Des entreprises chinoises amassent des terres tout autour du globe
5 MINNIKKEI ASIA (TOKYO)
Pour s’assurer un accès aux matières premières, minières ou agricoles, la Chine achète des terres tout autour du monde. Elle détient désormais à l’étranger l’équivalent de la surface de la Lituanie. Il faut s’inquiéter de cette expansion, écrit le magazine japonais Nikkei Asia.
Pour mener à bien sa stratégie de démonstration de force, la Chine ne se contente pas de revendications maritimes agressives et de constructions d’infrastructures tous azimuts : elle achète aussi avec voracité des terres à l’étranger.
Des entreprises chinoises achètent des terres en Asie et en Afrique. La surface totale des parcelles achetées ou louées ces dix dernières années est équivalente à la superficie du Sri Lanka ou de la Lituanie. C’est bien plus que n’acquièrent les États-Unis ou toute autre puissance internationale.
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La crainte grandit de voir des pays émergents et en voie de développement tomber sous l’emprise d’une Chine vorace en produits agricoles et en ressources naturelles. Les conséquences pour la sécurité internationale ont également de quoi inquiéter.
Le Japon et les autres puissances mondiales ne peuvent pas fermer les yeux sur cette frénésie d’achats chinoise.
“Les réglementations devraient être durcies, afin de lutter contre l’accaparement de terres”, affirme Hideki Hirano, un professeur de l’université d’Himeji qui travaille sur la question des acquisitions foncières par des investisseurs étrangers.
Une modification des paysages d’Asie du Sud-Est
Prenons par exemple la culture intensive de bananes dans l’État Kachin, dans le nord de la Birmanie. Des bananiers de 3 mètres de haut jettent leurs grandes ombres sur des plantations dont le développement, qui s’accélère depuis 2015, a radicalement modifié le paysage.
Les entreprises chinoises sont très impliquées dans la culture des bananes dans cette région, d’après des enquêtes menées par des organisations non gouvernementales et des associations diverses. Selon l’ONU, les exportations de bananes birmanes ont été multipliées par 250 entre 2013 et 2020, passant de 1,5 million de dollars [1,3 million d’euros] à 370 millions de dollars [314 millions d’euros]. La majorité de la production est exportée vers la Chine.
Selon les habitants, dans l’État Kachin, les plantations de bananes n’ont pas cessé d’être exploitées depuis le coup d’État militaire en février, il faut dire qu’elles représentent une part importante des recettes fiscales des forces armées birmanes.
La Birmanie est loin d’être le seul pays dont les paysages sont bouleversés par des entreprises chinoises. Dans la province vietnamienne de Binh Phuoc, dans le sud du pays, la production de caoutchouc naturel est une activité essentielle. Or, depuis 2019, elle est menacée par l’implantation d’un gros producteur chinois de bétail, New Hope Liuhe, qui a installé un énorme élevage de porcs sur un terrain de 75 hectares. New Hope étend aujourd’hui son activité dans le centre et dans le nord du Vietnam, sur le modèle de cet élevage.
Répondre à la demande intérieure croissante
Au total, entre 2011 et 2020, des entreprises chinoises se sont approprié à travers le monde 6,48 millions d’hectares de terres consacrés à l’agriculture, à la foresterie et à l’exploitation minière, d’après Land Matrix (une ONG européenne qui œuvre pour un juste partage des terres). Un chiffre à mettre en regard des surfaces détenues par les entreprises britanniques (1,56 million), américaines (860 000) ou japonaises (420 000).
Si la Chine achète frénétiquement des terres à l’étranger, c’est pour pouvoir répondre à l’augmentation de la demande intérieure dont s’accompagne le développement économique du pays. Détenir des terres à l’étranger garantit à ces grands groupes un accès à des ressources naturelles, au moment même où elles s’épuisent dans le monde entier.
Le cas de la République démocratique du Congo (RDC) illustre bien cette stratégie. La majorité du territoire de ce pays d’Afrique centrale est couverte de forêt. En pleine flambée des prix, l’entreprise Wan Peng a expédié de grandes quantités de bois congolais vers la Chine. L’ambassade de RDC à Tokyo a refusé de répondre à nos questions concernant l’accord signé avec l’entreprise chinoise.
