Des soignants impuissants, sidérés, incompréhensifs, dans une terrible colère intérieure, devant la bêtise et la défiance de nombreux anti vaccins

5/08/2021 12:37 CEST | Actualisé il y a 2 heures

https://www.huffingtonpost.fr/entry/la-detresse-des-soignants-face-au-covid-et-a-la-defiance-des-patients_fr_61251698e4b0ec33fa08d840

La détresse des soignants face au Covid et à la défiance des patients

De nombreux soignants témoignent de la situation désastreuse qu’ils vivent dans les hôpitaux en pleine quatrième vague de Covid-19, notamment en PACA et aux Antilles.

(Photo d'illustration prise à l'hôpital de Vannes en mars 2021 par REUTERS/Stephane

STEPHANE MAHE VIA REUTERS(Photo d’illustration prise à l’hôpital de Vannes en mars 2021 par REUTERS/Stephane Mahe

COVID – L’épuisement, la tristesse, la peur, l’incompréhension et la sidération. Alors qu’Olivier Véran a indiqué lundi 23 août que le pic épidémique de la quatrième vague pourrait être atteint “dans quelques jours”, les soignants en première ligne craquent et crient leur épuisement sur les réseaux sociaux. 

Services de réanimations saturés par le nombre de nouveaux cas, patients anti-vaccin récalcitrants et méfiants, désinformation, manque d’aide, décès… La situation est invivable pour le personnel soignant du sud de la métropole aux Antilles, leurs mots se répondent et se rejoignent. 

“Bilan de la garde: j’en peux plus du Covid. De cette médecine dégradée par l’afflux de masse. D’intuber et voir crever des mecs de 30, 40 ans. De refuser des personnes de 60, 65 ans direct”, s’emporte l’un d’entre eux nommé Tazocilline sur Twitter. Racontant son quotidien éprouvant émaillé de décès de patients, très vite remplacés par d’autres en état critique, il se désespère de faire face à des malades méfiants, non-vaccinés et de plus en plus jeunes.

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“J’ai beau être plutôt ‘solide’ psychologiquement, ce Covid est extrêmement dur à vivre professionnellement. Autant de gens qui crèvent, qu’on arrive pas à soigner, de plus en plus jeunes, c’est douloureux. Ça marque, ça blesse. Avec une forme de résignation impuissante”, confie-t-il. 

Mais à la fin de sa journée, c’est ce qu’il voit dans la rue qui l’achève: les manifestation contre la vaccination obligatoire. “Tous leurs discours délirants sur le ‘danger’ du vaccin, leurs pseudo traitements précoces, leurs théories du complot. Une insulte aux soignants, aux malades, aux morts”, dénonce-t-il.

“Qu’ai-je fait, moi soignante, pour perdre votre confiance?”

Idem du côté de Laureen, infirmière dans la région Paca dont le texte a été republié sur Le HuffPost*. “Ce que nous vivons sur le terrain est inédit”, assure-t-elle. En plus de l’épuisement, la sidération face à des patients revêches et qui revendiquent ne pas être vaccinés. Pire, “ils sont suspicieux si ce n’est opposants aux moindre soins que nous leur prodiguons” ou “se sont volontairement contaminés pour ‘être libres’”. 

“Hier le patient en détresse vital était apeuré, complaisant. Aujourd’hui le patient covid a 32 ans, est père de famille, sans antécédent ou critère de commodité, a refusé de se faire vacciner et se dit connaisseur de la maladie à laquelle parfois même il ne croyait pas”, dénonce-t-elle. 

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“Nous descendons des jeunes en réanimation pour des formes graves qu’ils auraient pu éviter. Nous recevons des patients avec 75% d’atteinte pulmonaire nés en 1990 et la chambre d’à côté nous avons leurs parents, souvent trop âgés pour supporter la réanimation, pas vaccinés non plus car ‘ils n’avaient pas envie”’, témoigne l’infirmière désemparée.

“Qu’ai-je fait, moi soignante, pour perdre votre confiance?”, s’interroge-t-elle pour conclure. 

“Une situation catastrophique, semblable à un contexte de guerre”

En Guadeloupe, qui connaît une sévère quatrième vague, le son de cloche est le même. Deux soignants du CHU de Guadeloupe ont partagé leur douloureux ressenti et leur indignation face à la situation qu’ils affrontent. LA SUITE APRÈS CETTE PUBLICITÉnull

Inès Mabchour, médecin au CHU de Point-à-Pitre, s’est exprimée sur un groupe de témoignages sur Facebook “Témoignages Covid19 Guadeloupe, Îles Sœurs, soignants et malades”. Évoquant notamment la charge mentale, la pénibilité et les difficultés rencontrés face aux patients méfiants face au vaccin, elle décrit une “situation catastrophique, semblable à un contexte de guerre”.

“Rien n’est mensonge, je dirais même qu’au vu du capital humain, les médias euphémisent (sic). La raison de cette débâcle n’est pas un manque de moyens (même s’il est présent), ni un manque de lit (la réanimation hors covid n’est pas sujette à saturation) … elle est due un flux de malades incontrôlable au vue de la transmission en ville”, s’alarme-t-elle. En Guadeloupe, le taux de vaccination, même s’il accélère ces derniers jours, reste faible.  

