22 patients en attente pour une seule place en réanimation à Fort de France en Martinique

Publié le 23/08/2021

Désorganisation et tri des patients : le quotidien affligeant des hôpitaux Antillais 

Fort-de-France, le lundi 23 août 2021

https://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/desorganisation_et_tri_des_patients_le_quotidien_affligeant_des_hopitaux_antillais__188852/document_actu_pro.phtml

– Aujourd’hui, les premiers soignants de métropole arrivés le 10 août pour aider les hôpitaux de Martinique et de Guadeloupe sont de retour dans l’hexagone, alors que de nouveaux renforts restent nécessaires a alerté ce week-end le patron de l’Agence régionale de santé. Tout au long de ces presque quinze jours, ils auront pu mesurer le caractère indispensable de leur présence. « On a reçu vraiment beaucoup d’aides de la métropole. Ça a commencé avec les réservistes et après il y a eu ces aides qui ont été très médiatisées et ça change tout. Ça a amené beaucoup d’énergie et ça a permis d’éviter que l’hôpital ne s’écroule » a ainsi confié le directeur général du CHU de Martinique, Benjamin Garel à France TV. Grâce à ces médecins, infirmiers et aides-soignants venus de la France entière, le nombre de lits disponibles a en effet pu considérablement augmenter. Ainsi, le nombre de places en soins critiques a été multiplié par quatre en Martinique, pour atteindre 100 lits, dont cinquante-cinq au CHU et dix-huit au sein du module militaire de réanimation. Même exploit en Guadeloupe où l’on compte désormais quatre-vingt-quatre lits de réanimation, contre vingt-sept hors période de crise.

Des améliorations structurelles possibles

Si les augmentations plus que significatives de ces capacités ne peuvent que donner aux soignants venus en renfort le sentiment d’une parfaite utilité de leur mission, les médecins et infirmiers reviennent cependant souvent durablement marqués par les quelques jours passés aux Antilles.

Plusieurs ont exprimé leur sidération sur Twitter ou dans les médias. Ils ont ainsi par exemple évoqué leur sentiment d’une désorganisation des établissements. En Guadeloupe, le Professeur Louis Bernard, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Tours déplore interrogé par France Bleu : « S’il y avait une meilleure structure, les choses seraient différentes. Nous pourrions gérer plus facilement les flux de malades. Il devrait y avoir une organisation quasiment militaire dans une période de guerre contre le Covid mais ce n’est pas le cas. On se retrouve avec des patients qui restent 48-72 heures aux urgences, qui aggravent leur cas et qui contaminent d’autres personnes qui sont admises pour d’autres raisons » décrit-il. Il remarque encore : « C’est compliqué de dire ce qui ne va pas, de leur faire changer de mode de fonctionnement. On ne veut pas froisser non plus les équipes guadeloupéennes. Mais c’est vrai qu’on s’attendait à être en renfort et on est plus finalement suppléants de dysfonctionnements. On remplace des gens qui ne sont pas là ». Il faut dire que faute de vaccination notamment, un nombre important de soignants antillais a été contaminé par la Covid.

