Le nouveau Directeur général des Hôpitaux Assistance Publique de Marseille (APHM) fait le ménage: Didier Raoult à la retraite et l’Anesthésiste de l’APHM le Dr Fouché en mise en disponibilité (commentaires Dr J SCHEFFER)

Didier Raoult poussé vers la sortie par les partenaires de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille

L’Assistance publique de Marseille et Aix-Marseille Université, membres fondateurs de l’IHU Méditerranée Infection, annoncent ne pas vouloir prolonger le mandat du microbiologiste. 

Par Gilles Rof(Marseille, correspondant)

Publié hier à 18h29, mis à jour à 10h46  

Temps de Lecture 7 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/18/a-marseille-les-partenaires-de-l-ihu-veulent-accelerer-le-depart-de-didier-raoult_6091763_3244.html

Dans le hall d'entrée de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, à Marseille, le 24 novembre 2020.
Dans le hall d’entrée de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, à Marseille, le 24 novembre 2020. OLIVIER MONGE / MYOP

Fin de partie à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) pour Didier Raoult ? Le professeur marseillais, au cœur de multiples polémiques depuis le début de la pandémie de Covid-19, pourrait prochainement se voir invité à quitter la direction de l’IHU Méditerranée Infection, qu’il a créé et qu’il pilote depuis 2011.

Dès le mois de septembre, le nouveau directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), François Crémieux, et le président d’Aix-Marseille Université (AMU), Eric Berton, représentant deux des membres fondateurs de l’IHU, proposeront au conseil d’administration de la fondation qui pilote l’institut et à sa présidente, Yolande Obadia, une très proche de Didier Raoult, de lancer un appel d’offres pour trouver un successeur au microbiologiste de 69 ans.

« Il y a un besoin de tourner une page et d’organiser l’avenir de l’IHU pour les vingt ans à venir. Il faut aller vite, lancer le processus à l’automne pour aboutir entre la fin de l’année et le début 2022. Nous sommes en pleine pandémie mondiale, et nous avons besoin de cet institut, qui est un formidable outil, et de ses chercheurs »,explique François Crémieux, ancien directeur adjoint de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), nommé à la tête de l’AP-HM en juin.

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Au 31 août 2021, rattrapé par la retraite, Didier Raoult, ne sera plus professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH) au sein d’Aix-Marseille Université et des Hôpitaux universitaires de Marseille. S’il a fait parvenir à la direction de l’AP-HM une demande de cumul emploi-retraite, l’Assistance publique ne prévoit pas de lui accorder cet aménagement. « La commission médicale de l’AP-HM ne voit pas d’objet à prolonger Didier Raoult, ne serait-ce que pour deux journées et demie par semaine, comme il le demande. Il y a largement les équipes nécessaires, à l’IHU, pour que son départ soit comblé », assure le professeur Jean-Luc Jouve, président de la commission médicale d’établissement (CME).

Succession « programmée depuis trois ans »

Du côté de l’université, le président, Eric Berton, confirme lui aussi que Didier Raoult sera un retraité début septembre, et qu’il est « l’heure de préparer sa succession dans la clarté »« Au-delà de la personnalité de son directeur fondateur, il y a eu une continuité de l’IHU qu’Aix-Marseille Université tient à maintenir. Nous allons poser le processus sur la table et voir comment les autres membres fondateurs se positionnent », poursuit M. Berton.

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Le maintien de Didier Raoult à la direction de l’IHU, piloté par une fondation privée, ne répond pas aux mêmes critères d’âge que son statut de professeur. « Il pourrait rester en poste, concède François Crémieux, mais il n’est pas raisonnable que l’IHU soit dirigé par quelqu’un qui n’est plus ni praticien hospitalier ni universitaire. » Comme Eric Berton, le directeur général de l’AP-HM souhaite qu’un appel d’offres international soit rapidement diffusé, afin de recruter « un chercheur ou une chercheuse, légitime, charismatique et reconnu(e) par ses pairs dans le domaine des maladies infectieuses ».

Au conseil d’administration de l’IHU, tous deux devront convaincre les représentants des autres membres fondateurs encore présents – outre l’AP-HM et AMU, le service de santé des armées, l’Institut Mérieux, l’Etablissement français du sang, mais aussi l’Institut de recherche et développement (IRD), dont les rapports avec l’IHU ont donné lieu à une enquête de l’agence anticorruption et à l’ouverture d’une procédure au parquet de Marseille – et une série de « personnalités qualifiées », parmi lesquelles le président (Les Républicains) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier.

Sollicité par Le Monde, Didier Raoult n’a pas souhaité commenter ces informations. La direction de l’IHU annonce qu’elle communiquera sur ce sujet « à la rentrée ». Dans les couloirs de l’institut, on fait remarquer que cette succession « est programmée depuis trois ans, et qu’elle a été retardée par l’épidémie de Covid-19 ». Mais on souligne aussi que, si le professeur la souhaite, il « l’envisage à l’horizon d’un an ou deux ».

« Un cap a été franchi »

Alors que les Bouches-du-Rhône affrontent une quatrième vague, et que les patients Covid-19 occupent actuellement plus de 60 % des lits de réanimation dans les hôpitaux marseillais, les rapports entre l’IHU, son directeur et une grande partie de la communauté médicale et scientifique marseillaise se sont dégradés.

« Depuis le début de la pandémie, il y a eu des désaccords, notamment sur la communication ou les pratiques médicales de l’IHU, mais, avec la question de la vaccination, un cap a été franchi », indique le professeur Jouve

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Dans le viseur du président de la CME, comme dans celui du directeur général de l’AP-HM, figurent notamment les dernières vidéos publiées sur Internet par le professeur Philippe Parola et Didier Raoult. Dans ces longs monologues, dénués de toute contradiction, les deux chercheurs de l’IHU affirment que le variant Delta est « moins grave » que ses prédécesseurs et estiment que l’efficacité de la vaccination contre les variants n’est pas démontrée. Un discours qui a provoqué, le 18 août, une radicale mise au point du président de la commission médicale qui, dans une lettre adressée à ses collègues, dénonce « des propos stupéfiants de décalage avec les réalités que nous vivons ». 

Alors que l’AP-HM prépare des évacuations de patients vers la Bretagne pour soulager ses services et fait tout pour convaincre les 40 % de ses salariés qui ne sont pas encore vaccinés, le professeur Jouve dénonce « une malhonnêteté intellectuelle ». « Au début de la pandémie, Didier Raoult expliquait qu’il ne pouvait attendre le résultat d’études randomisées pour administrer de l’hydroxychloroquine. Aujourd’hui, il dit qu’il ne peut être sûr de l’efficacité du vaccin parce que les cohortes testées ne sont pas assez nombreuses », bouillonne le praticien.

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« Ligne rouge »

« La position de l’IHU sur le vaccin est scandaleuse et inacceptable », s’insurge aussi le cardiologue Frédéric Collart, représentant du conseil départemental au conseil d’administration de l’IHU, qui rappelle que « dans les réanimations marseillaises, il n’y a aujourd’hui quasiment pas de personnes vaccinées ». Comme le professeur Jouve, il n’hésite pas à lier les déclarations du patron de l’IHU et le faible taux de couverture vaccinale, autour de 30 %, dans les quartiers populaires de Marseille. « Didier Raoult a une voix qui porte, dans cette ville, et qui l’engage. Laisser planer le doute, c’est franchir la ligne rouge », regrette-t-il.

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Depuis l’arrivée de son nouveau directeur général, l’AP-HM a radicalement changé de stratégie vis-à-vis de l’Institut Méditerranée Infection. Après les silences de son prédécesseur, François Crémieux se montre très réactif. Il a proposé au patron de l’IHU de signer un communiqué commun sur l’importance de la vaccination, essuyant un refus du professeur.

Le 11 août, alors que ce dernier annonçait sur Twitter qu’il n’envisageait « pas la non-prise en charge de patients du fait de l’absence de passe sanitaire », le patron des hôpitaux marseillais a rappelé que l’IHU était soumis aux règles de l’AP-HM, à savoir « 1) le passe sanitaire 2) les soins pour tous ». En riposte, dans sa dernière vidéo datée du 17 août, Didier Raoult le pique à plusieurs reprises. « Je redoute que le directeur général ne veuille pas que l’on traite les gens comme on les a traités jusqu’à maintenant ici », affirme-t-il notamment.

« Je souhaiterais que l’information diffusée par l’IHU passe par des publications scientifiques à comité de lecture qui permettent le contradictoire scientifique, et non par des vidéos YouTube. Que ce soit délibéré ou pas, l’Institut est devenu la caution scientifique du discours anti-vaccin, anti-passe et nourrit la sphère complotiste. C’est une difficulté à laquelle il faut mettre un terme », tranche François Crémieux. Ex-adjoint à Paris de Martin Hirsch, contre lequel le professeur Raoult a porté plainte pour « dénonciations calomnieuses », le directeur de l’AP-HM sera sûrement accusé de relancer une guerre Marseille-Paris. « Je ne vois pas le sujet en ces termes. Mon ambition est de préserver cette perle rare qu’est l’IHU », prévient-il.

