« Tendre la main aux socialistes et à la France Insoumise » (Sandrine Rousseau), « Les socialistes ont transigé quand ils ont gouverné »(Yannick Jadot)

Primaire écologiste : nucléaire, ISF, mobilités… Le résumé du débat entre Yannick Jadot et Sandrine Rousseau

En vue de l’élection présidentielle de 2022, l’eurodéputé et l’ancienne secrétaire nationale adjointe d’EELV ont débattu mercredi soir sur LCI. 

Le MondePublié hier à 21h08, mis à jour à 09h25  

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/09/22/primaire-ecologiste-debat-de-l-entre-deux-tours-entre-yannick-jadot-et-sandrine-rousseau_6095662_823448.html

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Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, sur le plateau de LCI, le 22 septembre 2021.
Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, sur le plateau de LCI, le 22 septembre 2021. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Ce premier débat de l’entre-deux-tours de la primaire écologiste permettra-t-il aux indécis de trancher ? Yannick Jadot et Sandrine Rousseau s’affrontaient, mercredi soir 22 septembre, lors d’un débat diffusé par la chaîne LCI. Une seconde confrontation aura lieu sur BFM-TV, vendredi 24 septembre, en début de matinée.

L’eurodéputé écologiste et l’ancienne secrétaire nationale adjointe d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) sont arrivés en tête du premier tour de la primaire écologiste, dimanche 19 septembre, avec respectivement 27,7 % et 25,14 % des voix, après quatre jours d’un scrutin organisé sur Internet. Le second tour, qui verra ainsi s’affronter deux lignes opposées, doit se tenir du samedi 25 au mardi 28 septembre.

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La députée des Deux-Sèvres Delphine Batho est arrivée troisième de ce premier tour avec 22,32 % des voix, suivie par le maire de Grenoble Eric Piolle (22,29 %) et Jean-Marc Governatori (2,35 %). Les deux premiers n’ont pas donné de consigne de vote à leurs électeurs, tandis que l’écologiste centriste a appelé à voter pour M. Jadot.

  • « Vouloir gouverner », avec ou sans « radicalité »

Yannick Jadot a commencé par dire qu’il assumait « de vouloir gouverner », disant qu’il souhaitait être « le premier président qui mettra le climat au cœur de nos politiques publiques, au cœur de l’Etat, au cœur de la République ». De son côté, Sandrine Rousseau a revendiqué sa « radicalité », qu’elle juge « importante pour transformer »« Nous ne pourrons pas faire une transformation écologique à la hauteur des défis qui sont les nôtres si nous ne disons pas les choses, si nous ne les posons pas sur la table, nous ne pourrons pas le faire pour les citoyens et citoyennes », a-t-elle insisté.

« Si gouverner, c’est renoncer, à ce moment-là, je crois que faut plus faire de la politique (…). Vouloir faire de la politique, c’est pour prendre des responsabilités et transformer », a taclé Yannick Jadot. « L’écologie de gouvernement que tu proposes est une écologie qui ne va pas au bout du chemin », a répondu Sandrine Rousseau.

L’eurodéputé a réagi en faisant valoir les combats qu’il avait menés « dans les années 1990 contre l’Organisation mondiale du commerce »« Je continue de mener ce combat au Parlement européen contre les traités de libre-échange, contre cette prédation des ressources, cette mise en concurrence terrible des hommes et des femmes entre eux, entre elles », a expliqué l’élu.

« Il nous faut assumer les choix dès à présent. Dire que nous sortirons des pesticides de synthèse dans les cinq années. J’ai regardé ton programme, il n’y a pas de date sur la sortie des pesticides », a ensuite lancé Sandrine Rousseau. « C’est en cinq années qu’on doit le faire, on doit sortir du glyphosate dès maintenant, on doit sortir des néonicotinoïdes dès la prise de fonctions », a martelé l’ancienne secrétaire nationale adjointe d’EELV.

Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, le 22 septembre 2021, sur le plateau de LCI. 
  • Quelles mobilités ?