Inévitable tri

Plus encore que la désorganisation, c’est l’inévitable tri des patients qui marque les esprits. Les déclarations en début de semaine dernière de deux infirmières dans la Voix du Nord, affirmant que le CHU de Pointe-à-Pitre n’accueillait plus aucun patient de plus de 50 ans en réanimation, avaient soulevé une forte émotion. Elles sont néanmoins nuancées. Le docteur Marc Valette assure ainsi dans le Monde : « La priorisation se fait à un moment donné, en fonction du nombre de demandes à cet instant-là et du nombre de lits disponibles (…). Le jour où l’article de La Voix du Nord disait « pas de patients de plus de 50 ans en réanimation », on accueillait des malades de 63 ans en réanimation, et aujourd’hui [mercredi 18 août], une patiente de 69 ans est partie en évacuation sanitaire ». « Nous raisonnons par l’éthique : concrètement, nous évaluons qui a le plus de chance de s’en sortir. Le choix peut être lié à l’âge, mais aussi aux comorbidités et aux conditions physiologiques en général. Nous faisons au cas par cas », renchérit de son côté, cité par le Figaro, Benjamin Garel. De la même manière, tous les réanimateurs tiennent à rappeler que la priorisation fait partie du quotidien de leur métier. Valentin de la Noue, interne en Champagne et membre de l’Association Nationale des Jeunes Médecins Intensivistes Réanimateurs signale ainsi dans le Figaro : « Le tri est le quotidien des réanimateurs, même en temps normal. La décision est simplement logique lorsque la réanimation et sa pratique invasive risquent de mettre le patient à trop rude épreuve, étant donné leurs capacités physiologiques. Mais le choix devient problématique lorsqu’il ne relève plus du seul intérêt du patient, mais d’un manque de moyens et de lits ». Ainsi, tous les soignants confirment que beaucoup de patients qui lors des vagues précédentes auraient été admis en réanimation sont écartés. « On a actuellement vingt-deux patients en attente d’une place en réa. Et encore, si on appliquait les critères de la troisième vague, ça nous ferait une bonne centaine de patients en attente. Vous avez cinquante patients, il y a deux places : comment faire ? » résume ainsi dans Le Monde, le docteur Cyrille Chabartier, chef du service de réanimation polyvalente à l’hôpital Pierre-Zobda-Quitman (Fort-de-France).

Des patients de plus en plus jeunes

Les équipes sur place confirment également qu’un nombre important de patients sont jeunes. « Aujourd’hui, un tiers de nos lits sont occupés par des jeunes entre 20 et 35 ans. Certains jours, les patients que nous accueillons ne dépassent pas 40 ans », remarque par exemple Benjamin Garel.

Cependant, refusant la fatalité, les soignants utilisent toutes les forces en présence. Au sein du Chu, le docteur Sébastien Couraud, chef du service de pneumologie à l’hôpital Lyon-Sud a ainsi déployé six lits d’oxygénothérapie haut débit. « L’idée, c’est de proposer une alternative thérapeutique, dans des conditions dégradées. On sait que c’est un traitement efficace pour des personnes qui n’ont pas accès à la réanimation dans l’immédiat », relève-t-il dans Le Monde. Cependant, les renforts savent que leur inventivité peut être limitée par le manque de moyens matériels. Ainsi, si l’acheminement par la marine nationale de 100 tonnes d’oxygène médical depuis la Guyane éloigne le spectre de la pénurie, « on est limité par le débit d’oxygène dans l’établissement. Les tuyaux ne sont pas dimensionnés pour les débits qu’on administre actuellement sur le site », relate le docteur Cyrille Chabartier.

Les décès en hausse de 129 % en Guadeloupe entre le 9 et le 15 août

Dans cet enfer, les équipes médicales savent que la baisse de l’incidence (961/ 100 000 ce 23 août en Martinique, contre 1147/100 000 entre le 9 et le 15 août) observée ces derniers jours ne leur offrira du répit que dans dix ou quinze jours et que la pression dans les établissements devrait encore être forte dans les prochaines semaines. Aujourd’hui en effet, la tension hospitalière atteint 245 % en Guadeloupe et 485 % en Martinique. Derrière ces chiffres, l’envolée des décès est également éprouvante. On recense en moyenne 12 décès quotidien en Guadeloupe et huit en Martinique. L’excès de mortalité générale a été confirmé dans son dernier bulletin par Santé Publique France : la hausse a ainsi atteint du 9 au 15 août + 129 % en Guadeloupe. Santé publique France indique encore que depuis début juillet, 40 % des décès aux Antilles sont liés au Covid 19.

