La vaccination des enfants, nouvelle peur des manifestants anti-passe sanitaire
Quelque 175 000 manifestants, soit 40 000 de moins que la semaine précédente, se sont retrouvés dans toute la France pour le sixième samedi consécutif. A Paris, 15 000 manifestants ont battu le pavé, en ordre dispersé.
Par Raphaëlle Bacqué et Marceau Taburet Publié le 21 août 2021 à 21h34, mis à jour à 09h59
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https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/21/la-vaccination-des-enfants-nouvelle-peur-des-manifestants-anti-passe-sanitaire_6092021_3244.html

Au sixième samedi de manifestations, les protestataires anti-passe sanitaire – et souvent également antivaccin – se retrouvent presque en habitués, maintenant. Dans toute la France, 175 000 manifestants, selon la police, se sont ainsi rassemblés (40 000 de moins que le samedi précédent), souvent à l’appel des « gilets jaunes », parfois de l’extrême droite.
A Paris, samedi 21 août, 15 000 personnes ont ainsi battu le pavé, en ordre dispersé. Un rassemblement a en effet été organisé par Florian Philippot, ancien conseiller de Marine Le Pen désormais leader de son propre mouvement – Les Patriotes – ; et pas moins de trois autres manifestations étaient encadrées par les « gilets jaunes » venus des huit départements d’Ile-de-France où, devant la recrudescence de l’épidémie, le passe sanitaire est désormais imposé jusque dans les grands centres commerciaux.
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Trois manifestations « gilets jaunes » ? « Nous obligeons ainsi la police à diviser ses unités, assure Farouk Largo, l’un de leurs porte-parole du Val-d’Oise, et nous sommes aussi plus visibles dans différents points de la capitale. » Les gendarmes mobiles qui encadrent les manifestants et tentent de les empêcher de dévier leur parcours vers les Champs-Elysées, sont d’ailleurs copieusement pris à partie : « Pute à Macron ! », « Collabos ! » « On va vous vacciner ! », hurlent à leur intention quelques manifestants sans pour autant se frotter à eux.
Des envies de révolution
Il y a là des copains de boulot, des familles avec leurs gamins, des retraités qui crient « Liberté », chantent La Marseillaise et rêvent d’organiser, comme ce manifestant qui en a inscrit la liste sur sa pancarte « une grève massive de la fréquentation des bars, cafés, restaurants, hôtels, agences de voyages, événements sportifs et culturels » pour mettre à bas « le passe sanitaire, Macron, les flics et le système ».
Les médias aussi en prennent pour leur grade, accusés pêle-mêle de soutenir le gouvernement, les laboratoires pharmaceutiques et de cacher la réalité de l’épidémie. « C’est une grippette bénigne et saisonnière qui ne fait mourir que les vieux, mais les télés s’organisent pour faire peur aux gens afin de tous nous contrôler ! », assure ainsi avec véhémence Jessica Penet, venue des Yvelines comme chaque samedi pour protester.
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Il y a un drôle de mélange de contestation des élites, des envies de révolution et de guillotine, une défiance à l’égard de tout, et surtout du président de la République. « Vous allez voir, il va annuler les élections présidentielles et installer la dictature », assure ainsi Roger, sexagénaire, devant un groupe de jeunes gens qui avouent que, de toute façon, ils ne votent pas.
« Touchez pas à nos enfants »
Une autre crainte a aussi surgi, à quinze jours de la rentrée scolaire. Celle d’avoir l’obligation de vacciner les enfants, alors que le gros des manifestants croit encore, c’est visible sur les pancartes, que le vaccin « modifie l’ADN » et pourrait être un « poison »préparant un futur « génocide de l’humanité. » C’est sans doute le slogan qui réunit le mieux ces parents et grands-parents qui défilent. « Touchez pas à nos enfants ! »,clament ainsi plusieurs manifestants.
C’est la même crainte qui anime le défilé organisé par Florian Philippot, au cœur des quartiers bourgeois de la rive gauche parisienne. Là, la vaccination des enfants est comparée au « harcèlement scolaire » ou même à un viol par « pénétration avec une seringue ». Josette est ainsi inquiète. Sa fille lui a annoncé qu’elle était prête, s’il le fallait, à vacciner ses enfants et elle ne s’en remet pas : « Mes petits-enfants, c’est tout ce que j’ai de plus cher. Je ne veux pas qu’on les touche. »
A trois pas, une pancarte proclame : « Les enfants n’appartiennent pas à la République. »L’ex-numéro deux du Rassemblement national martèle d’ailleurs de son côté que « les mamans de France se lèvent et refusent que leurs enfants, y compris les nourrissons, se plient aux désidératas commerciaux des grands laboratoires ».