Image dégradée

A son arrivée, il a également fait savoir à Louis Fouché, anesthésiste-réanimateur en poste à l’hôpital de la Conception, devenu en quelques mois le pilier du collectif RéinfoCovid, son « opposition de fond avec ses positions et la contradiction entre les valeurs qu’il porte et celles de la communauté hospitalière de l’AP-HM ». Une conversation qui a abouti à une demande de mise en disponibilité du docteur Fouché.

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Au-delà de l’impact des monologues de Didier Raoult sur les opposants au vaccin et au passe sanitaire, les partenaires de l’IHU craignent aussi que l’image de plus en plus dégradée de l’Institut fasse filer d’autres membres fondateurs, après l’Inserm et le CNRS en 2018 en raison de divergences sur les méthodes scientifiques et la gouvernance. L’IRD a déjà fait savoir qu’il s’interrogeait « sur les conditions de son désengagement », comme l’a révélé le site Marsactu***en juin. « Il faudra que l’appel d’offres soit très clair, pour rassurer ceux qui auront le courage d’être candidats », prévient déjà un des administrateurs de l’IHU.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

Gilles Rof(Marseille, correspondant)

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Publié le 19/08/2021

Avec la retraite du Pr Raoult, vers une révolution de palais à l’IHU ? 

Paris, le jeudi 19 août 2021

https://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/avec_la_retraite_du_pr_raoult_vers_une_revolution_de_palais_a_lihu__188820/document_actu_pro.phtml

– Pour certains professeurs de médecine, le moment de la retraite est souvent douloureux. Même s’ils aspirent à un peu de repos et qu’ils ne sont pas fâchés de délaisser une partie de leurs responsabilités administratives, ils sont facilement nostalgiques à l’idée de quitter leur navire amiral, leur hôpital. Aussi, certains font le choix de demander à leur établissement de pouvoir conserver quelques « vacations », soit une à deux demi-journées afin de continuer à pouvoir voir des patients et ainsi parfois de mesurer la persistance de leur « influence » dans « leur » service. Dans de nombreux cas, cette demande est accordée. Bien des directions hospitalières ont des scrupules à évincer ceux qui ont fait la réputation d’une unité et qui jouissent auprès des plus jeunes d’une aura certaine. Mais les refus ne sont pas non plus rares, notamment quand il existe des conflits personnels.

Une position intenable sur la vaccination

Ainsi, le professeur Didier Raoult, 69 ans a atteint la limite d’âge et comme beaucoup avant lui a déposé une demande de cumul emploi-retraite. Mais cette dernière lui aurait été refusée par l’Assistance publique – hôpitaux de Marseille. « La commission médicale de l’AP-HM ne voit pas d’objet à prolonger Didier Raoult, ne serait-ce que pour deux journées et demie par semaine, comme il le demande. Il y a largement les équipes nécessaires, à l’IHU, pour que son départ soit comblé », explique cité dans Le Monde, le professeur Jean-Luc Jouve, président de la commission médicale d’établissement (CME).

Les raisons profondes de ce rejet sont loin d’être complètement cachées. Depuis plusieurs semaines, le nouveau patron de l’AP-HM affirme ouvertement ses désaccords avec l’incontournable Didier Raoult, en ce qui concerne notamment la vaccination contre la Covid. Quand son prédécesseur s’était montré très discret, soucieux sans doute de ne pas froisser un homme qui a beaucoup fait pour le rayonnement de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) et qui surtout compte beaucoup d’amis influents, François Crémieux est direct. Il a ainsi publiquement pris acte du refus de Didier Raoult de signer avec lui un communiqué commun incitant à la vaccination contre la Covid, tandis qu’il a sévèrement dénoncé les prises de positions du praticien contre l’application du passe sanitaire à l’hôpital. Les dernières interventions de Didier Raoult et de ses proches discutant les limites du vaccin n’ont pu que raviver les crispations. Le Pr Jouve explose dans le Monde : « Au début de la pandémie, Didier Raoult expliquait qu’il ne pouvait attendre le résultat d’études randomisées pour administrer de l’hydroxychloroquine. Aujourd’hui, il dit qu’il ne peut être sûr de l’efficacité du vaccin parce que les cohortes testées ne sont pas assez nombreuses », bouillonne le praticien. On retrouve des positions similaires au sein de l’IHU : toujours dans le quotidien du soir, le cardiologue Frédéric Collart, représentant du conseil départemental au sein du conseil d’administration de l’IHU fustige : « La position de l’IHU sur le vaccin est scandaleuse et inacceptable ». Pour lui, le professeur Raoult porte d’ailleurs une lourde responsabilité dans les taux de vaccination insuffisants que l’on déplore dans les quartiers populaires de Marseille.

Une âpre bataille en perspective

C’est dans ce contexte que se fomente une révolution de palais. La fin de la carrière de PU-PH de Didier Raoult n’entraîne nullement automatiquement son départ de la présidence de l’IHU. Cependant, l’AP-HM et l’Université d’Aix-Marseille (AMU), en tant que membres du conseil d’administration de l’IHU veulent profiter de cette étape pour proposer à la rentrée un changement de présidence. Le discours officiel fait valoir qu’il importe que l’IHU demeure dirigé par un praticien hospitalier universitaire en activité. «Il y a un besoin de tourner une page et d’organiser l’avenir de l’IHU pour les vingt ans à venir. Il faut aller vite, lancer le processus à l’automne pour aboutir entre la fin de l’année et le début 2022. Nous sommes en pleine pandémie mondiale, et nous avons besoin de cet institut, qui est un formidable outil, et de ses chercheurs », détaille François Crémieux. Reste à savoir comment cette proposition sera accueillie par les autres administrateurs de l’IHU. Il est probable que les répercussions dommageables des sorties publiques du professeur Raoult sur l’image internationale de l’IHU pèsent dans le choix de certains des acteurs, dont l’Institut de Recherche et Développement. Mais les amis fidèles du professeur Raoult, comme la présidente de la Fondation qui pilote l’institut, Yolande Obadia, ou le président du conseil régional de PACA, Renaud Muselier pourraient quant à eux faire barrage. L’intéressé pour sa part n’a pas répondu aux questions du Monde. On sait qu’il évoquait depuis quelques temps son départ de l’IHU mais ne l’envisageait pas avant quelques années. La bataille qui s’annonce pourrait en décider autrement.

L.C.

Covid-19 : pourquoi les propos du Pr Raoult sur la situation en Islande sont trompeurs

Le professeur marseillais minimise l’impact de la vaccination en pointant l’importante vague de contaminations au Covid-19 observée en Islande pourtant hautement immunisée.

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/covid-19-pourquoi-les-propos-de-pr-raoult-sur-la-situation-en-islande-sont-trompeurs_2156790.html

Capture d'écran d'une vidéo publiée le 17 août 2021 dans laquelle Didier Raoult évoque le sort de l'Islande.

Capture d’écran d’une vidéo publiée le 17 août 2021 dans laquelle Didier Raoult évoque le sort de l’Islande.

Capture écran YoutubeM.R.publié le 18/08/2021 à 18:14, mis à jour à 19:18Newsletter
Le SeptLes 7 infos qui comptent pour commencer la journéeEnvoyée chaque matinJe m’inscris

« Je ne crois pas aux baguettes magiques. » Sans verser dans l’anti-vaccination primaire, Didier Raoult persiste à minimiser le rôle des injections contre le Covid-19 dans la lutte contre la maladie. 

Dans son dernier « bulletin d’information » vidéo sur la pandémie de Covid-19, publié mardi sur Youtube, le directeur de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille s’appuie sur l’exemple de l’Islande, qu’il présente comme l’un des pays aux taux de vaccination les plus élevés au monde. C’est vrai. Sur l’île, trois habitants sur quatre sont immunisés. Chez les plus de 16 ans, la part grimpe à 85%.  

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En parallèle, le Pr Raoult exhibe un graphique représentant la courbe des nouvelles contaminations détectées sur place. Celle-ci a connu une forte croissance, avec plus de 100 cas détectés par jour en moyenne (pour plus de 350 000 habitants), dont, logiquement, une majorité de vaccinés. Il s’agit sans conteste de la plus importante vague enregistrée sur l’île volcanique depuis l’apparition de la maladie. Les masques ont été réintroduits dans la population et l’entrée sur le territoire – même vacciné – est dorénavant soumise à la présentation d’un test PCR négatif de moins de 72h.  L’application L’ExpressPour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyezTélécharger l’app

D’après Didier Raoult, la hausse des contaminations observée un peu partout dans le monde à cause du variant Delta est donc « déconnectée » de « l’importance de la vaccination ». Des pays moins vaccinés connaissent, en comparaison à leur population, moins de contaminations. La conclusion du médiatique spécialiste est nettement plus problématique : « La protection vaccinale contre les variants est modeste en termes d’épidémiologie », assène-t-il. 