Dans ce contexte, les autorités commencent à réfléchir en Martinique comme en Guadeloupe à un report de la rentrée, alors que la forte contagiosité du variant Delta n’épargne pas les enfants et adolescents. Des décisions pourraient être annoncées cette semaine, alors qu’à l’issue d’une rencontre au rectorat, le président du Conseil Exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, Serge Letchimy a annoncé vendredi le report de la rentrée des agents qui travaillent dans les collèges et lycées qui était prévue aujourd’hui. De leur côté, les parents d’élève de Guadeloupe ont fait part de leur inquiétude quant aux conditions de la rentrée. Cependant, il est notable que leur communiqué ne se concentre pas uniquement sur la situation épidémiologique mais aussi sur la vaccination.

« Nous sommes contre toutes les formes d’obligation vaccinale liées au Covid-19 », « contre l’application du passe sanitaire », « contre les campagnes vaccinales en milieu scolaire […] et contre l’éviction systématique des élèves cas contacts non vaccinés », s’insurge ainsi la fédération des associations de parents d’élèves de Guadeloupe. Cette intervention témoigne que la gravité de la situation n’a nullement conduit les anti vaccins à modérer leurs ardeurs. La présentatrice de Radio Caraïbes International qui répète chaque jour le nom des morts en Martinique en est un exemple marquant : après avoir exhorté la population à écourter cette liste grâce à la vaccination, elle a reçu de très nombreuses insultes.

Aurélie Haroche

Tri des patients en Guadeloupe : les plus de 50 ans ne sont plus acceptés en réanimation

  • Un tri des patients se fait à l'entrée des hôpitaux en Guadeloupe.Un tri des patients se fait à l’entrée des hôpitaux en Guadeloupe. MAXPPP – DAN HIMBRECHTS

Coronavirus – Covid 19,  France – MondePublié le 19/08/2021 à 12:09

https://www.ladepeche.fr/2021/08/19/tri-des-patients-en-guadeloupe-les-plus-de-50-ans-ne-sont-plus-acceptes-en-reanimation-9740182.php?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&Echobox=1629375632&fbclid=IwAR1A6wdnsakLhwxBVsWpEMv65cxrBVourw738b7ozC3sb3otyqmLeEJh7lQ#xtor=%5B%5BDDM-PRINCIPAL%5D%5D

l’essentiel

Alors que les Antilles sont frappées par la quatrième vague de Covid-19, les hôpitaux sont surchargés. Selon une source hospitalière, un tri se serait donc opéré en Guadeloupe, où certains patients ne sont plus acceptés à l’entrée des hôpitaux ou en service de réanimation.

Depuis plusieurs semaines, les Antilles, dont la situation sanitaire est jugée « d’extrêmement grave » par le ministre des Outre-mer Sébastien Lecournu, subissent de plein fouet les effets de la quatrième vague de Covid-19. La Guadeloupe et la Martinique sont aujourd’hui les départements les plus touchés dans le pays. Pour faire face à cette situation, un tri des patients à l’entrée de l’hôpital et au niveau de l’admission en service de réanimation devrait s’effectuer, selon une source du Courrier Picard.

A lire aussi : Alerte au Covid-19 dans les Antilles : trois chiffres qui montrent qu’une catastrophe sanitaire est en cours

Ce tri en service de réanimation s’opérerait à partir de 50 ans et depuis ce lundi. « Les malades au-dessus de 50 ans et ceux en dessous ayant au moins un facteur de comorbidité ne sont plus intubés, confient au quotidien deux infirmières du CH de Dunkerque, envoyées en renfort à l’hôpital de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe la semaine dernière. La perte humaine sera énorme malgré toutes les bonnes intentions. Plus les jours passent, plus on se rend compte que la situation est catastrophique ! Les gens meurent dans les couloirs faute de place ».

