Contre le covid de très nombreux essais, mais un arsenal thérapeutique bien maigre

Contre le Covid-19, la course aux traitements s’accélère

Les vaccins ne suffiront peut-être pas à contrer les variants plus contagieux. Biotechs et grands labos cherchent des remèdes, mais l’arsenal thérapeutique est maigre. 

Par Zeliha ChaffinPublié aujourd’hui à 06h06, mis à jour à 09h12  

Temps de Lecture 4 min. 

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Travail de recherche dans le laboratoire de Xenothera, start-up basée à Nantes, en juillet 2020.
Travail de recherche dans le laboratoire de Xenothera, start-up basée à Nantes, en juillet 2020. JEAN-CLAUDE MOSCHETTI / XENOTHERA / REA

« On pensait que l’été serait plus tranquille. » Face à la nouvelle flambée épidémique, Odile Duvaux a vite déchanté. Ces dernières semaines, la patronne de Xenothera a enchaîné les appels téléphoniques : Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), gouvernement français, Union européenne (UE) et une ribambelle de pays étrangers. « On est sollicités de partout », déclare-t-elle. Au bout du fil, une même question : « Où en êtes-vous ? » Une fierté pour la biotech nantaise, qui vient de commencer la production de son traitement contre le Covid-19, un anticorps polyclonal baptisé « XAV-19 ». « Notre produit est maintenant en essai de phase 3. Si tout se passe bien, il pourrait être autorisé et utilisé dès cet automne », explique Mme Duvaux.

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Une aubaine pour la jeune entreprise. Car si la course au vaccin – principale arme de lutte contre le Covid-19 – a déjà ses champions, celle des traitements cherche encore ses vainqueurs. Les candidats en quête d’un remède miracle ne manquent pourtant pas. Chercheurs, biotechs et grands laboratoires pharmaceutiques se sont tous mobilisés. Depuis le début de la crise sanitaire, plus de 3 300 essais cliniques portant sur la recherche de traitements – dont près de 1 600 sont toujours en cours – ont ainsi été recensés à travers le monde. Mais l’arsenal thérapeutique contre le Covid-19 reste encore bien maigre.

« On sait aujourd’hui mieux réparer les dégâts causés par le virus, par exemple, en utilisant la dexaméthasone, un anti-inflammatoire, mais il n’existe pas encore sur le marché de traitement qui s’attaque directement au virus. La recherche a beaucoup progressé cependant, et on a bon espoir de voir arriver plusieurs médicaments au cours des six prochains mois », observe Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS à l’université Aix-Marseille. L’UE s’est d’ailleurs fixé comme objectif l’autorisation d’au moins trois nouveaux traitements d’ici à la fin de l’année

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Anticiper les prochaines crises

L’enjeu n’est pas anodin. Car si les vaccins ont, jusqu’à présent, constitué un bouclier efficace, rien n’exclut que de nouveaux variants, plus dangereux, n’échappent, à l’avenir, à leur filet protecteur. Il s’agit également de protéger les patients immunodéprimés, atteints de cancers ou transplantés, pour lesquels la vaccination est moins efficace, et qui sont plus à risque de développer une forme grave de la maladie. « Les traitements sont un outil complémentaire, qui servira également à anticiper les prochaines crises. C’est déjà le troisième coronavirus apparu en l’espace de vingt ans. Nous ne sommes pas à l’abri qu’un autre émerge dans les prochaines années », souligne Jean Dubuisson, chercheur au CNRS à l’Institut Pasteur de Lille.

En France, plusieurs biotechs, à l’instar de Xenothera, se sont lancées dans la recherche de remèdes. La plupart ont saisi la possibilité de repositionner des produits déjà en développement dans leur portefeuille pour d’autres pathologies. Une pratique courante dans l’industrie, qui permet d’aller plus vite. « On connaît alors déjà le fonctionnement de la molécule et sa toxicité », explique M. Dubuisson.

Ainsi, la biotech Inotrem s’est concentrée sur l’inflammation qui survient chez les malades les plus graves du Covid-19. « Notre inhibiteur, le Nangibotide, avait déjà montré des signes d’efficacité chez les patients atteints d’une autre forme d’inflammation sévère, le choc septique. Nous avons donc lancé, fin 2020, une étude clinique de ce produit, afin de tester son efficacité sur le virus SARS-CoV-2, et nous démarrons actuellement la phase 2 », déclare Jean-Jacques Garaud, son cofondateur et vice-président exécutif. La société pharmaceutique AB Science s’est, de son côté, focalisée sur le développement d’un antiviral. « Nous avons bénéficié d’une découverte de l’université de Chicago, publiée dans la revue Science,et qui a identifié notre molécule, le Masitinib, comme le meilleur antiviral potentiel contre le Covid-19 parmi près de 2 000 molécules étudiées », se réjouit Alain Moussy, son PDG.

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Des pistes prometteuses

Les pistes sont prometteuses, mais elles doivent encore être confirmées. « La phase 2, qui permet de faire les premiers essais chez l’homme, est souvent déterminante », poursuit Alain Moussy. Beaucoup y ont échoué. Abivax et Innate Pharma, également engagées dans la course aux traitements, ont jeté l’éponge, faute de résultats satisfaisants. Encore faut-il déjà pouvoir lancer l’essai clinique ! Car, bien souvent, les candidats en lice peinent à recruter des malades du Covid-19 pour tester leurs produits. « C’est d’autant plus compliqué qu’il y a de nombreux essais cliniques en cours, ce qui réduit d’autant les chances de trouver des patients, et rallonge les délais de développement des traitements », déplore Agnès Menut chez Genoscience Pharma.

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La concurrence est d’autant plus rude que les Big Pharma sont, elles aussi, sur les rangs. Avec déjà une longueur d’avance. Le britannique GlaxoSmithKline (GSK), qui développe avec le laboratoire Vir Biotechnology un anticorps monoclonal, vient ainsi de décrocher une précommande de 220 000 doses de l’UE. Le laboratoire américain Regeneron, dont le cocktail d’anticorps monoclonaux est autorisé, depuis plusieurs mois, outre-Atlantique, pour les patients les plus à risque, affichait, pour ce dernier, des ventes de 2,59 milliards de dollars (2,21 milliards d’euros) au deuxième trimestre.

Sans compter l’arrivée prochaine de nouveaux traitements, cette fois des antiviraux développés par l’allemand Merck, l’américain Pfizer et le suisse Roche, sous forme de pilules à avaler dès les premiers symptômes du Covid-19 – plus pratiques que les traitements par anticorps, qui nécessitent des injections par intraveineuse à l’hôpital. La guerre contre le coronavirus pourrait bien prendre une nouvelle tournure.

Zeliha Chaffin

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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