Retour sur l’histoire de l’Afghanistan et le gouvernement social d’union nationale (le Parti Démocratique du Peuple – PDP) liquidé par Eltsine et les américains, sur le rôle des Etats-Unis dans la construction des forces de mujahédine, y compris les talibans – L’hypocrisie des pays soit-disant démocratiques

Histoire et société

Les années socialistes en Afghanistan : l’avenir prometteur tué par l’impérialisme américain

Ce texte dit bien des choses essentielles mais il ne peut tout dire … Il s’avère qu’en 1986, j’ai été envoyée faire un reportage de sept semaines au Tadjikistan et j’ai découvert la réalité de ce que représentait pour les femmes d’Asie centrale l’influence de l’URSS. Aussi quand j’ai constaté la propagande qui osait dans le même temps avec Bernard Henri Levy assurer la promotion de Massoud et prétendre défendre les femmes afghanes l’indignation m’a étreint le coeur. Comme aujourd’hui quand je vois que les mêmes qui ont approuvé l’occupation immonde des Etats-Unis et de leurs alliés, la complaisance face à leur exaction, le viol institué des jeunes garçons par les seigneurs de la guerre alliés des USA, leur meurtre menotté, la corruption généralisée, et ce sont ces gens qui nous refont le coup des femmes afghanes? j’ai la nausée… L’article esquisse le fait que le gouvernement d’union nationale sous direction du PDP a tenu trois ans après le départ des soviétiques mais il oublie de dire que c’est Eltsine sur ordre des USA qui lui a porté le coup de grâce en organisant le blocus y compris de l’essence. Il y a tant d’horreurs que la “démocratie” de nos médias a couvert et continue de couvrir (note et traduction de danielle Bleitrach)

Aumilieu des années 1970 y au début des années 80, la correspondante  de People’s World Marilyn Bechtel était l’éditorialiste de la revue bimensuelle New World Review. elle a visité deux fois l’afghanistan en 1980 y 1981. L’article suivant a été publié pour la première fois dans nos page le 6 octobre 2001, le jour avant que les Etats-Unis aient lancé leur guerre en Afganistán, sous le ttitre ” Afganistán: Algunos pasaron por alto la historia”. Avec l’administration Biden maintenant sont retirées les troupes du pays,nous presentons cet article comme un rappel de ceque la guerre la pluslongue des Etats-Unis a pris ses racines dans des faits bien antérieurs aux attaques terroristes du 11 septembre et qui remontent à l’anticommunisme de la guerre froide. (traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Depuisles terribles événements du 11 septembre , il a été beaucoup question de la situation désespérée du peuple afghan , maintenant écrasé sous le talon des talibans théocratiques et dictatoriaux , et du rôle de l’Alliance du nord et autres opposants talibans qui maintenant figurent dans les plans de Washington pour la región.

Escena callejera de Kabul, 1979. | TASS

Il est fait allusion , pour la majeure partie des cas dans une vision tronqué , sur le rôle de l’Union soviétique de 1978 à 1989. Il y a en effet beaucoup à dire sur le rôle des Etats-Unis dans la constructio des forcesde mujahédine, y compris les talibans. 

Mais il n’est jamais question de faire état des efforts que le peuple afghan a tenté à la fin des années 1970 et 80 pour se libérer du joug des tribus bellicistes et féodales en tentant de construire un état démocratique moderne. Ou sur le rôle de l’Union soviétique bien des années avant 1978. 

Certainsévénements antérieurs aident àjeter une lumière sur la crise actuelle. L’Afghanistan fut un premiers des jalons géoplitiques pour les constructeurs des empires du 19 ème siècle, tantôt la Russie tsariste, tantôt l’empire britannique se le disputèrent. Finalement il fut contraint par les Britanniques à une semidépendance. 