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L’assertion plaît beaucoup à l’extrême droite. Le leader des Patriotes, Florian Philippot, a repris l’exposé à son compte, sur Twitter, tout en critiquant les « certitudes arrogantes des covidistes ». Pourtant, la vaccination en Islande porte bien ses fruits. « Sans vaccins, l’épidémie en Islande serait catastrophique », a même déclaré Pall Matthiasson, directeur général du plus grand hôpital du pays, cité par le Washington Post

Moins d’hospitalisés, moins de décès

D’abord, il faut prendre en compte une efficacité vraisemblablement moindre des vaccins – notamment ceux à ARN messager – face à l’infection au Covid-19. Selon une vaste étude américaine (encore au stade pré-print) parue sur Medxriv, et relayée par Le Monde, le taux de protection chuterait à 42% pour Pfizer, le plus utilisé sur l’île. Cette information, conjuguée à la plus grande contagiosité du variant par rapport à ses prédécesseurs, peut déjà expliquer pourquoi l’Islande connaît une recrudescence de nouveaux cas, et ce, malgré de hauts taux d’injection. 

Heureusement – toujours selon l’étude américaine – le vaccin Pfizer demeure très efficace contre les hospitalisations et plus généralement les cas graves pouvant aboutir à un décès. Sur ce point, l’Islande, qui n’a pas connu un seul décès depuis près de trois mois, s’en sort relativement bien. Et cela justifie à lui seul le recours à la vaccination.  

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« Actuellement, il y a 1072 personnes isolées en raison du Covid-19 en Islande, dont dix sont hospitalisées. Environ 97% des personnes infectées présentent des symptômes légers ou nuls », appuyait en début de mois Ásthildur Knútsdóttir, directeur général du ministère islandais de la Santé, à Reuters, en réponse à ceux qui sur les réseaux sociaux annonçaient « l’échec » de la vaccination sur l’île. Si le nombre d’hospitalisations a finalement atteint 25 ces derniers jours, le chiffre demeure deux fois moins élevé que lors de la première vague, au printemps dernier, et trois fois moins que la deuxième, à l’automne. Seulement 5 sont admis en service de soins critiques. 

Hospitalisations au Covid-19 en IslandeOur World in Data

La démonstration de Didier Raoult, reprise par l’extrême droite, tend donc à déformer une réalité : la vaccination a bien une utilité dans la population générale, et pas uniquement, comme il le défend encore un peu plus loin dans son bulletin d’information du 17 août, « chez les plus à risque ». 

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https://actu.orange.fr/desintox/vaccination-et-cas-de-contamination-en-islande-attention-a-ces-declarations-de-didier-raoult-CNT000001DwBij.html

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AFP, publié le mercredi 18 août 2021 à 18h22

« L’Islande a plus de cas maintenant que jamais alors que l’Islande est le pays qui a été le plus vacciné de tous les pays développés », souligne le professeur Didier Raoult, jetant ainsi le doute sur l’efficacité de la vaccination de l’ensemble de la population. Attention, si les contaminations sont bien en hausse, le nombre de morts sur l’île reste très faible tout comme celui des personnes hospitalisées en soins intensifs, selon les données officielles. Les vaccins actuels n’ont par ailleurs jamais eu vocation à empêcher totalement la circulation du coronavirus mais à empêcher les formes graves de la maladie, rappellent des épidémiologistes interrogés par l’AFP. « L’Islande a plus de cas maintenant que jamais alors que l’Islande est le pays qui a été le plus vacciné de tous les pays développés, plus de 90% de la population aurait été vaccinée », souligne Didier Raoult dans une vidéo diffusée le 17 août sur le compte Youtube de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille qu’il dirige.

« Il faut regarder les choses avec un peu de réalisme, globalement la protection vaccinale contre les variants est modeste en terme d’épidémiologie », ajoute-t-il dans cet entretien vu par plus de 200.000 personnes depuis sa mise en ligne mardi. « C’est une vaccination dont on ne peut pas dire qu’elle est inutile chez les gens qui ont un risque de faire une maladie, éventuellement chez les gens qui sont surexposés parce qu’ils traitent des malades qui ont le Covid, pour le reste au niveau de la population générale on ne peut pas dire qu’il y ait un succès corrélé avec l’importance du vaccin et l’importance de la distribution du vaccin ». 

Ces propos ont été repris sur Twitter et Facebook, notamment par le président des Patriotes et fer de lance de la lutte anti vaccination en France Florian Philippot qui s’est réjoui que « le professeur Raoult casse les certitudes arrogantes des covidistes et remet de la science dans sa dernière vidéo là où eux mettent de l’idéologie« .

« L’Islande a plus de cas que jamais alors qu’elle est le plus pays le plus vacciné de tous les pays développés »Le Pr Raoult casse les certitudes arrogantes des covidistes et remet de la science dans sa dernière vidéo là où eux mettent de l’idéologie ! ⤵️ pic.twitter.com/y5S1ivyBqT

— Florian Philippot (@f_philippot) August 17, 2021 Attention : les affirmations de Didier Raoult, qui s’inscrivent dans un contexte de défiance vis-à-vis de la vaccination et de son efficacité notamment face au variant Delta, manquent de contexte.

Avançons point par point. L’Islande a-t-elle effectivement « plus de cas maintenant que jamais » comme l’affirme Didier Raoult? Depuis mi- juillet, l’île est en effet confrontée à une hausse des cas de Covid-19 et elle compte désormais entre 50 et 170 nouveaux cas de coronavirus par jour après n’en avoir recensé moins d’une dizaine, voire quasiment aucun, pendant plusieurs mois. C’est plus que jamais recensé dans le pays depuis le début de l’épidémie et lors des différentes précédentes vagues. Cela a conduit les autorités à réinstaurer des mesures de restriction à compter du 25 juillet jusqu’à fin août.

L’Islande est-elle également le pays le plus vacciné de tous les pays développés avec « plus de 90% de la population » qui « aurait été vaccinée »? Ces deux affirmations sont exagérées : selon les données de vaccination recueillies par l’AFP, 78,3% de la population islandaise a reçu au moins une dose, 76,4% de la population est complètement vaccinée.

L’Islande est donc bien parmi les pays développés les plus vaccinés au monde mais, contrairement à ce qu’indique le professeur Raoult, elle est devancée par Malte qui compte ainsi respectivement 79,4% de primo-vaccinés et 78,8% de complètement vaccinés, toujours selon la base de données de l’AFP.

A noter que les pourcentages de la base AFP sont supérieurs à ceux du tableau de bord officiel des autorités islandaises qui font état de 71% de complètement vaccinés : l’AFP utilise en effet les projections de l’ONU (341.250 habitants), tandis que les autorités islandaises ont un chiffre de population supérieur (367.000). En se basant sur les chiffres islandais, on obtient 72,8% de primo-vaccinés et 71% de complètement vaccinés, des chiffres donc en deçà de celui évoqué par le professeur Didier Raoult dans sa vidéo.

Arrêtons-nous maintenant sur les limites de la vaccination « pour la population générale »évoquées par le directeur de l’IFU. Cette affirmation, qu’on retrouve régulièrement sur les réseaux sociaux depuis le début de l’épidémie, ne prend pas en compte le bilan en terme de décès, qui reste stable (proche de zéro), ni celui des hospitalisations en Islande. Au total depuis le début de l’épidémie, l’île a ainsi recensé en tout et pour tout 30 morts. Le dernier décès remonte au 25 mai, plus de cinq mois après le dernier répertorié fin décembre 2020.

En ce qui concerne les hospitalisations, le bilan quotidien communiqué par les autorités islandaises fait état au 18 août de 25 personnes hospitalisées et de 5 personnes en soins intensifs. Au total, depuis fin février 2020, 420 personnes ont été hospitalisées, 66 ont été en soins intensifs.

« Le vaccin reste efficace car peu d’hospitalisations », a expliqué sur Twitter Clarisse Audigier-Valette, responsable de l’unité « Covid pneumo » au centre hospitalier Toulon-La-Seyne-sur-mer (Var) en réponse aux « cries d »orfraies des antivax sur l’épidémie en Islande ». « De là à dire que c’est la panique en Islande, non loin de là. Il faut relativiser et regarder leurs chiffres de près », ajoutait-elle le 12 août dernier.