Les deux candidats ont ensuite abordé la question de la mobilité. Yannick Jadot s’est dit opposé à « la suppression de la voiture » après l’arrivée au pouvoir des écologistes. « Je viens de Picardie, de l’Aisne. Là où ma maman continue d’habiter, il faut une voiture », a-t-il dit. « Il va falloir développer toutes les mobilités qui permettent de créer du confort, de réduire les pollutions et surtout d’alléger l’empreinte de nos déplacements. Et puis, il va falloir évidemment accompagner celles et ceux qui ont besoin de la voiture », a proposé l’eurodéputé.

Sandrine Rousseau a défendu le principe de la « démobilité » : « Développer le télétravail, resserrer nos centres-villes » permettrait de réduire la pollution. Aux personnes qui ont besoin de leur voiture au quotidien, lancienne secrétaire nationale adjointe d’EELV a prévenu qu’elle jugeait les SUV « totalement inutiles dans une société de transformation ». « On n’a pas besoin de se déplacer avec plusieurs tonnes de métal autour de nous, et ça peut être aussi une voiture collective », a-t-elle affirmé. Elle a par ailleurs déclaré qu’il faudrait accompagner cette dynamique avec « un contrat social qui mette en œuvre, par exemple, un revenu d’existence » fixé à 850 euros.

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  • Comment sortir du nucléaire et protéger les animaux ?

Les deux prétendants ont ensuite abordé la question du nucléaire. « On doit arrêter le nucléaire (…). Je voudrais qu’on ait une filière d’excellence de démantèlement des centrales nucléaires en France », a expliqué la candidate écologiste.

Pour Yannick Jadot, la meilleure méthode pour sortir du nucléaire serait d’abord d’« investir massivement dans les économies d’énergie et massivement dans la rénovation des bâtiments ». Il investirait ainsi 10 milliards d’euros par an dans la rénovation thermique des bâtiments, qui serait prise en charge à 100 % « pour les 2 millions de familles qui sont en précarité énergétique et qui vivent dans des passoires énergétiques ». Cela permettrait 500 à 600 euros d’économies par foyer et par an selon lui.

« Pourquoi ça s’est mal passé à Fessenheim ? », a fait mine de s’interroger l’eurodéputé. « C’est parce que pendant longtemps EDF est resté sur “On ne fermera pas”, alors que les écologistes ont toujours proposé un plan d’évolution, de sécurisation professionnelle, un plan de conversion industrielle », s’est-il défendu.

Yannick Jadot a ensuite été interrogé sur ses mesures pour protéger les animaux. « Il faut arrêter l’élevage industriel et sortir progressivement de la chasse », a répondu le candidat. L’enseignante-chercheuse en économie a, elle, demandé d’aller « vers la fin de l’expérimentation animale dans la recherche »« La nature n’a pas de statut dans notre code civil et dans notre droit pénal. (…) On doit trouver des voies juridiques pour reconnaître à la nature un statut juridique », a-t-elle insisté.

  • Passe d’armes sur l’ISF climatique

L’eurodéputé a ensuite repris l’idée développée par le maire de Grenoble, l’écologiste Eric Piolle, d’ISF climatique, « car une partie du patrimoine financier des plus riches contribue au dérèglement climatique »« L’ISF climatique vient de Greenpeace et porte sur le patrimoine, mais ça ne dit rien du revenu », a pointé Sandrine Rousseau.

« Comme tous les écologistes, nous prévoyons le retour de l’ISF, la suppression de la “flat tax”, la mise en place d’une nouvelle tranche d’impôt, et ça, c’est dans le programme des écologistes, c’est dans mon programme aussi », s’est agacé Yannick Jadot, avant d’ajouter : « Ce n’est pas bien de caricaturer comme ça. »

Sandrine Rousseau, la journaliste Ruth Elkrief (eu centre), et Yannick Jadot, sur le plateau de LCI, le 22 septembre 2021. JULIEN MUGUET POUR LE MONDE
  • Comment financer les transformations ?

« On est dans un réchauffement climatique qui devient hors de contrôle, si nous n’agissons pas de manière importante, alors ce qui est en jeu est d’être soumis à un chaos climatique et de ne pas assurer à nos enfants une planète qui soit vivable », s’est inquiétée Sandrine Rousseau. « Est-on prêts, nous qui sommes aux responsabilités, à diminuer notre confort, à diminuer nos revenus pour permettre à nos enfants de vivre dignement ? Moi je le dis, oui », a assuré l’économiste.

