Publié le 10/09/2021
Joe Biden opte pour la vaccination obligatoire

Washington, le vendredi 10 septembre 2021 – Alors que les États-Unis font face à un rebond épidémique important, le président Joe Biden veut obliger des dizaines de millions d’Américains à se faire vacciner contre la Covid-19.
Fini les incitations financières. Fini les cadeaux pour les personnes vaccinés. Désormais, pour relancer une campagne de vaccination qui s’essouffle, le président américain (comme en France) Joe Biden mise sur la contrainte. Ce jeudi soir, il a annoncé depuis la Maison Blanche une série de mesures visant à freiner l’épidémie, adoptant un ton résolument agressif envers les personnes non-vaccinées. « Nous avons été patients, mais notre patience est à bout et votre refus a un coût pour nous tous » a déclaré le président démocrate, fustigeant « cette minorité d’Américains qui nous empêche de tourner la page du Covid-19 ».
Joe Biden a notamment décidé d’imposer la vaccination à tous les fonctionnaires fédéraux ainsi qu’à tous les employés des sous-traitants de l’administration fédérale. Jusque-là, ces 4 millions de travailleurs pouvaient échapper au vaccin en se faisant tester régulièrement. Le chef de l’État a également annoncé que toutes les personnes travaillant dans des entreprises de plus de 100 salariés (soit 80 millions d’Américains) devront choisir entre la vaccination ou un test hebdomadaire. Une règle qui avait déjà été mise en place par de nombreuses grandes entreprises américaines. Enfin, Biden a prolongé l’obligation du port du masque pour les voyages inter-États et incité les organisateurs de grands évènements à mettre en place un passe sanitaire.
Le leader démocrate s’était pourtant dit opposé à toute forme de vaccination obligatoire ou de passe sanitaire en avril dernier. Mais la situation épidémique s’est depuis drastiquement aggravée. Les Etats-Unis comptent actuellement environ 180 000 contaminations quotidiennes (contre 18 000 en juillet) et surtout 1 500 décès par jour (contre 300 en juillet). Au total, plus de 650 000 Américains sont morts de la Covid-19. L’espoir du président Biden de mettre fin à la pandémie au cours de l’été aura été de courte durée.
Les Républicains vent debout contre la vaccination obligatoire
Dans le même temps, la campagne de vaccination marque le pas. Environ 62 % des Américains sont vaccinés (52,5 % ont reçu les deux doses), un taux de vaccination inférieur à la plupart de celui des pays occidentaux. De 3 millions de doses injectés par jour en avril, les Etats-Unis sont passés à 800 000 environ aujourd’hui. Les réfractaires à la vaccination sont particulièrement nombreux parmi les minorités ethniques et chez les électeurs républicains.
Dans son discours à la Nation, le président Biden a également fustigé « les responsables élus qui travaillent activement pour saper la lutte contre la Covid-19 ». Le leader démocrate vise par cette phrase les gouverneurs et législateurs républicains des États du Sud qui s’opposent à toute nouvelle restriction pour lutter contre la Covid-19. En Floride par exemple, le gouverneur a interdit aux écoles de rendre obligatoire le port du masque.
La réaction des députés et sénateurs républicains au discours de Joe Biden ne s’est d’ailleurs pas fait attendre : ils ont dénoncé un plan « inconstitutionnel » et l’instauration d’une « dictature ». Comme souvent aux Etats-Unis, la justice aura sans doute le dernier mot dans cette affaire.
Quentin Haroche
Publié le 10/09/2021
Le variant Delta submerge les hôpitaux du Texas

Houston, le vendredi 10 septembre 2021
– Au Texas, la récente victoire des opposants à l’avortement devant la Cour Suprême se dispute la « une » des journaux avec l’explosion des cas de Covid-19. Au cœur des deux faits d’actualité, un homme : Greg Abott, gouverneur de l’État, signataire du Texas Hearthbeat Act, mais également farouche opposant aux restrictions sanitaire contre la Covid-19.
Opposant au masque obligatoire, le gouverneur a également signé un décret interdisant aux administrations ou aux entreprises de rendre la vaccination obligatoire au sein de l’État.
Avec un taux de vaccination inférieur à la moyenne nationale (48,5 % des texans ont reçu deux doses d’un vaccin contre la Covid-19, 57,9 % ont reçu une primo injection) l’État constitue un terrain de jeu idéal pour la propagation du variant Delta.
Depuis le début de l’été, le pays fait face à une forte augmentation des cas, passant en moyenne de 1464 au 1er juillet à plus de 19 199 au 4 septembre. Plus de 308 décès ont été recensés pour la seule journée du 8 septembre (pour une population de plus de 29 millions d’habitants).
Submersion du système de santé
Avec cette nouvelle vague de cas de Covid-19, les hôpitaux ruraux se retrouvent submergés par l’afflux de patients.