« En Islande, oui le variant Delta circule et des gens vaccinés attrapent le Covid mais les cas ne sont pas graves », abonde auprès de l’AFP le 18 août Catherine Hill, épidémiologiste à l’institut Gustave-Roussy de Villejuif qui juge « compliqué » de tirer des conclusions sur l’inefficacité présumée de la vaccination uniquement à partir du nombre de nouveaux cas de contamination. « On ne sait pas combien de ces cas de Covid ne sont pas vaccinés et quel est le risque chez les vaccinés et les non vaccinés, c’est ça qui manque. Le vaccin protège mais il y a beaucoup de gens vaccinés donc forcément, il y a des gens vaccinés qui attrapent le Covid ».

Début août, Thorolfur Gudnason, l’épidémiologiste en chef islandais, avait indiqué qu’environ la moitié des personnes hospitalisées étaient vaccinées. Les deux personnes placées en soins intensifs à cette période étaient elles non vaccinées selon ses propos qui avaient été rapportés par le magazine islandais Iceland Review. 

Les affirmations du professeur Raoult occultent également le fait que les vaccins développés contre le Covid-19 n’ont jamais eu vocation à empêcher totalement la circulation du coronavirus mais à empêcher les formes graves de la maladie. L’absence d’efficacité à 100% des vaccins est reconnue par les fabricants eux-mêmes et par les gouvernements qui insistent sur l’importance de respecter les gestes barrières même vaccinés.

Les vaccins n’empêchent en effet toutefois pas complètement des personnes vaccinées — même ayant reçu leurs deux doses — d’être contaminées et éventuellement de transmettre le virus. « On n’a jamais dit que les vaccins étaient efficaces à 100%. Il y a une possibilité d’être infecté mais la vaccination protège contre les formes graves de la maladie », expliquait en mai à l’AFP Henri Partouche, membre du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19 en France.

Si les vaccins existants restent extrêmement efficaces contre les formes graves de Covid, ils n’offrent toutefois qu’une protection partielle contre une infection par le variant Delta, désormais dominant dans le monde, selon des chiffres britanniques et israéliens, comme expliquait début août l’AFP dans cet article.

Une vaste étude anglaise réalisée du 24 juin au 12 juillet et rendue publique mercredi conclut à une « efficacité imparfaite du vaccin contre l’infection ». Le vaccin est efficace à 49% contre l’infection chez les 18 à 64 ans, un taux qui monte à 59% pour les infections symptomatiques. Les vaccinés ont trois fois moins de chances d’être testés positifs, « il existe toujours un risque d’infection, aucun vaccin n’est efficace à 100%« , souligne Paul Elliott, responsable de l’étude.

Six semaines auparavant, une autre étude britannique concluait que le vaccin Pfizer/BioNTech était efficace à 88% contre la forme symptomatique du Covid provoquée par le variant Delta, et AstraZeneca, à 60%.

En Israël, confronté plus tardivement à ce variant, des données officielles publiées le 22 juillet montrent une efficacité de seulement 39% du vaccin Pfizer/BioNTech contre la contamination, et de 40,5% contre un Covid symptomatique. Le chiffre de 39% est à prendre avec prudence, préviennent toutefois plusieurs épidémiologistes, car il portait sur une période où Israël enregistrait relativement peu de cas au total (entre le 20 juin et le 17 juillet). S’ils se confirmaient, ces taux d’efficacité en baisse pourraient être le signe d’un recul de l’immunité chez les vaccinés depuis des mois, ou d’une capacité accrue du variant Delta par rapport aux souches précédentes à déjouer les défenses immunitaires, grâce notamment à sa capacité à se répliquer plus rapidement.

Ces données confirment que le vaccin n’octroie pas un « totem d’immunité » et que le coronavirus peut continuer à circuler chez les personnes vaccinées.

*Didier Raoult entame un bras de fer judiciaire contre une spécialiste de l’intégrité scientifique

L’infectiologue marseillais et un de ses lieutenants portent plainte pour « harcèlement, tentative de chantage et d’extorsion » contre la biologiste Elisabeth Bik, qui s’est interrogée sur plusieurs de leurs travaux sur le site PubPeer. 

Par David LarousseriePublié le 18 mai 2021 à 06h30 – Mis à jour le 19 mai 2021 à 07h02  

Temps de Lecture 6 min. 

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/05/18/bras-de-fer-judiciaire-entre-didier-raoult-et-une-specialiste-de-l-integrite-scientifique_6080545_1650684.html

L’infectiologue Didier Raoult lors d’une conférence de presse à Marseille, le 27 août 2020.
L’infectiologue Didier Raoult lors d’une conférence de presse à Marseille, le 27 août 2020. CHRISTOPHE SIMON / AFP

« Une cinglée »« une fille qui me traque »« une chasseuse de sorcière »« chercheur raté »… Tels sont les qualificatifs que le professeur à l’université Aix-Marseille et directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, Didier Raoult, a employés ces derniers mois pour décrire Elisabeth Bik, ancienne biologiste, désormais consultante aux Etats-Unis sur les questions d’intégrité scientifique pour des universités. « Elle fait le bousier »« une mercenaire qui n’obéit qu’à l’argent », renchérit sur son compte Twitter Eric Chabrière, autre professeur d’Aix-Marseille, qui a envoyé à Elisabeth Bik par ce canal l’affiche de la comédie Les Ripoux, tout comme il traite le ministre Olivier Véran et d’autres de « Khmers blancs ».

Apres Pol Pot et les Kmers rouge
Veran et les Khmers blancs. le bourreau de la France

Quand on détruit son pays par idéologie pic.twitter.com/RcSWfZlIvY— Pr Chabriere (@EChabriere) November 8, 2020

Ces propos peu amènes se sont accompagnés d’une plainte, déposée par les deux professeurs le 29 avril auprès du procureur de Marseille, contre Elisabeth Bik, pour « harcèlement, tentative de chantage et d’extorsion ». Par ailleurs, Boris Barbour, chercheur au CNRS, est visé pour complicité de ces chefs d’accusation, en tant que responsable du site américain PubPeer, qui publie des critiques, anonymes ou publiques, sur des articles scientifiques. Il nous a indiqué ne pas souhaiter s’exprimer à ce stade.

« Tant que l’on reste sur les critiques scientifiques, cela est bénéfique à la science. Mais là, ça dépasse les bornes et empêche mes clients de travailler », justifie Brice Grazzini, l’avocat des deux professeurs marseillais, qui ont répondu aux questions du Monde par son truchement. Il évoque les messageries saturées de ses clients sous l’effet des mails automatiques envoyés par PubPeer et des sollicitations des éditeurs de journaux scientifiques. La tentative de chantage s’appuierait sur le fait qu’Elisabeth Bik, dans un de ses tweets publics du 27 novembre 2020 (sous le nom MicrobiomDigest), suggérait à l’IHU de la soutenir par un site de financement participatif. L’ironie du propos, soulignée par un smiley, a apparemment échappé aux chercheurs marseillais. « Cette procédure est faite pour m’intimider », considère la biologiste – qui a par ailleurs visiblement été la cible d’une attaque coordonnée sur Twitter, de nombreux comptes ayant diffusé, le 24 mars 2020 à 8 h 13, un message identique mettant en cause sa probité.

Trois types d’anomalies

Depuis mars 2020, et la publication d’articles de l’IHU à la méthodologie contestée sur les bénéfices de l’hydroxychloroquine, Elisabeth Bik a posté surPubPeer près de 60 commentaires sur autant d’articles cosignés par Didier Raoult. D’autres contributeurs, anonymes pour la plupart, font monter le total des articles commentés à plus de 240 (sur les 3 500 environ de la production de l’infectiologue). Eric Chabrière, coauteur d’une vingtaine d’articles avec Didier Raoult, est l’objet de près de trente commentaires (dont une dizaine rédigés par Elisabeth Bik). Cette grande quantité est l’un des arguments appuyant la plainte en harcèlement.

Comme le veut la règle de PubPeer, ces commentaires doivent comporter « des informations factuelles, logiques et vérifiables ». Dans le cas présent, ils sont essentiellement de trois types, si l’on fait exception du débat sur les articles présentant les effets de l’hydroxychloroquine.

La première catégorie de commentaires, laissés sur une dizaine d’articles, concerne de possibles oublis de déclaration de liens d’intérêts alors que des auteurs ont cofondé des entreprises (Arthrobac Pharma et Gene & GreenTK) dont l’activité semble proche du sujet traité. La deuxième catégorie, qui vise plus de vingt articles, soulève des questions liées à la qualité des images : figures identiques mais avec légendes différentes dans le même article ou dans deux articles distincts pour des expériences différentes, montage d’image empruntant des morceaux à diverses expériences… Ces anomalies d’apparence bénigne peuvent, dans certains cas, être des indices de manquements à l’intégrité scientifique. Plus anecdotique, Elisabeth Bik signale même une coquille sur la ville de « Marrseille » dans un article.

