Pass Sanitaire: les diverses critiques, confusions à gauche et dans son application

Gauche et pass sanitaire : les impasses d’un combat confusionniste

Hhttps://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/200821/gauche-et-pass-sanitaire-les-impasses-d-un-combat-confusionniste?utm_source=20210822&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20210822&M_BT=115359655566

Plutôt que de défendre une conception droitière de la liberté, la gauche devrait militer en faveur de la vaccination, du maintien des « gestes barrières », de la levée des brevets et du déploiement d’une politique sanitaire. Elle devrait aussi renouer avec ses valeurs : la vaccination n’est pas une question de liberté personnelle, mais de solidarité nationale et internationale.

La gauche sociale et critique navigue à vue sur la question du pass sanitaire. Elle commet des erreurs graves sur le plan éthique et politique. Celles-ci nourrissent le confusionnisme politique ambiant, et renforcent les forces conspirationnistes et d’extrême droite.

La décision d’imposer un pass sanitaire pour accéder à certains lieux publics ou services est, en l’état actuel de la situation, insatisfaisante et comporte des zones d’arbitraire. Sa mise en place aurait pu être davantage justifiée si les vaccinés étaient définitivement immunisés contre le virus du Covid-19, et ne pouvaient le transmettre. Ce n’est pas le cas.

Les modalités d’application sont également, pour une part, inadéquates : pourquoi l’imposer à l’extérieur sur les terrasses de café si les règles de distanciation sont respectées ? La décision contient des mesures contestables : un test négatif est valable pendant 72 heures (au lieu de 48 heures), ce qui donne plus de temps au virus de se multiplier dans l’organisme jusqu’au déclenchement de la maladie. Le virus peut être en incubation et non détectable lors du test et n’être repérable que le troisième jour. Le risque de transmission est donc allongé.

Il est également légitime de dénoncer l’autoritarisme et l’amateurisme du gouvernement. Le pass sanitaire a été imposé, sans la moindre concertation et sans en expliquer les bénéfices potentiels. Emmanuel Macron, qui a pratiquement décidé seul de la politique sanitaire de la France depuis un an et demi (allant parfois à l’encontre des recommandations médicales), a encore imposé cette mesure controversée. Le débat bâclé à l’Assemblée nationale ne doit tromper personne.

Bricolé à la va-vite

Il faut aussi comprendre que le pass sanitaire est une pseudo-mesure bricolée à la va-vite pour pallier les carences graves de l’État social depuis le début de la pandémie (et avant) : absence d’investissement dans la santé publique (personnel et parc hospitaliers) ; campagne de vaccination erratique qui laisse de côté des populations précaires (les classes populaires, les racisés et la jeunesse) ; et messages sanitaires incohérents, voire mensongers depuis le printemps 2020 (port des masques, « gestes barrières »).

Le césarisme « démocratique » de la Ve République française est bien entendu antidémocratique et attentatoire aux libertés publiques. À entendre certaines personnes pourfendre avec véhémence la « dictature sanitaire » ou le « tyran Macron », on pourrait penser qu’un coup d’État vient d’avoir lieu en France. Or, pour paraphraser un ex-président de la Ve, ce coup d’État a eu lieu en 1958, et il est permanent. L’outrance et l’hystérisation d’un débat complexe ne peuvent alors guère enrichir un point de vue sanitaire progressiste. La haine et le rejet personnel de Macron ne peuvent servir de feuille de route politique à une gauche française historiquement faible et inaudible.

Timidité affligeante

En résumé, le pass sanitaire du gouvernement constitue une mesure aux effets positifs indéfinis et qui a été imposée sans débat citoyen. Cela suffit pour conclure que cet artifice de politique sanitaire sert, au mieux, à pas grand-chose. La gauche aurait pu prendre acte de la situation, et se concentrer sur l’essentiel : maintenir la pression sur le gouvernement pour que la campagne de vaccination soit menée de manière plus efficace et démocratique. Car les avis scientifiques convergent sur la question : seule la vaccination de tout ou partie de la population française et mondiale permettra de vaincre la pandémie.

Contrairement à d’autres gauches qui militent activement en faveur de la vaccination (Bernie Sanders aux États-Unis), la gauche française est d’une timidité affligeante sur la question. Au printemps 2020, Jean-Luc Mélenchon a imprudemment apporté son soutien au professeur Didier Raoult qui préconisait la prise de chloroquine pour guérir du Covid, affirmant même qu’il prendrait ce médicament s’il contractait la maladie. Cette opinion est aujourd’hui discréditée dans la communauté médicale internationale.

Aujourd’hui, ces dirigeants prennent des positions tranchées contre la vaccination obligatoire (or dans les professions médicales, elle devrait l’être) ou affichent une empathie empressée envers celles et ceux qui ont fait le choix de ne pas se vacciner.

Ces précautions sont, en théorie, compréhensibles, mais elles font passer au second plan un fait majeur : pour vaincre la pandémie, se vacciner est la solution la plus efficace et rapide ! En outre, ces atermoiements semblent donner raison à une nébuleuse anti-pass sanitaire qui est aussi, de facto, anti-vaccin.

Surenchère verbale

L’opposition au pass sanitaire est l’occasion de nombreuses manifestations confusionnistes à gauche. Pour ne citer que les prises de position les plus visibles dans les médias ces derniers jours : la signature de tribunes aux côtés de personnalités de la droite dure (exemple : dans « Libération » du 6 août,*** Sébastien Jumel, PCF, et François Ruffin, LFI, aux côtés de François-Xavier Bellamy, le député européen issu de la Manif pour tous) ; des prises de position démagogiques au ton apocalyptique d’intellectuels de gauche (exemple : Jean-François Bayart *sur son blog hébergé par Mediapart, le 20 juillet), les amalgames catastrophistes à penchant conspirationniste (exemple : Barbara Stiegler **sur le site Reporterre, le 31 juillet) ; le repli virulent sur les positions anti-vaccin et anti-science de l’extrême droite (exemple : Laurent Mucchielli, passé du Club de Mediapart à France Soir, qui est devenu un média complotiste) et, de manière générale, une surenchère verbale brodant ad nauseam sur la soi-disant mise en place d’une « dictature » ou d’un « apartheid sanitaire ».

À quel point de déboussolement confusionniste en est arrivée la gauche radicale française pour que des dirigeants d’Attac, de la Fondation Copernic, de LFI ou du NPA parlent ensemble le 22 juillet dans Libération de « la société de contrôle généralisé » en s’associant aux manifestations en cours ?

Encore plus dangereuse est la croyance dans certains milieux de gauche que les cortèges anti-pass sanitaire esquissent un grand mouvement social pro-libertés publiques. Jean-Luc Mélenchon a qualifié ces marches de « révolutions citoyennes observées dans le monde ». Cette illusion, qui ne repose sur aucune donnée tangible ou recherche de terrain, est pourtant communément développée sur les réseaux sociaux et dans certains médias orientés à gauche. Une lecture attentive des reportages de terrain, des interviews de type micro-trottoir, ainsi que le visionnage de vidéos des manifestations anti-pass sanitaire semblent, au contraire, contredire cette hypothèse.

Les données observables montrent que dans ces cortèges anti-pass sanitaire on parle peu du… pass sanitaire, mais beaucoup du vaccin, que nombre de manifestants rejettent. L’opposition catégorique au pass sanitaire est davantage le fait d’intellectuels de gauche que de la masse indistincte des manifestants. Il semblerait que les manifestations anti-pass sanitaire soient un sideshow ; une distraction servant à amorcer un positionnement plus controversé au sein du public : le rejet du vaccin.

