Lutter contre les effets du réchauffement climatique sur la mortalité et la morbidité ne peut attendre la fin du covid.

Climat et crise de la biodiversité sont les plus grandes menaces pour la santé, selon les revues de recherche biomédicale

L’éditorial commun signé par plus de 200 revues spécialisées souligne les effets du réchauffement climatique sur la mortalité et la morbidité.

Par Publié aujourd’hui à 11h09, mis à jour à 11h19

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https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/06/climat-et-crise-de-la-biodiversite-les-plus-grandes-menaces-pour-la-sante-selon-les-revues-de-recherche-biomedicale_6093573_3244.html

Opération de dépollution de l’estuaire de la Loire, après une marée noire, en 2008.
Opération de dépollution de l’estuaire de la Loire, après une marée noire, en 2008. (C) ERWAN BALANÇA / BIOSPHOTO / (C) ERWAN BALANÇA / BIOSPHOTO

Les appels de scientifiques à agir fortement contre le réchauffement et l’effondrement de la biodiversité se sont multipliés ces dernières années, mais les éditeurs des principaux journaux de recherche biomédicale manquaient à cette longue liste de lanceurs d’alerte. Lundi 6 septembre, moins d’une semaine avant l’ouverture de l’assemblée générale des Nations unies, plus de 200 revues spécialisées publient le même éditorial enjoignant aux dirigeants de la planète de prendre les mesures nécessaires pour remédier à une situation qualifiée de « crise environnementale généralisée ».

Les plus prestigieuses – le British Medical Journal, le Lancet, le Journal of the American Medical Association (JAMA), le New England Journal of Medicine –, réputées se livrer une concurrence féroce pour la publication des textes et des travaux qui attireront le plus l’attention, ont ainsi mis de côté leur rivalité pour publier, sur deux pages, la même supplique aux responsables politiques.

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La raison première de cette prise de position collective est l’impact du réchauffement et de l’érosion de la biodiversité sur la santé. « La plus grande menace pour la santé publique mondiale est l’incapacité persistante des dirigeants à maintenir l’augmentation de la température mondiale en dessous de 1,5 °C et à remettre la nature en état, écrivent les signataires de l’éditorial. Des changements urgents doivent être apportés à l’échelle des sociétés et conduiront à un monde plus juste et plus sain. En tant que rédacteurs en chef de revues spécialisées dans le domaine de la santé, nous appelons les gouvernements et les autres dirigeants à agir, en faisant de 2021 l’année où le monde changera enfin de cap. »

Les particules fines des incendies de Californie

Ces dernières années ont vu un grand nombre de nouvelles recherches documenter les effets du réchauffement climatique en cours sur la mortalité et la morbidité. « La science est sans équivoque, ajoutent-ils. Une augmentation de la température mondiale de 1,5 °C par rapport à la moyenne préindustrielle et la perte continue de biodiversité risquent d’entraîner des dommages catastrophiques pour la santé qu’il sera impossible d’inverser. »null

Au cours des vingt dernières années, précisent les auteurs, la mortalité attribuable aux canicules a augmenté de plus de 50 % chez les personnes âgées. Les cosignataires mentionnent les maux directement attribuables à l’élévation des températures – déshydratation, perte de la fonction rénale, complications en cours de grossesse, troubles cardio-vasculaires et pulmonaires, etc. – mais d’autres, indirects, commencent également à être documentés. Les particules fines émises par les incendies géants de Californie, rendus plus fréquents et plus vastes par le réchauffement, ont ainsi des effets mesurables sur la santé des populations (maladies respiratoires, troubles du développement des nouveau-nés, etc.).

Injustice croissante

Les rédacteurs en chef soulignent les effets systémiques et synergiques des dégradations infligées à l’environnement – en particulier sur l’alimentation ou la propagation des maladies infectieuses. La hausse des températures a déjà, écrivent-ils, réduit de 1,8 % à 5,6 % les rendements des principales grandes cultures dans le monde, en une quarantaine d’années. « Des écosystèmes prospères sont essentiels à la santé humaine, et la destruction généralisée de la nature, notamment des habitats et des espèces, compromet la sécurité hydrique et alimentaire, de même qu’elle augmente le risque de pandémies », précisent-ils. Aucun des objectifs fixés par la Convention sur la diversité biologique des ­Nations unies de 1992 n’a jusqu’à présent été atteint.Article réservé à nos abonnés