Enfin, pour plus de la moitié des cas, des commentaires s’interrogent sur l’éthique de travaux portant sur des « recherches impliquant la personne humaine », selon l’expression consacrée. Ainsi certaines études n’ont pas fait l’objet de demande d’autorisation à un comité de protection des personnes (CPP), comme c’est la règle dès lors qu’un acte est pratiqué sur des individus à des fins de recherche – même une prise de sang ou le fait de remplir un simple questionnaire. Seule une autorisation du comité éthique local de l’IHU est mentionnée. Même lorsque celle-ci figure dans l’étude, des anomalies possibles ont été dénichées, comme des dates d’accord postérieures au recrutement des personnes, ou un même accord couvrant jusqu’à plus de trente articles pour des expériences très variées. « Peut-être qu’ils avaient le droit de procéder ainsi et que ces questions éthiques ne sont pas un problème. Mais ils ne veulent pas me répondre », regrette Elisabeth Bik.

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L’IHU a cependant répondu indirectement en rappelant la décision du parquet de Marseille en novembre 2020 de ne pas donner suite à la plainte de médecins qui, dans le cas des premières études de l’IHU sur l’hydroxychloroquine, considéraient que les CPP auraient dû donner leur avis. « Dommage que le débat n’ait pas pu avoir lieu dans une enceinte judiciaire pour éclaircir ces points. Cela aurait servi la communauté », estime Philippe Amiel, sociologue et juriste, membre du comité d’évaluation éthique de l’Inserm.

Une « science néocoloniale » ?

Un autre type de signalement dans cette catégorie « éthique » a particulièrement heurté les deux professeurs. Elisabeth Bik a posté au moins deux remarques pour s’étonner que des échantillons aient été prélevés sur des patients africains sans qu’un comité éthique local n’en ait donné l’autorisation et sans que des chercheurs autochtones soient associés à la publication. En rappelant la définition de Wikipedia, elle écrit que « cette pratique pourrait être considérée comme de la science néocoloniale »« Je n’ai jamais traité ces professeurs de néocolonialistes », tient-elle à préciser.

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En retour, outre les qualificatifs injurieux, la consultante fait aussi l’objet d’accusations sur son intégrité de la part d’Eric Chabrière, qui s’interroge sur ses financements et son rôle dans une fraude dont est accusée Ubiome, l’entreprise dans laquelle elle travaillait aux Etats-Unis. « J’ai quitté cette entreprise avant la procédure, qui concerne des fraudes de type financier, et parce que, en tant que directrice de la science, j’étais en désaccord avec la stratégie de l’entreprise pour qui la science ne comptait pas assez », rétorque Elisabeth Bik.

Cette affaire souligne aussi le rôle particulier de PubPeer. Site de délation pour les uns, mal nécessaire pour d’autres ou, au contraire, espace de débats qui comble un manque dans le paysage scientifique pour ses fondateurs, il a permis de déclencher des enquêtes qui ont conduit à épingler des manquements à l’intégrité scientifique. En France, il a fait parler de lui pour des affaires ayant impliqué la numéro un du CNRS par intérim, une patronne de la biologie du CNRS et des chercheurs réputés. Elisabeth Bik, dont le travail a permis de rétracter plus de 400 articles, en est une contributrice régulière et non anonyme, ce qui lui permet de soulever des questions plus rapidement qu’en contactant les éditeurs des journaux scientifiques concernés.

Récemment, elle a contribué à ce qu’une enquête soit menée contre un président d’université chinoise, Cao Xuetao, qui a été sanctionné d’un an de suspension de subventions et d’encadrement de thèse, tout en étant blanchi de l’accusation de manipulations frauduleuses. Même Eric Chabrière a pu signaler sur PubPeer l’absence de mention de liens d’intérêts dans plusieurs articles de l’une de ses bêtes noires, Yazdan Yazdanpanah (hôpital Bichat, Inserm). Concernant ses propres travaux, certains de ses coauteurs ont également répondu aux commentaires, ce qui a permis de constater, en retrouvant de vieux fichiers, qu’en effet il y avait eu une duplication erronée d’image ou que des liens d’intérêts auraient dû être signalés.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  PubPeer, le site par qui le scandale de « l’inconduite scientifique » arrive

« C’est un peu une honte pour la France que des professeurs puissent m’accuser pendant des mois sans que leurs institutions n’interviennent. Leur attitude abîme aussi la science », conclut Elisabeth Bik. Contactée, l’université d’Aix-Marseille « ne souhaite pas communiquer et médiatiser ce sujet ».

David Larousserie

**Les paradoxes de Louis Fouché, le docteur antivax

Révélation de la crise du Covid-19 sur les réseaux sociaux, cet anesthésiste-réanimateur érudit convainc les foules. Et inquiète les spécialistes des dérives sectaires. 

Par William AudureauPublié le 08 juin 2021 à 19h13 – Mis à jour le 09 juin 2021 à 21h02  

Temps de Lecture 13 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/08/les-paradoxes-de-louis-fouche-le-docteur-antivax_6083371_3244.html

Louis Fouché prononce un discours lors d’un rassemblement devant l’Institut hospitalier universitaire de Marseille, le 5 décembre 2020.
Louis Fouché prononce un discours lors d’un rassemblement devant l’Institut hospitalier universitaire de Marseille, le 5 décembre 2020. DAVID ROSSI / PHOTOPQR / LA PROVENCE / MAXPPP

Raté. Ce n’est pas encore aujourd’hui que Louis Fouché nous appellera, malgré le rendez-vous qu’il a lui-même fixé. Ce n’est que la deuxième fois en une semaine. Renseignement pris, le médecin, anesthésiste-réanimateur, est coutumier du fait. Dans son service, celui des grands brûlés à l’hôpital de la Conception, à Marseille, il n’est pas rare que ses collègues se mobilisent en urgence parce que le soldat Fouché est porté disparu. « Injoignable », explique un de ses collaborateurs, une pointe de lassitude dans la voix.

Il avait pourtant pris le temps, lorsqu’on l’avait contacté une première fois pour un autre article, d’expliquer doctement sa vision du monde pendant une heure. Mais, après cette succession de rendez-vous téléphoniques manqués, il déplore un « harcèlement » lorsqu’on lui envoie des questions par courriel, questions auxquelles il a fini par répondre.

Imprévisible, Louis Fouché ? « Il a toujours fait un peu ce qu’il voulait », corrobore Julien Textoris, qui a fait son internat de médecine avec lui. Ce qu’il veut, en ce moment, c’est livrer sa vision du monde à un public conquis. Il s’y applique sur Facebook et YouTube, qu’il inonde de ses antiennes sur les vaccins – « un viol » –, l’importance du « retour au réel »ou encore sur le « déferlement totalitaire qui va s’effondrer dans un éclat de rire ».

Omniprésence médiatique

Ce grand contempteur des géants du numérique est le premier à user des réseaux sociaux pour coordonner les actions de RéinfoCovid, le collectif antirestrictions sanitaires qu’il a fondé en 2020 et qui revendique, selon lui, plus de 4 000 membres chez les soignants et les universitaires. C’est qu’à sa blouse blanche Louis Fouché a aujourd’hui ajouté une casquette de stratège.

Devenu spin doctor de la France antivaccin, il mène une guerre culturelle, dans laquelle il préconise d’« inonder YouTube, Facebook, Twitter », comme il le détaille le 23 avril lors d’une discussion sur la chaîne de RéinfoCovid, animée par le vidéaste Hayssam Hoballah, qu’il a soutenu dans la création de listes aux régionales de juin. Dans ce combat, il prône l’« aïkido », se présente comme un « diplomate » ou un « ambassadeur » et recommande de « danser avec l’adversaire ».

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« Ma petite personne, tout le monde s’en fout », s’agace en revanche par courriel le médecin, qui ne souhaite pas qu’on lui consacre un portrait. « Nous sommes plus de trente-cinq porte-parole, 1 950 médecins et universitaires, 2 000 soignants, Fouché n’est qu’un parmi d’autres », minore-t-il. Sa modestie semblait moins évidente dans un entretien accordé en décembre 2020 à Néosanté, une revue de santé alternative, quand il expliquait s’être « mis à disposition ; un peu comme dans tous les grands appels de l’histoire ».

Depuis six mois, son omniprésence numérique, les applaudissements qui l’ont accompagné à Nîmes, Marseille ou Avignon lors de manifestations antirestrictions, ou son penchant à parfois parler de lui-même à la troisième personne font planer le doute sur ses ambitions. « Je ne pense pas qu’il ait l’ego assez surdimensionné pour tomber dans le culte de la personnalité », nuance le « gilet jaune » Maxime Nicolle, tout en lui reconnaissant « une capacité de fédérer assez impressionnante ». 

