Rentrée : M. Blanquer peine à répondre aux craintes sanitaires des enseignants et des parents
Certains redoutent une avalanche de fermetures dans le primaire, où les enfants ne sont pas vaccinés et où les contaminations risquent de se concentrer, et déplorent l’insuffisance du nombre de tests de dépistage prévus.
Par Sylvie Lecherbonnier et Yassine Bnou MarzoukPublié aujourd’hui à 19h29, mis à jour à 19h48
Temps de Lecture 4 min.

« L’accomplissement des réformes ne doit pas être détourné par la crise sanitaire », a insisté Jean-Michel Blanquer lors de sa conférence de presse de rentrée, jeudi 26 août. Des questions de laïcité au dédoublement des CP-CE1, en passant par la réforme du lycée, le ministre de l’éducation nationale a dressé un panorama de ce qu’il a accompli depuis 2017, avant, seulement, de faire le point sur la situation sanitaire.
Il était pourtant très attendu sur ce dernier sujet par les représentants de parents et d’enseignants, qui souhaitent des précisions depuis la fixation du protocole sanitaire au niveau 2 sur les 4 échelons possibles. Les élèves de la maternelle à la terminale feront leur rentrée à partir du 2 septembre, excepté en Martinique, en Guadeloupe et dans une partie de la Guyane, où elle est repoussée au 13 septembre. « Bien sûr, nous rencontrerons des difficultés, bien sûr, il y aura des problèmes. Nous nous mettons en situation de les gérer », a assuré M. Blanquer. Il n’exclut pas, si la situation l’exige, une différenciation du niveau de protocole selon les territoires.
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Cette sérénité affichée fait bondir parents et enseignants. Guislaine David, cosecrétaire générale du SNUipp-FSU, l’affirme : « Le ministre ne nous rassure pas. C’est comme s’il n’avait pas pris conscience que le variant Delta change la donne. Avec des décisions possiblement locales, il ajoute du flou au flou. » « Il va falloir une grande vigilance sur l’évolution de l’épidémie dans les premières semaines qui suivront la rentrée. Sur des points comme la restauration scolaire, le protocole au niveau 2 manque de prudence »,corrobore le secrétaire général du SE-UNSA, Stéphane Crochet.
« Note d’alerte » remise au gouvernement le 20 août
L’école primaire concentre les inquiétudes, les enfants de moins de 12 ans ne pouvant être vaccinés. Jean-Michel Blanquer a rappelé la volonté de faire passer 600 000 tests salivaires hebdomadaires dans le primaire, et la mise à disposition de deux autotests par semaine pour les personnels. « Il sera difficile d’arriver à ce chiffre sans une politique volontariste et une campagne de communication efficace. L’an dernier, seuls 60 % des parents étaient d’accord pour faire passer ce type de tests », estime Guislaine David.
D’après une étude de l’Institut Pasteur, la moitié des contaminations toucheront les 0-17 ans cet automne. Pour l’épidémiologiste et membre du conseil scientifique Arnaud Fontanet, qui a participé à la rédaction d’une « note d’alerte » remise au gouvernement le 20 août, il faudrait un dépistage des élèves de primaire deux fois par semaine pour un meilleur contrôle de l’épidémie. Soit beaucoup plus qu’annoncé aujourd’hui. Il y a 6,5 millions d’élèves dans le primaire…
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Parents et enseignants craignent des fermetures de classe en cascade, un élève malade suffisant, dans le primaire, à renvoyer le reste de la classe à la maison. « C’est tout de même une drôle d’idée que les enfants qui ne sont pas malades soient renvoyés chez eux. En cas de Covid dans une classe, on pourrait pratiquer un test chaque matin pour permettre aux élèves d’aller en classe s’ils sont négatifs », remarque Rodrigo Arenas, porte-parole de la FCPE.
Hubert Salaün, porte-parole de la PEEP, n’est pas plus rassuré : « On arrive à la fin du “quoi qu’il en coûte”, mais on reste encore dans le flou sur les mesures pour permettre aux parents de s’organiser en cas de fermetures de classes en primaire. Ils risquent de se trouver en difficulté avec leurs employeurs. » Pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, la question des tests se pose aussi dans le second degré : « Il ne s’agit pas seulement de faire des contrôles dans les zones où le virus circule beaucoup, mais d’arriver à en faire davantage pour surveiller et comprendre l’épidémie. »
« Notre atout, c’est le vaccin »
Sur l’équipement en capteurs de CO2 des établissements scolaires, Jean-Michel Blanquer encourage sa généralisation, mais assume le fait que le sujet ne soit pas central dans sa stratégie sanitaire : « C’est un outil, comme un thermomètre. Le plus important reste d’ouvrir les fenêtres. » Une circulaire doit néanmoins préciser prochainement les modalités d’accompagnement des collectivités territoriales. Sur les purificateurs d’air, le ministre se montre plus circonspect : « Tous n’ont pas les mêmes vertus. Certains peuvent s’avérer contre-productifs. »
Selon un sondage Ipsos effectué par le ministère de l’éducation nationale, 78 % des enseignants sont d’ores et déjà complètement vaccinés
« Notre atout, c’est le vaccin », juge-t-il. Les progrès de la vaccination chez les adolescents de plus de 12 ans (59 % ont reçu au moins une injection) et chez les enseignants permettent d’avoir « plus de sérénité que précédemment » face à la pandémie. Selon un sondage Ipsos effectué par le ministère de l’éducation nationale, 78 % des enseignants sont d’ores et déjà complètement vaccinés et 11 % ont programmé une deuxième injection.