“La situation est grave, une majorité de familles en sortira endeuillée ou affaiblie, sachez-le. À ce stade, nous espérons juste en sauver au maximum, pour ne pas avoir ces morts sur la conscience. Nous payons un retard de vaccination, et il serait de mauvaise foi de ne pas l’admettre. Tout en comprenant les raisons qui ont causé cette méfiance, la situation est bien trop grave pour être politisée, aucun peuple ne pourra se battre pour sa liberté et sa justice s’il n’est pas vivant et en bonne santé”, écrit-elle encore. LA SUITE APRÈS CETTE PUBLICITÉnull 

“Je n’en peux plus de toute cette désinformation, de tous ces amalgames” déplore un autre soignant du CHU sur Instagram.

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“Cette dernière vague n’a rien de comparable à celle que j’ai pu connaître auparavant”, se désole-t-il, dénonçant ceux qui “remettent en doute la parole des professionnels”. 

Plus encore que de remettre en doute cette parole, l’internaute soignant Tazocilline dénonce quelques jours après son témoignage des “rafales de messages de haine”, venant de “militants” anti-vaccin.

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“Suite à ce témoignage à vif qui n’appelait rien en retour, je me prends des rafales de messages de haine de tous ces militants de la mort négationnistes du covid, antivax and co. Je serais un troll, un menteur, et comment aurais-je le temps d’écrire. Leur violence est inouïe”, s’indigne-t-il, espérant néanmoins avoir pu donner grâce à son témoignage “une photographie de ce qu’on peut vivre à certains endroits”

* »Je suis infirmière et sidérée de prendre en charge des patients en majorité non vaccinés »

https://www.huffingtonpost.fr/entry/je-suis-infirmiere-et-sideree-de-prendre-en-chargedes-patients-en-majorite-non-vaccines-blog_fr_61260738e4b0926643468e4f?z4=

Une soignante exprime sa détresse face à la quatrième vague de Covid et à la défiance sur les vaccins : « Qu’ai-je fait, moi soignante, pour perdre votre confiance? ».Par Laureen N.Infirmière diplômée d’État25/08/2021 11:42 CEST | Actualisé il y a 34 minutes

Aujourd’hui, nous essayons de soigner des patients qui se sont volontairement contaminés pour "être libres”. Je suis profondément choquée face à autant de résistance. Je ne comprends pas, vraiment.
Aujourd’hui, nous essayons de soigner des patients qui se sont volontairement contaminés pour « être libres”. Je suis profondément choquée face à autant de résistance. Je ne comprends pas, vraiment.

COVID-19 – Ce soir, je suis sidérée. Je n’ai jamais connu ni ressenti cela depuis que je suis infirmière. J’évite d’ailleurs d’aborder ici ce sujet si sensible, mais à la fois, je partage avec vous depuis toujours les temps forts de ma vie et ce soir j’ai mal.

Je ne suis pas sûre d’être à la hauteur des commentaires qu’un post “Covid” va engendrer mais il faut que vous sachiez que ce que nous vivons sur le terrain est inédit.

Aujourd’hui, la grande majorité des patients que nous prenons en charge revendiquent de ne pas être vaccinés, sont suspicieux si ce n’est opposants aux moindres soins que nous leur prodiguons.

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Vous pouvez envoyer votre témoignage à temoignage@huffpost.fr et consulter tous les témoignagesque nous avons publiés. Pour savoir comment proposer votre témoignage, suivez ce guide!

Refus du vaccin, contamination volontaire

Hier, le patient en détresse vitale était apeuré, compliant. Aujourd’hui, le patient covid a 32 ans, est père de famille, sans antécédent ou critère de commodité, a refusé de se faire vacciner et se dit connaisseur de la maladie à laquelle parfois même il ne croyait pas.

Aujourd’hui, les patients prennent des initiatives sur l’oxygénothérapie que nous leur administrons, prennent des risques pour eux-mêmes et autrui, tout cela sciemment!

Aujourd’hui, nous essayons de soigner des patients qui se sont volontairement contaminéspour ”être libres”. Je suis profondément choquée face à autant de résistance. Je ne comprends pas, vraiment.

Nous descendons des jeunes en réanimation pour des formes graves qu’ils auraient pu éviter. Nous recevons des patients avec 75% d’atteinte pulmonaire nés en 1990 et la chambre d’à côté, nous avons leurs parents, souvent trop âgés pour supporter la réanimation, pas vaccinés non plus car “ils n’avaient pas envie”.

Des applaudissements à la défiance

Mais nous on sait. On voit ce scanner terrifiant qui ne laisse présager que le pire… J’ai l’impression de voir alors que tant d’autres portent des lunettes et j’ai beau crier, ils n’entendent pas. J’ai beau vouloir et devoir prendre de la distance, ce soir je n’y arrive pas.

Comment sommes-nous passés d’une population entière qui nous applaudissait à des patients si revendicateurs?

À quel moment avons-nous confondu politique et santé publique au point de mettre nos vies en jeu et celle d’autrui?!

Qu’ai-je fait, moi soignante, pour perdre votre confiance?

Ce billet est également publié sur le compte Instagram de Laureen N; il est reproduit sur Le HuffPost avec son accord. Pour aller plus loin, lisez également notre article : Les témoignages de soignants en détresse se multiplient, face à la quatrième vague du Covid et la défiance des patients sur les vaccins.

À voir également sur Le HuffPost: Covid-19: Pourquoi ces soignants partent aider aux Antilles

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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