« J’ai proposé dans mon projet un plan d’investissement de 50 milliards d’euros par an. C’est tout à fait finançable. C’est 2 % du PIB. Et aujourd’hui, ce que disent tous les économistes, c’est qu’on n’a pas de problème de financement de la dette », a avancé Yannick Jadot, dans la perspective de financer les transformations qu’il souhaite mener. « Je ne finance pas tout par la dette, il y a une forme de solidarité nationale à avoir », a ensuite critiqué Sandrine Rousseau.

  • Lutter contre les violences conjugales, la transphobie et le racisme dans la police

Interrogée sur les mesures concrètes qu’elle mettrait en place pour lutter contre les violences conjugales, la candidate écologiste a dit vouloir « multiplier par dix le nombre de logements pour accueillir les femmes victimes »« [faire] éloigner le conjoint violent autant qu’il est possible de le faire »« qu’il y ait une police et une justice dédiées aux violences faites aux femmes », et « surtout [faire] condamner les hommes violents ».

Yannick Jadot a par ailleurs demandé d’ouvrir la procréation médicalement assistée (PMA) aux personnes trans, tandis que Sandrine Rousseau a fait part de sa volonté d’instaurer le remboursement des soins nécessaires à une transition de genre.

Questionnés sur la manière dont ils souhaitent réformer la police, les deux candidats ont fait valoir leurs différences. « La police doit réformer ses méthodes. Je ne dis pas que chaque policier est raciste. Je dis juste que les consignes qui leur sont données sont des consignes qui aggravent les discriminations dans la population française », a analysé Sandrine Rousseau, promettant qu’elle ferait en sorte « que l’on arrête les contrôles au faciès dans les quartiers ».

« Il y a du racisme dans la police. Il y a des policiers racistes, mais la police n’est pas raciste », a rebondi Yannick Jadot. L’eurodéputé veut « que l’Inspection générale de la police nationale [IGPN] soit sortie de son conflit d’intérêts, du fait qu’elle est au ministère de l’intérieur, pour être mise chez la défenseuse des droits », et souhaite transformer le ministère de l’intérieur « en ministère de la protection républicaine, qui soit concentré sur à la fois la proximité et la prévention ». « Mais pour ça, il faut de la formation, il faut de l’équipement, il faut que l’Etat soit exemplaire vis-à-vis de la police », selon lui.

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  • Avec quelles alliances ?

Dans les dernières minutes du débat, Yannick Jadot a promis qu’il ne retirerait pas sa candidature à la présidentielle au profit de la socialiste Anne Hidalgo. Il s’était effacé derrière Benoît Hamon en février 2017, quelques mois avant le premier tour de la présidentielle. « Aujourd’hui, la force propulsive qui donne du sens à la gauche, c’est l’écologie qui le porte », s’est enorgueilli Yannick Jadot. « Il faut des femmes et des hommes déterminés, convaincus, sincères, qui ne transigeront jamais sur le climat, la biodiversité et qui ne transigeront jamais vis-à-vis des lobbies », car « les socialistes ont transigé quand ils ont gouverné ».

Toujours à propos des alliances, Sandrine Rousseau a dit vouloir tendre la main aux socialistes – « Venez justement parce que vous n’avez pas été au rendez-vous de l’histoire sur l’écologie » – mais aussi à La France insoumise : « Vous avez un projet de rupture. Moi, je porte un projet antilibéral et de transformation radicale de l’économie de notre société. Venez et on fait ensemble », a-t-elle martelé.

« Nous avons un impératif, c’est de transformer le formidable espoir dans ce pays autour d’une écologie sociale et républicaine, de transformer cet espoir en victoire », a conclu Yannick Jadot après un peu moins de deux heures de débat. « Nous sommes à un moment clé de notre histoire. C’est finalement le combat de nos vies, cette primaire, cela pourrait être le premier jour du reste de nos vies, soyons au rendez-vous », a enfin insisté l’ancienne secrétaire nationale adjointe d’EELV, se projetant sur une victoire mardi 28 septembre au soir. D’ici là, quatre journées de vote électronique auront lieu pour départager les deux finalistes.

Le Monde

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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