La Chine achète également des mines. D’après le groupe de réflexion américain American Enterprise Institute, en 2019, la société China Minmetals a investi 280 millions de dollars [240 millions d’euros] en Tanzanie, en Afrique australe, tandis que CNFMM (China Nonferrous Metal Mining roup) injectait 730 millions de dollars [620 millions d’euros] dans un projet d’exploitation minière en Guinée en 2020. Ces investissements avaient pour objectif affiché d’accéder à des minerais destinés entre autres à la fabrication de batteries électriques.
Une dépendance qui n’est pas sans risque
En acceptant les investissements chinois, les pays augmentent leur dépendance vis-à-vis de l’empire du Milieu, ce qui n’est pas sans risque. Pour certains spécialistes, les nouvelles routes de la soie, un vaste programme de construction d’infrastructures de par le monde, sont un piège pour endetter les pays participants. Alors même que ces derniers cherchent à se développer, ils s’endettent lourdement auprès de la Chine, et sont par la suite incapables de se défaire de son emprise.
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Cas emblématique de ce piège, le Sri Lanka, incapable de rembourser ses dettes auprès de l’État chinois, a dû céder pour quatre-vingt-dix-neuf ans le bail d’un port construit par l’entreprise de BTP chinoise China Harbor Engineering (CHEC).
En mai, la CHEC, encore elle, a remporté un appel d’offres pour la construction d’une autoroute à Colombo, la plus grande ville du Sri Lanka. Une fois les travaux achevés, l’entreprise restera propriétaire de l’autoroute, qu’elle ne cédera au Sri Lanka qu’après avoir récolté les recettes des péages pendant dix-huit ans. Les critiques grondent contre un processus d’appel d’offres jugé suspect.
Au Japon, le Parlement prend des mesures
Les tentatives de la Chine pour s’emparer d’actifs à l’étranger poussent toutefois certains pays à prendre des mesures.
En juin, le parlement japonais a voté une loi visant à renforcer les règles d’acquisition et d’exploitation de terres situées dans des espaces essentiels à la sécurité nationale. Cette loi, qui vise particulièrement la Chine, est conçue pour empêcher les transactions foncières suspectes avec des entreprises étrangères. Certaines possèdent déjà des terres près de la base des Forces aériennes d’autodéfense japonaises à Chitose, sur l’île d’Hokkaido, par exemple.
Mais reste à protéger d’autres types de terrains grâce à ces réglementations : les forêts, par exemple. D’après le ministère de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche japonais, 46 hectares de terres cultivables et 7 560 hectares de parcelles boisées ont été achetés par des entreprises étrangères. Sans compter que, selon une source proche des services de renseignements japonais, “dans certains cas, les propriétaires japonais officiels cachent en réalité, en sous-main, des entreprises chinoises”.Daishi ChibaCet article a été publié dans sa version originale le 13/07/2021.
Corruption.
La face sombre des investissements chinois en Europe du Sud-Est
Publié le 17/09/2021 – 12:42
https://www.courrierinternational.com/article/corruption-la-face-sombre-des-investissements-chinois-en-europe-du-sud-est

Avec plus de 64 milliards de dollars investis depuis 2009, Pékin est devenu le premier partenaire commercial d’un certain nombre de pays d’Europe centrale et surtout des Balkans. Mais ces investissements ont aussi provoqué une dégradation notable des standards démocratiques.NOS SERVICES
Depuis 2009, la Chine a dépensé plus de 64 milliards de dollars dans les pays du sud-est de l’Europe, et notamment dans les Balkans, devenant ainsi le premier partenaire commercial de la région. Il s’agit de prêts, de dons, de rachats et de l’argent investi dans toutes sortes de projets allant de l’infrastructure routière aux télécommunications, en passant par la banque, l’énergie et l’agriculture.
Ces investissements particulièrement généreux ont certainement contribué à l’essor économique de tous ces pays mais, selon une étude récente, ils ont aussi eu des conséquences particulièrement néfastes sur la bonne gouvernance, le respect de l’État de droit et l’écologie. Corruption, non-respect de l’environnement et clientélisme seraient ainsi le revers de la médaille de cet afflux de capitaux chinois en Europe de l’Est, affirme le dernier rapport du Centre d’étude de la démocratie, un think tank établi à Sofia, en Bulgarie, fondé par un politologue de renommée internationale, Ivan Krastev. “Nous avons établi un lien solide entre la dégradation de la bonne gouvernance et l’arrivée massive de capitaux chinois”, affirme l’un des auteurs de ce texte, le chercheur Martin Vladimirov, cité par le site de la radio Svobodna Evropa, l’antenne bulgare de….