L’information a été confirmée par le quotidien L’Echo de la Lys, dans les colonnes duquel une infirmière a confié « qu’aujourd’hui, ne pas être admis en réanimation c’est possible si vous n’avez pas 50 ans. On recule encore une fois. Les plus de 50 ans ne reçoivent malheureusement pas les soins auxquels ils pourraient prétendre ». Aux Antilles, la couverture vaccinale est trois fois inférieure à celle de la métropole. Salomé Dubart
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« Vous avez 50 patients, il y a deux places » : en Martinique et en Guadeloupe, des médecins acculés à faire le tri

L’état d’urgence sanitaire est décrété sur ces îles des Antilles, où les centres hospitaliers sont saturés. 

Par Jean-Michel Hauteville(Fort-de-France (Martinique), correspondance) et Quentin Peschard Publié aujourd’hui à 11h29, mis à jour à 16h35  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/20/vous-avez-50-patients-il-y-a-deux-places-aux-antilles-les-medecins-accules-a-faire-le-tri_6091898_3244.html

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Un centre de vaccination en Martinique, le 13 août.
Un centre de vaccination en Martinique, le 13 août. LIONEL CHAMOISEAU / AFP

Malgré l’heure matinale, Cyrille Chabartier a les traits tirés dans son bureau du service réanimation polyvalente à l’hôpital de Pierre-Zobda-Quitman, à Fort-de-France. Ce jeudi 19 août, ce médecin anesthésiste-réanimateur vient de terminer une garde dans ce service qu’il dirige au sein du site principal du centre hospitalier universitaire (CHU) de Martinique. Vingt-quatre heures à tenter de sauver 55 patients, tous atteints de formes graves du Covid-19. Pour nombre d’entre eux, malgré les efforts de l’équipe soignante, l’issue est fatale. « Il y a beaucoup de décès. On a encore eu cette nuit le décès d’un jeune homme de 31 ans. Mort du Covid, constate le docteur Chabartier avec résignation. Il avait un certain surpoids, mais on a aussi des gens qui sont atteints de formes très graves, sans présenter aucun facteur de risque. »

Voilà déjà six semaines que la Martinique est confrontée à une vague sans précédent de la pandémie due au SARS-CoV-2. Lors de son allocution télévisée du 12 juillet, le président Emmanuel Macron avait décrété l’état d’urgence sanitaire sur cette île des Antilles et imposé un premier couvre-feu. Cependant, malgré le durcissement des restrictions, puis l’entrée du territoire en confinement renforcé le 10 août, la flambée des cas de Covid-19 s’y poursuit inexorablement.

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Mardi 17 août, l’agence régionale de santé (ARS) de Martinique annonçait que le taux d’incidence s’était établi à 1 147 cas pour 100 000 habitants dans la semaine du 9 au 15 août. Ce chiffre vertigineux est, paradoxalement, une bonne nouvelle : une semaine auparavant, le taux d’incidence était de 1 187. La Martinique pourrait donc avoir passé le pic de la quatrième vague de la pandémie. « Cette tendance à la diminution devra être confirmée la semaine prochaine », indique sobrement le dernier communiqué de l’ARS.

« 22 patients en attente »

Cette accalmie toute relative sur le plan des dépistages est loin d’avoir atteint les structures hospitalières de l’île. Le nombre de malades hospitalisés continue toujours d’augmenter : il s’établissait, le 17 août, à 444 patients atteints du Covid-19 dans les hôpitaux et cliniques de Martinique, dont 396 au CHU. C’est 103 de plus que la semaine précédente. En deux mois, le nombre de places en soins critiques a quadruplé sur le territoire : il a été porté à 100, dont 55 au CHU et 18 au sein du module militaire de réanimation, déployé à Fort-de-France début août.

