Les critiques montent sur la mauvaise anticipation de la victoire éclair des talibans et des évacuations – La France utilise sa base aérienne d’Abou-Dhabi

Afghanistan : gouvernements et services de renseignement se rejettent la responsabilité du fiasco

Par Sophie Amsili, Ingrid Feuerstein, Véronique Le Billon, Nathalie Steiwer

Publié le 23 août 2021 à 16:57Mis à jour le 24 août 2021 à 7:56

https://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/afghanistan-gouvernements-et-services-de-renseignement-se-rejettent-la-responsabilite-du-fiasco-1340395#utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot_une&utm_content=20210823&xtor=EPR-6005-%5B20210823%5D

Aux Etats-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni, les critiques montent sur la mauvaise anticipation de la victoire éclair des talibans et des évacuations. Des enquêtes ont déjà été lancées pour tirer les leçons de la débâcle.

Des soldats américains et norvégiens gardent l'entrée de l'aéroport de Kaboul où se pressent toujours des milliers d'Afghans désireux de quitter le pays.
Des soldats américains et norvégiens gardent l’entrée de l’aéroport de Kaboul où se pressent toujours des milliers d’Afghans désireux de quitter le pays. (U.S. Marine Corps/Staff Sgt. Victor Mancilla/Handout via Reuters)

Par Sophie AmsiliIngrid FeuersteinVéronique Le BillonNathalie SteiwerPublié le 23 août 2021 à 16:57Mis à jour le 24 août 2021 à 7:56

Après le choc, l’heure des questionnements. Pris de court par la chute de Kaboul dimanche 15 août, plusieurs pays occidentaux présents en Afghanistan tentent de comprendre comment ils ont pu si mal anticiper la reconquête fulgurante du pays par les talibans.

Le président américain est sous le feu des critiques . Selon le « Wall Street Journal », une note confidentielle signée par 23 membres de l’ambassade américaine à Kaboul, datée du 13 juillet, mettait en garde contre un effondrement rapide du gouvernement afghan après le retrait des Américains prévu le 31 août. « On reçoit toutes sortes de notes, de conseils. J’ai pris une décision, j’ai pris l’avis du consensus qui jugeait que cela n’arriverait pas avant la fin de l’année », s’est justifié vendredi Joe Biden devant la presse.

Biden envisage de maintenir les troupes américaines en Afghanistan au-delà du 31 août

Une manière de protéger son administration, alors que le Pentagone plaidait jusqu’en avrilpour un maintien des 2.500 soldats américains encore sur place. Un rapport des agences de renseignement indiquait alors que « le gouvernement aura du mal à tenir les talibans à distance si la coalition retire son soutien ». En juin, elles estimaient ce délai à six mois.null

Auditions au Congrès américain

Le département d’Etat est surtout critiqué pour avoir tardé à accélérer l’octroi de visas spéciaux aux Afghans alliés. Tous les services promettent une analyse « post-mortem » après les opérations d’évacuation. Le Congrès a déjà débuté une série d’auditions des plus hauts responsables de l’administration.

En Allemagne aussi, la polémique monte au sujet de l’une des rares opérations extérieures du pays. Alors que les ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de la Défense se rejettent la faute, les services secrets sont aussi dans la ligne de mire. L’antenne afghane des services de renseignement allemands, le BND, était la mieux équipée du pays. Pressé de s’expliquer par les parlementaires, le président du BND, Bruno Kahl, a annoncé avoir lancé un audit interne qui devrait aboutir dès la semaine prochaine.

En attendant, les premières analyses montrent que les agents du BND se sont longuement intéressés aux questions matérielles, notamment au nombre d’armes à disposition, au détriment des accords conclus par les talibans avec les autorités régionales et nationales sur le terrain. Les services se sont « concentrés sur les mauvaises données : l’armement », plutôt que sur « la loyauté politique », constate le spécialiste de la politique étrangère Markus Kaim sur l’antenne de la ZDF.

Séance agitée à la Chambre des communes

En pleine campagne électorale , des voix s’élèvent dans l’opposition et chez les conservateurs de la CSU pour réclamer la tête du ministre des Affaires étrangères, le SPD Heiko Maas. Le ministre, qui gère l’urgence des rapatriements, a reconnu qu’il faudrait tirer les leçons de cette débâcle par la suite, afin qu’il n’y ait « plus jamais d’Afghanistan ».

