Le gouvernement japonais dépassé par une hausse « sans précédent » du nombre de cas de Covid-19
Treize départements sont en état d’urgence et les contaminations progressent, alors que le pays s’apprête à accueillir les Jeux paralympiques.
Par Philippe Mesmer(Tokyo, correspondance)
Publié aujourd’hui à 10h59
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Dépassé par une vague « sans précédent » et « complètement inattendue » de contaminations au Covid-19, le premier ministre japonais, Yoshihide Suga, se voit contraint d’élargir à de nouveaux départements les mesures de prévention. Devant la presse, mardi 17 août, il a annoncé que sept départements passeront, le 20 août, en état d’urgence, et ce jusqu’au 12 septembre. Ils s’ajouteront aux six, dont Tokyo, dont les bars et restaurants doivent fermer dès 20 heures, et où les habitants sont incités à réduire leurs sorties et les entreprises à développer le télétravail.A
Outre ces treize départements, seize autres se retrouveront en « quasi-état d’urgence », soumis à des restrictions légèrement moins strictes que l’état d’urgence. M. Suga refuse toutefois d’imposer des mesures drastiques au niveau national, estimant que cela pénaliserait des territoires où le virus circule peu. Le chef du gouvernement demande aussi aux centres commerciaux de plus de 1 000 mètres carrés de limiter le nombre de clients, appelle la population à réduire de moitié ses sorties et envisage de nouvelles aides aux entreprises.
Sous l’effet du très contagieux variant Delta, les contaminations quotidiennes sont passées dans l’Archipel de 3 885, le 17 juillet, à 19 955 le 17 août. Le nombre de malades graves s’établit, lui, à 1 646, un record qui pèse sur les hôpitaux publics, seuls à prendre en charge les patients infectés par le Covid-19. La majorité des établissements privés (soit 80 % des hôpitaux nippons) s’y refusent. « Les infrastructures de santé publique sont soumises à une pression extrême, comparable à celle d’une catastrophe naturelle », estiment les experts du gouvernement.
Situation « hors de contrôle »
La situation est particulièrement tendue à Tokyo, pourtant soumise à un état d’urgence depuis le 12 juillet. Le taux de positivité des tests dépasse les 20 % depuis début août. La commission consultative sur le Covid-19 de la capitale considère que la situation est désormais « hors de contrôle ».
Tokyo doit accueillir, du 24 août au 5 septembre, les Jeux paralympiques, et les organisateurs ont décidé que ceux-ci se tiendraient sans spectateurs. Certains athlètes paralympiques souffrent de comorbidités associées à un risque de développer une forme grave de Covid-19. « Ma fonction respiratoire normale est comparable à celle d’un octogénaire », explique, par exemple, le joueur de boccia (sport apparenté à la pétanque), Takayuki Hirose. En cas d’infection, il peut donc développer des symptômes aussi graves que les personnes âgées.
La situation est telle que M. Suga a appelé, début août, à n’hospitaliser que les cas graves et à établir des « stations d’oxygène » pour les patients en ayant besoin à domicile. Il a également plaidé pour une accélération de la distribution de traitements à base d’anticorps pour les personnes les plus atteintes, ce qui n’a pas empêché le décès de certains malades restés chez eux. Le 9 août, à Tokyo, un patient dans un état grave a été refusé par 120 hôpitaux avant de trouver une place.
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La population va-t-elle suivre les dernières recommandations d’un gouvernement jugé « trop optimiste » par le quotidien Asahi face au virus et dont le taux de soutien ne dépasse pas 30 % selon les derniers sondages ? La question est sur toutes les lèvres et la hausse du nombre de cas dans la capitale, pourtant en état d’urgence, montre que rien n’est acquis. « Le gouvernement pousse les gens à adopter des mesures de prévention en jouant sur la peur de la contamination, mais cela ne marche plus », estime Kei Hirai, spécialiste de psychologie de la santé à l’université d’Osaka. Le maintien des Jeux olympiques a même accentué le relâchement de la population.
Campagne vaccinale au ralenti
En parallèle, nombre de bars et de restaurants ne se conforment pas aux directives, malgré le risque d’amende. « Le loyer et les coûts de personnel sont élevés dans le centre-ville de Tokyo. Les aides ne suffisent pas à les couvrir », expliquait au quotidien Mainichi un propriétaire d’izakaya (brasserie japonaise) du quartier animé de Shinjuku. Pour contrer cette tendance, M. Suga envisagerait 300 milliards de yens (2,3 milliards d’euros) d’aides supplémentaires aux entreprises en difficulté à cause de la pandémie.
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Le gouvernement tente également de relancer une campagne de vaccination au ralenti. Le rythme d’injections quotidiennes baisse en raison de problèmes d’approvisionnement et de personnel : 481 000 personnes ont reçu une dose le 16 août, contre 1,5 million le 10 juillet. Actuellement, seuls 31,6 % des Japonais sont pleinement vaccinés.
Ces résultats mitigés du dispositif en place poussent aujourd’hui Shigeru Omi, conseiller du gouvernement sur le Covid-19 à plaider pour une législation permettant des restrictions plus strictes, voire un véritable confinement. Jusque-là hostile à de telles décisions, dont il doute de l’efficacité et qu’il considère comme « étrangères au Japon » et « menaçantes pour les libertés individuelles », M. Suga aurait évolué sur se point et envisagerait de nouvelles mesures législatives.