Vaccins contre le Covid-19 : la Haute Autorité de santé propose une troisième dose pour les plus de 65 ans
Dans un avis publié mardi, la Haute Autorité de santé propose d’abaisser le seuil d’éligibilité à une troisième dose, permettant de coupler ce rappel à la campagne annuelle de vaccination contre la grippe saisonnière.
Publié aujourd’hui à 11h30, mis à jour à 12h19
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Une fois de plus, les annonces gouvernementales ont précédé la publication d’un avis de la Haute Autorité de santé (HAS). En direct sur BFM-TV, lundi 23 août au soir, le ministre de la santé, Olivier Véran, a pris « un petit risque », selon ses propres mots, mais avec « encore beaucoup de pincettes », en dévoilant les conclusions de l’avis publié mardi matin sur la cible de la campagne de rappel vaccinal contre le Covid-19 prévue pour septembre.
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L’autorité indépendante propose ainsi l’administration d’une dose de rappel à partir de 65 ans, « ainsi que pour toutes les personnes présentant des comorbidités augmentant le risque de formes graves et de décès ». Cette dose de vaccin supplémentaire devra être injectée dans un délai minimal de six mois après « la primo-vaccination complète »,c’est-à-dire deux doses selon le schéma classique, une dose pour les personnes ayant déjà été infectées par le Covid-19, ou trois doses pour les personnes immunodéprimées. Une deuxième dose pourra être proposée aux personnes ayant reçu le vaccin Janssen à partir de quatre semaines après la première injection.
« Incitation forte »
En l’attente d’un arbitrage présidentiel et d’un avis formel de l’Agence européenne des médicaments, les autorités sanitaires valident donc l’abaissement de l’âge minimum d’éligibilité à cette « troisième dose » à 65 ans, contre les 80 ans initialement prévus. Cette tranche d’âge vient ainsi s’ajouter aux résidents d’Ehpad, personnes immunodéprimées et personnes présentant un très haut risque de forme grave selon la liste établie par le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV). Le ministère de la santé avait annoncé le 17 août que des rendez-vous seraient ouverts à ces publics prioritaires le 1er septembre, pour de premières injections prévues dès le 15 septembre.
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« Ce ne sera pas une obligation, je le rappelle, ce sera une incitation forte pour que cette protection conférée par la vaccination dure », a insisté Olivier Véran sur BFM-TV, après avoir souligné que « la protection conférée par le vaccin peut diminuer au fil du temps, au fil des mois ». Dans son avis, la HAS précise que « les données d’efficacité [vaccinale] à long terme dans les essais cliniques sont encore très limitées », mais de récentes études observationnelles publiées en France, en Israël, en Angleterre et aux Etats-Unis « ont mis en évidence une moindre efficacité des vaccins, en particulier contre le variant Delta », qui représente la quasi-totalité des virus circulant sur le territoire métropolitain, avec 98,7 % des virus séquencés dans le cadre de l’enquête Flash 18 de Santé publique France.
Dans les différentes études publiées ces dernières semaines, la moindre protection « concerne essentiellement l’efficacité contre l’infection et contre les formes symptomatiques », mais « l’efficacité contre les formes graves [reste] à un niveau élevé, quel que soit le vaccin administré », précise l’avis, appelant à augmenter au plus vite la couverture vaccinale. Les personnes âgées restent les plus affectées par cette baisse d’efficacité. En effet, selon une analyse de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), la majorité des cas d’échecs vaccinaux concernent des personnes âgées de 85 ans et plus.
Uniquement avec vaccins à ARN
Alors, pourquoi 65 ans ? Ce seuil « a été défini en cohérence avec la stratégie de priorisation de la campagne de vaccination (…) et avec la population ciblée par la vaccination antigrippale », précise l’autorité. L’objectif est ainsi « de procéder à l’administration concomitante du rappel des vaccins contre le Covid-19 et du vaccin contre la grippe saisonnière ». La campagne contre la grippe s’adresse en effet en priorité aux personnes de 65 ans et plus, à celles souffrant de certaines maladies chroniques, aux femmes enceintes et aux personnes souffrant d’obésité. Ce scénario était envisagé de longue date par le COSV présidé par Alain Fischer, qui suggérait explicitement cette option dans son avis du 2 juillet.
Pour ce rappel, ce seront exclusivement les vaccins à ARN messager tels que ceux fabriqués par les laboratoires Pfizer-BioNTech et Moderna, qui seront utilisés, y compris pour les personnes ayant reçu en primo-injections les vaccins d’AstraZeneca ou de Janssen. Par ailleurs, « une personne primo-vaccinée avec le vaccin Comirnaty [de Pfizer-BioNTech] pourra recevoir une dose de rappel avec le vaccin Comirnaty ou avec le vaccin Spikevax [de Moderna] indifféremment, et inversement », souligne la HAS.
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Cet avis confirme ainsi l’expression du ministère de la santé selon laquelle ces deux vaccins sont de parfaits « jumeaux », à utiliser de manière interchangeable. Une annonce qui va dans le sens des livraisons de vaccins prévues dans les prochaines semaines, puisque l’ensemble des doses d’AstraZeneca sont envoyées directement au programme Covax de solidarité internationale et le vaccin Janssen est proposé aux autres Etats membres. La France s’est convertie au tout-ARN messager depuis cet été.
Le principe d’une troisième dose n’est pas encore étendu à la population générale, mais « l’administration d’une dose de rappel deviendra probablement nécessaire au cours des mois qui viennent, sans qu’il soit encore possible à ce stade de se prononcer précisément, ni sur la population cible ni sur le calendrier », conclut la HAS, ouvrant la possibilité d’une campagne vaccinale beaucoup plus vaste dans les mois à venir, comme c’est le cas dans d’autres pays. En Israël, le ministère de la santé a abaissé vendredi l’âge minimum d’éligibilité à 40 ans, pour les personnes dont la deuxième dose remontait à plus de cinq mois. Aux Etats-Unis, les autorités sanitaires ont fait savoir mercredi que tous les adultes ayant reçu les vaccins de Pfizer et de Moderna pourraient demander une troisième injection huit mois après la deuxième.
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Dr Jean SCHEFFER:
Il faut préciser de la part du ministère de la santé ce que signifie « coupler avec la vaccination contre la grippe ». En effet certains chercheurs mettent en garde contre la création de virus recombinants favorisés par les vaccins avec vecteurs d’adénovirus (Astra Zeneca et Jonhson&Jonhson), et à partir d’autres virus par exemple d’autre coronavirus. Il est aussi dénoncé le risque de création de variants si on vaccine une proportion trop importante de la population, d’ou une des raisons de ne pas vacciner les enfants.