Passe sanitaire : avant la rentrée, l’inquiétude des responsables associatifs et sportifs
Témoignages
Par Hadrien Brachet
Publié le 23/08/2021 à 6:00
À quelques jours de la rentrée scolaire, acteurs des secteurs sportif et culturel témoignent de leurs inquiétudes quant à l’application du passe sanitaire et à cette rentrée sous le signe du Covid-19.
Pour les associations culturelles et les clubs sportifs, la rentrée scolaire constitue généralement une période décisive. Pour recruter de nouveaux membres et lancer, l’été terminé, la nouvelle saison. Mais après plus d’une année et demie marquée par la pandémie, le Covid-19 s’invite à nouveau dans la reprise. Le passe sanitaire fait, lui, son entrée dans les associations et les clubs de sport. Le site associations.gouv.fr rappelle que « les activités culturelles et de loisirs sont désormais soumises [au passe sanitaire], quel que soit le nombre de participants », et ce depuis le 9 août, pour le public de plus de 18 ans. Pour les bénévoles et les salariés accueillant du public, il entrera en vigueur le 30 août et un mois plus tard pour les 12-17 ans.
De son côté, le ministère de la Culture indique à Marianne que « si les associations culturelles dispensent des cours dans un établissement de type L (salles d’audition, de conférence, de projection, de réunions, de spectacle ou à usages multiples), les personnes majeures doivent présenter un passe sanitaire pour accéder aux cours. Dans les conservatoires, les élèves recevant un enseignement initial, quel que soit le cycle, ou inscrits dans une formation préparant à l’enseignement supérieur, sont dispensés de passe ».
Ces nouvelles règles risquent-elles d’entraîner une diminution du nombre d’inscriptions ? Et notamment d’adolescents dont les parents ne souhaitent pas qu’ils soient vaccinés ? Six responsables associatifs et sportifs témoignent dans Marianne de leurs inquiétudes (et de leurs espoirs) à quelques jours de la rentrée.
ARTHUR ORIOL, PRÉSIDENT DE BASKET PARIS 14
« On est un club de basket dans le 14e arrondissement à Paris. Habituellement, on tourne autour de 700 adhérents, voire plus. La saison dernière, on est descendus à 400, surtout en septembre 2020, quand la pratique du sport était très limitée, notamment pour les adultes. Beaucoup d’adultes en loisirs seniors ne se sont pas réinscrits. Du côté des jeunes, on a dû en perdre une cinquantaine.
Pour la rentrée, au début, on était, comme tout le monde, assez ravis de voir que les choses allaient repartir. Mais le passe sanitaire nous tombe un peu dessus. Je n’avais pas mesuré l’impact que cela pouvait avoir. En discutant avec d’autres responsables associatifs, ils m’ont alerté sur le fait que c’est un problème et je commence à le voir. Il va être demandé partout, à l’entrée des gymnases, dès 12 ans. Les acteurs de la mairie m’ont dit qu’on devrait demander aux adhérents au moment de l’inscription d’avoir un passe sanitaire. Beaucoup de personne sont réticentes au fait de se faire vacciner. Je suis certain qu’il y aura un impact mais à quelle hauteur, combien de personnes on va perdre, je ne sais pas encore.
Concernant les jeunes, il y a d’un côté ceux qui sont en compétition, et là les sélections se font en juin, et de l’autre les catégories loisirs à la rentrée. On craint qu’il y ait des conséquences, on avait déjà beaucoup de questions sur l’après-Covid. Est-ce que les gens en difficultés financières allaient adhérer ? Il y avait déjà énormément de doutes, d’interrogations, là on est encore plus dans le flou. C’est déjà assez compliqué en temps normal de se projeter. Là, ça l’est encore plus… »
ALEXANDRE ZAUG, PRÉSIDENT DU MÉRIGNAC HANDBALL
« Notre club fait jouer tous les niveaux, filles et garçons, tous les âges. Les séniors, dont je fais aussi partie, sont déjà soumis au passe sanitaire. On est assez peu encore à avoir le passe complet, ceux qui ne l’ont pas ne jouent pas, mais sur la fin septembre, on devrait en retrouver un bon nombre.
Même si c’est difficile à dire, je pense que globalement, on risque d’avoir une petite perte de licenciés. L’année dernière il n’y a pas eu trop de perte car tout le monde avait naïvement l’espoir que la crise se termine. Ce qui est certain est qu’il y a beaucoup de retard à l’allumage. Les gens sont moins pressés, peut-être qu’il y a un petit sentiment de réserve. Pas forcément pour le passe sanitaire mais par crainte de nouvelles restrictions sanitaires. Des réticents au vaccin, on en a quelques-uns mais ce n’est pas la majorité, c’est très minoritaire. Dans l’encadrement du club, il y un cas. Sinon, je pense qu’il n’y aura pas trop de refus. Sur les adolescents, il pourrait y avoir un peu de perte, mais il n’y a pas un cas qui m’est remonté, il n’y a pas un entraîneur qui m’a dit « il y en a cinq qui n’ont pas le passe. »
Pour les consignes, c’est relativement clair : tout majeur doit être contrôlé avant l’arrivée dans la salle. Pour les entraînements, c’est un peu compliqué car pour le moment les jeunes de 12 à 17 ans ne sont pas soumis au passe mais les parents si. C’est difficile pour l’entraîneur de mener les séances et en même temps de contrôler les parents quand ils arrivent. Donc jusqu’à nouvel ordre, on va faire des entraînements à huis clos et quand les jeunes seront soumis au passe sanitaire, on verra ».