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Les rédacteurs en chef des 200 revues soulignent aussi l’injustice de la situation, destinée à s’aggraver : les pays du Sud, qui ont le moins contribué à la crise en cours, sont aussi ceux qui en paient et continueront d’en payer le plus lourd prix. « L’équité doit être au cœur de la réponse internationale » à la crise, disent-ils, appelant à une solidarité accrue des pays du Nord vis-à-vis des régions les plus vulnérables. Les auteurs prennent acte des engagements des Etats, mais demeurent circonspects : « Les promesses ne sont pas suffisantes. Les objectifs sont faciles à fixer et difficiles à atteindre. »

* « Nous ne pouvons pas attendre que la pandémie de Covid-19 soit terminée pour réduire rapidement les émissions » de CO2 : l’alerte des principaux journaux médicaux

Les rédacteurs en chef d’une vingtaine de prestigieuses revues scientifiques, dont « The Lancet » ou le « British Medical Journal », rappellent que le Covid-19 ne change rien à l’urgence climatique.

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 03h36, mis à jour à 09h40

Temps de Lecture 2 min.

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/06/le-climat-ne-peut-pas-attendre-la-fin-de-la-pandemie-alertent-les-principaux-journaux-medicaux-de-la-planete_6093526_3244.html

Manifestation en marge du congrès de l’UICN à Marseille, le 3 septembre 2021.
Manifestation en marge du congrès de l’UICN à Marseille, le 3 septembre 2021. CHRISTOPHE SIMON / AFP

Le Covid-19 ne change rien à l’urgence climatique. C’est le message adressé, lundi 6 septembre, dans un éditorial commun, par les rédacteurs en chef d’une vingtaine de revues prestigieuses, dont The Lancet, le British Medical Journal ou le National Medical Journal of India.

Malgré la pandémie de Covid-19, le monde ne peut pas différer les mesures « urgentes » à prendre contre le réchauffement climatique et la destruction de la nature, qui menacent la santé humaine, plaident les principaux journaux médicaux de la planète.null

« La santé est déjà altérée par l’augmentation de la température mondiale et la destruction de la nature », écrivent-ils. Avec une augmentation d’environ 1,1 °C depuis l’ère préindustrielle, les conséquences sur la santé des humains sont déjà importantes.

« Les températures plus élevées ont entraîné une augmentation des cas de déshydratation et de problèmes rénaux, de tumeurs dermatologiques malignes, d’infections tropicales, de problèmes mentaux, de complications de grossesses, d’allergies et de mortalité, et de morbidité cardio-vasculaire et pulmonaire », souligne cet éditorial sans précédent. Il évoque aussi le déclin des productions agricoles qui freine les efforts menés depuis des années pour lutter contre la malnutrition.Article réservé à nos abonnés

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Risque de dommages « catastrophiques » pour la santé

Ces conséquences, rappellent-ils, frappent encore plus durement les plus vulnérables (minorités, enfants, communautés les plus pauvres…). Surtout, elles ne sont qu’un début, pointe l’éditorial. Un réchauffement à + 1,5 °C – seuil qui pourrait être atteint autour de 2030, selon le rapport des experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié au début d’août –, et la perte continue de biodiversité « risquent d’entraîner des dommages catastrophiques et irréversibles pour la santé ».Article réservé à nos abonnés

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« Malgré la préoccupation légitime pour le Covid-19, nous ne pouvons pas attendre que la pandémie soit terminée pour réduire rapidement les émissions » de gaz à effet de serre, insistent les auteurs de cet appel, à deux mois de la COP26, cruciale, à Glasgow.

« Les risques du changement climatique pourraient éclipser ceux de n’importe quelle maladie. La pandémie de Covid-19 prendra fin, mais il n’existe aucun vaccin contre la crise du climat », a commenté le patron de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un communiqué, notant que « chaque mesure prise pour limiter les émissions et le réchauffement nous rapproche d’un avenir plus sain et plus sûr ».Article réservé à nos abonnés

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Changer de cap

Evoquant les sommes « sans précédent »dépensées lors de la pandémie, les revues médicales appellent ainsi à augmenter massivement les financements pour la protection de la planète et mettent en avant les effets en cascade positifs.

« Une meilleure qualité de l’air permettrait à elle seule d’obtenir des améliorations pour la santé qui compensent facilement le coût global de la réduction des émissions », estiment les auteurs.

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Au-delà de l’argent, ils plaident pour un « changement fondamental de la façon dont nos sociétés et nos économies sont organisées et de notre mode de vie » : refonte des systèmes de transport, des villes, de la production et de la distribution alimentaire, des marchés financiers, des systèmes de santé, « et bien plus ».