CHRONIQUE – L’échec afghan, une terrible leçon à méditer pour l’Occident

Les mêmes questions ont résonné outre-Manche lors d’une séance particulièrement agitée à la Chambre des communes, réunie la semaine dernière en urgence. « Notre renseignement était-il si mauvais ? Notre compréhension du gouvernement afghan était-il si faible ? Notre connaissance du terrain était-elle si inadaptée ? », a lancé l’ancienne Première ministre Theresa May.

La France plutôt épargnée

Plusieurs voix se sont exprimées en faveur d’une enquête du comité parlementaire chargé du renseignement, l’ISC, y compris celle de son ancien président, le conservateur Dominic Grieve. « La question est de savoir pourquoi cette erreur d’appréciation a été faite – et l’ISC est en mesure de le dire, certainement, en ce qui concerne le Royaume-Uni mais probablement aussi pour les Etats-Unis », a déclaré l’ancien député sur « Sky News », tout en reconnaissant que le comité ne serait peut-être pas en mesure de publier ses conclusions. L’actuel président de ce comité, Julian Lewis, n’a pas fermé la porte à l’ouverture d’une telle enquête, jugeant la question « pertinente ».

La France est plutôt épargnée par la polémique. Désengagé militairement du pays depuis fin 2014, Paris semble avoir été plus pragmatique que Washington. Un fin connaisseur de la zone estime que les Français ont profité de leur bonne connaissance du terrain tandis que les Américains « s’auto-intoxiquaient » en voulant croire jusqu’au bout à la capacité du gouvernement de tenir face aux talibans, une condition du succès de leur plan de retrait du pays.

Abou Dhabi, escale de la difficile opération française d’évacuation de réfugiés afghans

Florence Parly et Jean-Yves Le Drian ont visité lundi 23 août la base aérienne française aux Emirats arabes unis, engagée dans une vaste opération d’évacuation de ressortissants français et de civils afghans redoutant le pouvoir taliban. 

Par Philippe Ricard(Abou Dhabi, envoyé spécial)Publié aujourd’hui à 10h38, mis à jour à 13h24  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/08/24/a-abou-dhabi-escale-de-la-difficile-operation-d-evacuation-des-refugies-afghans_6092195_3210.html

Débarquement de personnes évacuées d’Afghanistan sur la base française d’Al-Dhafra, à Abou Dhabi, le 23 août.
Débarquement de personnes évacuées d’Afghanistan sur la base française d’Al-Dhafra, à Abou Dhabi, le 23 août. BERTRAND GUAY / AFP

Ils ne soufflent mot, mais leur pas lent et leurs mines fatiguées en disent long. Cent quatre-vingt-cinq Afghans identifiés comme vulnérables, dont 33 enfants, sont arrivés lundi 23 août peu après 18 heures, heure locale, sur la base aérienne française d’Abou Dhabi. L’appareil militaire A400M, dont ils descendent en une longue file, a décollé en début d’après-midi de Kaboul, pour fuir la capitale désormais contrôlée par les talibans. La plupart des passagers ont un modeste bagage, en raison d’un départ précipité. On compte nombre de familles et six bébés.Lire aussi  Afghanistan : les talibans assiègent les derniers résistants de la vallée du Panchir

Depuis la chute du régime soutenu par les Occidentaux le 15 août, ce vol constitue la 14rotation sous pavillon français entre la capitale afghane et l’immense base émiratie d’Al-Dhafra – dont l’emprise tricolore occupe une petite portion du territoire. La troisième de la journée. C’est aussi, malgré la détresse et l’exode, un motif de soulagement pour les deux ministres français venus apporter ce lundi leur soutien aux opérations d’exfiltration. « Un exploit, chaque vol est un exploit », observe sur le tarmac Jean-Yves Le Drian, le chef de la diplomatie. « Nous sommes très fiers de vous accueillir »,dira un peu plus tard Florence Parly, la ministre des armées, à des réfugiés installés dans un immense hangar militaire.