« Nous allons travailler à élargir cette vaccination, à la proposer au plus près des élèves dans des centres dans les établissements scolaires ou à proximité », détaille M. Blanquer. Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat des proviseurs SNPDEN-UNSA, approuve la démarche, mais veut que « cela soit facile à mettre en place. Les 1 700 médiateurs et 700 assistants d’éducation prévus doivent arriver rapidement dans [les]établissements ». « Nous n’allons pas nous transformer en directeurs d’hôpital », ajoute-t-il. Pour les personnels de l’éducation nationale, les questions sanitaires ont déjà pris le pas sur les questions pédagogiques, à l’approche de la rentrée.
Sylvie Lecherbonnier et Yassine Bnou Marzouk
Le variant Delta provoque des craintes pour la rentrée scolaire
Si la part des enfants et adolescents dans les contaminations au Covid-19 reste faible et comparable aux autres vagues, médecins et scientifiques s’inquiètent d’une accélération de la circulation du virus après le retour en classe.
Par Delphine Roucaute, Pascale Santi et Chloé HecketsweilerPublié le 26/08/01 à 05h44, mis à jour à 10h28
Temps de Lecture 8 min.
A une semaine de la rentrée scolaire, le retour des enfants et adolescents dans le milieu clos des salles de classe est source d’inquiétude pour de nombreux spécialistes, alors que le pic des hospitalisations de la quatrième vague n’a pas encore été atteint.
D’autant plus que certains signaux alarmants sont parvenus des régions du sud de la France. Au 23 août, dix-neuf enfants et adolescents de 0 à 19 ans étaient hospitalisés en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dépassant les seuils franchis lors de la troisième vague. Des chiffres à lier aux niveaux d’incidence record atteints dans ces territoires au gré des mouvements des vacanciers.
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« On a un peu plus d’enfants que d’habitude. Actuellement, quatre à six sont hospitalisés en permanence, contre un à trois lors des vagues précédentes, annonce Isabelle Claudet, chef des urgences pédiatriques au centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse. Il s’agit beaucoup de petits bébés de moins de 2 mois, dont les parents avaient aussi le Covid. » Mais ce sont pour la plupart de cas sans gravité. « Un nouveau-né avec de la fièvre sera forcément gardé à l’hôpital, qu’il ait le Covid ou non. De nombreux enfants un peu plus âgés sont testés positifs mais renvoyés chez eux car hors de danger », précise la médecin.
Le même phénomène est observé à l’hôpital d’Antibes (Alpes-Maritimes). « Il y a beaucoup plus de cas positifs parmi les enfants que lors des vagues précédentes, que l’on détecte fortuitement, quand ils viennent consulter pour d’autres symptômes type gastro-entérite, opine Ali Khalfi, chef des urgences pédiatriques. Mais on ne voit que très peu de cas graves. »
« Il faut s’attendre à une hausse des hospitalisations »
La plus grande transmissibilité du variant Delta provoque mathématiquement plus de contaminations et donc plus d’hospitalisations, sans qu’une plus grande létalité du variant n’ait été démontrée jusque-là. « C’est comme une pyramide : plus la base est large, plus le sommet s’élargit », souligne Ali Khalfi, tout en nuançant : « Il est possible que l’on constate des cas plus graves dans le futur, mais il n’y a pas encore d’étude pour le prouver. »
Malgré la plus grande contagiosité du variant Delta, « en France, comme dans le reste de l’Europe, les pédiatres ne rapportent pas de signaux inquiétants en rapport avec la sévérité des infections au variant Delta, ni d’augmentation des cas plus sévères de Covid-19 », ont indiqué les sociétés savantes dont la Société française de pédiatrie, le groupe Covid inflammation pédiatrique et l’Association française de pédiatrie ambulatoire dans un communiqué commun lundi 23 août.
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L’Europe ne semble donc pas pour l’instant suivre le chemin des Etats-Unis, où le nombre de cas chez les moins de 18 ans s’est envolé pendant l’été. Selon le dernier rapport de l’American Academy of Pediatrics, plus de 180 000 cas ont été recensés chez des enfants la semaine passée – soit un pic proche de l’hiver passé – contre 38 000 un mois plus tôt. Les hospitalisations ont aussi atteint un record, avec plus de 1 200 lits occupés quotidiennement dans tout le pays. La situation est particulièrement critique dans les Etats du Sud, moins vaccinés, et où les enfants ont repris le chemin de l’école à la mi-août, pour la plupart sans masque. Les données sur le profil des enfants touchés manquent, mais selon certains scientifiques, la gravité des cas pourrait être liée à la fréquence plus élevée de pathologies comme le diabète ou l’obésité qui sont des facteurs de risques importants.
