A travers la question « qui ? »certains opposants à la politique sanitaire ciblent la communauté juive,

« Mais qui ? », de la blague virale au slogan antisémite

Au travers de cette question rhétorique, certains opposants à la politique sanitaire ciblent la communauté juive, accusée d’être responsable de la crise liée au coronavirus.

Par  et Publié le 10 août 2021 à 16h28 – Mis à jour le 14 août 2021 à 06h35 

Temps de Lecture 3 min.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/08/10/mais-qui-de-la-blague-virale-au-slogan-antisemite_6091086_3224.html

Détournement du célèbre jeu de plateau « Qui est-ce ? », auquel on a ajouté le chroniqueur de CNews Claude Posternak.
Détournement du célèbre jeu de plateau « Qui est-ce ? », auquel on a ajouté le chroniqueur de CNews Claude Posternak. CAPTURE D’ÉCRAN TWITTER

Sur la pancarte brandie par la jeune enseignante et ex-membre du Front national (FN) Cassandre Fristot dans une manifestation d’opposants à la politique sanitaire à Metz, samedi 7 août, et qui lui a valu d’être placée en garde à vue, lundi, figure une série de noms de « traîtres » : plusieurs responsables politiques actuels, mais aussi une dizaine de personnalités françaises ou américaines, qui n’ont que peu de rapport direct avec la gestion de la crise sanitaire. Le milliardaire américain d’origine hongroise George Soros, le fondateur du forum de Davos, Klaus Schwab, Bernard-Henry Lévy ou encore la famille Rothschild sont ainsi cités. Leur point commun ? Ils sont de confession juive. Au centre de la pancarte figure le slogan en lettres rouges « Mais Qui ? », dont le « Q » est agrémenté de cornes.

Cette expression est devenue, depuis quelques semaines, un code permettant de désigner les « responsables de la crise » – dans la cosmogonie conspirationniste, celle-ci n’est qu’un prétexte permettant d’instaurer un « nouvel ordre mondial » et un « Great Reset » (grand redémarrage), titre d’un ouvrage de Klaus Schwab publié chez Forum Publishing et régulièrement détourné par les tenants d’une machination occulte. La thématique de la cabale de puissants menant un projet secret, classique des théories conspirationnistes, a trouvé un nouvel appui avec ce « Qui ? » qui fleurit dans les cortèges des opposants aux mesures sanitaires.null

L’expression trouve son origine dans un entretien donné, le 18 juin sur CNews, par l’ex-général Dominique Delawarde, figure des signataires, en avril, d’une « tribune des généraux » très critiquée, publiée dans le magazine Valeurs actuelles. Au cours de l’entretien mené par Jean-Marc Morandini, le général en retraite s’emporte : « Vous savez bien qui contrôle la meute médiatique (…), qui contrôle le Washington Post, le New York Times, chez nous BFM-TV et tous les journaux qui viennent se grouper autour, qui sont ces gens… ? » Le communicant et membre du bureau exécutif de La République en marche Claude Posternak interrompt alors le militaire pour lui demander à plusieurs reprises : « Qui ? »« La communauté que vous connaissez bien », finit par lâcher ce dernier. Jean-Marc Morandini interrompt alors l’entretien.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Derrière les tribunes de militaires, une opération politico-médiatique et un emballement

« Il s’agit de désigner les juifs »

La question, rhétorique, est depuis devenue un code entendu, pour évoquer un ennemi, responsable de la mise en place d’une « dictature sanitaire » et dont il serait interdit de dire le nom. « L’antisémitisme ici est transparent. Il suffit d’avoir une légère familiarité avec ce type de discours pour s’apercevoir qu’il s’agit de désigner les juifs en esquivant, bien maladroitement, le reproche en antisémitisme », décrypte le directeur de l’observatoire du complotisme Conspiracy Watch, Rudy Reichstadt. Et de rappeler qu’en défense de l’humoriste Dieudonné, l’écrivain Raphaël Confiant, en 2006, parlait, lui, des « innommables ». Si le code a changé, la logique est similaire. Surtout, la question posée par le chroniqueur de Jean-Marc Morandini est devenue virale.Lire aussi  Pancarte « Mais qui ? » : « L’antisémitisme auquel nous sommes confrontés avance en oblique, il prend des détours »

Les « qui ? Mais qui ? » agacés de Claude Posternak sont vite isolés, sous forme d’une courte vidéo, qui devient un mème, une blague virale, circulant notamment sur le forum 18-25 de JeuxVideo.com. Mais la blague est aussi récupérée par les sphères antisémites militantes. Sur Twitter, le hashtag #qui est partagé par plusieurs chapelles de l’antisémitisme, des partisans d’Alain Soral ou de Dieudonné aux nationalistes de l’extrême droite identitaire en passant par des activistes centrés sur la crise liée au Covid-19, qui utilisent l’humour viral pour mieux faire passer leurs idées.

Un site, Jesuispartout.com, qui partage certaines adresses IP avec le site de l’activiste antisémite plusieurs fois condamné Hervé Ryssen, reprend ainsi le visuel de Claude Posternak pour diffuser une carte interactive titrée « Ils sont partout » et figurant des noms de personnalités juives (ou supposées telles) dans l’économie, les médias ou la politique. Mardi 10 août, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé sur Twitter qu’il saisissait la justice pour mener une enquête sur ce site « profondément scandaleux et nauséabond ».https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&features=eyJ0ZndfZXhwZXJpbWVudHNfY29va2llX2V4cGlyYXRpb24iOnsiYnVja2V0IjoxMjA5NjAwLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfSwidGZ3X2hvcml6b25fdHdlZXRfZW1iZWRfOTU1NSI6eyJidWNrZXQiOiJodGUiLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfSwidGZ3X3NwYWNlX2NhcmQiOnsiYnVja2V0Ijoib2ZmIiwidmVyc2lvbiI6bnVsbH19&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1425072793415204881&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr%2Fsociete%2Farticle%2F2021%2F08%2F10%2Fmais-qui-de-la-blague-virale-au-slogan-antisemite_6091086_3224.html&sessionId=8d17975aefaeef476a90078c8cf38233e0dd7afb&siteScreenName=lemondefr&theme=light&widgetsVersion=1890d59c%3A1627936082797&width=550px

Si la pancarte vue à Metz samedi a rappelé la perméabilité entre les mouvements antirestrictions et le complotisme haineux d’extrême droite, l’un ne peut être réduit à l’autre. « Il faut admettre que, pour une partie du public et sans doute aussi pour une partie des manifestants, les références et allusions que contient cette pancarte ne vont pas de soi », plaide Rudy Reichstadt, moins choqué par l’ignorance de certains manifestants que par leurs réactions à la polémique.

Si certains se désolidarisaient de toute forme d’antisémitisme, d’autres voyaient dans cette accusation une forme de diversion médiatique orchestrée, visant à décrédibiliser leur mouvement. « Une manière de minimiser le problème », s’inquiète le directeur de Conspiracy Watch.Lire l’article : Qui sont les opposants au passe sanitaire

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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