Quand arriva au pouvoir en 1921, Amanullah Khan —parfois considéré comme le Kemal Ataturk de Afganistán— il tenta de réaffirmer la souveraineté de son pays et de le faire accéder à la modernité. Pour appuyer ses efforts, il s’adressa au nouveau gouvernement révolutionnaire de Moscou, qui lui répondit en reconnaissant l’indépendance de l’Afghanistan et en concluant avec lui le premier traité d’amitié afghano-soviétique. 

De 1921 à 1929 — quand des élements réactionaires, aidés par les britanniques, obligèrent Amanullah à abdiquer — les soviétiques aidèrent à lancer les débuts de projets d’infrastructures économiques, comme le développement énergétique , les ressources hydroliques, le transport et les communications. Des milliers d’étudiants afghans furent accueillis dans les écoles techniques et les universités soviétiques. 

Après le départ forcé de Amanullah, les projets s’étiolèrent, mas la relation entre les sovétiques et les afghans ressurgirent plus tard. 

El Centro para la Ciencia y la Cultura fue construido en Kabul como un regalo del pueblo de la Unión Soviética. Una vez que las fuerzas muyahidines respaldadas por Estados Unidos tomaron el poder, la instalación fue destruida. | TASS

Dans la décade de 1960, il y eut un nouvel essor de projets afghano-soviétiques, y compris l’institut Polytechnique de Kabul, le principal centre éducatif du pays en matière de formation pour les ingénieurs,géologues et autres spécialistes. 

L’Afghanistan ne fut pas à l’abri de la fermentation politique et social qui caractérisait le monde en développement dans le siècle passé. A partir de la décade de 1920, beaucoup de courants progressistes de lutte prirent exemple sur lesexpériences de l’URSS, oùune nouvelle société plus équitable surgissait sur les terres de l’antique empire russe. L’Afghanistan ne fut pas une exceptio. Au milieu des années 60, les courants révoutionnaires démocratiques nationaux s’unirent pour former le Parti Démocratique du Peuple (PDP)

Modernos edificios de apartamentos construidos en Kabul en la década de 1980 con ayuda soviética. | TASS

En 1973,les forces bourgeoises locales, avec l’aide de certains élements du PDP, renversèrent le roi de 40ans Mohammad Zahir Shah, l’homme qui maintenant à 86 ans, est promu par les républicains de droite des Etats-Unis comme le personnage autour duquel les Afghans pourraient s’unir.

Quand le PDP, assuma le pouvoir en 1978, ils entamèrent une travail pour une distribution plus équitable des ressources économiques et sociales. Parmi leurs objectifs figuraient la continue émancipation des femmes et des fillettes de l’antique esclavage tribal (un processus initié par Zahir Shah), l’égalité des droits pour les minorités nationalistes, y compris les groupes lesplus opprimés du pays, les Hazara, et la croissance de l’accès dupeuple à l’éducation, à la santé, à des logements dignes et sains. 

Un combatiente islamista muyahidín apunta a un misil Stinger de fabricado en Estados Unidos suministrado por la CIA cerca de Gardez, Afganistán, en diciembre de 1991. | Mir Wais / AP

Durant mes deuxvisites en 1980-81, j’ai puconstater les progrès :les femmes en train de travailler regroupées en coopératives artisanales , oùpour la première fois elles recevaient unsalaire décent pour leur travail et elles pouvaient gérer l’argent reçu en salaire. Les adultes, aussi bien les femmes que les hommes , apprenaient à lire. Des femmes techniciennes et qui occupaient des hautes charges gouvernementales, y compris le ministère de l’éducation. les familles de travailleurs pauvres pouvaient accéderà des soins médicaux etenvoyer leurs enfants- garçons et filles – à l’école. l’annulation de la dette paysanne et les débuts de la réforme agraire. Les coopératives paysannes fleurissaient. Le contrôle des prix et la réduction des prix concernant certains éléments clés. L’aide aux nomades interessés par la sédentarisation. 

Egalement j’ai constaté les résultats des attaques des moujahdines les mêmes qui forment aujourd’hui l’alliance du nord dans ces années là dirigeant leurs coups principalement contre les écoles et les maîtres des zones rurales .