Cette explication ne convainc cependant pas David Fisman, épidémiologiste à l’université de Toronto (Ontario, Canada) : « C’est un avertissement, estime-t-il. Nous sommes face à un virus aérosol aussi contagieux que la varicelle. Il va probablement se répandre très vite dans les écoles et si un grand nombre d’enfants sont infectés, il faut s’attendre à une hausse des hospitalisations. » Ses analyses à partir de données collectées dans l’Ontario – qui n’ont pas encore été publiées – suggèrent par ailleurs que le variant Delta augmente de façon significative le risque d’hospitalisation pour les enfants. « Les données sont encore limitées, mais nous n’avons pas le luxe d’attendre l’automne pour savoir si cela se confirme ou non, car les décisions concernant les écoles doivent être prises dès à présent », avance-t-il. « Il est important que les gens sachent que c’est possible », poursuit l’épidémiologiste.
« Plus de questions que de réponses »
Au niveau français, la part des 0-9 ans et des 10-19 ans dans les contaminations reste faible et comparable aux autres vagues, notamment les deuxième et troisième, soulignait Santé publique France (SPF) lors d’un point presse vendredi 20 août. « Ce qu’on observe chez les enfants est malheureusement attendu. Ils sont soumis à un risque de contamination plus important face au variant Delta, comme les adultes », explique l’épidémiologiste Daniel Lévy-Brühl. Au 25 août, 157 enfants et adolescents étaient hospitalisées en France, dont 25 en réanimation, soit 1,4 % des hospitalisations. Depuis le début de l’épidémie, 18 décès sont à recenser chez les 0-19 ans, dont 7 chez les moins de 10 ans.
« Les données actuelles sont plutôt rassurantes mais nous restons vigilants », constate le professeur François Angoulvant, président du Groupe francophone de réanimation et urgence pédiatrique (GFRUP) et pédiatre à l’hôpital Robert-Debré, à Paris, qui reconnaît « avoir plus de questions que de réponses »
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Selon lui, « la vraie interrogation concerne le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique post-Covid [PIMS] ». Une hausse anormale de formes évoquant un syndrome de Kawasaki (maladie inflammatoire de type vascularite) avait été signalée par les pédiatres fin avril 2020. Les symptômes (rougeur des yeux, fièvre élevée, éruption, signes digestifs…) évoquaient cette maladie, avec, dans de nombreux cas une myocardite aiguë (inflammation du myocarde, muscle du cœur). Près de 635 cas de PIMS ont été officiellement déclarés par SPF, l’âge médian étant de 8 ans, mais il y a une sous-déclaration des cas.
« Nous n’avons pas de saturation des services de soins critiques pédiatriques, rassure Etienne Javouhey, pédiatre au CHU de Lyon, mais le pic d’incidence des PIMS étant décalé de quatre à six semaines, il est possible que les cas augmentent fin août. » « La situation préoccupante aux Antilles le sera aussi vraisemblablement pour les PIMS chez les enfants », ajoute le professeur Alexandre Belot, rhumato-pédiatre aux Hospices civils de Lyon.
Mais la rentrée va bousculer ce qui a pu être observé cet été. « La semaine prochaine, il y aura un brassage de population inverse aux départs en vacances et un retour à la vie scolaire. Cela va tendre à rendre moins hétérogènes les taux d’incidence au niveau national », anticipe Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
Failles importantes
« Les mesures prises jusqu’à présent pour limiter la circulation du virus dans les écoles pourraient ne pas suffire », met en garde l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique, qui a participé à la rédaction d’une « note d’alerte » sur le sujet remise à l’exécutif le 20 août mais qui n’a pas encore été rendue publique.
Selon une étude de l’Institut Pasteur, la moitié des contaminations de septembre toucheront les 0-17 ans, sachant que 58,4 % des 12-17 ans ont reçu au moins une dose et que les moins de 12 ans ne sont pas encore éligibles à la vaccination. « Ce qui est sûr, c’est qu’en septembre, la proportion d’enfants contaminés sera élevée », commente Mahmoud Zureik.
Selon lui, le protocole mis en place par l’éducation nationale pour l’accueil des élèves comporte des failles importantes, comme le brassage entre classes favorisé par la cantine ou l’absence de mesures fortes pour l’aération des classes. « Cette rentrée se fait dans les mêmes conditions que la fin d’année scolaire », regrette le scientifique, qui préconise des opérations de dépistage massif à la rentrée pour évaluer l’état de la circulation virale chez les plus jeunes et pour éviter la fermeture des classes, ainsi que le maintien du remboursement des tests pour les moins de 12 ans.