PHILIPPE BANA, PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE HANDBALL
« S’agissant des enfants, il y a une décision importante pour le monde associatif, celle de retarder l’application du passe au 30 septembre pour les 12-17 ans. C’est central pour permettre aux gens de se vacciner, de se préparer. En général on a à chaque rentrée un turnover de 100 000 licenciés sur 450 000. Cette mesure va permettre le lancement de la phase sportive, et surtout de la phase d’adhésion. Les adhérents vont pouvoir venir pratiquer, on compte beaucoup pour que ce soit un moment coagulant. On fait passer le message : « si tu veux jouer en toute tranquillité, fais-toi vacciner ».
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L’inquiétude du frein possible est réelle mais elle est en grande partie levée par cette prolongation. Les associations sportives ne se remettraient pas d’une deuxième lame, la perte d’activité est dangereuse. Heureusement, on observe une forte envie. Traditionnellement, après les Jeux olympiques, il y a une augmentation de 10 % de licenciés. Là, on vient d’avoir une double médaille olympique qui, on l’espère, va atténuer les effets de la pandémie. En revanche, au-delà du passe sanitaire, il y a une diminution du nombre de bénévoles qui pourrait être inquiétante.
Du côté de la fédération, on est en état de marche, on essaie de fournir des explications, des cartes de décodage. Je suis en train de répondre à un club qui me dit qu’il ne comprend pas l’application du passe sanitaire, il ne faut pas cliver ».
ÉRIC THOMAS, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION FRANÇAISE DE FOOTBALL AMATEUR
« Il y a toujours un contexte très anxiogène. On voit bien que les informations ou l’absence d’information font que les bénévoles qui sont au bout de la chaîne sont un peu mis devant toutes les contradictions. Ils ont à gérer la question des adhérents vaccinés, non vaccinés. La mise en place du passe sanitaire n’est pas évidente.
Se pose pour les clubs la question de comment on fait appliquer ces normes, ces contraintes. Il faut du monde, des bras. Quant aux adolescents non vaccinés, s’ils ne disposent pas du passe sanitaire ils ne peuvent pas accéder aux activités et donc vous excluez une partie des jeunes de la pratique sportive. Le retour dans les écoles de foot a lieu début septembre, on aura une vision un peu plus consolidée de la situation fin octobre. »
CLARISSE*, PRÉSIDENTE D’UNE ASSOCIATION DE DANSE À PARIS
« Pour contextualiser, beaucoup d’écoles de danse ont fait faillite à cause du Covid-19. Les trésoreries sont très affaiblies. L’état psychologique des profs de danse est une catastrophe. Avec l’histoire du passe sanitaire on reçoit des mails de désinscription. Normalement, à cette période de l’année, on a beaucoup d’appels et là, ce n’est pas la folie. Pour les cours dès 4 ou 5 ans, les parents sont déjà inquiets de se dire que plus tard le passe sanitaire pourrait être étendu aux plus jeunes.
S’agissant des consignes, pour l’instant c’est plus ou moins flou. On dépend en général du ministère de la Culture mais parfois de celui des Sports. Nos syndicats sont en vacances et au niveau des interprétations des textes, on ne reçoit jamais d’infos du ministère. On est dans le flou. Mais pour ma part, il est hors de question d’interdire l’accès à mes cours aux enfants non-vaccinés. C’est une mesure politique, pas sanitaire, je respecte le secret médical. »
CHRISTINE YORDAMIAN, PRÉSIDENTE DE L’ASSOCIATION « LES ENFANTS DE LA SCÈNE »
« Nous sommes une association de théâtre dans le XVIe arrondissement parisien, nous proposons des cours de 4 à 60 ans. Concernant les informations sur l’application du passe sanitaire, je n’ai rien reçu directement. Les consignes viennent souvent de la mairie de Paris. Pour moi, il est clair qu’à partir du 30 septembre, le passe sanitaire sera obligatoire pour les plus de 12 ans.
Pour l’instant, je ne suis pas inquiète car j’ai eu beaucoup de préinscriptions. Je n’ai pas trop de visibilité pour la rentrée mais j’ai le même taux d’inscription que les années précédentes, sachant qu’elles ont commencé avant les annonces gouvernementales. J’ai surtout beaucoup de réinscriptions, pour les nouveaux il y aura peut-être un frein.
L’application du passe en soi ne nous pose pas de problèmes, j’espère juste que ça ne va pas dissuader les nouveaux de venir. J’espère franchement que les enfants qui sont dans une famille d’antivax ne seront pas privés de cette activité, ils sont mineurs et n’ont pas la possibilité de décider. J’ai peur qu’ils subissent le choix de leurs parents, c’est là où je trouve qu’il y a une injustice pour les enfants. Un enfant qui souhaite faire une activité artistique ou sportive mais qui est dans une famille d’antivax va en être privé alors qu’il a subi trois confinements. J’espère que les parents antivax y penseront. »
(*) Le prénom a été modifié.