Covid-19 : malgré cinq semaines de baisse continue en métropole, les épidémiologistes restent prudents
Tous les indicateurs – incidence, hospitalisations, réanimations, décès – sont au vert depuis la mi-août en France métropolitaine. Mais les experts mettent en garde contre l’arrivée de la saison froide.
Par Florence RosierPublié aujourd’hui à 05h48, mis à jour à 09h16
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Embellie passagère ou durable ? Nouvelle déferlante à venir ou répit prolongé ? Ces questions sont dans toutes les têtes. Alors que tous les indicateurs – incidence, hospitalisations, réanimations, décès – du Covid-19 sont au vert depuis la mi-août en France métropolitaine, et depuis quelques semaines aux Antilles, un vent d’optimisme souffle sur le pays, même si la prudence est de mise.
La situation, il est vrai, reste « très préoccupante » en Guyane, selon Santé publique France.
« Depuis cinq semaines d’affilée, l’incidence en métropole baisse à un rythme soutenu, de l’ordre de 25 % à 30 % par semaine », souligne Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles-Saint-Quentin. La semaine du 13 au 19 septembre, par exemple, le taux d’incidence a chuté de 27 %, le nombre de nouvelles hospitalisations pour Covid-19 de 28 % et celui des nouvelles admissions en soins critiques de 32 % par rapport à la semaine précédente, a révélé Santé publique France le 23 septembre. Cette même semaine, le nombre de décès liés à la pandémie a été de 501, contre 608 la précédente.
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Mercredi 22 septembre, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, soulignait que la décrue de l’épidémie « se confirme jour après jour ». Ces « bonnes nouvelles, ajoutait-il,nous les devons essentiellement à l’avancée considérable de la couverture vaccinale ».Dans la foulée, le porte-parole annonçait un assouplissement de certaines des contraintes sanitaires. A l’école primaire, l’obligation du port du masque sera levée à compter du 4 octobre dans les départements où le taux d’incidence du Covid-19 sera inférieur à 50 pour 100 000 habitants depuis cinq jours (41 départements sur 101 sont concernés).
« Adaptation du passe sanitaire »
« Si cela continuait à s’améliorer en octobre ou novembre », le port du masque pourrait aussi ne plus être obligatoire au collège, a renchéri jeudi 23 septembre le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, sur LCI. Pour autant, le passe sanitaire perdure dans tous les départements, ce dispositif étant « très efficace pour maintenir ouverts des lieux qui auraient dû être refermés » sinon, a justifié Gabriel Attal, ajoutant que le gouvernement allait « continuer à travailler sur une adaptation du passe sanitaire ».

Lâcher du lest tout en contenant l’épidémie : tout l’enjeu est là. Si les autorités semblent parfois souffler le chaud et le froid, jusqu’où pourront-elles aller ? « Par rapport aux vagues précédentes, la situation est inédite », relève Mahmoud Zureik, qui rappelle que, durant la deuxième vague, nul n’était vacciné ; la troisième vague était sous la menace du variant Alpha ; et la quatrième, sous celle du variant Delta. Une nouvelle vague, dit-il, n’est pas à exclure, mais la vaccination amortirait son impact en termes de formes graves, d’hospitalisations, de passages en réanimation et de décès. « Dans les deux à trois mois à venir, on peut être raisonnablement optimiste. Au-delà, tout dépendra de l’apparition de nouveaux variants, et de l’efficacité des vaccins sur ceux-ci. Quoi qu’il en soit, les vaccins actuels pourront être adaptés à ces nouvelles souches. »
Mais comment expliquer la baisse continue et marquée du taux d’incidence, d’hospitalisations et de décès, trois semaines après la rentrée ? « Avec les mesures barrières mises en place en milieu scolaire, l’école n’a pas un rôle suffisant pour infléchir notablement la dynamique de l’épidémie. Lors du deuxième confinement, par exemple, les écoles étaient restées ouvertes et l’épidémie avait malgré tout été contrôlée », estime Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes. Il existe, de plus, une inertie mal expliquée entre la dynamique de la transmission du virus chez les plus jeunes, moins vaccinés, et son impact sur le reste de la population.

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« Les prévisions sont ardues »
« Le plus dur est derrière nous », estime Mahmoud Zureik, qui tempère aussitôt ce propos : « Avec ce virus encore mal connu, les prévisions sont ardues. Il y a eu, par le passé, de bonnes mais surtout de mauvaises surprises. » L’équation, il est vrai, est complexe. D’un côté, l’arrivée de la saison froide laisse craindre un rebond : les basses températures sont favorables à la propagation des virus respiratoires comme le SARS-CoV-2.
« L’an dernier, le moment décisif pour le redémarrage de l’épidémie a été l’arrivée de l’automne, confirme Pascal Crépey. Je crains donc que l’épidémie redémarre à la mauvaise saison. » Il cite les travaux de Mélanie Prague, biostatisticienne à l’Inria à Bordeaux : l’hiver augmente de 40 % la circulation du virus, suggère une de ses études publiée en preprint. « Le taux de reproduction du virus est actuellement de 0,7 ou 0,8. S’il devait augmenter de 40 %, il passerait au-dessus de la barre fatidique de 1. Autrement dit, l’épidémie se répandrait. » Certes, cette diffusion serait amortie par la vaccination. « Ce serait le début d’une nouvelle vague qui ne va pas nous submerger, mais qui fera quand même des morts. » Un scénario « encore hypothétique mais pas improbable », selon elle : tout dépendra de nos comportements durant la mauvaise saison.
Mais, d’un autre côté, la situation épidémiologique s’améliore beaucoup ; on ne voit pas, à court terme, apparaître de nouveaux variants préoccupants ; et surtout, on dispose du bouclier vaccinal, avec une couverture protectrice relativement importante – au 21 septembre, elle atteignait 74,5 % pour la première dose de vaccin en population générale.
Grâce à quoi « nous disposons d’une période de répit », constate Mahmoud Zureik. Selon lui, cependant, il est un peu tôt pour desserrer la vis : avant de relâcher une mesure barrière, il faut attendre une baisse plus prononcée de la circulation du virus. Un sujet de débat. Pour Antoine Flahault, professeur d’épidémiologie et directeur de l’Institut de santé globale, il est pertinent, au contraire, de profiter de l’accalmie actuelle pour assouplir les contraintes. « C’est le bon moment, à condition de faire savoir que cet assouplissement sera peut-être de courte durée. Et d’y mettre fin dès qu’un rebond survient. » Cibler l’école primaire, cependant, le laisse dubitatif. « Avec une population non vaccinée, c’est le lieu le plus à risque. »
Faut-il, ou pas, voir le signe précoce d’une amorce de rebond dans le résultat d’un modèle développé à l’Institut de santé globale ? Selon ce modèle, fondé sur l’analyse des taux d’incidence, le taux de reproduction du virus, reflet de sa vitesse de propagation, serait repassé en France au-dessus de 0,8 depuis deux à trois jours, alors qu’il était descendu à 0,77. « C’est comme si la baisse de la circulation du virus s’infléchissait un peu », indique Antoine Flahault. Mais il se refuse à toute prévision au-delà de sept jours : « Je suis incapable de vous dire ce qui se passera dans quinze jours. »
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Florence Rosier