Florian Philippot, qui cherche depuis des mois à prendre la tête du mouvement de contestation des vaccins, lance devant une foule exaltée et une marée de drapeaux bleu-blanc-rouge : « Vous êtes des flammes, des lumières qui ne s’éteindront jamais. Nous ne capitulerons pas face à leurs mensonges. »
« Touche pas à Raoult »
Ce samedi, il est épaulé au micro par l’avocat Fabrice Di Vizio, dont les tirades véhémentes ont été popularisées par les émissions de Cyril Hanouna. « Cette crise n’a plus rien de sanitaire, c’est un prétexte. Ce qu’on a en face de nous, c’est une crise de civilisation », assure ce dernier, la mine grave.
La manifestation des Patriotes fustige, elle aussi, abondamment le gouvernement, les laboratoires pharmaceutiques, « l’oligarchie » et, enfin, l’Union européenne, bête noire du souverainiste Philippot, tous accusés d’anéantir la France et la liberté. Elle s’est cependant trouvé un nouveau symbole à défendre : le professeur Didier Raoult. Dans les défilés organisés ce samedi par les « gilets jaunes », jamais le nom du promoteur de l’hydroxychloroquine n’est cité, mais les manifestants d’extrême droite, eux, en font clairement leur héros.
Quelques jours auparavant, l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille a annoncé que l’infectiologue, âgé de 69 ans, allait prendre sa retraite et serait amené à quitter ses fonctions de professeur des universités et de directeur de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille, qu’il avait créé en 2011. Les manifestants, eux, n’en croient pas un mot. « C’est une décision politique !, affirme l’un d’entre eux. Ils l’ont viré parce qu’il ne recrache pas le discours officiel. »
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Dans le cortège, de nombreuses pancartes proclament : « Touche pas à Raoult. » A la tribune, Florian Philippot demande d’applaudir celui qui « dit la vérité ». Assurant qu’attaquer le professeur, qui n’a pas cessé de nier sur sa chaîne YouTube l’importance de l’épidémie, « c’est attaquer la France ».
Raphaëlle Bacqué et Marceau Taburet
*Anti-passe sanitaire : « C’est un mouvement sulfureux, difficile à récupérer pour un parti à moins d’un an de la présidentielle »
Selon le politologue Erik Neveu, si la mobilisation a des similitudes avec les « gilets jaunes », elle se condamne à l’impuissance si elle ne peut se traduire en propositions ou en relais politiques.
Propos recueillis par Abel MestrePublié le 07 août 2021 à 09h22 – Mis à jour le 08 août 2021 à 06h58
Temps de Lecture 4 min.
Entretien. Erik Neveu est professeur émérite de sciences politiques à l’université de Rennes et coauteur de Nouvelle sociologie politique de la France, avec Thomas Frinault et Christian Le Bart (Armand Colin, 300 p., 29 euros). Il décrypte pour Le Monde les manifestations contre le passe sanitaire, alors qu’un quatrième samedi de mobilisation doit avoir lieu, ce 7 août.
Comment peut-on expliquer la forte mobilisation des manifestations anti-passe sanitaire, au cœur de l’été ?
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Pour une part des participants, par une exaspération devant la multiplication des contraintes, des incohérences aussi des politiques publiques depuis dix-huit mois, par le sentiment bien fondé de ce que certaines décisions parachutées sans préavis sont inapplicables, quel que soit le jugement que l’on ait sur elles. Pour d’autres, par le sentiment d’être les victimes directes des choix gouvernementaux, comme c’est le cas des restaurateurs ou des acteurs culturels. Pour une autre catégorie de personnes, sans doute plus structurée politiquement, par des convictions anti-vaccins et anti-étatistes.
Y a-t-il un précédent d’une mobilisation sociale estivale ou est-ce inédit ?
Il y a eu, en 1953, une vague de grèves partie des PTT dans le Sud-Ouest et qui a gagné le pays entier. On peut penser aussi au mouvement de soutien aux sans-papiers qui occupaient l’église Saint-Bernard à Paris du temps du binôme Chirac-Juppé, au milieu des années 1990. Mais il faudrait introduire un autre paramètre : le besoin des rédactions de trouver de quoi remplir l’actualité en plein été. Ce qui a sans doute gonflé la couverture.