Les développement postérieurs à 1978, incluaient l’aide soviétique au projet économiques et sociaux au développement de la scolarité , avec la signature d’un nouveau traité d’amitié afghan et societique et une variété de nouveaux projets ,y compris l’infrastructure d’exploitation minière, services de santé, éducation et projets de démonstration agricoles. Depuis décembre 1978, cet accord incluait l’introduction de troupes soviétiques sur demande d’un gouvernement du PDP chaque fois plus attaqué par les seigneurs de la guerre féodaux et tribaux qui étaient aidés et organisés par les Etats-Unis et le Pakistan. 

Par la suite, comme on le sait avec l’histoire. Mais il est significatif aqu’après que les troupes soviétiques se soient retirées en 1989, le gouvernement du PDP continua à fonctionner malgré les assauts subis , durant trois ans etplus. 

Dans aucun lieu, ils laissèrent les ruines de la mise à sac et de l’ensanglanté Afghanistan d’aujourd’hui ,ils étaient les semailles qui encore aujourd’hui demeurent y compris dans les temps les plus difficiles dans le coeur des personnes qui savent qu’il y aura un futur meilleur pour l’humanité. Dans un monde qui lutte pour la justice économique et sociale- non pour la vengeance- ces semailles ne demandent qu’à germer.

Retour des talibans.

L’Afghanistan fait un bond en arrière de vingt-cinq ans

Publié le 16/08/2021 – 06:35

Les Talibans à Herat, le 14 août, la veille de leur entrée à Kaboul. Reuters/stringer
Les Talibans à Herat, le 14 août, la veille de leur entrée à Kaboul. Reuters/stringer

Après avoir conquis le pays à la vitesse de l’éclair, grâce à des centaines de millions de dollars accumulés ces dernières années, les insurgés sont entrés dans Kaboul dimanche 15 août. Le président Ashraf Ghani s’est enfui à l’étranger.

https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/retour-des-talibans-lafghanistan-fait-un-bond-en-arriere-de-vingt-cinq-ans?Echobox=1629092994&fbclid=IwAR15Em8v3KfkgLQCLRjtlz-HTN3Qxs3C384QC4hJj2tiR5TtbBEbNgLkqRw&utm_medium=Social&utm_source=Facebook

Il n’aura donc fallu qu’à peine plus de trois mois aux talibans pour reprendre les rênes de l’Afghanistan. Depuis le début du retrait des troupes américaines, début mai, les insurgés se sont emparés des campagnes. Puis, ces deux dernières semaines, de tous les chefs-lieux de province, jusqu’à leur entrée dans Kaboul, dimanche 15 août. “Les talibans ont effectivement scellé leur contrôle de l’Afghanistan dimanche, en entrant dans la capitale et en rencontrant peu de résistance, alors que le président Ashraf Ghani venait de fuir le pays et que le gouvernement s’effondrait”, raconte le New York Times.

“Le chaos et la peur” se sont emparés de la ville et “des dizaines de milliers de personnes” tentent désespérément de fuir. Les images choc du drapeau taliban flottant à Kaboul rappelle leur arrivée en 1996, qui ouvrit une période de cinq ans durant laquelle ils gouvernèrent l’Afghanistan, jusqu’à l’effondrement des tours jumelles de New York en septembre 2001, et la guerre que leurs déclarèrent alors les Etats-Unis.

À LIRE AUSSIAFGHANISTAN. LE PRÉSIDENT ASHRAF GHANI A QUITTÉ LE PAYS

“Leur retour, deux décennies après avoir été chassés du pouvoir, se produit malgré des années et des centaines de milliards de dollars dépensés pour renforcer le gouvernement afghan et ses forces de défense”, constate amèrement le journal américain. Pendant que les supputations allaient bon train sur la destination d’Ashraf Ghani (on a d’abord parlé du Tadjikistan, puis de l’Ouzbékistan), l’ancien président Hamid Karzai a annoncé dimanche soir sur Twitter qu’il formait “un conseil de coordination” avec Abdullah Abdullah, grand adversaire politique de M. Ghani et pilote de la délégation afghane aux pourparlers de paix qui se tenaient depuis septembre 2020 à Doha avec les talibans.