Le Dr. Hasan Kakli, médecin au El Campo Memorial Hospital décrit une situation inédite. Face à la pénurie de lits disponibles, y compris en réanimation, les patients sont conduits à attendre de longues heures avant de recevoir des soins, ou d’obtenir un transfert. Une situation d’autant plus incompréhensible pour le praticien, alors même que la ville d’El Campo se situe à moins de 120 km du Texas Medical Center, considéré comme le plus grand groupe hospitalier du monde.
La saturation des hôpitaux impacte directement les patients devant recevoir d’autres soins. Les grandes matinales américaines n’ont pas hésité à dresser le triste récit de la mort de Daniel Wilkinson, ancien vétéran blessé en Afghanistan, mort d’un calcul à la vésicule biliaire. Ses proches et les médecins ne sont pas parvenus à le faire hospitaliser dans l’un des hôpitaux de la région.
Ce lundi, 13 782 patients étaient hospitalisés, selon les données de l’État, dont 2 891 sédatés dans un service de soins intensifs.
D’après le Texas Tribune, 95 hôpitaux du Texas ne disposeraient de plus aucun lit de soins intensifs.
Des patients jeunes hospitalisés
Dans leur immense majorité, les patients hospitalisés pour Covid n’étaient pas vaccinés.
Fait inquiétant, les soignants remarquent que l’âge des patients hospitalisés tend à diminuer fortement : les trentenaires sont les plus contaminés, suivis des jeunes dans la vingtaine.
Selon le département de la santé de l’État, 345 enfants ont été hospitalisés.
La peur du « Labour Day »
Si la ville de Houston semble connaître une légère décrue du nombre de contaminations, la récente réouverture des écoles n’incite pas les épidémiologistes à l’optimisme.
Mais surtout, ce sont les conséquences du « Labor Day » (jour férié du 6 septembre) qui sont redoutées avec inquiétude. Plus de 5,3 millions de personnes ont parcouru les États-Unis durant ce week-end prolongé. Les experts estiment que ces déplacements pourraient conduire à une nouvelle augmentation des cas de Covid-19, alors que les hôpitaux sont d’ores et déjà au bord de l’implosion.
C.H.
« Notre patience s’amenuise », lance Joe Biden aux 80 millions d’Américains non vaccinés
La vaccination contre le Covid-19 devient obligatoire pour les employés fédéraux, tandis que les entreprises de plus de 100 salariés doivent exiger la vaccination ou un test chaque semaine. L’inquiétude grandit pour les enfants : une vingtaine d’entre eux meurent chaque semaine du Covid-19.
Par Arnaud Leparmentier(New York, correspondant)Publié aujourd’hui à 02h48, mis à jour à 15h47
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C’était le 4 juillet, lors de la célébration de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis :« Aujourd’hui, nous sommes plus proches que jamais de déclarer notre indépendance vis-à-vis d’un virus mortel », le SARS-CoV-2, se réjouissait le président Joe Biden.
Deux mois après, à l’issue du week-end du Labor Day qui marque la rentrée américaine, c’est raté. Le variant Delta inflige aux Etats-Unis une nouvelle vague de contaminations, qui encombre les hôpitaux et entrave la reprise économique, alors qu’un quart de la population n’a reçu aucune injection vaccinale. Le bilan quotidien est monté à 1 500 morts, en hausse de 30 % depuis quinze jours, et 100 000 personnes sont hospitalisées à cause du Covid-19.
« Nous avons un outil pour combattre le virus », a déclaré Joe Biden, jeudi 9 septembre, dans une longue allocution télévisée. « Cela prendra quelque temps », a-t-il reconnu, comprenant que certains soient « agacés » que 80 millions d’Américains ne soient pas encore vaccinés (175 millions le sont complètement) alors que le vaccin Pfizer a été approuvé définitivement en août. « C’est la pandémie des non-vaccinés », a accusé le président américain, alors que leur taux d’hospitalisation est dix-sept fois plus fort que celui des vaccinés. « Nous avons été patients, mais notre patience s’amenuise. Votre refus nous a tous coûté », leur a-t-il reproché, citant les lits d’hôpitaux occupés au détriment d’autres malades. L’Amérique est coupée en deux, avec des taux allant de seulement 40 % dans le Mississippi, l’Alabama et le Wyoming à plus de 70 % à Washington DC, dans le Rhode Island ou dans le Vermont.
Pour reprendre la main, Joe Biden, qui a dénoncé la désinformation des antivax, a signé un décret rendant la vaccination obligatoire pour les employés de l’Etat fédéral et ses sous-traitants et pour ceux du secteur médical public. Les entreprises de plus de cent salariés sont priées d’exiger la vaccination de leurs salariés – comme le fait Fox News, la chaîne d’information conservatrice qui n’a cessé de semer le doute sur les vaccins, a noté avec malice le président américain – ou la présentation d’un test hebdomadaire.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le débat sur la vaccination obligatoire prend de l’ampleur aux Etats-Unis
« Ce n’est pas une question de liberté ou de choix personnel. Il s’agit de vous protéger vous et votre entourage… Mon rôle en tant que président est de protéger chaque Américain », a encore déclaré Joe Biden, dont les décrets concernent 100 millions de personnes. Il a demandé en outre qu’un test ou un vaccin soit exigé lors des réunions publiques (sports, spectacles) et annoncé un doublement des amendes dans les transports en cas de non-port du masque.