Peut-on comparer ces manifestations avec celles du mouvement des « gilets jaunes » ?
Le problème c’est que tous, universitaires et journalistes, allons désormais remplacer « mai 68 » par « gilets jaunes » comme étalon des mobilisations. On peut relever qu’il y a des figures des « gilets jaunes » investies dans le mouvement, que le gilet y figure comme symbole, que ce sont aussi en partie des profils sociologiques proches : niveau d’éducation inférieur à la moyenne, forte présence des indépendants, milieux souvent populaires.
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Comme pour les « gilets jaunes », le mouvement contre le passe sanitaire semble interclassiste. Il rassemble des membres de l’extrême droite mais aussi de la gauche, tout comme des citoyens sans appartenance partisane. Comment le définir politiquement ?
Il me semble que le cortège organisé par Florian Philippot et les Patriotes était assez mince. Comme pour les « gilets jaunes », il y a une logique de « double contrainte ». D’un côté, la majorité des manifestants ne veut pas risquer d’être « récupérée » par défiance ou aversion pour tout le spectre de l’offre politique. Et sauf à imaginer que le mouvement enfle et prenne les formes éruptives des « gilets jaunes » à leur apogée, il se condamne à l’impuissance s’il ne peut se traduire en propositions ou en relais politiques.
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Une mobilisation comme celle-ci peut-elle trouver un débouché politique ?
A court terme, on ne voit pas lequel… Des parrainages comme ceux de l’extrême droite ne sont guère porteurs. La frontière entre « anti-vaccins » et obscurantistes d’un côté, critiques plus audibles d’une politique de santé ou d’enjeux de libertés publiques de l’autre, est actuellement mal discernable. C’est un mouvement sulfureux, difficile à récupérer pour un parti à moins d’un an de la présidentielle, d’autant que le gouvernement prend appui sur des dérapages (le pharmacien agressé à Montpellier) pour le stigmatiser.
« Il y a sans doute dans (…) ce mouvement des questions raisonnables sur des enjeux de santé publique, de libertés publiques »
Mais si des acteurs politiques, tout en prenant des positions claires sur les vertus du vaccin et contre les délires simplistes sur l’étoile jaune ou l’apartheid, osaient dire qu’une partie des questions que pose le mouvement ne sont pas absurdes… Peut-on simultanément se poser en champions des Lumières et de la rationalité et continuer à fermer des lits quand on sait que c’est une des causes des tensions du système hospitalier et des drames du printemps 2020 ? Peut-on feindre de ne pas voir la fuite des personnels hors de l’hôpital public, que le « Grenelle » n’a pas réglée ? Ne serait-il pas plus clair de décréter la vaccination obligatoire que d’y contraindre de facto en suscitant peut-être plus de tensions et en donnant à des entreprises ou professionnels privés des obligations et pouvoirs de contrôle qui relèvent de la police et qui les embarrassent ? Bref, il y a sans doute dans la partie non complotiste, qui n’est pas d’extrême droite, de ce mouvement des questions raisonnables sur des enjeux de santé publique, de libertés publiques. Mais il faudrait une certaine audace à des forces politiques pour tenter de s’en emparer.
Qui pourrait le faire ?
Le Rassemblement national (RN) y risque sans doute le plus. S’emparer du mouvement pourrait donner des arguments pour qu’on le rediabolise. D’autant que le RN n’a pas besoin de bouger pour rester en position de force pour l’échéance présidentielle. Côté Europe Ecologie-Les Verts, les enjeux de la primaire augmentent la prise de risque, puisque être trop ouvert au mouvement c’est l’assurance de se faire traiter de démagogue ou d’irresponsable par un compétiteur. Enfin, en ce qui concerne La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon tente bien de dire – sur une base de libertés publiques – son opposition au passe sanitaire tout en posant sa distance avec les anti-vaccins. Mais il est peut-être dans une trop mauvaise séquence pour être audible, il peut craindre de voir s’ajouter à bien des accusations celle de s’allier à des gens suspects.
**Des profils très variés et une immense défiance envers les institutions : qui sont les opposants au passe sanitaire
De nouvelles manifestations sont prévues, samedi 7 août, dans près de 200 villes. Samedi 31 juillet, plus de 200 000 personnes aux profils très variés avaient manifesté, essentiellement dans des villes moyennes, en exprimant une profonde défiance à l’encontre de l’ensemble des institutions.