Des « gilets jaunes » à La Manif pour tous

A la manière du militant de la démocratie participative Etienne Chouard, dont il est proche, Louis Fouché est en effet passé maître dans l’art de séduire au-delà des clivages. A la fois citoyenniste, localiste et farouche critique de Bruxelles, il cherche à séduire de l’extrême gauche à l’extrême droite, autour d’un slogan flou : « se mettre en lien ».

Très engagé dans les cercles restauratifs (processus communautaires de résolutions de conflit) et les expériences de gouvernance partagée, Fouché a des amis de gauche, soutient le mouvement #metoo et est invité sur le « média indépendant » Vécu et des live de « gilets jaunes ». Mais il est aussi présent sur CNews, Sud Radio et surtout Egalité et réconciliation, des médias allant de la droite ultraconservatrice à la plus franche extrême droite.

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Il tient également des propos traditionalistes proches de La Manif pour tous, par exemple sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Il dénonce de « faux débats idéologiques à base de slogans et d’idéologies binaires » qui occulteraient la subtilité de sa pensée : « défenseur du vivant », il affirme avoir, sur l’IVG, un « avis contrasté ». Il refuse en revanche de détailler ses vues sur la procréation médicalement assistée ou le mariage pour tous, à propos desquels « aucune position péremptoire ne [lui] semble de mise ». 

Louis Fouché récuse aussi le terme « antivaccin », qui lui est souvent accolé. « Etre pour ou contre les vaccins n’a aucun sens, détaille-t-il au Monde. Vous devez regarder au cas par cas, en fonction de la maladie, du produit, de la science, du recul clinique, du patient à traiter. » Il est en revanche opposé à la politique vaccinale contre le Covid-19, qu’il compare à un « glissement totalitaire » et il n’hésite pas à propager des informations contestées sur les vaccins à ARN messager.

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Séduisant principalement dans les sphères naturopathes et complotistes, il prend soin de ne jamais se désolidariser des rumeurs les plus farfelues. « Il y a peut-être des pédocriminels dangereux qui mangent des enfants, j’en sais rien, en vrai »,esquive-t-il par exemple, le 13 mai, sur Bas les masques, une chaîne conspirationniste comptant environ 6 000 abonnés. « Je ne comprends pas de quoi vous parlez. Vous nagez dans des fantasmes », élude-t-il aujourd’hui auprès du Monde.

Défenseur des médecines alternatives

Très proche d’une forme d’écologie inspirée des Colibris (un mouvement fondé par Pierre Rabhi, chantre de la « sobriété heureuse »), dont il a été membre plusieurs années, il défend une vision ésotérique de la médecine.

Cet opposant au transhumanisme a fait une visioconférence publique avec Thierry Casasnovas, l’entrepreneur et « gourou crudivore » de YouTube, malgré le veto de ses compagnons de RéinfoCovid, et prend régulièrement la défense de médecines alternatives qualifiées de charlatanesques par un grand nombre de ses confrères.

« Il donne du crédit à des gens qui sont extrêmement dangereux », s’insurge Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive à l’hôpital Avicenne, à Bobigny. Ce que conseille « Casasnovas est criminel, on a des patients qui arrivent en réa parce qu’ils ont arrêté l’insuline en étant diabétique. Ces gens méritent d’être poursuivis ».

Les prises de positions de Louis Fouché sont d’autant plus étonnantes qu’il travaille comme anesthésiste-réanimateur. « C’est une des spécialités qui a émergé avec la science, d’une haute technicité, avec une importante médicamentation. S’opposer à la science est difficilement entendable quand on est réanimateur », s’étrangle son confrère de la Timone, à Marseille, Julien Carvelli.

« Brillant » et « rebelle »

Jeune interne déjà, Louis Fouché était atypique. Un de ses anciens chefs de service se souvient d’un « garçon intelligent, intéressant à écouter, non conventionnel », porté par des valeurs « très humanistes ».

Julien Textoris, qui l’a fréquenté lors de son internat, décrit un « original, dans le sens positif du terme : très intelligent, brillant, peut-être trop en avance sur son temps. Il avait un compost quand je n’en avais encore jamais entendu parler ! » Très investi dans les réflexions éthiques, il séduit dans les congrès par ses discours iconoclastes, grâce à « un côté écolo, anti-industrie, avec une certaine liberté de parole », se souvient un ancien chef de service.

« J’ai l’impression qu’on a raté quelque chose : bien encadré, il aurait pu devenir un universitaire brillant », témoigne Julien Textoris

Mais ce jeune médecin théâtral et bouillonnant a aussi du mal à accepter les contraintes hiérarchiques, et tout en cherchant la reconnaissance de ses supérieurs, passe du temps à les contredire. « Il avait un aspect très rebelle, contre le système, relève Julien Textoris. J’ai l’impression qu’on a raté quelque chose : bien encadré, il aurait pu devenir un universitaire brillant. » 

A la place, Louis Fouché se braque et s’enferme dans une vision de plus en plus personnelle et idéologique. A l’image de ses discours sur les vaccins à l’hôpital, ou ses positions sur l’IVG qui, pour lui, n’est « pas morale », et l’ont conduit à refuser des consultations, rapporte un de ses collègues. Dès lors, malgré toutes ses études – hypokhâgne, médecine, master d’éthique médicale –, ses positions lui ferment des portes, notamment à la Timone. Il a depuis atterri à l’hôpital de la Conception, où, en dépit de son prosélytisme et de ses disparitions, il est apprécié comme un collègue prévenant et qui ne compte pas ses heures.

Le tremplin du Covid-19

C’est là, de la Conception, qu’il se fait connaître du grand public à la fin du printemps 2020, commentant de son bureau la crise sanitaire sous la forme de pastilles rassurantes au ton moqueur. Les vidéos péremptoires de ce blondinet à l’éternel sourire en coin percent sur Facebook. Son leitmotiv : « Arrêtez de paniquer avec le Covid-19, ça va. »

Ses pairs hurlent. « Il n’a jamais été en position de mesurer l’ampleur de l’épidémie », grince un confrère marseillais. Tandis que la Timone, en première ligne, écluse le gros des patients en réanimation – environ 200 –, il n’en aurait vu passer qu’une poignée selon ses confrères. Lui conteste en janvier, dans un droit de réponse à Marsactu : il en aurait vu « bien plus de vingt-cinq ». Qu’importe. Après avoir réuni autour de lui quelques confrères, il fonde durant l’été RéinfoCovid et rejoint la France rassuriste.

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Parmi les médecins comme Didier Raoult, Jean-François Toussaint ou Christian Perronne, qui prônent des mesures assouplies, le docteur Fouché se démarque : quand d’autres parlent de courbes épidémiques, lui place le débat au niveau du projet de société. Son ton dédramatisant et fédérateur fait mouche.

Un vernis séducteur

Le médecin se distingue aussi par un style très érudit. Il n’est plus seulement question d’aérosols, de Pfizer ou de Big Pharma, mais de la « fabrication du consentement » de Noam Chomsky, de la prudence d’Aristote, ou encore de l’allégorie de la caverne de Platon. Et ce masque, interroge-t-il, n’est-ce pas une injure à la philosophie du visage d’Emmanuel Levinas et donc une négation d’autrui ?

Ces arguments résistent mal à l’analyse. « N’importe quel étudiant en licence qui sortirait ce qu’il dit se ferait recaler à l’oral », s’étrangle Laurent Vassel, enseignant en philosophie, qui rappelle que le concept de visage chez Levinas s’étend à tout le corps et exhorte à respecter la vie d’autrui – soit le contraire du non-respect des gestes barrières. « C’est un très mauvais lecteur, mais un lecteur malin. Il manipule le texte en permanence. » 

Est-il sincère ou cynique ? « Je pense qu’il y a une part de sincérité chez lui, mais qu’il est prêt à tout pour atteindre son but, même à mentir d’un point de vue scientifique, observe le « gilet jaune » et docteur en microbiologie Alexander Samuel, qui le combat publiquement. Par exemple, quand il affirme que les tests de stabilité sur le vaccin n’ont pas été réalisés, en tronquant une phrase. C’est difficile de ne pas faire ça volontairement. »

On m’a recommandé de regarder une nouvelle vidéo de fouché, comme si j’en avais pas subi assez… Bon du coup voilà… https://t.co/ORHSI97Fpy— AlexSamTG (@Alexander Samuel) 

Des doubles discours, il en tient. Il loue à longueur d’entretiens l’Institut hospitalier universitaire (IHU) et son médiatique chef Didier Raoult, mais, dans l’intimité d’une conversation, le qualifie d’« usine à PQ », rapporte l’un de ses interlocuteurs. Interrogé sur cette sortie, Louis Fouché refuse de répondre de propos tenus en privé.