Mais malgré cet effort d’augmentation des capacités, les centres hospitaliers sont saturés. Dans son bureau, le docteur Chabartier consulte son ordinateur. « On a actuellement 22 patients en attente d’une place en réa. Et encore, si on appliquait les critères de la troisième vague, ça nous ferait une bonne centaine de patients en attente, suggère le chef du service. Vous avez 50 patients, il y a deux places : comment faire ? »

Lire notre reportage : à la Martinique, le confinement se durcit pour contenir une flambée épidémique

Même s’ils le déplorent, les soignants du CHU de Martinique ne s’en cachent pas : face à l’explosion du nombre de patients, il faut choisir à qui on donne un lit. « Il y a un tri qui est fait », dit Bob Heger. Cet anesthésiste-réanimateur au CHU de Strasbourg est arrivé à Fort-de-France le 11 août. Il fait partie de ces plus de 300 soignants venus de métropole en renfort des équipes médicales antillaises. « On sait que les résultats d’une réanimation sur des personnes âgées ou avec beaucoup de comorbidités sont très mauvais, alors on privilégie ceux qui ont les meilleures chances d’en sortir vivants », confie le médecin alsacien.

Priorisation « beaucoup plus stricte »

French Health Minister Olivier Veran (R) meets health workers during a visit at the CHU hospital in Fort-de-France, Martinique, on August 12, 2021 as France’s government warned of an « extremely serious » Covid-19 crisis in the country’s overseas territories, especially in the Caribbean, saying that infection rates had climbed to levels unprecedented on the mainland. Martinique tightened a lockdown and told tourists to leave while similar measures were also expected on the nearby French overseas territory of Guadeloupe, a huge blow to the Caribbean islands at the height of the summer season. (Photo by Lionel CHAMOISEAU / AFP)

La Martinique n’est pas le seul territoire en extrême tension. En Guadeloupe, la quatrième vague a débuté plus tard, mais elle est plus virulente encore que dans l’île voisine. Dans la semaine du 9 au 15 août, le taux d’incidence s’est hissé à la valeur record de 2 156 cas pour 100 000 habitants, en hausse de 13 % sur une semaine. Les deux principaux hôpitaux de l’archipel, le CHU, à Pointe-à-Pitre, et le centre hospitalier de Basse-Terre, sont submergés. Là aussi, le tri des patients est inévitable. « La priorisation – à savoir de réserver les places de réanimations aux patients qui ont le meilleur pronostic –, c’est ce qu’on fait au quotidien, ça fait partie de notre activité », nuance Marc Valette, chef du service de réanimation du CHU de Guadeloupe. « Ce qui a changé, et ce qui rend les choses terribles cette fois-ci, c’est qu’on a besoin d’être beaucoup plus strict sur cette priorisation que ce qu’on est d’ordinaire. On n’a pas les moyens de donner accès à la réanimation à tous les patients pour lesquels on souhaiterait pouvoir le faire », regrette-t-il.

Pourtant, les hôpitaux guadeloupéens ont, eux aussi, augmenté leurs capacités. Le nombre de lits de réanimation est passé de 27 dans l’archipel à 84 actuellement, dont 57 au CHU. Des efforts insuffisants : tous les lits sont pleins. Marc Valette réfute néanmoins les propos relayés par certains médias hexagonaux sur la sévérité du tri. « La priorisation se fait à un moment donné, en fonction du nombre de demandes à cet instant-là et du nombre de lits disponibles, précise ce médecin réanimateur. Le jour où l’article de La Voix du Nord disait pas de patients de plus de 50 ans en réanimation, on accueillait des patients de 63 ans en réanimation, et aujourd’hui [mercredi 18 août], une patiente de 69 ans est partie en évacuation sanitaire. »

Lire le reportage : « On a l’impression d’être en guerre » : à la Martinique, le CHU est au bord de la saturation

Ces évacuations de malades en avion vers l’Hexagone se multiplient pour libérer quelques places à l’hôpital : le CHU de Guadeloupe en a d’ores et déjà organisé quinze. En Martinique, outre les douze patients déjà évacués, huit autres devraient suivre samedi 21 et dimanche 22 août. Mais cela ne suffit toujours pas. La pénurie de places en soins critiques a des conséquences dramatiques dans le reste de l’hôpital. « Notre service est démuni pour accueillir des personnes qui devraient être en réanimation. Nous perdons beaucoup de patients », se désole Audrey Lagier, infirmière dans une aile Covid du CHU de Fort-de-France.