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« La fréquence des tests et l’adhésion des élèves sont clés, estime Vittoria Colizza, directrice de recherche Inserm. Il ne suffit pas de réaliser un dépistage une seule fois, à la rentrée par exemple, car des enfants négatifs au moment du test parce que contaminés récemment peuvent être contagieux quelques jours plus tard. »
Selon ses calculs, un dépistage hebdomadaire auquel se soumettrait un élève sur deux permettrait de maîtriser la circulation du virus en ne plaçant en quarantaine que les enfants testés positifs. Aujourd’hui seuls les enfants présentant des symptômes – ou cas contact – sont testés, ce qui signifie qu’une grande partie des cas restent sous le radar. Dans le secondaire – où seulement un élève sur dix avait accepté de réaliser un test au printemps –, le dépistage apparaît aussi incontournable.
Augmentation des risques de prématurité
Si la majorité des enfants sont peu ou pas malades, « le virus finit toujours par atteindre les plus âgés et les plus vulnérables », rappelle l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, en soulignant que l’épidémie se déplace maintenant de population non vaccinée en population non vaccinée. « Même si le risque est limité pour les enfants eux-mêmes, une vague de cas à l’école aurait des conséquences graves. »
Dans ce contexte, faut-il craindre une saturation des réanimations pédiatriques ? « Je ne pense pas que les réanimations pédiatriques vont être saturées, répond Etienne Javouhey,il va y avoir des PIMS, c’est sûr, mais cela pourra être absorbé. » En France, il y a 392 lits de réanimation pédiatrique (selon une enquête GFRUP-ministère de la santé DGOS). La question se pose toutefois en Martinique et en Guadeloupe car les capacités sont faibles en termes de lits de soins critiques pédiatriques. D’autant plus que l’infection au SARS-CoV-2 augmente les risques de prématurité. La crainte est de voir s’ajouter à des cas de Covid-19 une épidémie de bronchiolite qui pourrait survenir cet automne. « Il y a actuellement des cas de bronchiolite dans les services d’urgence en Europe, la saisonnalité de ce virus ayant été perturbée par les diverses mesures de confinement », précise François Angoulvant.
Avant même d’envisager la vaccination des moins de 12 ans, la priorité reste la vaccination des plus de 18 ans, et notamment les 25-29 et 30-39 ans, qui sont les adultes les moins vaccinés en France (79 % et 77 %). « Si on veut protéger les enfants, il est impératif de vacciner leur entourage, parents, femmes enceintes », insiste François Angoulvant.
Delphine Roucaute, Pascale Santi et Chloé Hecketsweiler
*« Protéger les jeunes doit compter au rang des premières urgences face au variant Delta »
TRIBUNE
Mélanie Heard – Politiste
La politiste Mélanie Heard regrette qu’aucun dispositif ne cible la protection des enfants et adolescents, alors même que la contagiosité accrue du nouveau variant et la vaccination des adultes contre le Covid-19 les mettent en première ligne.
Publié le 28 juillet 2021 à 04h11 – Mis à jour le 28 juillet 2021 à 20h39 Temps de Lecture 7 min.
Tribune. L’exécutif et le Parlement viennent de débattre de la stratégie de lutte contre la pandémie de Covid-19. Les grands oubliés de ce débat important sont les 15 millions d’enfants et d’adolescents que la quatrième vague va pourtant frapper durement dans les semaines qui viennent. La généralisation du passe sanitaire, mesure-phare du projet de loi adopté dimanche 25 juillet, ne les concerne pas : les enfants de moins de 12 ans en étaient d’emblée dispensés, et ce sera finalement aussi le cas, jusqu’à fin septembre, des adolescents, qui accèdent à la vaccination depuis le 15 juin mais dont la couverture vaccinale ne dépasse pas, à ce jour, les 10 %. Les lieux d’enseignement étaient d’emblée exclus du périmètre d’application.
Au Parlement, les mineurs n’ont été évoqués qu’au prisme de la vaccination des 12-18 ans, au travers d’amendements de tous bords combattant, heureusement sans succès, qu’ils soient soumis au passe sanitaire pour leurs activités de loisirs : les mesures de prévention pèseraient alors sur eux d’un poids disproportionné, dit-on, par rapport à un virus assez généreux pour les épargner. C’est là raisonner dans un cadre épidémiologique que la réalité de la rentrée va rendre complètement périmé.
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Aucun dispositif, dans la stratégie de lutte contre la quatrième vague, ne cible la protection des enfants et adolescents. Ce sont eux pourtant qui seront en première ligne d’ici à la rentrée. Deux facteurs renforcent aujourd’hui leur fragilité : la contagiosité accrue du variant Delta ; et la vaccination des classes d’âge plus âgées, mieux vaccinées qu’eux, qui accroît de ce fait la pression du virus sur eux. Avant l’été, les mineurs représentaient déjà 25 % des cas détectés. Ils pourraient bientôt compter pour 50 % des contaminations, selon les dernières modélisations.