La gauche commet une erreur d’appréciation grave en considérant que les populations anti-vaccin sont essentiellement les classes populaires précaires et racisées des zones urbaines. Celles-ci sont absentes des cortèges. Y sont surreprésentées les classes moyennes blanches et d’âge mur.

Nébuleuse

Une étude de la Fondation Jean-Jaurès (publiée le 9 août) portant sur la « défiance anti-vaccinale dans le Sud de la France » montre que les anti-vax constituent des populations sociologiquement et politiquement hétérogènes. La galaxie (ou nébuleuse) vaccino-sceptique se caractérise par une forte appétence pour les médecines douces et alternatives, attractives auprès des cadres et diplômés du supérieur, pour les modes de vie New Age et alternatifs, néoruraux, retraités ou membres des petites classes moyennes se soignant par les plantes plutôt que par la médecine conventionnelle et les vaccins.

Il existe également un fort courant « anti-élites » prétendant parler au nom d’un « peuple » essentialisé, qui forme la lame de fond des manifestations. Cette nébuleuse est réceptive aux idées complotistes de l’extrême droite qui est très active dans les cortèges. Les manifestations regorgent en effet de signes antisémites : les pancartes « Qui ? »qui suggèrent un complot juif derrière la vaccination ou le port d’étoiles jaunes des « résistants au vaccin » participent d’un négationnisme rampant. Il faut noter que la gauche, en général, minore, voire se désintéresse de ces actes antisémites.

La gauche se trompe lourdement si elle pense qu’en marchant contre le pass sanitaire avec ces groupes, elle défend les libertés publiques. Les marcheurs anti-pass sanitaire qui soutiennent un agenda « anti-vax », sont aux antipodes de leur combat : ils défendent une conception libertarienne et égoïste de la liberté ; une « liberté négative » (Isaiah Berlin), celle de faire ce que bon leur semble, au mépris de la santé publique et du bien commun.

Les défenseurs d’un républicanisme de gauche en France devraient connaitre leurs classiques. Jean-Jacques Rousseau montre que le passage de l’état de nature à l’état civil substitue une conduite morale et civique tournée vers le bien commun à une conduite reposant sur l’instinct et le bon vouloir personnel. Ce faisant, le/la citoyen-ne s’élève moralement et intellectuellement. (Du Contrat social, Livre I, chapitre 7) On le voit, dans le patrimoine intellectuel de la gauche française, il y a d’autres façons d’associer le développement des individualités et la défense des intérêts communs.

La vaccination et la santé publique sont des valeurs sociales et un patrimoine commun. Il est curieux de voir une partie de la gauche se déliter sur cette question, et perdre tout repère. La Fédération de la Santé de la CGT a appelé les personnels de santé à la « grève illimitée » en opposition à l’obligation de vaccination faite au monde des soignants. Une branche du plus grand syndicat ouvrier de France vient, hélas, nourrir les cortèges confusionnistes propices à l’extrême droite.

Renouer avec ses valeurs

En s’égarant dans les méandres du confusionnisme avec l’extrême droite, la gauche radicale qui manifeste perd de vue l’essentiel : un an et demi après le début de la pandémie, la priorité n’est pas de haïr Macron (aussi détestable sa politique soit-elle par ailleurs), de disserter sans fin sur la soi-disant « société de contrôle néolibérale » ou « Big Pharma » (dont les méfaits sont bien antérieurs au développement du Covid), mais de se mobiliser pour proposer des solutions aux populations les plus touchées par la pandémie : celles et ceux qui ont perdu des proches, les pauvres, les travailleuses et travailleurs précaires et les racisés.

Plutôt que de défendre une conception frelatée et droitière de la liberté, la gauche radicale devrait militer en faveur de la vaccination de toutes et tous, du maintien des « gestes barrières », de la levée des brevets et du déploiement d’une politique sanitaire pour garantir un meilleur niveau de santé publique. Elle devrait aussi renouer avec ses valeurs : la vaccination n’est pas une question de liberté personnelle, mais de solidarité nationale et internationale.

(L’auteur remercie Philippe Corcuff de sa relecture et ses suggestions).

Version éditée et augmentée d’un article intitulé « La critique de gauche du pass sanitaire se perd dans une impasse confusionniste », publié in L’Obs, 14 août 2021, https://www.nouvelobs.com/idees/20210814.OBS47507/tribune-la-critique-de-gauche-du-pass-sanitaire-se-perd-dans-une-impasse-confusionniste.html

Twitter : @PhMarliere

*Cet homme est dangereux

https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-bayart/blog/200721/cet-homme-est-dangereux

Entendons-nous bien. Je suis vacciné. J’entends recevoir une troisième dose si celle-ci s’avère prudente. J’encourage mes proches à se faire vacciner. J’ai très vite cessé de penser que la Covid-19 était une « petite grippe », bien avant certains de nos ministres. Mais les procédés dont use Emmanuel Macron sont dangereux pour les libertés publiques et pour l’ordre démocratique.

Entendons-nous bien. Je suis vacciné. J’entends recevoir une troisième dose si celle-ci s’avère prudente. J’encourage mes proches à se faire vacciner. J’ai très vite cessé de penser que la Covid-19 était une « petite grippe », bien avant certains de nos ministres. Je ne pense pas que je me sois laissé implanter à mon insu une puce dans le corps. Je n’ai pas perdu ma faculté de jugement. J’ai d’ailleurs refusé le vaccin Astra Zeneca sur une base rationnelle, parce qu’il était moins efficace, entraînait des effets secondaires plus importants et surtout recourait à la manipulation génétique au contraire du Pfizer ou du Moderna – tout comme je me suis abstenu de porter le masque dans des rues ou des forêts désertes parce que j’ai le sens des proportions et du ridicule.           

C’est dans cet esprit, et non par adhésion à des thèses complotistes, que je n’ai aucune intention de me munir de l’application TousAntiCovid, que je m’oppose au pass sanitaire et que je refuserai de m’y conformer par tous les moyens légaux qui seront à ma disposition, voire par la désobéissance civile. Car les procédés dont use Emmanuel Macron sont dangereux pour les libertés publiques et pour l’ordre démocratique.

            Que l’on m ‘épargne les amalgames, moyen commode, aujourd’hui comme hier, de disqualifier une opposition légitime. Ce n’est pas parce que Florian Philippot admet que la terre est ronde que celle-ci est plate. Ce n’est pas parce que certains excessifs, en proie à une sainte colère, assimilent le pass sanitaire à l’étoile jaune du régime nazi ou à la ségrégation raciale de l’apartheid sud-africain qu’il ne s’agit pas d’une mesure d’exclusion attentatoire à l’égalité des citoyens, à la liberté de conscience et au respect du secret médical, une mesure dont la mise en œuvre aggravera le problème qu’elle est censée résoudre.

            Là aussi entendons-nous bien. A titre personnel, je pense que la vaccination est seule à même de nous procurer une immunité collective dès lors que nous ne sommes pas prêts à accepter que la mort de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de personnes nous aide à y parvenir, comme dans l’ancien temps. N’oublions pas les ravages de la variole, de la tuberculose, de la polio que seule la vaccination a permis d’endiguer (pour ce qui est du choléra, l’hygiène y a pourvu). En théorie je ne serais même pas choqué que la vaccination contre la Covid-19 soit rendue obligatoire. Après tout nous sommes déjà soumis à des vaccinations obligatoires. Non, l’inacceptable est la méthode qu’a choisie Emmanuel Macron et qui confirme que cet homme est dangereux pour la liberté et la démocratie.      