Gestion du stock d’oxygène médical

Les équipes du CHU et les renforts métropolitains font feu de tout bois. Sébastien Couraud, chef du service de pneumologie à l’hôpital Lyon-Sud, s’apprête à mettre en place six lits d’oxygénothérapie haut débit, une technique déjà éprouvée dans le cadre de son service. « L’idée, c’est de proposer une alternative thérapeutique, dans des conditions dégradées. On sait que c’est un traitement efficace pour des personnes qui n’ont pas accès à la réanimation dans l’immédiat », explique le médecin lyonnais, arrivé mardi 17 août à Fort-de-France.

Avec tant de malades à mettre sous oxygène, un problème inédit taraude les médecins martiniquais : la gestion du stock d’oxygène médical sur l’île. La bonne nouvelle, c’est que le risque de pénurie s’éloigne. Un navire de la marine nationale est arrivé mercredi 18 août en Martinique avec plus de 100 tonnes d’oxygène médical produit en Guyane. Mais il y a une mauvaise nouvelle : « On n’a pas de restrictions par rapport aux quantités qu’on utilise, mais on est limité par le débit d’oxygène dans l’établissement, s’inquiète Cyrille Chabartier. Les tuyaux ne sont pas dimensionnés pour les débits d’oxygène qu’on administre actuellement sur le site. »

Jean-Michel Hauteville(Fort-de-France (Martinique), correspondance) et Quentin Peschard

SANTÉ – REPORTAGE

Covid-19 en Martinique : débordé, le CHU redoute le pic de la quatrième vague

18 août 2021 | Par Yasmine Sellami

http://www.mediapart.fr/journal/france/180821/covid-19-en-martinique-deborde-le-chu-redoute-le-pic-de-la-quatrieme-vague?utm_source=global&utm_medium=social&utm_campaign=SharingApp&xtor=CS3-5

Depuis trois semaines, la Martinique fait face à une quatrième vague de Covid-19 particulièrement meurtrière. À l’hôpital Pierre Zobda-Quitman à Fort-de-France, tous les lits de réanimation sont occupés alors que le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint. Reportage.

Fort-de-France (Martinique).- Trois corbillards sont stationnés à l’entrée de la morgue de l’hôpital Pierre Zobda-Quitman à Fort-de-France, chef-lieu de la Martinique. Sous un soleil brûlant, les employés des pompes funèbres vont et viennent pour régler des questions administratives et récupérer les corps des défunts, dont le nombre augmente chaque jour. Et dont les noms rallongent chaque matin les avis d’obsèques diffusés sur la radio locale, qui s’étalent désormais sur une heure de temps. 

Depuis trois semaines, la grande île fait face à une quatrième vague de Covid-19 particulièrement virulente. La population, dont moins de 20% a reçu ses deux doses de vaccin, est de nouveau strictement confinée, comme lors de la première vague. Mais la mesure tarde à porter ses fruits. Le dernier bilan hebdomadaire, publié mardi 17 août par l’agence régionale de santé, fait état de plus de 4 000 nouveaux patients positifs au virus. Et présente un taux d’incidence de 1 147 pour 100 000 habitants. Les médecins estiment que le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint. Le variant Delta, très contagieux, vient à peine de prendre le dessus.  

Les contaminations flambent, les décès suivent, la morgue déborde. Dominique Arade-Chenor, responsable depuis 2018 de cette unité de conservation des corps, raconte n’avoir jamais été confronté à une situation d’une telle ampleur. « En temps normal, on ne dépasse pas les 90 à 100 morts par mois. Là, on a eu 190 morts à l’hôpital alors que le mois n’est même pas fini ! Et 80% d’entre eux sont morts du Covid »,précise le dirigeant, derrière son masque FFP2. 