Au pic, dès septembre, dans un scénario médian où l’on compterait alors 100 000 nouveaux cas par jour, il y aurait donc 50 000 enfants et adolescents infectés chaque jour. Ces projections de l’Institut Pasteur (Hozé et al., 9 juillet 2021 ; Bosetti et al., 13 juillet 2021), accessibles à tous et mises à jour régulièrement sur son site, sont considérées comme vraisemblables même avec l’impact positif de la généralisation du passe sanitaire sur le rythme des vaccinations.
Perspectives alarmantes
En dépit de ces perspectives alarmantes, il reste très difficile dans notre pays de parler de la réalité du risque Covid chez les mineurs. Plusieurs facteurs l’expliquent. Le soulagement, d’abord, au printemps 2020, de constater que les formes graves de l’infection étaient extrêmement rares pour eux. L’incertitude, ensuite, sur leur rôle dans la circulation virale tout au long de la période de confinement. L’inquiétude, aussi, pour leur santé mentale, affectée par le confinement, les périodes de scolarité en distanciel, et la violence même de cette épidémie qui bouleverse leur quotidien et leurs familles. La sanctuarisation, enfin, de l’impératif scolaire : le président de la République, en ouverture de son allocution du 12 juillet, a convoqué les Français à la fierté d’appartenir à l’une des nations qui a le moins fermé ses écoles.
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La conscience du risque que représente le Covid-19 pour les enfants et les adolescents n’a pas progressé dans la société au même rythme que les connaissances scientifiques. Celles-ci se sont rapidement stabilisées sur le fait que les enfants et adolescents sont susceptibles de s’infecter lorsqu’ils sont exposés au virus, et qu’une fois infectés ils sont contagieux pour leurs pairs et leurs familles. Si les enfants semblent un peu moins susceptibles de s’infecter que les adultes quand ils rencontrent le virus, cela ne paraît pas être le cas pour les adolescents. Le milieu scolaire est donc un lieu de circulation virale active.
Les connaissances ont confirmé en parallèle la contribution significative des mineurs à la circulation virale en population générale : l’épidémiologie du variant Delta, du fait de la couverture vaccinale plus importante chez les adultes, l’accentue fortement. Il est établi que la vulnérabilité des jeunes, désormais disproportionnée par rapport aux autres classes d’âge, fait d’eux à la fois des cibles et des vecteurs critiques de la quatrième vague.
Enfin, les connaissances ont aussi progressé sur l’impact du Covid-19 chez les enfants : si les syndromes inflammatoires aigus et les hospitalisations représentent de faibles proportions parmi les infectés (environ 100 fois moins que pour les adultes), leur nombre deviendra rapidement inquiétant si le dénominateur se compte en dizaine de milliers. En outre, les symptômes persistants post-infection, ou Covid long, concernent les mineurs comme les adultes : fatigue chronique, maux de tête ou difficultés à se concentrer durant plusieurs mois pourraient concerner un cas sur 20 selon les données de l’Office national de statistiques britannique – soit potentiellement 2 500 nouveaux enfants chaque jour au pic de la quatrième vague.
Sécurisation du milieu scolaire
Protéger les enfants et les adolescents devrait donc compter au rang des premières urgences de l’été face au variant Delta. La vaccination ne peut pas être la seule réponse, puisqu’elle exclut encore les moins de 12 ans. Il faut certes se féliciter des annonces qui promettent une offre vaccinale massive au sein des collèges et des lycées dès la rentrée. Mais comment protégerons-nous les enfants d’âge primaire, les collégiens de moins de 12 ans et les nombreux adolescents qui ne seront pas vaccinés en septembre ? C’est aujourd’hui que se préparent les mesures qui devront accompagner la rentrée scolaire, à commencer par la sensibilisation des familles, dès cet été, aux symptômes de l’infection pédiatrique par le variant Delta.
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Surtout, la sécurisation du milieu scolaire appelle des choix qui méritent d’être débattus et nécessitent d’être anticipés et concertés : sur le terrain, le dépistage et la quarantaine des élèves seront un défi insurmontable si plusieurs dizaines de milliers d’entre eux sont contaminés chaque jour !
L’échec patent du dépistage en milieu scolaire, qu’une récente mission sénatoriale a qualifié de « parcellaire, aléatoire, incompréhensible », a clairement entamé la crédibilité de l’institution en la matière auprès des familles et des enseignants.
On manque malheureusement de données pour savoir quel pourcentage d’élèves a participé aux campagnes organisées depuis le printemps dans les établissements scolaires ; mais les chiffres qui circulent indiquent 10 % d’adhésion dans les lycées, 40 % dans les collèges, et 70 % au primaire, soit bien trop peu pour casser les chaînes de transmission.
Des données de l’Inserm montrent qu’un dépistage généralisé et fréquent (deux fois par semaine) pourrait permettre d’éviter les milliers de fermetures de classes qui se profilent déjà pour les semaines qui suivront la rentrée. Or, on ne repère pas d’ambition sérieuse pour organiser et concerter une telle stratégie robuste de dépistage. Ni pour préparer le soutien pédagogique et psychologique des élèves qui seront à l’isolement. Ni pour anticiper la reprise inévitable du port systématique du masque en classe, qui imposera probablement un effort renouvelé de pédagogie auprès des élèves. Ni non plus, enfin, pour favoriser l’aération des salles ou des cantines – et ce, en dépit d’études qui montrent qu’elle ne peut reposer sur la seule injonction d’ouvrir les fenêtres, et nécessite l’utilisation d’outils, comme les capteurs de CO2, dont le Haut Conseil de la santé publique a explicitement préconisé la généralisation.