            Il lui eût été loisible d’organiser un référendum sur le sujet. L’article 11 de la Constitution l’y autorisait : « Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux Assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions ». Il est même possible, sous réserve de l’avis des constitutionnalistes, que le calendrier électoral lui en fournissait l’opportunité à moindres frais, avec la tenue des régionales en juin. Les deux consultations n’auraient-elles pas pu être simultanées ?

            C’est ainsi que les Suisses ont adopté la loi Covid à une majorité de 61% des suffrages exprimés le 13 juin. Le mouvement des « Amis de la Constitution » ne s’en satisfait pas ? Il tentera d’obtenir une nouvelle votation pour contrer le projet de certificat vaccinal. Ainsi va une vraie démocratie qui n’a pas peur du peuple. Emmanuel Macron, lui, procède par ordonnances et proclamation de l’état d’urgence sanitaire reconduit de trimestre en trimestre, contourne les prérogatives du Parlement et décide de tout dans le cercle restreint des Conseils de Défense sur la base des avis d’un comité scientifique sans aucune légitimité démocratique ni existence institutionnelle et de ses lectures personnelles de la littérature scientifique dont il a une connaissance impressionnante, nous assure la Cour. Emmanuel Macron, nouveau Génie des Carpates ?

            Faut-il rappeler que le dispositif des Conseils de Défense a été imaginé par François Mitterrand et son entourage pour court-circuiter le ministère de la Défense, l’état-major général des armées et l’Assemblée nationale, et mener une politique discrétionnaire au Rwanda dont on connaît le brillant résultat ? La méthode choisie illustre une nouvelle fois la propension bonapartiste d’Emmanuel Macron à tenir pour quantité négligeable les institutions, les corps intermédiaires et même les partis politiques au mépris de l’esprit de l’article 4 de la Constitution et de la lettre de son article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ».

            Ce mode de gouvernement a des effets délétères. Il débilite la République. Il l’enferme dans l’impuissance au nom d’un argument d’autorité et de nécessité, maintes fois répété pour faire passer au forceps des « réformes » que rejetaient les premiers intéressés et qui ont détruit les services publics, à commencer par l’hôpital, et maintenant invoqué pour légitimer l’instauration d’une société de surveillance généralisée au nom de la crise sanitaire. « Il n’y a pas d’alternative », ressassent à l’envi le président de la République et son porte-parole, Gabriel Attal. La crise des gilets jaunes, l’abstentionnisme électoral ont été les conséquences directes de ce déni. A quoi bon voter, pourquoi raisonner et comment renoncer à la violence si Jupiter a raison sur tout, n’entend rien et s’émancipe de toute intermédiation politique ?

            Et même de tout principe politique en gardant pour ministre de l’Intérieur et Garde des Sceaux des hommes qui sont en délicatesse avec la Justice, et néanmoins continuent d’exercer leur autorité sur des policiers et des magistrats censés enquêter à leur sujet et instruire leur cas. L’idée même de séparation des pouvoirs semble étrangère à Emmanuel Macron. Il a déclaré sans ambages, en Conseil des ministres, que la Justice était une « autorité », et non un « pouvoir », en citant implicitement l’article 64 de la Constitution qui fait du président de la République le « garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire ». Ce disant il passe par pertes et profits Montesquieu dont la théorie de la séparation des pouvoirs préserve justement le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif de tout « gouvernement des juges », comme on le dit de nos jours, tout en protégeant les magistrats de l’ingérence du pouvoir politique. Au passage Emmanuel Macron avoue aussi que le limogeage de François Bayrou, en 2017, participait moins de l’idée vertueuse de la République « exemplaire » qu’il avait mise en exergue de sa campagne électorale que de l’utilité d’écarter un homme qui avait contribué à le faire roi et risquait de contrarier son exercice solitaire du pouvoir. Que dire, encore, du mélange des genres qui transforme l’allocution d’un chef d’Etat, théoriquement consacrée à un problème gravissime de santé publique, en lancement subliminal et néanmoins indécent de sa seconde candidature à l’élection présidentielle, cinq ans, jour pour jour, après l’annonce de la première, un certain 12 juillet 2017 ?

            L’argument de l’efficacité dont ne manquera pas de se féliciter le locataire de l’Elysée – les Français ne se sont-ils pas précipités dans les centres de vaccination dès le lendemain de son oukase ? – a lui-même ses limites. Faute de concertation avec les secteurs concernés par l’obligation de la présentation d’un pass sanitaire, la mise en œuvre des mesures jupitériennes s’est immédiatement heurtée à des difficultés ou des impossibilités qui ont amené le gouvernement, comme lors des confinements, à multiplier les mises au point, les ajustements, les exceptions et les rétropédalages, quitte à rendre le dispositif incompréhensible et inapplicable. Des professions entières sont à nouveau plongées dans l’incertitude économique, le chaos administratif, le désarroi moral[1]. La SNCF a découvert, abasourdie, avec l’ensemble des Français, les nouvelles conditions d’embarquement dans ses trains[2]. Des familles sont dans les affres d’une prescription dont l’observance ne sera matériellement pas possible dans les prochaines semaines. Les Français de l’étranger qui ont été vaccinés par des produits non homologués dans l’Union européenne et ne pourront de ce fait obtenir leur pass sont en déshérence.

            Par ailleurs la coercition crispera dans leurs certitudes les vaccino-sceptiques et les adeptes des théories du complot, tiendra à distance de la santé publique des segments de la population que nous aurions tout intérêt à y intégrer, multipliera les pratiques frauduleuses.

            Surtout le recours à la contrainte conforte une fois de plus l’image d’un Etat paternaliste, méprisant, autoritaire, infantilisant, punitif dont les prestations, depuis le début de la pandémie, ne justifient pas tant d’arrogance, à l’exception importante près du filet de sécurité économique qu’il a su déployer en temps utile lors du premier confinement.       

            Que dire enfin d’un gouvernement qui impose la vaccination, menaces de sanctions ou de licenciement à l’appui, à des personnels de santé ou aux pompiers dont le comportement professionnel et civique a été unanimement salué, mais exempte de cette obligation les policiers et les gendarmes qui seront chargés de contrôler la détention d’un pass ? En l’occurrence Emmanuel Macron marche sur la tête parce qu’il est devenu l’otage des syndicats de police, comme l’ont prouvé son incapacité à lutter concrètement contre les violences des forces de l’ordre et la présence surréaliste de son ministre de l’Intérieur à une manifestation de factieux chargée de faire pression sur le Parlement et le Garde des Sceaux.

            Cet homme est également dangereux pour avoir érigé le mensonge en technique de gouvernement. Mensonge sur la dangerosité du virus. Mensonge sur les masques. Mensonge sur la préparation de la France face à un tel danger. Mensonge télévisé, au cœur du premier confinement, sur son chemin de Damas quant à la soumission folle aux lois du marché de services publics essentiels comme celui de la santé, dont il avait été le chantre en tant que banquier d’affaire, puis conseiller et ministre de François Hollande, et pendant les trois premières années de son propre mandat présidentiel : les projets de réforme néolibérale de notre modèle social – au nom de son sauvetage ! – sont remis à l’ordre du jour comme si rien ne s’était passé ni n’avait été dit. Jusqu’à ce gros mensonge de fin avril, devant la presse régionale : « le passe sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français, il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours ». Derechef Emmanuel Macron met en péril la crédibilité de la parole de l’Etat au prix d’une suspicion généralisée quant à ses actes et ses intentions. Il sape les fondements même de l’exercice de la démocratie qui suppose un minimum de cohérence et de fidélité aux engagements pris.