Peur de la contradiction

De la même façon, Louis Fouché prend soin de choisir ses contradicteurs. Son unique duel public avec un pair l’a opposé à Martin Blachier, épidémiologiste et chef d’entreprise, en novembre 2020. « Sud Radio m’avait appelé en me disant qu’il refusait de discuter avec le moindre scientifique, sauf moi », témoigne ce dernier, qui constituait une cible facile : il suffisait à Louis Fouché de souligner que M. Blachier travaille avec des laboratoires pour le discréditer auprès des complotistes.

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Pour le reste, il est très rare que l’anesthésiste se retrouve en position d’être contredit. C’est arrivé une fois, sur CNews, où, mis en minorité par les intervenants, le chantre de la non-violence et de la diplomatie avait perdu ses nerfs. Encore récemment, Louis Fouché a refusé de débattre avec le réanimateur Damien Barraud, farouche opposant à Didier Raoult, comme avec Alexander SamuelSon confrère de la Timone, Julien Carvelli, l’a aussi contacté pour essayer d’échanger de manière constructive. En vain. « J’ai senti qu’il se sentait agressé. Quand il sait qu’il n’est pas suivi, il a un peu peur. » 

A l’occasion d’un Facebook Live animé par Maxime Nicolle, Alexander Samuel a tout de même réussi une fois à apporter la contradiction, sous la forme d’une correction sur le tchat : Maxime Nicolle avait lu son commentaire en plein direct, obligeant Louis Fouché à reconnaître que, contrairement à ce qu’il venait d’affirmer, le vaccin ne déclenche pas des formes graves. Du bout des lèvres, il avait alors expliqué « simplifier », puis accusé son interlocuteur de « dogmatisme péremptoire ».

Rupture avec la science

Pour le docteur Stéphane Gaudry, Louis Fouché connaît ses limites. « Il sait très bien que, face à quelqu’un qui connaît la science, il ne tient pas cinq minutes. Et comme il n’est pas bête, il évite la confrontation avec des scientifiques. »

Avec seulement huit apparitions dans la banque de données scientifiques PubMed, chaque fois en tant que contributeur mineur, le réanimateur marseillais n’a pas l’étoffe d’un chercheur. « Didier Raoult est un scientifique de haut vol, mais Louis Fouché n’est personne », balaie un éminent professeur d’université en anesthésie-réanimation. « Que Dieu me préserve des “sachants” péremptoires ! J’aime le débat et la contradiction avec tous les scientifiques », rétorque l’intéressé, pourvu qu’il y ait un « respect mutuel ». 

« Plus on va contre, plus ça alimente son délire », estime Olivier Joannes-Boyau, président du comité réanimation de la Société française d’anesthésie-réanimation

Auprès de ses confrères, ses discours antiscience agacent de plus en plus. « Les conséquences sont extrêmement néfastes, déplore Stéphane Gaudry. Avec les vaccins, des centaines de milliers de vies vont être sauvées, donc tenir des discours antivax en situation de crise du Covid, c’est criminel, il n’y a pas d’autre mot. »

Louis Fouché a reçu un rappel à l’ordre de sa hiérarchie en décembre 2020 et n’a désormais plus le droit de s’exprimer en qualité de médecin des hôpitaux de Marseille. Pour l’instant, rien de plus : les scientifiques hérissés par ses prises de position veulent éviter d’en faire un martyr.

« C’est du temps perdu, estime Olivier Joannes-Boyau, président du comité réanimation de la Société française d’anesthésie-réanimation. Quand Fouché raconte des énormités, plus on va contre, plus ça alimente son délire. » Lui-même se vante d’avoir reçu des centaines de courriels de soutien lors de sa convocation en décembre 2020 et semble impatient de monter une société alternative.

Hypnose et séduction

Louis Fouché parle depuis peu d’« avoir un projet de vivre ailleurs, dans un écolieu ». Il évoque un système inspiré des Colibris, émancipé de l’éducation nationale, avec un réseau de médecine parallèle et une réflexion sur la création de monnaies alternatives. Une tentative de « sortir de l’idéologie anxieuse néolibérale technosanitariste transhumaniste mondialisée », et de refaire « du “je” individué et du “nous” pluriel », écrit-il au Monde.

Un parcours qui inquiète. « Il a un discours assez ambigu, proche des techniques qu’on peut utiliser dans les relations d’emprise », s’inquiète Alexia Morvan, diplômée de psychothérapie et psychopathologie, qui accompagne des personnes victimes d’emprise. Lui-même recommandait en novembre 2020 à des « gilets jaunes » des « techniques d’hypnose », afin de faire du « lavage de cerveau ».

Ses démonstrations se doublent parfois d’envolées mystiques assumées, comme lorsqu’il parle d’un « combat du bien et du mal », évoque une « énergie [qui] vient d’ailleurs » ou, à d’autres occasions, se réfère à Dieu qui cherche ses « Justes »« Ce n’est pas un gros mot, de dire “spiritualité” », assure-t-il dans une vidéo sur la permacultureoù il assume l’influence du tantrisme et de différents monothéismes. Le 26 mai, sa vidéo « Et demain ? » a d’ailleurs été partagée par Raël, le fondateur de la secte des raéliens.

« Les gourous, en général, sont des gens qui n’ont pas eu assez de reconnaissance dans le cadre de leur profession », avertit Pascale Duval, porte-parole de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes, qui estime que Rémy Daillet, le « gourou » impliqué dans l’enlèvement de la petite Mia, lui « fait moins peur qu’un Fouché, qui se réfugie derrière un discours humaniste. » 

L’intéressé dénonce une « tentative caricaturale », qui traduit à ses yeux « le niveau de totalitarisme et de confusion » actuel. Le 5 juin, il était présent à une table ronde avec des intervenants complotistes à l’université citoyenne d’Avignon. Encore une fois, il s’est arrangé pour figurer dans un panel sans contradicteurs.

Partenaire scientifique et financier, l’IRD envisage de lâcher l’IHU de Didier Raoult

INFO MARSACTUpar Benoît Gillesle 30 Juin 2021

https://marsactu.fr/partenaire-scientifique-et-financier-lird-envisage-de-lacher-lihu-de-didier-raoult/

L’institut de recherche pour le développement examine les conditions de son désengagement de l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection, créé et dirigé par Didier Raoult. La récente double perquisition est le détonateur d’une réflexion plus globale sur ce partenariat scientifique.

Le siège de l’IRD, boulevard de Dunkerque à Marseille. Photo : B.G.

L’ENJEU

Après les départs de l’Inserm et du CNRS, l’IRD est le dernier partenaire scientifique historique à siéger au sein du conseil d’administration de l’IHU.

LE CONTEXTE

Une enquête préliminaire est ouverte concernant les agissements du précédent PDG de l’IRD et porte notamment le financement de la fondation Méditerranée infection présidée par sa femme. Le message tient autant du contrefeu que du préavis de divorce. Quelques jours après la double perquisition à Marseille dans les locaux de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l’IHU du professeur Didier Raoult, la PDG de l’IRD, Valérie Verdier a publié un communiqué sur cette affaire judiciaire qui éclabousse les deux […] Suite Abonnés

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Des vaccins anti-Covid qui n’empêchent pas de contracter le virus, une « première dans l’histoire » ? Attention à cette infox

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AFP, publié le mardi 03 août 2021 à 19h00

Des publications remettent en cause l’utilité de la vaccination contre le Covid-19, en arguant que ce serait la « première fois dans l’histoire de l’humanité » que des personnes vaccinées pourraient encore être infectées par des porteurs sains. Mais si les vaccins contre le Covid n’empêchent pas de contracter la maladie, ils limitent ce risque et évitent surtout le développement de formes graves. De plus, de nombreux vaccins utilisés en France contre d’autres virus ne préviennent pas non plus les contaminations, et se sont pourtant révélés très efficaces pour réduire la circulation de maladies infectieuses, rappellent des expertes interrogées par l’AFP.« Pourla première fois dans l’Humanité, des gens en bonne santé peuvent transmettre une maladie qu’ils n’ont pas à d’autres gens qui sont vaccinés contre celle-ci!« , écrit une internaute dans ce tweet publié le 28 juillet et relayé plus de 1.300 fois depuis. Sa publication a également été reprise sur Facebook .

Capture d’écran prise sur Twitter le 03/08/2021 Capture d’écran prise sur Facebook le 03/08/2021 

Ces dernières semaines, de nombreux internautes se sont également étonnés que le virus du SARS-CoV-2 puisse être contracté à l’issue d’un cycle vaccinal complet, et ont regretté de devoir continuer à appliquer les gestes barrières une fois vaccinés. Pourtant, il est faux de dire que c’est « la première fois » que des vaccins ne préviennent pas les infections par des porteurs sains, tout comme il est erroné de soutenir que ces sérums seraient inefficaces pour cette raison, ont expliqué deux expertes à l’AFP.