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L’inquiétude justifiée pour la santé mentale des élèves a été mise en balance avec le poids de telles mesures de prévention sur leur quotidien. L’idée d’une hiérarchie des risques semble s’être imposée, le risque de mal-être du fait des contraintes sanitaires l’emportant en gravité, pour les jeunes, sur le risque direct d’impact du virus sur leur santé. Ce cadre de raisonnement est clairement périmé aujourd’hui du fait de la nouvelle épidémiologie du variant Delta dans une population partiellement vaccinée.
L’alternative pour les enfants n’est pas entre des mesures fortes de prévention dans les classes et une vie normale, mais entre ces mesures fortes et des dizaines de milliers de contaminations pédiatriques par jour qui désorganiseront de fait la scolarité des élèves – avec, pour des milliers d’entre eux, des conséquences sur la santé durables.
Prévenir le mal-être psychologique des élèves
L’anticipation, la mobilisation des familles et de la communauté éducative en amont de la rentrée, une information sur le risque adaptée à chaque âge, et un effort politique ambitieux pour expliquer et justifier les mesures de prévention, sont les meilleurs leviers à la fois pour contenir les contaminations et pour prévenir le mal-être psychologique des élèves.
La réponse politique à la quatrième vague ne s’est pas saisie de ces enjeux. Le fardeau qui pèsera sur les enfants et les adolescents n’est pas nommé. On attend d’un jour à l’autre le protocole de sécurisation des établissements scolaires, annoncé début juillet. Mais il ne saurait de toute façon suffire à incarner la volonté politique dont la protection des enfants a aujourd’hui besoin.
Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, se disait sûr, le 8 juillet, que l’année à venir sera « plus normale » que la précédente. Comme l’ont souligné plus d’une centaine de scientifiques dans un appel récent publié dans The Lancet, laisser circuler le virus parmi les enfants et les adolescents serait à la fois un tort moral et une ineptie sanitaire.
Mélanie Heard est enseignante-chercheuse en science politique. Elle anime le pôle santé du think tank social-démocrate Terra Nova.
Mélanie Heard (Politiste)
Contagiosité, hospitalisations… que sait-on du Covid chez les enfants à l’heure du variant Delta ?
Depuis l’apparition du variant Delta, le taux d’incidence chez les moins de 10 ans a été multiplié par 12. Des chiffres en hausse qui s’accompagnent d’une augmentation des hospitalisations, même chez les nouveau-nés.
Par L’Obs – Publié le 24 août 2021 à 15h41 Mis à jour le 24 août 2021 à 16h33Temps de lecture 4 min

Le pic de la quatrième vague n’est pas encore derrière nous. Lundi, le ministre de la Santé Olivier Véran l’a assuré au micro de BFM TV. « Ce que nous dit l’Institut Pasteur, [c’est que] nous pourrions avoir atteint le pic de réanimation dans quelques jours et ensuite on pourrait avoir une stabilisation des entrées et des sorties en réanimation. C’est-à-dire qu’on évite la saturation des hôpitaux et ensuite on pourrait espérer une baisse. »
Le pic devrait donc être atteint au moment de la rentrée des classes. Une rentrée qui inquiète en haut lieu alors que le nombre de cas augmente chez les enfants. Une trentaine de scientifiques demandaient la semaine dernière dans une tribune du « Monde »*** qu’une « action ferme » soit menée dans les écoles en vue du retour des élèves. L’épidémiologiste Catherine Hill **jugeait, elle, ce mardi 24 août dans les colonnes de « l’Obs » que « la situation dans les écoles ne sera pas préoccupante ». « L’Obs » fait le point sur la circulation du Covid-19 chez les enfants.
- Les enfants restent le plus souvent asymptomatiques
Selon les projections de l’Institut Pasteur dévoilées le 9 juillet, 50 000 enfants et adolescents pourraient être infectés chaque jour à partir de septembre. Dans une étude publiée en décembre dernier, l’Institut Pasteur expliquait que la plupart des enfants sont asymptomatiques. « Des études observationnelles privilégiées ainsi que des travaux de modélisation ont montré que l’infection peut être asymptomatique ou paucisymptomatique [entraîner pas ou peu de manifestations cliniques] chez 30 à 60 % des sujets infectés, en particulier chez les jeunes enfants [moins de 12 ans]. »La rentrée scolaire risque de « rebattre les cartes » et accélérer la diffusion du Covid-19, alertent des scientifiques
Selon l’épidémiologiste et chercheuse à l’Institut de cancérologie Gustave-Roussy Catherine Hill, les enfants ne contractent généralement pas de forme grave de la maladie. Les plus jeunes « n’arriveront pas à l’hôpital. On pourrait s’apercevoir qu’ils ont le Covid grâce aux tests, mais sinon nous ne nous en apercevrions pas. Le problème demeure dans le fait qu’ils contaminent leurs parents, grands-parents et enseignants non-vaccinés ».