            Cet homme, Emmanuel Macron, est définitivement dangereux car il impose à tout un chacun la charge de l’application et de la vérification de la mesure liberticide. « Le tyran asservit ses sujets les uns par les autres », écrivait La Boétie. Ainsi, le restaurateur, le vigile, le commerçant prendront connaissance du pass sanitaire et vérifieront l’identité de leurs usagers ou clients au mépris de la loi, de la jurisprudence, du secret médical. Pauvres naïfs de la Caisse primaire d’assurance-maladie qui recommandaient de présenter son certificat de vaccination plié en quatre pour ne laisser visible que le QR code et garder à l’abri des regards son nom et les autres données identificatoires !

            La République est « indivisible », dit encore l’article premier de la Constitution. Emmanuel Macron la divise entre vaccinés et non-vaccinés. En imposant à chacun d’entre nous l’obligation de garantir l’étanchéité de cette nouvelle frontière intérieure, il ouvre la porte à des conflits sans fin au cœur même de notre vie quotidienne. « Nous allons étendre au maximum le passe sanitaire pour pousser le maximum d’entre vous à aller vous faire vacciner (…) partout nous aurons la même démarche : reconnaître le civisme et faire porter les restrictions sur les non-vaccinés plutôt que sur tous », a-t-il menacé, jetant l’opprobre sur les récalcitrants. Gabriel Attal n’est pas en reste et stigmatise de sa voix précipitée le « cynisme » des non-vaccinés. Dans le Parisien il retrouve les accents condescendants auxquels son Président avait fait mine de renoncer et donne de sa République « apaisée » une image singulière en parlant de « frange capricieuse et défaitiste, très minoritaire, qui se satisferait bien de rester dans le chaos et l’inactivité » et en l’opposant à une France « laborieuse et volontariste qui veut mettre le virus derrière elle et travailler ». Et le ministre de la Santé, Olivier Véran, de théoriser sur BFM-TV, le 13 juillet : « L’immense majorité doit-elle s’incliner devant la minorité ? ». A ceci près, Monsieur le Ministre, que la démocratie n’est pas seulement l’expression de la volonté de la majorité, mais aussi le respect des droits de la minorité, et que le lecteur du rapport Duclert sur la politique de François Mitterrand au Rwanda éprouve un sentiment de malaise pour avoir déjà entendu cette antienne.

            Sans doute est-ce trop demander au gouvernement que de lui suggérer de (re)lire les pages de Walter Benjamin sur la violence du consensus, en ce qu’il rend celle-ci légitime pour resserrer le spectre de la différence et du conflit[3]. Le « consensus », l’ « adhésion » des Français dont se réjouit Emmanuel Macron n’ont rien de démocratiquement rassurant parce qu’ils ne sont pas le fruit d’une vraie concertation, d’une authentique délibération. La promesse d’un retour à la normale comme récompense de l’acceptation de l’état d’exception ne l’est pas plus quand on sait que les régimes autoritaires reposent sur cette garantie du viver habitualmente, du « vivre à l’accoutumée » dont se flattait le salazarisme au Portugal[4].

            Approuvée démocratiquement par voie référendaire – et non pas seulement par un Parlement que le présidentialisme bouscule, anesthésie et étouffe depuis un demi siècle – l’obligation vaccinale contre la Covid-19, de droit ordinaire, comportant les mêmes sanctions que les autres obligations vaccinales, selon les mêmes modalités de contrôle, aurait eu un effet autrement plus puissant à terme que l’oukase du 12 juillet, et ce d’autant plus si elle avait prévu une clause d’objection de conscience. En effet la liberté de choix dans le domaine de la santé doit être préservée autant que faire se peut, et le refus, pour des raisons philosophiques ou religieuses, d’un acte médical ne peut être dénié au citoyen d’une République mature. Il suffit de lire les communiqués et déclarations indignés des responsables syndicaux des pompiers ou du personnel soignant pour comprendre que le sens civique de la discipline, du dévouement et du courage n’est en rien contradictoire avec l’impératif catégorique du libre-arbitre.

            En définitive cet homme est dangereux bien au-delà du seul périmètre de la pandémie. Les mesures liberticides qu’il prend actuellement au nom de la lutte contre la maladie ne peuvent en effet être dissociées d’un contexte plus général, et désormais vieux de plusieurs décennies, qui assure la fongibilité de toute une série de dispositions relatives à la répression de phénomènes aussi différents que le « terrorisme » – notion floue s’il en est – le grand banditisme, le militantisme environnementaliste, politique ou syndical, la solidarité avec les migrants, l’évasion ou la fraude fiscale. Elles émanent d’un pouvoir exécutif qui a lancé une sourde campagne idéologique contre la recherche et l’Université, cherche à museler l’accès aux archives historiques, affiche connivence et complaisance avec les pages les plus équivoques du roman national, a fait adopter par le Parlement une conception extensive du secret des affaires qui facilite les procédures judiciaires « bâillons » à l’initiative des grandes entreprises, préside à une concentration sans précédent de la presse dans les mains de quelques magnats qui lui sont proches, poursuit une politique anti-migrants inhumaine encore plus dure que celle de Nicolas Sarkozy, a perdu le contrôle de la police, a réprimé un mouvement social avec une brutalité jamais vue depuis mai 68, a banalisé l’usage de techniques de maintien de l’ordre, d’interpellation et de neutralisation physique qui ont provoqué la mutilation et parfois la mort de dizaines de citoyens depuis le début du quinquennat au grand dam des Nations-unies, du Conseil de l’Europe et du Parlement européen.

            Quelques-uns des soutiens les plus proches d’Emmanuel Macron, qui ont participé à l’élaboration de son programme et à sa première campagne électorale, s’émeuvent de sa dérive, à l’instar des avocats François Sureau et Jean-Pierre Mignard. L’historien qui lui avait conféré des lettres de noblesse ricoeurienne, François Dosse, s’est ravisé. Le rêve macronien a tourné au cauchemar bonapartiste, au sens précis que ce terme revêt dans la sociologie historique du politique[5]. Il n’est plus que le dernier avatar en date du « centre absolu », de l’ « extrême-centre », ce « poison français » qu’a instillé le Directoire, dans la foulée de la Révolution de 1789[6]. Non sans y ajouter le relent inquiétant, vaguement religieux, de l’ « homme nouveau »[7] propre aux révolutions conservatrices du 20e siècle et que décline à sa manière l’utopie néolibérale de la start-up nation.

            L’ « illibéralisme » d’Emmanuel Macron participe d’une stratégie similaire à celle de Viktor Orban : appliquer le programme de l’extrême-droite pour éviter l’arrivée au pouvoir de cette dernière… et assurer sa propre réélection. En outre il s’inscrit dans un processus quasi universel de dégradation des libertés publiques dont le « modèle » chinois nous montre où il peut nous mener, technologie numérique et biométrique à l’appui. La concomitance de l’obligation du pass sanitaire avec le scandale de l’infection de téléphones portables par le logiciel Pegasus à des fins de surveillance extra judiciaire et avec la publication du dernier rapport de la défenseuse des droits mettant en garde contre les dangers de la biométrie devrait servir d’avertissement solennel. Je posais déjà la question aux députés socialistes prompts à empiler les lois « anti-terroristes ». Est-il judicieux d’adopter une telle législation alors que l’extrême-droite est aux portes de l’Elysée et que nous avons perdu la maîtrise de notre sécurité informatique ainsi que le démontre le piratage désormais récurrent de nos systèmes par des opérateurs étrangers, privés ou étatiques ?

