exemple). »
Pour abaisser la pollution, l’enjeu est de fluidifier le trafic
Autre précision : le premier facteur qui influe sur les émissions de polluants n’est pas la vitesse, mais l’accélération. Un trafic congestionné, multipliant les phases d’accélération, est « bien plus émissif qu’un trafic régulier et apaisé », souligne le Cerema, qui estime que, pour abaisser la pollution, l’enjeu est de fluidifier le trafic et que « mieux canaliser le transit vers certains axes lors de la réorganisation de plans de circulation pour la mise en place de zones 30 y contribue notamment ».
Les effets du passage à 30 km/h sur la pollution sont certes discutables. Néanmoins, une telle mesure a pour but initial d’améliorer la sécurité des piétons et des cyclistes, ainsi que de réduire les nuisances sonores, comme l’explique sur Twitter David Belliard, adjoint EELV à la mairie de Paris chargé des transports.
Les municipalités qui ont adopté cette limitation espèrent en réalité décourager les habitants de prendre leur voiture, et leur faire préférer les transports en commun ou le vélo. Ce sont ainsi ces changements de mobilité, induits par la mesure, qui auront des effets significatifs sur la diminution de la pollution en ville
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Assma Maad