- Le variant Delta est-il plus dangereux pour les enfants ?
Le nombre de contaminations chez les enfants de moins de 10 ans a augmenté sous l’effet du variant Delta. Le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux malades pour 100 000 personnes, est passé de 10,2 pour les moins de 10 ans au début de l’été à 126,7 à la mi-août, selon les chiffres de Santé Publique France.
Mais ce n’est pas forcément pour cela que le variant représente un danger supérieur pour les enfants. Fabienne Kochert, pédiatre et présidente de l’Association française de Pédiatrie ambulatoire (AFPA) a expliqué au « Parisien » que le variant Delta « n’est pas plus dangereux pour les enfants que pour les autres ». Il est simplement plus contagieux, davantage d’enfants sont donc testés positifs.
- Les hospitalisations d’enfants en hausse
Au début de l’été, seulement 14 enfants de moins de 10 ans étaient hospitalisés, ils sont désormais 50 dans tout le pays. Pourtant, les complications chez les enfants restent très rares. Seulement quatre enfants de moins de 10 ans étaient en réanimation ou en soins de longue durée début juillet, ils sont désormais huit.Blanquer, les écoles et le Covid : les dégâts sanitaires et politiques du déni
Le nombre de nourrissons hospitalisés augmente également. A Nice, le docteur Philippe Babe, chef adjoint des urgences pédiatriques de l’hôpital Lenval, s’inquiétait du grand nombre de nourrissons pris en charge par son service. En une semaine, ce sont dix nouveau-nés positifs au coronavirus qui ont été admis, avait indiqué le 12 août le médecin dans une interview à « Nice-Matin ».
« Lors de la première vague, ici, aux urgences, c’était vide, on n’avait pas de passage d’enfants du tout, quasiment pas d’enfants Covid. Là, depuis juillet, ça a explosé. » La plupart des enfants étaient hospitalisés car ils présentaient de la fièvre même s’il s’agissait davantage de mesures de précaution qu’un réel besoin d’hospitalisation. Le plus souvent, la famille, dans son ensemble, était testée positive. Les parents avaient transmis le Covid à l’enfant.
- Un nouveau-né mort du Covid en Occitanie
Un cas rare et dramatique. Un nouveau-né est mort dans une maternité d’Occitanie vendredi 20 août. L’Agence régionale de Santé Occitanie (ARS) a confirmé au « Figaro » que le nourrisson avait été testé positif au Covid après son décès. L’enfant, dont la mère était elle-même positive au coronavirus, est mort « à la naissance ». Il s’agit du septième enfant de moins de 10 ans à décéder du Covid-19 en France.« Mon bébé ne supporte plus le moindre changement »: les tout-petits sont-ils les grands oubliés de la crise ?
L’ARS avait « adressé [ses] plus sincères condoléances à cette famille endeuillée ». L’agence n’a pas souhaité donner plus d’informations à ce propos, « au regard de la confidentialité des informations du dossier médical individuel, et par respect pour le deuil qui affecte ces jeunes parents et leurs proches ».
- Où en est la vaccination des moins de 12 ans ?
Pour le moment, aucun vaccin n’est homologué pour les enfants de moins de 12 ans. Catherine Hill nous informait que les laboratoires pharmaceutiques qui fabriquent les vaccins sont actuellement en train d’effectuer des essais sur cette tranche de la population.
« En attendant les résultats de ces essais, il faudrait que le gouvernement décide de donner une autorisation temporaire d’utilisation, soulève l’épidémiologiste. Ce serait totalement légitime mais cela m’étonnerait énormément qu’il ait le courage de faire cela. »
Vacciner les enfants contre le Covid-19 ? Les scientifiques sont divisés
Jeudi 19 août, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer indiquait qu’elle n’était « pas d’actualité ». « C’est un sujet qui est regardé à l’échelle mondiale. Il est évidemment très important d’avoir du recul sur ces questions. Au moment où je parle, ce n’est pas d’actualité, c’est vraiment les 12-17 ans qui sont concernés », avait-il déclaré.
V. G.
**Rentrée et Covid-19 : « La situation dans les écoles ne sera pas préoccupante », estime Catherine Hill
Bien que le retour des écoliers en classe effraie beaucoup de spécialistes, l’épidémiologiste Catherine Hill explique ne pas s’inquiéter de la circulation virale dans les écoles.
