Publié le 19/08/2021
Paralysie faciale après vaccination anti Covid, c’est plutôt rare

Des cas de paralysie faciale survenus après l’administration de vaccins anti-Covid-19 ont été rapportés de manière anecdotique, sous forme de séries limitées ou de lettres à l’éditeur, mais aussi dans le cadre des essais randomisés qui ont conduit à leur mise sur le marché. Les rares études cas-témoins publiés ont dans le même temps abouti à des résultats discordants.
Une étude de population et une autre étude intracohorte du type cas-témoins, toutes deux réalisées à Hong Kong sous l’égide des autorités sanitaires à partir de bases de données électroniques, permettent d’estimer avec plus de précision la fréquence de cette complication neurologique. Deux vaccins ont été utilisés sur une large échelle entre le 23 février et le 4 mai 2021 : une première injection de CoronaVac (Sinovac Biotech, Hong Kong) a été administrée chez 451 939 personnes, et une du vaccin BNT162b2 (Pfizer–BioNTech) chez 537 205. Au total, dans les 42 jours qui ont suivi la vaccination, 28 cas de paralysie faciale cliniquement patente ont été rapportés après injection du CoronaVac et16 cas après injection du vaccin Pfizer.
Entre 2 et 5 cas pour 100 000 de paralysie faciale supplémentaires…
L’incidence standardisée de cette complication en fonction de l’âge (pour 100 000 sujets-années) a été estimée à 66,9 (intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 37,2 à 96,6) pour le CoronaVac et à 42,8 (IC 95 % 19,4 à 66,1) pour le vaccin Pfizer. Par rapport à la valeur observée dans la population générale non vaccinée, la différence en termes d’incidence a été estimée en valeur absolue à 41,5 (IC 95 % 11,7 à 71,4) pour le premier vaccin et à 17,0 (–6,6 à 40,6) pour le second : si l’on traduit cette différence par le nombre de cas supplémentaires post-vaccinaux pour 100 000 sujets, les chiffres correspondants sont respectivement de 4,8 et de 2,0.
Cette estimation a été complétée par une étude cas-témoins intra-cohorte qui a permis de calculer les odds ratios (ORs). C’est ainsi que 298 cas de paralysie faciale ont été comparés à 1 181 cas appariés selon l’âge, le sexe et le moment de l’inclusion dans l’étude. Pour le CoronaVac, le risque de paralysie faciale, de fait l’OR ajusté a été estimé à 2,835 (IC 95 % 1,415 à 4,022), versus 1,755 (IC 95 % 0,886 à 3,477) quant au vaccin de Pfizer.
Risque significatif avec le CoronaVac
Ces deux études suggèrent un risque de paralysie faciale post-vaccinale qui n’est significatif qu’avec le CoronaVac, l’un des vaccins composés du virus inactivé, fabriqués en Chine. Le risque serait en effet non significatif avec l’autre vaccin composé d’ARN messager, en l’occurrence le vaccin Pfizer. Ces résultats sont à interpréter avec prudence, compte tenu de la méthodologie et d’autres études sont nécessaires pour leur donner plus de poids. Même avec ce bémol et dans le cas du vaccin chinois, il semble que le rapport bénéfice/risque reste largement favorable à la vaccination, d’autant que le pronostic des paralysies faciales post-vaccinales serait favorable à moyen terme (9 mois), sous réserve d’une corticothérapie entreprise le plus rapidement possible après son installation. A confirmer également…
Dr Peter Stratford
RÉFÉRENCE
Eric Yuk Fai Wan et coll. : Bell’s palsy following vaccination with mRNA (BNT162b2) and inactivated (CoronaVac) SARS-CoV-2 vaccines: a case series and nested case-control study. Lancet Infect Dis 2021 : publication avancée en ligne 16 août. doi.org/10.1016/ S1473-3099(21)00451-5.