Mardi 17 août, à la morgue de l’hôpital Pierre Zobda-Quitman à Fort-de-France, en Martinique, des agents préparent les cercueils. © YS / Mediapart

Dos à lui, deux hommes, combinaisons, masques et gants de protection, s’activent. Ils déplacent des cercueils  entre la chambre froide et l’extérieur. Des corps inanimés seront transportés dans la journée. De quoi libérer un peu d’espace, dans cette zone qui reçoit en moyenne vingt morts par jour alors qu’elle n’est aménagée que pour vingt-cinq places au total. 

« On a beaucoup d’arrivées mais les départs ne se font qu’au bout de vingt à quarante-huit heures, voire plus. Sans parler du problème des autopsies. Les corps atteints du Covid-19, même sans vie, restent contaminants, on est obligés d’attendre dix jours avant de pouvoir y toucher, mais on n’a pas de place pour les garder aussi longtemps », regrette Dominique Arade-Chenor, dont la fatigue se lit sur le visage.

Avant, les pompes funèbres prenaient le relais, mais aujourd’hui, elles aussi sont saturées. Alors face à cette surcharge, le personnel s’arrange comme il peut. À savoir, en laissant les corps inertes dans des endroits où la température basse permet de les préserver dans un bon état. Et en incitant les proches à les récupérer rapidement. « On a fait en sorte qu’au-delà de trois jours à la morgue, les gens doivent payer 180 euros par jour supplémentaire. »

Des patients sur des lits de camps militaires

L’index qui défile sur l’écran de son smartphone, Dominique Arade-Chenor montre les images du nouvel équipement qui lui sera livré ce soir depuis l’hexagone : une morgue mobile lui sera envoyée par l’armée française. Et lui permettra d’avoir douze places réfrigérées supplémentaires. « C’est une bonne chose, mais ça reste tout de même insuffisant », constate celui qui a du mal à réaliser qu’il doit avoir recours à des équipements militaires. 

Et il n’est pas le seul à avoir ce sentiment au sein du personnel du centre hospitalo-universitaire de Martinique (CHUM). Quelques mètres plus loin, du côté des urgences, les soignants ont dû utiliser des lits de camps militaires face à l’afflux massif de nouveaux patients positifs au coronavirus. Quinze personnes étaient installées dessus. Une scène qui a marqué le docteur Yannick Brouste, chef du service des urgences. « C’est inhumain de devoir laisser les malades au sol comme cela. Je n’ai vécu ça que lors du tremblement de terre à Haïti. Faire ça pour le Covid, c’est difficile, mais on n’a plus le choix. Il n’y a plus de place. Désormais, c’est de la médecine de guerre », s’attriste le médecin. 

Le service enregistre entre quarante et cinquante nouvelles hospitalisations liées au Covid par jour. Le tableau des admissions affiche complet. Et pourtant, en cette matinée d’août, la liste risque encore se rallonger. Les trois chapiteaux aménagés à l’entrée pour tester et trier les malades ne désemplissent pas. Les camions de pompiers, le Samu et les voitures des particuliers arrivent à la chaîne. Avec, à leurs bords, des personnes, souvent dans un état déjà avancé de la maladie. 

Dimanche 15 août, zone de tri à l’entrée des urgences de l’hôpital Pierre Zobda-Quitman à Fort-de-France, en Martinique. © YS / Mediapart

Axel Andolfo est urgentiste à Médecins sans frontières (MSF) à Lille. Il n’a pas hésité à s’inscrire pour la réserve sanitaire, et vit ses premiers instants en renfort au CHUM. Sous les chapiteaux, il teste, mesure la tension artérielle et la saturation en oxygène, avant d’orienter les patients. Ceux atteints du Covid et en manque d’oxygène, seront admis aux urgences.