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Par Valentin GarnierPublié le 24 août 2021 à 08h07 Mis à jour le 24 août 2021 à 11h17Temps de lecture 3 min

J-8 avant la grande rentrée des classes. À l’aube d’une année scolaire charnière dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, les étudiants et écoliers devraient tous retrouver les bancs de l’école. Pourtant, nombre de spécialistes s’inquiètent de la situation sanitaire à venir. Les contaminations chez les moins de 12 ans, population non-vaccinée, préoccupent aussi. « La situation à l’école est la plus complexe [de celles] qui nous attend cet automne », selon Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur. « Selon nos modélisations, la moitié des nouvelles infections auront lieu chez les enfants à partir de l’automne puisqu’ils sont non-vaccinés. »
Catherine Hill, épidémiologiste et chercheuse à l’Institut de cancérologie Gustave-Roussy, fait le point pour « l’Obs » sur la rentrée des classes et le débat épineux sur la vaccination des moins de 12 ans.
Peut-on être confronté à une situation semblable à celle dans les Antilles en métropole dans les prochains jours ?
Je ne pense pas, car il y a heureusement bien plus de gens vaccinés en métropole aujourd’hui. Mais la vaccination est la seule clé que l’on a décidé d’utiliser : contrairement à l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Chine ou la Corée du Sud, nous n’avons pas cherché à contrôler l’épidémie en trouvant les personnes positives avant qu’elles ne soient symptomatiques. Nous laissons le virus s’installer, attendons que les personnes soient symptomatiques, et à ce moment-là on les soigne. Nous ne sommes pas du tout sur une fin de quatrième vague en France. Tous les indicateurs sont à la hausse. Nous allons simplement être moins débordés. L’épidémie continue, essentiellement au travers des non-vaccinés. Ceux qui arrivent aujourd’hui en réanimation et meurent sont les non-vaccinés.
La situation dans les écoles est-elle explosive, comme l’a dit l’épidémiologiste Arnaud Fontanet sur France-Inter ?
Je ne comprends tout simplement pas cette inquiétude concernant les écoles. Certes, le virus va continuer à circuler parmi les personnes qui ne sont pas vaccinées et parmi elles, il y a pratiquement tous les enfants de 0 à 12 ans, à l’exception de quelques enfants à risque parce qu’immunodéprimés, qui ont eux droit au vaccin. Les enfants de moins de 12 ans représentent à peu près la moitié (9,4 millions) des non-vaccinés. Donc le virus va forcément circuler dans les écoles, mais pas plus que l’année dernière : il y avait plus de virus qui circulaient durant la première et la seconde vague et les écoles n’étaient pas été particulièrement touchées à ces moments-là.
Blanquer, les écoles et le Covid : les dégâts sanitaires et politiques du déni
Car ce ne sont pas ces enfants qui arriveront à l’hôpital : on pourrait s’apercevoir qu’ils ont le Covid grâce aux tests, mais sinon nous ne nous en apercevrions pas. Le problème demeure dans le fait qu’ils contaminent leurs parents, grands-parents et enseignants non-vaccinés. En bref, la situation dans les écoles ne sera pas plus préoccupante qu’en 2020 : les enfants y sont infectés mais ne sont pas symptomatiques. Si l’on voulait contrôler cette classe de la population, il faudrait tester tout le monde tous les trois jours, ce que l’Etat ne va jamais faire car il en est incapable. Il faudrait le faire avec des tests groupés, comme dans les universités américaines. Mais en France, la seule stratégie du gouvernement est d’ouvrir les fenêtres.
À ce propos, l’Etat devrait-il doter les écoles de purificateurs d’air ?
Mettre en place des purificateurs d’air ne peut pas faire de mal aux écoles et aux élèves qui y sont. Mais non, cela n’endiguera pas l’épidémie. Vacciner, tester très régulièrement : voilà les deux seules façons de le faire. Si se laver les mains, porter le masque et ventiler suffisaient, nous aurions contrôlé la situation depuis bien longtemps et ne serions pas dans la panade dans laquelle nous sommes aujourd’hui.
Est-il donc nécessaire de vacciner les moins de 12 ans ?
Les laboratoires pharmaceutiques qui fabriquent les vaccins sont actuellement en train d’effectuer des essais sur les moins de 12 ans. En attendant les résultats de ces essais, il faudrait que le gouvernement décide de donner une autorisation temporaire d’utilisation. Ce serait totalement légitime mais cela m’étonnerait énormément qu’il ait le courage de faire cela.« Mon bébé ne supporte plus le moindre changement »: les tout-petits sont-ils les grands oubliés de la crise ?
Je suis même sûre qu’ils ne le feront pas car si jamais il y a un problème, ce sera de la faute du vaccin. Si un enfant a une mort subite, ce sera à cause du vaccin. Le gouvernement ne saura pas gérer cela. Il a peur, il est trop craintif, timoré. Je trouve cela dommage car c’est exactement cela qu’il faudrait faire. Mais si la France vaccinait les 11 millions de non-vaccinés de plus de 12 ans, nous serions déjà dans une excellente situation et il n’y aurait pas de problème dans les écoles.
Propos recueillis par Valentin Garnier
Voir aussi:
Rentrée scolaire: la présidente de la Société Française de Pédiatrie Christèle Le Guen, appelle au calme et donne quelques raisons de se rassurer https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/25/18998/