Deux types d’immunité conférées par les vaccinsLes différents vaccins qui sont développés pour lutter contre des maladies peuvent en effet procurer deux types d’immunité. Dans le cadre d’une immunité dite « stérilisante », la réponse immunitaire engendrée par le vaccin va éliminer entièrement le virus de l’organisme. C’est le cas du vaccin contre la variole, qui a permis l’éradication de la maladie de la surface de la terre en 1980.

Une immunité dite « effective » n’empêchera pas, en revanche, la contamination de l’organisme par un virus ni sa multiplication, mais elle préviendra le développement des principaux symptômes de la maladie.

Or,les vaccins développés contre le Covid-19 à ce jour entraînent une immunité effective, et non stérilisante

« Même quand on est vacciné, il reste un risque d’attraper la Covid si on est exposé au virus (même si la maladie sera le plus souvent moins grave), et de le transmettre par la suite (même si votre contagiosité sera elle aussi diminuée) », détaille ainsi le ministère français de la Santé sur le site internet « Mes conseils Covid ».

« Le virus arrive dans le nez et devient dangereux dans les poumons. Or, ce que prévient le vaccin c’est la descente dans le système respiratoire jusqu’aux poumons, c’est pour ça qu’on est à presque 95% d’efficacité sur les formes graves » de la maladie, a expliqué le 3 août à l’AFP Claude-Agnès Reynaud, immunologiste à l’Inserm.

Si l’immunité stérilisante reste l’objectif ultime de la recherche vaccinale, de nombreux vaccins utilisés aujourd’hui n’induisent, comme ceux contre le Covid-19, qu’une immunité effective . 

« La plupart des vaccins n’évitent pas complètement la transmission, c’est-à-dire que le système immunitaire n’agit que quand le virus ou la bactérie est dans l’organisme« , a souligné le 3 août auprès de l’AFP Françoise Salvadori, maître de conférences en immunologie à l’université de Bourgogne et co-autrice de l’ouvrage Antivax – Histoire de la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours.

Le vaccin contre la grippe saisonnière, dont la composition est actualisée tous les ans, ne permet par exemple « toujours pas d’éviter la maladie » mais « réduit le risque de complications graves ou de décès », comme le note le site vaccination-info.service.fr.

Le vaccin contre la diphtérie procure également une immunité effective, note Françoise Salvadori, et a pourtant permis à cette maladie hautement contagieuse dedisparaître en France métropolitaine. Il existe en revanche encore des signalements de cas isolés en France, à Mayotte notamment.

« Le fait d’être vacciné contre la diphtérie n’empêche pas de contracter la bactérie, mais ce vaccin induit des anticorps qui neutralisent la toxine, car c’est la toxine diphtérique qui tue. Et, aujourd’hui, la maladie n’est plus un problème de santé publique », souligne la docteure en immunologie et en virologie.

Par ailleurs, si les vaccins contre le Covid-19 ne peuvent pas empêcher le virus d’entrer dans l’organisme, ils limitent le risque de transmission, soulignent de récents travaux. Plusieurs études (1, 2, 3 ) portant sur des données analysant les campagnes de vaccination, en particulier au Royaume-Uni et en Israël, ont montré que les vaccins anti-Covid présentaient non seulement une efficacité contre les formes graves et symptomatiques de la maladie,mais aussi que les vaccins ont permis de diminuer les risques de contamination.

« Toutes les études montrent que la charge virale, – c’est-à-dire la quantité de virus – est moins grande chez les vaccinés, ce qui veut dire que la contagiosité est moindre », détaille Claude-Agnès Reynaud.

La situation s’est toutefois un peu plus complexifiée avec l’apparition du variant Delta, considéré comme extrêmement contagieux. Son degré de contagiosité fait en effet craindre une baisse du niveau de protection des vaccins existants et un rebond de la circulation et de la transmission du virus, parmi les personnes vaccinées comme non vaccinées.

Un médecin prépare une dose de vaccin Pfizer/BioNTech dans un centre de vaccination de Lille, le 30 juillet 2021 ( AFP / DENIS CHARLET)Le fait que des porteurs sains puissent encore transmettre le virus ne remet pas en cause l’intérêt de la vaccination, notent enfin les expertes. « Dans le passé on ne parlait pas ou peu des vaccins qui induisent encore des contaminations, parce qu’on ne réalisait pas de test PCR qui permettraient de le constater », met en avant Françoise Salvadori. 

Pour les spécialistes, il reste toutefois important de ralentir au maximum la circulation du virus en continuant d’appliquer les gestes barrières et la distanciation sociale car« chaque personne qui héberge le virus fournit une aire de jeux pour le virus qui va risquer de muter ».

A la date du 4 août, 42.862.858 Français ont reçu au moins une injection anti-Covid et 35.769.194 personnes ont désormais un schéma vaccinal complet (soit 53% de la population totale), selon les chiffres du ministère de la Santé.

Commentaires Dr Jean SCHEFFER:

Oui l’Etat nous a menti à plusieurs reprises et ne s’est jamais excusé, oui il a infantilisé nos concitoyens, oui il y a atteinte aux libertés, oui la France à l’instar du Portugal et de l’Espagne n’a pas obtenu 100% de vaccination de nos personnes âgées et de tous les sujets fragiles (ce qui aurait pu empêcher ou diminuer les confinements), oui le pass sanitaire est une façon sournoise d’obliger les anti-vaccins à se faire vacciner plutôt que d’essayer de les persuader, oui il ne sera pas possible d’atteindre une immunité collective, oui les vaccinés peuvent être à nouveau contaminés et être contaminants,….

Est-ce une raison pour saccager le samedi ou même en semaine pharmacies, centres de vaccination, ou d’envahir des hôpitaux sans masque comme à Pau.

Est-ce une raison pour prendre des libertés avec les données de la science et de faire courir des nouvelles erronées sans fondement factuel et scientifique ?

Non en Août 2021 il n’y a pas de traitement préventif ou curatif contre la covid-19 et tous ses variants. En Israël, en Australie, en Islande, au sud des Etats-Unis, aux Antilles, en France,…, le variant Delta est la source de nouvelles contaminations qui atteignent à 90% des sujets non vaccinés dans les services de réanimation. Ces patients, moins souvent atteints de formes graves, mais plus jeunes, mettent cependant en danger la sécurité des soins par manque de place en réanimation en particulier aux Antilles. Le tri des patients y est malheureusement effectif, contrairement aux dires colportés par des réseaux sociaux malveillants (que doivent penser les réanimateurs qui luttent avec leur énergie et leur propre conscience à Fort de France ou à Pointe-à-Pitre !). Les déprogrammations ont reprises dans nos hôpitaux et les réanimations ont besoin de lits pour tous les patients non covid (en particulier les accidentés de la route, tous les cancers opérés et les causes habituelles nécessitant la réanimation). Les transferts de malades de réanimation vers des hôpitaux moins submergés sont de plus en plus fréquents, y compris cette semaine chez nous dans le Tarn à Albi, vers Amiens et Bétune ?

Malgré des études qui montrent que 50% d’efficacité pour le vaccin Pfizer et 75% pour le Moderna (Mayo Clinic) ils restent cependant toujours très efficace pour empêcher la survenue de formes graves. C’est cela le plus important, il nous reste donc à lutter contre toute désinformation et à persuader le maximum d’anti-vaccins ou d’hésitants à se faire vacciner ce sera beaucoup plus efficace pour notre santé publique que de défiler tous les samedis à la remorque des anti-vaccins, complotistes, et ceux d’extrême droite.

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82% de non vaccinés hospitalisés

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9 fois plus de non vaccinés en soins critiques

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Nette augmentation des moins de 59 ans dans les réanimations (de 25 à 50%)

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Le pic de contaminations très élevé et très rapide aux Antilles

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Evolution des contaminations en Israël, les vaccinés ont six fois moins de risque de contacter une forme sévère:

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Dans l’Oregon , Etat du sud des Etats-Unis mêmes résultats qu’en Islande et en Israël: les patients symptomatiques sont le plus souvent non vaccinés

Pourcentage des médecins vaccinés à l’APHP (Paris): 95%

Peut être une image de texte qui dit ’Effectif Personnel AP- HP vaccinés Personnel Médical Effectif vacciné TOTAL Cible % de la cible atteint 20 543 21 730 95 % 100% 90% 95% 80% métier 70% catégorie par 50% 60% 40% 30% 20% 20 543 10% 0% PM’

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Un avis sur « Le nouveau Directeur général des Hôpitaux Assistance Publique de Marseille (APHM) fait le ménage: Didier Raoult à la retraite et l’Anesthésiste de l’APHM le Dr Fouché en mise en disponibilité (commentaires Dr J SCHEFFER) »

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