Mais impossible de les accueillir tous. Les couloirs sont déjà remplis de lits de malades en attente de chambres. Et un record a été atteint la veille, le lundi 16 août : 186 passages aux urgences pour un service avec une capacité de 100 par jour. « On a manqué de brancards, de prises pour l’oxygène et de place », énumère le chef de service. Avant d’évoquer la délicate question du « choix » des patients, non sans émotion. « Étant donné que nous sommes en médecine de catastrophe, on applique des principes moraux différents de ce qu’on fait en temps normal. On est obligés d’arbitrer, voir qui a le plus de chance de survivre, pour déterminer qui peut être interné… »

Face à un tel afflux, le corps médical est débordé. Un médecin qui préfère rester anonyme sort, essoufflé, « pour respirer un peu ». « Je ne veux pas que mon nom soit dans la presse. Les personnes opposées à la vaccination nous menacent, on n’ose même plus dire qu’on est médecins. » Il fait des allers-retours rapides en bas de son unité pour décompresser. « On n’est pas assez » lance-t-il à son collègue, pendant sa pause cigarette. Mais pas le temps de bavarder, le répit est de courte durée. Le spécialiste remonte assister les patients. 

La virulence de cette vague surprend tout le monde. Y compris le corps médical. « Pendant les précédentes vagues, on a été confinés en même temps que la métropole, avant que ça n’arrive chez nous. Donc on y a échappé. C’était assez faible. Mais ce que l’on vit aujourd’hui, on n’a jamais vu ça ! », s’exclame le docteur Yannick Brouste. « Chaque jour, on a l’impression de toucher le fond, chaque jour, on creuse encore… »

Un patient atteint du Covid-19 reçoit de l’oxygène à l’hôpital Pierre Zobda-Quitman, à Fort-de-France, en Martinique. © YS / Mediapart

Le désespoir dans les paroles du chef de service se comprend une fois passée la porte du service de médecine polyvalente, transformé en unité Covid. Toutes les chambres sont occupées. Sur les portes, de petites fenêtres vitrées laissent apercevoir les malades. À moitié nus, habillés de couches gériatriques, ils ne sont plus qu’un corps flasque qui lutte tant bien que mal pour rester parmi les vivants. 

« Étant donné que la réanimation est saturée, c’est nous qui récupérons des formes déjà graves, qui en temps normal n’auraient pas été dans ce service. Il y a certains patients, nous savons qu’ils ne survivront pas plus de deux jours. C’est terrible », regrette Audrey Lagier, infirmière. 

Derrière les petites fenêtres qui donnent sur les lits des malades, les âges se confondent. Liste de patients entre les mains, Pierrette Liard Bonnet, cadre de santé, indique que la majorité a moins de 55 ans, et la plus jeune 19 ans. Elle a été transférée en réanimation.

Un patient atteint du Covid-19 hospitalisé dans une chambre de réanimation à l’hôpital Pierre Zobda-Quitman, à Fort-de-France, en Martinique. © YS / Mediapart

Dans cette unité, « 100% des lits sont occupés, et quand ça se libère, ce n’est pas pour longtemps », raconte le chef de service, Cyrille Chabartier, qui appréhende le moment où la vague atteindra son pic. « On est déjà submergés et dépendants des renforts nationaux. On n’a jamais ouvert autant de lits. Je ne sais pas comment on va faire », confie-t-il dans un rire nerveux.  

Derrière lui, les alarmes sonnent en permanence au niveau du poste de soins, où deux écrans affichent les suivis de chaque personne hospitalisée en réanimation. Les tonalités alertent sur l’état de santé des malades. Infirmiers, médecins, et aides soignants fourmillent dans le hall et dans les chambres pour réguler les besoins des patients, reliés à la vie via de nombreuses machines. Et positionnés sur le ventre, « pour décomprimer les poumons et aider à la respiration », explique le médecin. 

Pour soulager les hôpitaux martiniquais, et permettre plus d’entrées en réanimation, des évacuations vers la métropole sont organisées. Trois nouveaux patients ont été envoyés mardi matin dans des établissements parisiens. Et six autres samedi dernier. « Mais encore faudrait-il que les malades soient en capacité de voyager dans un avion… Ils sont très peu vu leur état », commente le chef de service des urgences. Pour l’heure, les places libérées sont surtout liées aux décès…

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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