Conditions extrêmes

Dehors, la température est stable au-dessus de 40 °C. A l’intérieur, la climatisation tourne à plein régime. Après différentes formalités médicales et consulaires, dans une halle voisine servant d’habitude à stocker matériels et fret, les Afghans se reposent quelques heures avant de poursuivre leur voyage. De temps à autre, des avions de chasse survolent la base militaire à basse altitude. Ici, 180 militaires français prennent d’ordinaire soin de sept Rafale stationnés dans les Emirats. Des renforts ont été dépêchés sur place pour bâtir ce pont aérien.

 Lire aussi  Entre promesses d’ouverture et contrôle social strict, les Afghans sous la férule des talibans

A ce rythme, la France, qui rechigne à fixer le moindre objectif, à la différence des Britanniques (20 000, dont 5 000 la première année) et des Canadiens (20 000), devrait avoir exfiltré un peu plus de 2 000 personnes mercredi, des réfugiés pour l’essentiel, pour à peine 100 Français, dans des conditions toujours extrêmes. Des milliers d’Afghans exposés ou menacés auraient fait part auprès des autorités françaises de leur volonté de partir. Mais on s’agace à Paris des chiffres brandis par d’autres capitales, tout en marchant sur des œufs. « Nous ne savons pas de combien de temps nous disposons. Tout cela peut s’interrompre à tout instant », dit une source impliquée dans les opérations.

En visioconférence, les deux ministres ont participé à une réunion de crise, pendant laquelle l’ambassadeur encore en poste à Kaboul, David Martinon, lui-même installé dans l’enceinte de l’aéroport, a raconté la difficulté de ces opérations sur un site dont les trois entrées principales sont désormais quasiment inaccessibles. Des circonstances qui compliquent l’envol des candidats à l’exil, car ils n’ont bien souvent pas les moyens de parvenir à l’enceinte sécurisée par les soldats américains. Sur leur chemin, les contrôles talibans et la foule massée aux alentours compliquent les choses. Certains se sont fait voler leurs passeports.

« Chance d’une seconde vie »

« J’ai mis plus de vingt heures à entrer dans l’aéroport », raconte Aqeela, une artiste arrivée un peu plus tôt sur la base. Résidant depuis dix-huit ans à Kaboul, cette femme a décidé de fuir avec ses trois enfants. « L’aéroport et ses environs sont débordés, des enfants ont perdu leurs parents », assure un homme enseignant à l’université et issu de la minorité chiite hazara, particulièrement menacée. Il remercie la France de lui offrir « la chance d’une seconde vie ».

Pour les autorités françaises aussi, ces évacuations improvisées dans l’urgence constituent une course d’obstacles. La situation à Kaboul évolue d’heure en heure, ce qui oblige les Occidentaux présents sur place à trouver de nouveaux arrangements pour sortir au plus vite les Afghans menacés par la férule talibane.

 Lire aussi  Une semaine après la prise de Kaboul par les talibans, le chaos règne toujours à l’aéroport

Côté français, on espère que la coordination avec les troupes américaines ou britanniques va s’améliorer, tandis que le temps presse. « Nous sommes préoccupés par la date butoir fixée par les Etats-Unis, le 31 août, martèle Jean-Yves Le Drian, un délai supplémentaire est nécessaire. » Le directeur du cabinet de M. Le Drian a indiqué au premier ministre Jean Castex, devant des journalistes, que le pont aérien français s’arrêterait jeudi 26 au soir si les Etats-Unis respectent la date du 31 août. La question devait d’ailleurs être au cœur d’une réunion au sommet des pays du G7, mardi, à distance. En prélude, les talibans ont prévenu qu’ils n’accepteraient pas de prolonger les délais au-delà des échéances convenues avec les Américains.

Lundi soir, plusieurs centaines de personnes s’apprêtaient à passer la nuit sur la base d’Al-Dhafra. Dans la soirée, après trois heures d’escale, l’A400M est reparti vers Kaboul. Quant aux candidats à l’asile en France, ils sont montés à bord d’un appareil long-courrier de l’armée de l’air en direction de Paris, dans l’espoir de refaire leur vie.

Lire aussi  L’onde de choc géopolitique de la débâcle en Afghanistan

Philippe Ricard(Abou Dhabi, envoyé spécial)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire