Vosges: les autorités du département prennent des mesures de prévention des incendies qui se heurtent à des traditions locales bien ancrées. 

Les Vosges contraintes de s’adapter au réchauffement climatique

Face au risque accru d’incendies de forêts et de végétaux, les autorités du département prennent des mesures qui se heurtent à des traditions locales bien ancrées

Par Matthieu Guyot de Saint Michel Publié aujourd’hui à 02h30, mis à jour à 11h07  

Temps de Lecture 3 min. 

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Le forestier Bruno Vaxelaire examine un arbre à la recherche de traces de scolytes dans la forêt de Cornimont (Vosges), le 6 août 2021.
Le forestier Bruno Vaxelaire examine un arbre à la recherche de traces de scolytes dans la forêt de Cornimont (Vosges), le 6 août 2021. MATTHIEU GUYOT DE SAINT MICHEL / LE MONDE

Dans les Vosges, la forêt et le feu ont longtemps fait bon ménage. Les bûcherons brûlaient sur place les branches et les feuillages des arbres coupés, tandis que la population n’était pas en reste, entre feux de camp et destructions de végétaux en lisière de bois. Des pratiques auxquelles le réchauffement climatique va mettre un terme.

Si l’été 2021 a été très arrosé, avec un mois de juillet aux précipitations particulièrement abondantes, il succède à trois années de sécheresse, qui ont créé des conditions plus propices aux incendies de végétaux. Ceux-ci « connaissent une évolution significative sur les dix dernières années, puisque nous sommes passés de 250 événements par an à 500 », explique le colonel Pascal Moine, directeur par intérim du service départemental d’incendie et de secours des Vosges (SDIS).

« Devant les risques grandissants d’incendies en milieu forestier, et devant les conditions climatiques de plus en plus propices aux risques d’incendies », le préfet des Vosges a pris, en juillet 2020, un arrêté encadrant « les brûlages et l’usage du feu » dans le département. Le texte précédent remontait à 1977 et il était devenu obsolète, explique la préfecture. Désormais il est interdit d’allumer un feu jusqu’à 200 mètres autour des bois, du 1er mars au 30 septembre.

Pour les forestiers, qui avaient cessé de brûler sur place au début des années 2000, cette nouvelle règle n’a pas changé grand-chose. Mais le préfet a également mis un terme à une tradition locale : le barbecue en forêt. En lisière ou au cœur des bois du département, les promeneurs avaient l’habitude de trouver de petits abris ou des chalets ouverts à tous. Beaucoup étaient accompagnés de barbecues, construits en dur, parfois en pierre taillée.

Des arbres plus vulnérables aux parasites

En ordonnant qu’ils soient démontés ou condamnés dans un délai d’un an maximum, soit le 21 juillet 2021, l’arrêté a mis fin à une « vraie culture locale », estime le président du SDIS des Vosges, Dominique Peduzzi. Le changement est d’ampleur. « Il y a une dizaine d’années, l’Office national des forêts [ONF] installait des barbecues ou les faisait installer par les communes », rappelle Jean-Yves Boitte, du service forêt de l’agence Vosges montagne de l’ONF.

Dans la forêt communale de Cornimont, des aménagements forestiers où des barbecues ont été démontés en raison de l’augmentation du risque d’incendie de forêt.

Mais ce changement est nécessaire, car la forêt des Vosges va mal. Elle est attaquée sur deux fronts, qui s’entretiennent mutuellement. Le premier est celui de la succession de sécheresses printanières et estivales qui affaiblissent les arbres. Ceux-ci deviennent alors plus vulnérables aux parasites, qui ont ouvert le second front de la forêt vosgienne. « Depuis quatre ans, les scolytes provoquent une grosse crise qui touche les épicéas », précise M. Boitte. Appelés « bostryches » par les forestiers locaux, ces petits insectes d’un demi-centimètre de long se glissent sous l’écorce des arbres pour y creuser des galeries, où ils pondent. La sève ne peut alors plus passer, et l’arbre roussit avant de mourir.

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« L’été dernier, en ouvrant nos fenêtres, nous avons vu nos belles forêts vertes commencer à roussir. Les gens ont donc pris conscience de cette réalité du réchauffement climatique. A force d’étés chauds et répétitifs, la forêt souffre », estime Didier Houot, le maire de Vagney, une commune de 4 000 habitants.

Anticiper l’évolution du climat

Morts ou affaiblis, les arbres deviennent plus vulnérables au risque d’incendie. Une nouveauté pour Dominique Peduzzi, qui rappelle que « les Vosges ont été longtemps définies comme le château d’eau de l’est de la France. Quand les bulletins météo annonçaient de la chaleur, on ne s’en occupait pas. » 

En 2018, soucieux d’anticiper l’évolution du climat, Dominique Peduzzi, également maire (divers droite) de Fresse-sur-Moselle, se rend dans les Bouches-du-Rhône et dans l’Hérault pour comprendre comment ses homologues travaillent sur la question. Il découvre l’organisation des secours dans ces départements, où, chaque été, des colonnes de renfort affluent de toute la France pour lutter contre les feux de forêt. Il en revient convaincu de l’urgence de préparer son département aux conséquences du réchauffement climatique.

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Fin décembre 2019, un nouveau schéma départemental d’analyse et de couverture des risques est validé par la préfecture. Il comprend un chapitre consacré aux risques émergents induits par le changement climatique, incendies et inondations.

Une grande partie des évolutions nécessaires pour s’y adapter relèvent du temps long. Préparer un SDIS aux feux de forêt impose en effet de recruter du personnel, de le former et de l’équiper. « De 200 sapeurs-pompiers formés à la lutte contre les feux de forêt en 2019, nous sommes passés à 250 cette année », détaille le commandant Pascal Parmentelat, conseiller technique feu de forêt des pompiers des Vosges. Pour l’heure, le budget du SDIS a bénéficié d’une rallonge d’entre 2 et 3 millions d’euros pour faire face à ces problèmes.

Un pélicandrome a par ailleurs été installé cette année à l’aéroport d’Epinal-Mirecourt, à présent capable d’accueillir les bombardiers Dash de la sécurité civile si des incendies d’ampleur devaient se déclencher dans le Grand-Est.

Matthieu Guyot de Saint Michel

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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