« Désamianter aujourd’hui, un investissement majeur pour la santé publique »
TRIBUNE
Véronique Trillet-Lenoir – Eurodéputée (Renew)
Une stratégie globale pour une Europe sans amiante aurait des bénéfices considérables « en vies épargnées et en économies » pour les systèmes de protection sociale, explique dans une tribune au « Monde » l’eurodéputée (Renew) et cancérologue Véronique Trillet-Lenoir.
Publié hier à 06h00 Temps de Lecture 2 min.
Tribune. Dans quelle société pourrait-on accepter qu’aller au travail conduise à développer un cancer ? Ceci n’est pas une question rhétorique, c’est un véritable sujet de santé publique qui nous préoccupe depuis plusieurs années.
L’amiante est la principale cause des cancers professionnels. Cette substance a été interdite au niveau européen en 2005 (1997 en France) et, pourtant, elle est encore présente dans de nombreux bâtiments. Face au constat de mesures insuffisantes, l’Union européenne a décidé d’agir pour mieux protéger les travailleurs exposés. Au sein du Parlement européen, nous avons souhaité être force de proposition, en amont de la révision de la directive européenne, prévue en 2022.
Détection systématique
Une Europe sans amiante exige une stratégie globale intégrant politique du logement, gestion des déchets et protection de la santé au travail. Comme tout projet de prévention, il ne portera ses fruits que d’ici plusieurs années. Il est donc d’autant plus nécessaire de le lancer dès aujourd’hui et de placer ainsi la santé au cœur d’une Europe sociale ambitieuse pour l’avenir.
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Notre premier objectif est de détecter systématiquement la présence d’amiante en généralisant l’obligation de diagnostic des bâtiments, calquée sur le modèle français. Il sera alors possible de dresser une cartographie et de planifier le retrait de l’amiante dans tous les pays européens dans les années à venir.
Le Pacte vert [Green Deal] pour l’Europe, annoncé en décembre 2019, prévoit la rénovation des bâtiments dans le cadre de la transition écologique ; ce sera justement l’occasion d’accélérer son retrait.
Ces travaux de rénovation comportent néanmoins des risques, notamment pour les travailleurs du bâtiment, particulièrement exposés. Nous souhaitons renforcer les standards minimums de formation, ainsi que les mesures de protection sur les chantiers, le but étant de garantir le même degré de sécurité à l’ensemble des travailleurs européens par une convergence sociale vers le haut. Nous demanderons également que les propriétaires les plus modestes soient accompagnés par la puissance publique dans la prise en charge du désamiantage. Le coût ne doit pas conduire à renoncer à des travaux au détriment de la santé.
Suivi épidémiologique
La protection des populations s’organisera avec le suivi épidémiologique. La France a ouvert la voie en faisant du mésothéliome, un cancer dont le principal facteur de risque est l’amiante, une maladie devant être systématiquement déclarée aux autorités sanitaires. La généralisation de cette pratique à l’ensemble de l’Europe permettrait d’avoir un indicateur fiable. Il s’agira aussi de prévenir les facteurs de risque aggravants, comme le tabagisme, par des programmes d’aide au sevrage pour les travailleurs exposés.
Un accompagnement complet inclut également une surveillance médicale régulière, ainsi que l’accès à des services juridiques et sociaux compétents pour les personnes exposées. Trop souvent, les souffrances liées à la maladie se doublent de difficultés administratives. Nous souhaitons donc que soient consultées les associations de victimes afin de faciliter la reconnaissance des préjudices sur l’état physique et sur la santé mentale, ainsi que la compensation des maladies liées à une exposition professionnelle à l’amiante.
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Cette politique pourrait paraître coûteuse, mais elle ne l’est qu’à court terme. Désamianter aujourd’hui constitue un investissement majeur pour la santé publique. Les bénéfices en vies épargnées, en douleurs évitées et en économies pour les systèmes de protection sociale sont considérables. Ne faisons plus peser cette menace sur les générations futures !
Véronique Trillet-Lenoir est eurodéputée (Renew), praticienne hospitalière spécialisée en cancérologie ; elle présentera, au Parlement européen, le 27 septembre, un rapport sur l’amiante.
Véronique Trillet-Lenoir(Eurodéputée (Renew))