Les mineurs représentent 26 % des cas de Covid-19
Une des clés de la confiance, c’est la réouverture des écoles, fermées pendant près de dix-huit mois dans la majeure partie des Etats-Unis, à l’exception notable de New York. Le retour des enfants devait permettre aux parents, notamment aux mères, de se remettre à travailler, mais leur protection suscite des inquiétudes.
« Pour tout parent, peu importe que la faiblesse du niveau de risque de maladie ou d’accident, lorsqu’il s’agit de son enfant », a déclaré le président, alors que les derniers chiffres, publiés le 7 septembre par l’Académie américaine de pédiatrie (AAP), révèlent une forte dégradation de la situation sanitaire. Le nombre d’enfants infectés a battu un record lors de la semaine qui s’est achevée le 2 septembre, avec 252 000 contaminations : c’est deux fois plus que début août, trente fois plus que lors du plus bas atteint mi-juin.
Les mineurs représentent désormais 26 % des cas de Covid-19, contre 15 % en moyenne sur la durée de la pandémie. Le nombre cumulé d’enfants hospitalisés (dans vingt-cinq Etats plus New York, faute d’avoir des statistiques fédérales) atteint 20 000. Selon l’AAP, le nombre de décès cumulés (quarante-quatre Etats, Porto Rico et Guam) est désormais estimé à 444, soit 0,08 % des morts totaux du Covid-19 (653 000 pour l’ensemble des Etats-Unis). Le taux de mortalité des enfants atteint donc 0,01 %, contre 1,6 % pour la population totale. Depuis mi-août, environ vingt enfants meurent chaque semaine.
La progression est plus forte dans les Etats du Sud et du Midwest, où se cumulent deux effets : la rentrée scolaire précoce, qui a manifestement aggravé la propagation du virus, et le taux de vaccination faible dans ces Etats souvent républicains et rétifs au vaccin.
La question des moins de 12 ans
La moitié des 12-17 ans a reçu au moins une dose de vaccination. « Parents, faites vacciner vos adolescents », a sommé Joe Biden. Les 45 millions de moins de 12 ans, eux, ne peuvent pas recevoir d’injection pour l’instant. « La première protection commence à la maison », a déclaré M. Biden, invitant les parents à se faire vacciner. Le président a noté que le taux d’hospitalisation des enfants était quatre fois plus fort dans les Etats à faible taux de vaccination que dans les plus vaccinés.
L’autorisation de vacciner les plus jeunes, espérée cet automne, n’est plus certaine. Les laboratoires rencontrent des difficultés à réunir un nombre suffisant de candidats pour réaliser leurs essais cliniques. Mais le variant Delta conduit à une plus grande impatience. « La montée du variant Delta modifie la balance bénéfices-risques pour autoriser les vaccins chez les enfants », a écrit la présidente de l’Académie américaine de pédiatrie, Lee Ann Savio Beers, exhortant la Food and Drug Administration (FDA) à rendre les vaccins disponibles pour les jeunes enfants « le plus rapidement possible ».
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Le pays se divise quant aux conditions de rentrée scolaire, alors que les CDC, les agences de prévention fédérales contre les épidémies, préconisent le port du masque dans les écoles. Sept Etats, dont le Texas et la Floride, ont interdit de rendre cette décision obligatoire, estimant que ce choix relevait des parents. L’affaire donne lieu à des batailles judiciaires, et Joe Biden a fait savoir qu’il soutiendrait le personnel éducatif contre les gouverneurs antimasques.
Un rapport publié fin juin sur les écoles de Caroline du Nord a montré que le port du masque généralisé dans les écoles ralentissait considérablement la propagation du virus, même lorsque la distanciation sociale n’était pas respectée, par exemple dans les bus scolaires : les 7 500 élèves et professeurs infectés hors de l’école n’ont contaminé que 360 personnes dans le cadre scolaire entre mars et juin 2021. Pour éviter des quarantaines ou des fermetures d’école dès que les cas deviennent excessifs, les tests parfois quotidiens se multiplient dans les établissements américains. Le président a estimé que, si 90 % du personnel scolaire était vacciné, il fallait parvenir à 100 %.
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Un dernier enjeu à court terme réside dans le rappel vaccinal. Joe Biden avait annoncé que celui-ci serait autorisé à partir du 20 septembre, mais le feu vert n’est pas encore parvenu, tandis que deux hauts fonctionnaires de la FDA, chargée de donner des autorisations vaccinales, ont démissionné fin août sans en donner la raison – selon Politico, ce serait dû à un manque d’autonomie dans leurs décisions. Le rappel Pfizer devrait être autorisé avant ceux de Moderna et de Johnson & Johnson.
Joe Biden a expliqué que la décision revenait aux scientifiques, mais que le gouvernement avait fait sa part en commandant les doses nécessaires, pour être prêts lorsque l’approbation serait donnée.
Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)