            Le refus du pass sanitaire est une résistance nécessaire à cette destruction de nos libertés publiques et personnelles. Le lecteur aura maintenant compris pourquoi je l’écris en italiques, comme en Afrique du Sud. Ce n’est pas assimiler la future loi scélérate à l’apartheid. De même il ne s’agit pas de soupçonner Emmanuel Macron de visées génocidaires à l’encontre des non-vaccinés comme voudront immédiatement me le faire dire des lecteurs étourdis ou de mauvaise foi quand j’évoque la mécanique funeste de certains dispositifs de prise de décision ou d’argumentation ayant canalisé la politique de la France au Rwanda de 1990 à 1994. Il convient simplement de rappeler que de mêmes procédés d’exclusion peuvent mener à des ségrégations fussent-elles d’inspirations différentes, et ce quelles que soient les intentions de leurs instigateurs.

            Or, nous dit l’article premier de notre Constitution, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée ». Cherchez l’erreur – les erreurs.

           Cet homme est dangereux car, tel le célèbre joueur de flûte de la légende, il nous emmène sans retour vers les eaux troubles du fleuve.

[1] Eric Béziat et al., « L’obligation du passe sanitaire, un défi majeur pour les entreprises », Le Monde, 14-15 juillet 2021, p. 10.

[2] Voir l’article ô combien édifiant d’Eric Béziat, « Passe sanitaire : la SNCF prise de court », Le Monde, 18-19 juillet 2021, p. 15.

[3] Walter Benjamin, « Critique de la violence » in Œuvres, Paris, Gallimard, 2000, collection « Folio/Essais » », tome I, pp. 225-226.

[4] Juan Linz, Régimes totalitaires et autoritaires, Paris, Armand Colin, 2006 ; Béatrice Hibou, La Force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie, Paris, La Découverte, 2006 et Anatomie politique de la domination, Paris, La Découverte, 2011.

[5] https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-bayart/blog/060319/la-tentation-bonapartiste-d-emmanuel-macron

[6] Pierre Serna, L’Extrême-Centre, ou le poison français. 1789-2019, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2019.

[7] Marie-Anne Matard-Bonucci, Pierre Milza, dir., L’Homme nouveau dans l’Europe fasciste (1922-1945). Entre dictature et totalitarisme, Paris, Fayard, 2004.

**Barbara Stiegler : « Les autorités détournent les questions sanitaires pour instaurer une société de contrôle »

Marseille 24 Juillet

https://reporterre.net/Barbara-Stiegler-Les-autorites-detournent-les-questions-sanitaires-pour-instaurer-une

« Société de contrôle », démocratie « suspendue »… Pour la philosophe Barbara Stiegler, les décisions du gouvernement contre le Covid-19 nous plongent dans une « impasse politique et sanitaire » inquiétante. Et elle interroge la façon dont est menée la politique de vaccination.

Barbara Stiegler est professeure de philosophie politique à l’université de Bordeaux. En janvier 2021, elle a écrit le tract De la démocratie en pandémie aux éditions Gallimard, vendu à plus de 80 000 exemplaires.Barbara Stiegler. © Gallimard




Reporterre — Comment vivez-vous la période actuelle ?

Barbara Stiegler — Difficilement. J’ai le sentiment que l’on s’enferre dans une impasse politique et sanitaire. Les décisions prises par le gouvernement depuis le 16 mars 2020 construisent un pays fracturé où l’on oppose deux camps, celui du bien et celui du mal. On construit un affrontement entre vaccinés et antivax, créant un état de sidération dans la société qui empêche de penser et d’appréhender les questions avec nuance et précision. Toute position critique vous condamne à une dissidence invivable. À un an de l’élection présidentielle, c’est extrêmement inquiétant. En renvoyant toute forme de contestation à l’extrême droite, tous les ingrédients d’une crise politique majeure sont là.

Et je ne vois pas de porte de sortie. Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement n’a cessé de brandir des solutions miracles : le confinement d’abord, le couvre-feu, les nouveaux vaccins et maintenant le passe sanitaire. Mais cela ne fonctionne pas comme ça. En santé publique, il faut une stratégie diversifiée, une panoplie d’outils ciblés, de l’accompagnement, de la précision. Là, au contraire, les dispositifs mis en place sont extrêmement brutaux et simplistes.

En quel sens ?

Le passe sanitaire en est l’illustration. Le caractère « sanitaire » du dispositif n’est nullement démontré. Pour que la vaccination soit réellement efficace, il faudrait cibler en priorité les personnes à risque, les personnes âgées, celles et ceux qui vivent avec des facteurs de comorbidité aggravants et qui sont éloignés du système de santé. Il faudrait recueillir leur consentement éclairé, les suivre, les accompagner. Ce qui implique un ensemble d’actes de soin et non des mesures de police. Et qui suppose donc le déploiement massif de personnels de santé, eux-mêmes formés et informés des risques et des bénéfices du vaccin.

Mais le gouvernement préfère [utiliser la menace. Au lieu de cibler les populations à risque, il exerce sur l’ensemble des Français un véritable chantage. Si la menace au code QR fonctionne pour les populations les mieux insérées socialement, elle est globalement inopérante pour les publics précaires et fragiles. Le gouvernement laisse les citoyens livrés à eux-mêmes, seuls devant leurs applications numériques.Le passe sanitaire. © E.B/Reporterre

Pourquoi le gouvernement a-t-il fait ce choix ?

Parce que, outre l’ivresse que procure l’excès de pouvoir, il refuse de revenir sur sa doctrine néolibérale. Depuis le début du quinquennat, le gouvernement démantèle les services publics et mène des politiques d’austérité qui affaiblissent l’hôpital, les services sociaux, le système éducatif. Au lieu de reconnaître ses torts et ses responsabilités, il transforme les victimes de sa propre politique — à savoir les citoyens — en coupables. Il les rend responsables de la situation présente. Il pointe leur prétendu « relâchement », insiste sur leur ignorance, leur irrationalité ou leur penchant sectaire. Depuis un an et demi, son état d’esprit n’a pas changé. Il privilégie toujours la répression, le contrôle et la mise au pas de la population. Il n’hésite pas non plus à manipuler les chiffres et à diffuser des informations fausses ou tronquées.

Lesquelles par exemple ?

Quand vous vous faites vacciner, ce qui a été mon cas, vous devez signer un formulaire de consentement. Mais c’est un consentement extorqué et pas réellement éclairé. Le formulaire ne donne pas toutes les informations, il n’évoque que des effets secondaires tout à fait bénins — des douleurs au point d’injection, des petites migraines — mais par exemple, il ne fait pas mention des risques de complications cardiaques pour les jeunes. Ça n’a pourtant rien d’anodin, les myocardites peuvent conduire à des hospitalisations et des réanimations [1]. Une politique sérieuse de santé publique impliquerait que l’on ait une discussion contradictoire et documentée sur la question de savoir s’il faut vacciner les jeunes et les mineurs [2]. La réponse n’est absolument pas certaine. Le bénéfice-risque leur est défavorable et le bénéfice collectif n’est pas avéré : il consiste uniquement en un pari sur l’immunité collective et sur l’extinction supposée des nouveaux variants.« Promettre aux plus jeunes que nous reviendrons à une vie normale après leur vaccination est au mieux une illusion, au pire un mensonge », dit Barbara Stiegler. MaxPixel/CC0 1.0

Il faut arrêter de présenter ces deux doses de vaccin Pfizer comme une sorte de panacée. Croire que la vaccination massive de toute la population va bloquer les variants est un pari hasardeux. Les variants vont probablement continuer à entrer par les frontières, car nous ne vivons pas dans un bunker ni sur une île. Il n’est pas impossible non plus que les variants contournent la vaccination et que l’on assiste à un échappement immunitaire. Promettre aux plus jeunes que nous reviendrons à une vie normale après leur vaccination est au mieux une illusion, au pire un mensonge. Même Jean-François Delfraissy [le président du conseil scientifique] et le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) le reconnaissent [3].
Que faudrait-il faire alors ?

Nous devons protéger en priorité les populations à risque par la vaccination et l’information. Il faut multiplier les soins précoces. Dans mon tract De la démocratie en pandémie, je rappelle que la situation que nous vivons n’est pas simplement une épidémie à diffusion mondiale, mais une « syndémie », pour reprendre l’expression de Richard Horton, le rédacteur en chef de la revue internationale de médecine The Lancet.

Le Covid-19 ne nous menace pas tous à égalité. C’est une maladie létale et dangereuse pour des publics déjà fragilisés. Elle vient révéler le tableau sanitaire négatif des pays occidentaux, avec leur population vieillissante et souffrant de polypathologies chroniques. En creux, le Covid-19 pose une question sociale et écologique. Dans les pays industrialisés, plus les inégalités augmentent, plus les maladies chroniques explosent et plus le Covid-19 flambe. Notre mode de vie est aussi, en partie, responsable de la situation actuelle avec la sédentarité, l’alimentation industrielle, le stress, l’augmentation de l’obésité et des cancers, etc.Manifestation le 14 février à Paris pour demander une hausse des salaires et des effectifs dans le milieu hospitalier. © Mathieu Génon/Reporterre

Appelez-vous à manifester contre le passe sanitaire ?

Oui, et j’ai moi-même manifesté la semaine dernière [à Marseille, le samedi 24 juillet]. L’argument selon lequel il n’est pas question d’aller manifester aux côtés d’électeurs d’extrême droite est ici de mauvaise foi. Il n’est jamais évoqué quand il s’agit de manifester contre un attentat terroriste ou pour soutenir la police. Récemment, des membres du Parti socialiste (PS), d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) et du Parti communiste (PCF) ont marché aux côtés du syndicat de police Allianceet à côté du Rassemblement national (RN), et cela ne leur a posé visiblement aucun problème.

« Nous vivons un point de bascule. »

Je trouve étonnant que cet argument soit évoqué maintenant, et pas dans les autres situations. Devant de telles remises en cause de nos libertés, la gauche et la société civile devraient se mobiliser dans la rue pour ne pas laisser l’extrême droite ramasser la mise. Le mouvement naissant est éruptif, spontané, hétéroclite. Il y avait toutes sortes de gens dans la manifestation à laquelle j’ai participé, une réelle diversité, un mélange de générations et de classes sociales. J’ai croisé des soignants, des professeurs, des restaurateurs, des artisans, etc. Il me paraît fondamental de les soutenir. Ce mouvement est un signe de santé démocratique dont je me réjouis.Des soignantes à la manifestation contre le passe sanitaire à Paris, le 24 juillet 2021. © Tiphaine Blot/Reporterre

Dans quel monde nous plongent la pandémie et ce passe sanitaire ?

Nous sommes désormais dans un régime où un seul homme peut décréter de manière arbitraire les détails les plus infimes et les plus intimes de nos vies. Nous vivons un point de bascule. Depuis un an et demi, une partie des classes supérieures semble avoir renoncé au modèle démocratique. Nos dirigeants sont fascinés par le modèle chinois et son approche technosécuritaire où tout est numérisé et où les autorités distribuent des permis de citoyenneté. C’est exactement l’esprit de ce passe prétendument « sanitaire ». Un nouveau mode de gouvernement est ici testé. Les autorités détournent les questions sanitaires pour instaurer une société de contrôle extrêmement invasive dans laquelle la démocratie est suspendue à l’aide des outils numériques et d’un discours permanent sur l’urgence.

Il faut bien comprendre que le Covid-19 n’est qu’une répétition générale. Ce n’est qu’un épisode parmi d’autres de la crise écologique. Des événements similaires risquent de se reproduire à l’avenir, avec la dégradation des écosystèmes et le réchauffement climatique. Il faut donc dès maintenant les anticiper, réfléchir à la manière dont nous souhaitons les surmonter, démocratiquement et non sur un mode autoritaire. Je suis très étonnée de voir qu’Europe Écologie-Les Verts ne s’empare pas réellement du sujet. Ils devraient se positionner beaucoup plus clairement contre le passe sanitaire. La gauche et les écologistes doivent se réveiller. Il est temps que les partis qui se disent progressistes rejoignent le front de la contestation, au Parlement comme dans la rue.

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.

***https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/09/appel-dun-collectif-au-retrait-du-pass-sanitaire-depasse-le-gouvernement-choisit-dimposer-une-vaccination-tous-azimuts-qui-laisse-de-cote-les-eternels-oublies-avec-barbara-stiegler-fran/

Le passe sanitaire s’impose malgré les impairs

19 AOÛT 2021 PAR JÉRÔME HOURDEAUX https://www.mediapart.fr/journal/france/190821/le-passe-sanitaire-s-impose-malgre-les-impairs?utm_source=20210822&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20210822&M_BT=115359655566

Initialement prévu pour les activités non essentielles rassemblant plus de 1 000 personnes, le passe sanitaire est désormais exigé à l’entrée des restaurants et des centres commerciaux. Et ce malgré les nombreux problèmes techniques et juridiques qu’il pose.

Alors que se profile la fin des vacances et que se prépare la rentrée scolaire, le déploiement, depuis maintenant près d’un mois, du passe sanitaire est loin de se faire sans accroc.

Pourtant, initialement, les principes fixés semblaient clairs. Au moment du vote de la loi de « gestion de sortie de la crise sanitaire » du 31 mai dernier, le passe sanitaire ne devait pouvoir être exigé à partir du 21 juillet uniquement à l’entrée des « lieux de loisirs et de culture » rassemblant un nombre suffisant de personnes, avec un seuil tout d’abord fixé à 1 000 participants.

« Vous connaissez ma conviction personnelle au sujet du passe sanitaire : j’y suis favorable, à titre exceptionnel, pour de grands événements qui donnent lieu à un fort brassage ; en revanche, je ne suis pas du tout favorable à son application dans la vie courante », affirmait même le ministre de la santé Olivier Véran devant les députés.Contrôle de passe sanitaire à l’entrée d’un centre commercial à Bordeaux, le 17 août 2021. © Photo Stéphane Duprat / Hans Lucas via AFPContrôle de passe sanitaire à l’entrée d’un centre commercial à Bordeaux, le 17 août 2021. © Photo Stéphane Duprat / Hans Lucas via AFP

Le contrôle du passe, lui, devait être totalement sécurisé grâce à l’utilisation d’un QR code, que seule une personne dûment habilitée serait autorisée à lire grâce à une application dédiée ne conservant aucune donnée, « TousAntiCovid Verif ». Un dispositif censé être facile à mettre en place, notamment en raison du faible nombre d’événements concernés.

Trois mois plus tard, les plans du gouvernement ont été totalement balayés par la quatrième vague, due au variant Delta du Covid-19. Le nombre de lieux concernés par le passe sanitaire a explosé. Il a tout d’abord été étendu le 9 juillet aux discothèques, puis, le 9 août, « aux cafés, restaurants, centres commerciaux, hôpitaux, maisons de retraite ainsi qu’aux voyages en avion, train et car pour les trajets de longue distance ». Et avec la rentrée, il devrait être appliqué à de nouvelles activités et de nouveaux lieux, comme ceux liés aux sports amateurs.

Cette remise en cause de la promesse gouvernementale de ne pas viser les activités quotidiennes des Français a nécessité l’adoption d’une nouvelle loi. Elle est également à l’origine de nombreuses tensions et résistances de la part des citoyens. Elle pose en outre de nombreuses questions techniques et juridiques. Mediapart fait le point sur la situation.

  • Centres commerciaux : une extension qui passe mal

Mercredi 18 août, une quarantaine d’opposants au passe sanitaire se sont réunis devant le centre commercial Tempo à Pau et ont tenté de pénétrer dans le magasin Leclerc en refusant de présenter leur passe sanitaire. Ils ont été repoussés par les forces de l’ordre sans incident notable.

Des manifestants #AntiPassSanitaireessaient d’entrer au leclerc de Pau sans QR code cette fin de matinée pic.twitter.com/DWQgUNf3zL— France Bleu Béarn Bigorre (@FB_BearnBigorre) August 18, 2021

Mais ce type de manifestation risque de se répéter. L’extension du passe sanitaire aux centres commerciaux est en effet pour beaucoup une remise en cause du principe selon lequel le passe sanitaire ne doit pas conditionner l’accès à certains biens essentiels. Comme le rappelle Libération, le décret du 7 août dernier, détaillant le dispositif, dispose bien que celui-ci doit garantir « l’accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi que, le cas échéant, aux moyens de transport ».

Le problème est que, dans le cas des grands centres commerciaux, ceux-ci hébergent bien souvent des commerces proposant des biens de première nécessité, comme des pharmacies. Cette difficulté avait été soulignée par le Conseil d’État dans son avis rendu 19 juillet, qui s’inquiétait que le dispositif soit « susceptible de concerner tout particulièrement l’acquisition de biens de première nécessité, notamment alimentaires, et cela alors même qu’aucun autre établissement commercial ne serait accessible à proximité du domicile des intéressés ».

De même, dans son avis rendu le 12 mai dernier sur la question, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) n’avait accordé son aval au passe sanitaire qu’en raison de sa limitation « aux seuls événements les plus à risque de diffusion épidémique en raison du grand nombre de personnes présentes, d’exclure les lieux qui ont trait aux activités quotidiennes (restaurants, lieux de travail, commerces, etc.) où il est difficile de ne pas se rendre ».

Actuellement, le passe sanitaire est exigé à l’entrée des centres commerciaux de plus de 20 000 mètres carrés situés dans des départements où le taux d’incidence dépasse les 200 cas pour 100 000 habitants. Mais ce seuil n’est qu’indicatif. Ainsi, en région parisienne, où le taux d’incidence est inférieur audit seuil, 8 centres commerciaux sont concernés. Selon un décompte de France Info, à la date du 16 août, le passe sanitaire était exigé au total à l’entrée de 144 centres commerciaux en France.

  • Rentrée scolaire : la grande inquiétude

« Pour les cours, pas de passe sanitaire de l’école maternelle jusqu’à la fac », promettait le 5 août Emmanuel Macron dans une vidéo diffusée sur Instagram. « Je veux que la rentrée se passe dans les meilleures conditions possibles », poursuivait le chef de l’État. À deux semaines de l’échéance, les inquiétudes restent cependant nombreuses.

https://www.instagram.com/tv/CSKQNYejXrp/embed/?cr=1&v=13&wp=540&rd=https%3A%2F%2Fwww.mediapart.fr&rp=%2Fjournal%2Ffrance%2F190821%2Fle-passe-sanitaire-s-impose-malgre-les-impairs%3Futm_source%3D20210822%26utm_medium%3Demail%26utm_campaign%3DQUOTIDIENNE%26utm_content%3D%26utm_term%3D%26xtor%3DEREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20210822%26M_BT%3D1153#%7B%22ci%22%3A0%2C%22os%22%3A1625%2C%22ls%22%3A1546%2C%22le%22%3A1621%7D

En effet, si le passe sanitaire ne sera pas demandé à l’entrée des établissements, beaucoup redoutent un protocole sanitaire particulièrement strict conduisant de facto à une obligation vaccinale pour les adolescents. Ces craintes ont été fortement alimentées par le ministre de l’éducation nationale lui-même.

Le 26 juillet, sur France Info, Jean-Michel Blanquer avait ainsi annoncé que « dans l’enseignement secondaire », lorsqu’un cas de contamination sera détecté, « les élèves non vaccinés seront évincés » de la classe et « seront en enseignement à distance ». Les élèves vaccinés, eux, pourront continuer de suivre les cours en présentiel. « C’est évidemment une forte incitation à être vacciné », reconnaissait Jean-Michel Blanquer.

Cette annonce avait suscité de vives réactions, notamment des syndicats d’enseignement, qui s’inquiètent des risques d’exclusion et des modalités pratiques de vérification de l’état de vaccination des élèves.

Mardi 17 août, le ministère de la santé suscitait une nouvelle levée de boucliers en faisant savoir, auprès de CNews, que des « sorties scolaires » dans des centres de vaccination seraient organisées pour les élèves de plus de 12 ans, âge à partir duquel il est possible de se faire vacciner.

Selon Le Canard enchaîné, lors d’un conseil de défense organisé en visioconférence le mercredi 11 août, Emmanuel Macron aurait tapé du poing sur la table en demandant à ce que son ministre de l’éducation nationale précise au plus vite le protocole sanitaire de cette rentrée scolaire.

À l’occasion d’un déplacement dans les Hauts-de-Seine jeudi 19 août, Jean-Michel Blanquer a tenté de rassurer en affirmant qu’« il n’y a évidemment pas de passe sanitaire pour aller à l’école » et que la campagne de vaccination se ferait « sur le mode de l’incitation »« L’école doit être la plus ouverte possible pour tous les enfants de France », a-t-il promis.

  • Une pénurie de contrôleurs

L’explosion du nombre de lieux concernés par le passe sanitaire pose un autre problème que le gouvernement n’avait pas anticipé : celui du nombre de personnes disponibles pour contrôler celui-ci. Les textes prévoient que la vérification doit être effectuée par une personne habilitée et désignée pour cette fonction ; et le contrôle réalisé avec une application spécifique, TousAntiCovid Verif.

Si, pour les restaurants et les bars, le contrôle peut être effectué par l’exploitant lui-même, pour les centres commerciaux et établissements plus importants, ce travail supplémentaire nécessite la création d’un poste spécifique. Or les professionnels du secteur de la sécurité privée alertent depuis plusieurs jours sur leurs difficultés grandissantes à embaucher de nouveaux vigiles.

Une pénurie aggravée par l’entrée en vigueur de la loi « sécurité globale » qui a durci les conditions d’obtention de l’accréditation permettant de travailler dans la sécurité privée. Ce texte impose désormais au candidat de disposer d’un titre de séjour de plus de cinq ans. « C’est en train de supprimer entre 10 % et 20 % des candidats potentiels »indique au Monde le secrétaire général du Groupement des entreprises de sécurité, Cédric Paulin. 

  • La chasse aux fraudeurs

Depuis le mois de juillet pullulent sur Internet des annonces proposant des « faux passes sanitaires » ou des « faux QR codes » pour un montant de quelques dizaines à quelques centaines d’euros. Une simple recherche sur un réseau social permet de tomber sur plusieurs de ces propositions.

Ces vrais-faux documents sont parfois fournis par des personnes travaillant au sein du système de vaccination. À la fin du mois de juillet, une contractuelle de la CPAM de Saint-Denis, travaillant dans un vaccidrive à Villepinte, a par exemple été condamnée à un an de prison ferme pour avoir créé 200 faux QR codes revendus sur Snapchat.

Mais ils peuvent également être obtenus à l’insu de la personne censée l’avoir délivré. Le Parisien rapporte ainsi, jeudi 19 août, la découverte de 111 passes sanitaires ayant été délivrés par un médecin en réalité en vacances, et travaillant en outre dans un autre centre de vaccination.

Quelques jours auparavant, l’Assurance maladie avait d’ailleurs alerté les professionnels de santé d’une hausse des signalements de tentatives de piratage de comptes AmeliPro. « Les systèmes de surveillance de l’Assurance maladie ont fait état depuis quelques jours de signalements de professionnels de santé ayant reçu des demandes d’authentification atypiques à leur outil d’identification dématérialisé », prévenait l’Assurance maladie.

Mais ces combines ne sont pas sans risques. La loi tout d’abord punit de 135 euros d’amende l’utilisation frauduleuse d’un passe sanitaire, une peine augmentée à 1 500 euros en cas de récidive dans les quinze jours, et à 3 750 euros et six mois de prison en cas de nouvelle récidive dans les trente jours.

De plus, comme le rapporte Libération, si la personne ayant obtenu un faux passe sanitaire souhaite par la suite se faire réellement vacciner, elle sera confrontée à une impasse au sein du système informatique de l’Assurance maladie où elle sera déjà enregistrée.

  • Des inquiétudes persistantes pour les données personnelles

Enfin, comme l’a déjà évoqué Mediapart au mois de juin dernier, le dispositif technique sur lequel repose le passe sanitaire est loin d’être totalement sécurisé. Le QR code, tout d’abord, comporte en lui-même des informations pouvant être facilement lues. Les contrôles sont effectués via l’application TousAntiCovid Verif utilisée par le contrôleur qui est censé ne conserver aucune donnée.

Jeudi 19 août, trois chercheurs en sécurité informatique ont alerté sur la découverte d’une nouvelle faille dans l’application TousAntiCovid. Selon leurs travaux, l’application transmet, dans le cadre de la collecte de statistiques, trop d’informations au serveur central, permettant ainsi l’identification de certains utilisateurs et la récupération de certaines informations.

Contrôle vaccinal des soignants : « quand une mesure brutale du gouvernement conduit à des dérives illégales » (Communiqué)

08/08/2021

Émis par : SNPHARE

https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/179785/controle-vaccinal-des-soignants-quand-une-mesure-brutale-du-gouvernement-conduit-a-des-derives-illegales-communique/

La 4ème vague COVID tombe en plein été, en commençant par les régions touristiques, et vient attaquer un hôpital public à genoux, en grave pénurie de personnels. La loi sur le PASS SANITAIRE, promulguée en urgence, a déjà des effets très inquiétants pour les professionnels de santé. 

En effet, l’échec cuisant de la communication et de la pédagogie sur l’intérêt de la vaccination des soignants, couplé à la loi sur la PASS sanitaire, va interdire brutalement l’accès à leur lieu de travail aux soignants non vaccinés – à moins de se faire trouer le nez tous les trois jours. Ce lundi sera la grande inconnue sur les professionnels effectivement en poste…

Cette dernière agitation gouvernementale de l’été conduit désormais à des dérives de certains directeurs d’hôpitaux pour ficher les soignants sur leur état vaccinal, au vu et au su de tous. Cela va du tableau Excel à remplir par le chef de service ou le cadre de pôle à l’inscription sur un portail informatique, avec port d’une pastille sur le badge pour les professionnels vaccinés.

Le SNPHARE dénonce cette pratique totalement illégale : non seulement seul le service de santé au travail n’est autorisé à avoir des renseignements médicaux sur les soignants, mais encore il est interdit de tenir ces fichiers nominatifs. Le SNPHARE a alerté la DGOS pour dénoncer ces faits, et saisira les instances ad hoc au besoin :si le problème a rapidement été réglé à Mayotte, il est urgent qu’il le soit à l’AP-HP, et dans d’autres établissements le cas échéant.

De nombreux hôpitaux sont sous tension, ne sont pas soulagés par les annonces de plans blanc et ne tiennent que grâce au dévouement des soignants, qui se voient moralement contraints d’accepter un volume horaire supplémentaire. La conscience professionnelle n’est pourtant pas un totem d’immunité contre l’épuisement et ses conséquences.

La réaction panique du gouvernement face à la 4ème vague est contre-productive. Vider l’hôpital de sa main d’œuvre en pleine situation de crise, inciter à la maltraitance institutionnelle, il ne manquait plus que ça !

Le SNPHARE se voit obligé d’exiger

  • L’arrêt immédiat de tout demande d’information médicale par l’employeur hors service de santé au travail, et donc l’annulation de toutes mesures de fichage et d’identification des personnels sur leur état vaccinal
  • Une réflexion sereine sur la vaccination des professionnels de santé, et sur la conduite à tenir chez les non-vaccinés, en collaboration avec les organisations professionnelles syndicales.

Contact : Anne Wernet – anwernet.snphar@gmail.com

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/20/application-tres-variable-du-pass-sanitaire-en-italie/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/15/la-contestation-au-pass-sanitaire-ne-faiblit-pas-un-14-aout-et-senracine-dans-la-duree/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/12/passe-sanitaire-comment-macron-a-pris-tout-le-pouvoir-entretien-avec-lavocat-et-defenseur-des-libertes-vincent-brengarth/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/12/17946/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/12/une-societe-qui-a-substitue-la-defiance-a-la-foi-emmanuel-hirsch-professeur-dethique-medicale/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/11/macron-un-liberalisme-autoritaire/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/09/les-contestations-anti-pass-sanitaire-ont-leur-specificite-francaise-contre-le-gouvernement-et-contre-macron-les-propos-dolivier-veran-attisent-le-feu/

Le cri de « liberté ! », alpha et oméga du rêve politique de démocratie, est détourné de son sens historique par les plus réactionnaires des mouvements politiques contemporains – « Le pseudo centre de Macron, néolibéralisme autoritaire n’a-t-il pas usurpé la liberté » (F. Pierru) https://wordpress.com/post/jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/17637

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/07/26/il-nous-faut-choisir-entre-defenseurs-irreductibles-de-la-liberte-individuelle-et-partisans-dun-civisme-sanitaire/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/07/25/17023/ :

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/07/23/le-passe-sanitaire-passe-mal-a-lassemblee-nationale/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/07/22/pour-certains-des-mesures-qui-vont-renforcer-les-inegalites-territoriales-generationnelles-et-sociales-pour-dautres-ce-sont-des-mesures-evidentes/

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/25/on-a-eu-tendance-a-interpreter-les-hesitants-comme-des-refractaires_6085663_3244.html

Dr Jean SCHEFFER:

En ce qui me concerne, le principe d’un pass en période de pandémie ne me choque pas tant que l’immunité collective n’est pas suffisante. (Il suffit de voir le nombre d’hospitalisations et de décès dans les Antilles, au Brésil… régions ou le taux de vaccination est très faible)

Ce qui me choque:                                                                                                                                                                                                                                -C’est qu’il ne soit pas négocié et débattu avant son application avec les élus, syndicats et associations…Il y a une absence complète de dialogue par un pouvoir autocratique, mais pas dictatorial.                                                                                                                                                                                              -C’est qu’il est en contradiction avec des données scientifiques: vaccination des jeunes < 12 ans (les données bénéfice risque ne sont pas favorables en raison de quelques complications vaccinales), pas de port de masque en milieu clos)…                                                                                                                                 -C’est que sur le plan éthique on ne peut empêcher patients et familles de pénétrer dans les établissements de santé et dans les EHPAD. Il suffit de tester à l’entrée et de ne pas sélectionner par des vigiles.                                                                                                                                                                              -C’est qu’il oblige insidieusement les anti vaccins à se faire vacciner, alors que la persuasion est bien plus préférable.                                                                   Pour autant je ne suis pas prêt à manifester le Samedi derrière Florian Filippot et tous ces citoyens d’extrême droite qui se présentent comme défenseurs de la Liberté.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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