« Il faut que 2021 soit l’année durant laquelle notre planète change de cap : notre santé à tous en dépend », a insisté Fiona Godlee, rédactrice en chef du BMJ, coautrice de l’éditorial.https://www.dailymotion.com/embed/video/x82e4yx?api=postMessage&autoplay=false&id=player-x82e4yx&mute=false&origin=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr&queue-autoplay-next=false&queue-enable=false

Le Monde avec AFP

le 06/09/2021

Lancet, BMJ… : l’alerte de plus de 20 revues scientifiques sur l’urgence climatique

Paris, le lundi 6 septembre 2021

https://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/lancet_bmj_lalerte_de_plus_de_20_revues_scientifiques_sur_lurgence_climatique_189026/document_actu_pro.phtml

– C’est un éditorial sans précédent ni équivalent. Les rédacteurs en chef d’une vingtaine de prestigieuses revues scientifiques, dont The Lancet, le British Medical Journal ou le National Medical Journal of India ont publié ce lundi un long éditorial commun invitant les gouvernements à ne pas différer les mesures les plus « urgentes » pour lutter contre le réchauffement climatique, considéré comme l’une des principales menaces sur la santé publique à travers le monde.

À quelques jours de la réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies et de la COP 26 à Glasgow, les éditeurs lancent « un appel urgent pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C ».

Hausse de certaines pathologies, risque de famines

Comme dans un discours, l’éditorial expose tout d’abord cliniquement les données du problème. « La science est catégorique ; l’augmentation de la température de plus de 1,5°C et la destruction de la biodiversité risquent de porter un préjudice catastrophique à la santé qui sera irréversible » indiquent les auteurs, avant de préciser que « malgré la préoccupation nécessaire du monde pour la Covid-19, nous ne pouvons pas attendre que la pandémie passe pour réduire rapidement les émissions [de gaz à effet de serre] ».
D’autant plus que, pour les auteurs, « la santé publique est d’ores et déjà affectée par l’augmentation des températures et la destruction du vivant ».
Au cours des vingt dernières années, la mortalité des personnes âgées de plus de 65 ans liées aux épisodes caniculaires a augmenté de plus de 50 %. L’augmentation des températures a accompagné une hausse « des cas de déshydratation et de problèmes rénaux, de tumeurs dermatologiques malignes, d’infections tropicales, de problèmes mentaux, de complications de grossesses, d’allergies et de mortalité, et de morbidité cardiovasculaire et pulmonaire ».
Des conséquences qui risquent en premier lieu de toucher les plus vulnérables, à commencer par les enfants, les populations âgées, ainsi que les pays pauvres et les minorités.
La baisse du rendement des cultures agricoles, ajoutée à la dégradation des conditions météorologiques et à l’épuisement des sols, risque de faire émerger de nouvelles famines, mais aussi « les risques de pandémies ».

Un appel à l’action

En août dernier, la publication du rapport du GIEC laissait planer le risque d’un « découragement » mondial face à des conséquences présentées comme inéluctables. Les auteurs de cet appel s’inquiètent précisément du risque de voir « les membres puissants de la communauté internationale » commencer à voir cette hausse comme inévitable, voire « acceptable ». 

Car si « les conséquences de la crise environnementale tomberont de manière disproportionnées sur les pays et les communautés qui ont le moins contribué au problème » aucun pays, si puissant soit-il, ne doit se considérer comme à l’abri des conséquences du réchauffement climatique, qui s’accompagnera « d’insécurité alimentaire, de déplacements de population et de développement de nouvelles maladies ».

Prendre la lutte contre la Covid-19 en exemple

Évoquant les sommes « sans précédent » dépensées lors de la pandémie, les revues médicales appellent ainsi à augmenter massivement les financements pour la protection de la planète et mettent en avant les effets en cascade positifs pour la santé publique. Ainsi, la diminution de la pollution atmosphérique « permettrait à elle seule d’obtenir des améliorations pour la santé qui compensent facilement le coût global de la réduction des émissions », estiment les auteurs.
La diminution de l’obésité et l’amélioration de l’habitat et des conditions de travail, permettraient à la société d’obtenir « des bénéfices qui dépasseront largement le coût global des réductions d’émission ».

Mais les auteurs ont bien conscience de l’ampleur de la tâche. « Si les cibles sont faciles à définir, elles sont difficiles à atteindre ». En appelant au courage politique, Fiona Godlee, rédactrice en chef du BMJ a ainsi résumé l’esprit de l’appel « il faut que 2021 soit l’année durant laquelle notre planète change de cap : notre santé à tous en dépend ».

C.H.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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