Par Luc BronnerPublié le 05 août 2021 à 05h34 – Mis à jour le 05 août 2021 à 07h48
Temps de Lecture 6 min.

C’est une discussion sur la messagerie Telegram d’un groupe d’opposants au passe sanitaire en région lyonnaise. Des manifestants, plutôt proches de l’extrême gauche, se désolent d’avoir entendu des slogans favorables aux forces de l’ordre dans les défilés à Lyon le 31 juillet. « Le seul truc qui m’a mis les nerfs, c’est les manifestants qui lancent : “La police avec nous !” », explique l’un d’entre eux sur le fil de conversation. Avant de relativiser : « Mais bon, pour la plupart, ce sont des gens qui n’ont pas l’habitude de manifester, des familles avec enfants ou des anciens… » Plus tard, sur le même canal d’échange, qui rassemble 800 membres, d’autres participants critiquent la présence de drapeaux bleu-blanc-rouge dans les défilés, associés à l’extrême droite. Réponse cinglante d’un autre membre : « Attends, faut m’expliquer. Bleu, blanc, rouge = facho, mais vous perdez la tête ou quoi ? »
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La discussion, parmi beaucoup d’autres, témoigne de la diversité des manifestants mobilisés, depuis plus de trois semaines, contre l’instauration par le gouvernement d’un passe sanitaire afin de lutter contre le Covid-19. Des militants d’extrême gauche, des militants d’extrême droite, des « gilets jaunes » mais aussi beaucoup de manifestants venus seuls, entre amis ou en couple. Sur les réseaux sociaux, comme dans les défilés organisés les samedis dans plus de 180 villes, le mouvement de contestation, sans leader affiché ni organisation nationale, le plus souvent sans service d’ordre, a surpris par son ampleur en plein été, période peu propice aux mobilisations, mais aussi par sa radicalité et sa capacité à agréger des manifestants très différents, parfois en franche opposition sur d’autres sujets, souvent unis par un vif rejet d’Emmanuel Macron.
La géographie du mouvement
Au fil des manifestations dans les rues et des échanges sur les groupes Facebook et Telegram, se dessine un premier portrait de cette mobilisation, commencée le 17 juillet avec 110 000 manifestants dans les rues (selon le ministère de l’intérieur), 161 000 le 24 juillet puis 205 000 le 31 juillet, et qui se poursuit par de nouveaux appels à manifester samedi 7 août. D’abord sur la géographie du mouvement : le défilé le plus important a certes eu lieu à Paris (14 000 personnes) tandis que des rassemblements significatifs étaient enregistrés dans les principales métropoles comme Montpellier (10 000), Nice (6 500) ou Bordeaux (5 500).
Mais, selon nos décomptes, les dix plus grandes villes françaises n’ont comptabilisé qu’un peu plus du quart des 205 000 manifestants. La mobilisation a été, en réalité, plus significative dans des villes comme Toulon (13 000 personnes, dont « beaucoup de familles », selon la préfecture du Var), Mulhouse (5 000), Caen (5 000), Pau (4 000), Chambéry (4 000) ou Angers (3 800). La police a également comptabilisé 3 000 manifestants à Perpignan, Colmar, Bayonne ou Clermont-Ferrand, 2 400 à Vannes, près de 2 000 à Albi, 1 000 à Foix ou Périgueux, etc.
« Ce qui caractérise les manifestations, c’est qu’elles sont protéiformes », Fanny Dombre Coste, première adjointe au maire de Montpellier
Dans les manifestations, comme dans les groupes Facebook, les profils apparaissent extrêmement variés. A Paris, les 24 et 31 juillet, parmi les personnes interrogées par Le Monde, se croisaient des trentenaires, des retraités, des informaticiens, des restaurateurs, des fonctionnaires, des employés du secteur social, des salariés de la santé, des soignants, des « gilets jaunes » mobilisés depuis trois ans, comme des primo-manifestants, des personnes vaccinées, d’autres qui refusent par principe, des électeurs du leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, assez nombreux, d’autres proches des micro-partis politiques de François Asselineau (UPR) ou Florian Philippot (Les Patriotes). « Ce qui caractérise les manifestations, c’est qu’elles sont protéiformes », relève Fanny Dombre Coste, première adjointe au maire de Montpellier, où la dernière manifestation a rassemblé des « gilets jaunes » de l’Hérault comme des touristes en vacances.
Cette diversité se retrouve dans les revendications et les slogans dans les défilés : « Nous ne sommes pas des cobayes », « A chacun son choix », « Mon corps m’appartient », « Ne touchez pas à nos enfants », « La pénétration forcée, c’est un viol », etc. A Lille, les manifestants ont défilé en reprenant des chants de supporteurs de football adaptés au refus du passe sanitaire. A Paris, des Marseillaise ont été régulièrement entonnées sur le parcours. Des ambiances festives ont été décrites un peu partout – il s’agissait dans certaines villes des premiers grands rassemblements depuis les périodes de confinement. A l’inverse, des incidents ont eu lieu dans certaines agglomérations, débouchant sur 72 interpellations le 31 juillet, notamment à Paris, Lyon, Toulouse et Nantes. Des manifestants s’en sont pris aux policiers, qualifiés de « putes à Macron », tandis que d’autres, un peu plus loin, les appelaient à la solidarité en chantant « Les policiers avec nous ».
Des mots violents
Ce qui relie les manifestants est une immense défiance à l’encontre de toutes les institutions. Contre les médias (accusés de complicité avec le pouvoir), contre les partis politiques (accusés de « lâcheté » en particulier au Parlement), contre les autorités sanitaires (accusées d’être « soumises » aux laboratoires), contre le gouvernement (accusé de dérive « dictatoriale »). « Non au PaSS », taguait un homme en reprenant les lettres des SS dans une rue de Paris, le 24 juillet. « Pass = dictature chinoise », indiquait une pancarte le 31 juillet. Les mots employés contre le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, fréquemment appelé à la « démission », sont particulièrement violents – relevant parfois de l’incitation au meurtre – et rappellent le mouvement des « gilets jaunes ».
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« On est entré en dictature avec Emmanuel Macron », explique ainsi Stéphane Vogel, 50 ans, informaticien, vacciné « sans avoir le choix », venu manifester le 24 juillet dans la capitale, et qui a prévu de revenir le 7 août avec son épouse, anti-vaccin : « C’est la première fois qu’elle manifestera de toute sa vie. »
« Avec le passe, on pourra fliquer tout le monde. C’est une atteinte aux libertés. On se demande où cela s’arrêtera », souligne, de son côté, Isabelle (en refusant de donner son nom), employée d’un groupe alimentaire. « Le risque, c’est que ce soit une première étape. Mais on ne lâchera pas », ajoute son compagnon, Camille, tous deux quinquagénaires et électeurs de Mélenchon. La mise en œuvre du passe sanitaire pour accéder aux hôpitaux en dehors des urgences est souvent dénoncée. De même, pour les risques de suspension du contrat de travail des personnels recevant du public.

La fracture entre pro et anti-vaccins s’entend dans les défilés. « Allez, les moutons ! », scandaient des manifestants, le 24 juillet, en sifflant des Parisiens aux fenêtres. A Montpellier, le samedi suivant, des pharmaciens réalisant des tests de dépistage ont été insultés, traités de « collabos » et d’« assassins » par des participants au défilé. Sur les milliers de manifestants à Paris, les 24 et 31 juillet, une poignée arborait des étoiles jaunes – un choix critiqué par d’autres manifestants.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Passe sanitaire : la longue quête des Français de l’étranger
La mobilisation témoigne d’une forme de colère comparable à celle exprimée, en 2018, par les « gilets jaunes ». Elle raconte aussi la banalisation des violences verbales, notamment sur les réseaux sociaux. Dans la manifestation, les anti-passe disent trouver une forme de solidarité face aux critiques reçues dès lors que leurs positions individuelles sont connues sur le vaccin ou le passe sanitaire. « Je ne discute plus avec personne, j’ai pris trop d’insultes. Là, je suis entourée de gens qui ont la même opinion que moi, ça fait du bien », raconte une manifestante de 39 ans dans le cortège du 31 juillet à Paris.
Dans les groupes sur Facebook, des témoignages sont publiés à propos des tensions vécues avec des proches. « Merci de m’avoir intégrée au groupe, je me sens un peu moins seule avec mes idées », explique une habitante de Wimereux (Pas-de-Calais) inscrite sur un groupe « liberté vaccinale ». Commentaire d’un autre membre du groupe : « Accrochez-vous et gardez le moral, c’est dur mais vous n’êtes pas seul, même si vous vous sentez en minorité dans votre entourage. »Notre sélection d’articles sur le passe sanitaire
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Covid-19 : vacciner les 12-18 ans, pour protéger les adolescents… mais surtout leurs parents et grands-parents https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/06/03/15412/