Ce conseil compte en son sein l’ancien Premier ministre Gulbuddin Hekmatyar, chef du parti Hesb-i-Islami. Son objet ? “Gérer un transfert pacifique du pouvoir”. Selon M. Abdullah, “Dieu demandera des comptes” au président en fuite et le peuple afghan se chargera de “son jugement”. L’Afghanistan est un pays dont l’histoire remonte à environ 5 000 ans, avec de nombreux hauts et bas”, a souligné l’Afghanistan Times dans son édito du 15 août.

Victime des grandes puissances mondiales

Mais ce qui est en train de se produire, “alors que les États-Unis et leurs alliés occidentaux sont sur le point d’achever leur délai officiel de retrait des troupes, après vingt ans de présence infructueuse”, montre combien l’Afghanistan est une fois encore “victime de jeux des grandes puissances mondiales” qui le dépassent. “Des milliers de personnes ont fui leurs foyers (…) et n’ont pas accès aux services humanitaires, à la nourriture et aux produits médicaux”, note le journal, selon qui la cause du chaos actuel est l’ignorance du monde à l’égard de la question afghane”.

Le retrait des soldats de l’OTAN aura été “irresponsable”, par le fait qu’il a été entériné par “un accord bilatéral” entre Washington et les talibans le 29 février 2020. En fin de compte, “le monde entier a tourné le dos à l’Afghanistan”, oubliant que sa déstabilisation ferait fuir les Occidentaux du pays. Il aurait fallu “attendre un peu plus longtemps et persuader les belligérants afghans de rechercher un règlement politique”, tout en exerçant une forte pression “sur le Pakistan, qui détient un pouvoir réel sur les groupes insurgés”.

Collecte de fonds

Le Kabul Times s’interroge quant à lui sur les moyens financiers dont ont disposé les talibans pour mener leur offensive éclair et reprendre ainsi le pouvoir. Leur conquête soudaine a peut-être “stupéfié certains responsables et observateurs étrangers”, mais elle s’explique en grande partie parune importante collecte de fonds” ayant permis aux insurgés d’entrer en possession “de millions, voire de milliards, de dollars”, à raison de “300 millions à 1,6 milliard de dollars par an”.

Selon un rapport de l’ONU datant de juin 2021 basé sur les renseignements fournis par les États membres, “la majeure partie de cet argent provient d’activités criminelles telles que la production d’opium, l’extorsion et les enlèvements contre rançon”. À lui seul, le trafic de drogue pourrait avoir rapporté aux talibans “460 millions de dollars”.Guillaume Delacroix

Réfugiés afghans : l’hypocrisie européenne

16 AOÛT 2021 PAR CARINE FOUTEAU

https://www.mediapart.fr/journal/international/160821/refugies-afghans-l-hypocrisie-europeenne?utm_source=20210816&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20210816&M_BT=115359655566

La plupart des pays de l’Union européenne ont attendu le dernier moment pour suspendre les expulsions d’Afghans venus demander l’asile sur leur sol. Alors que les talibans ont pris le pouvoir à Kaboul, les vingt-sept ministres des affaires étrangères se réunissent en urgence ce mardi pour décider des suites à donner à leur action. Accueillir dignement les exilés déjà arrivés sur leur sol serait un premier pas en matière de solidarité.

L’entrée éclair des talibans dans Kaboul, qui a pris de court les grandes capitales, s’est aussitôt accompagnée d’un élan de compassion à l’égard des Afghans, et notamment des Afghanes, dont la vie quotidienne risque d’être brutalement bouleversée par la mise en œuvre des préceptes rigoristes dont se prévalent les nouveaux maîtres du pays. La responsabilité des pays occidentaux, États-Unis en tête, dans le désastre actuel, après vingt années d’intervention militaire et un retrait chaotique, les contraint à réagir. Mais le précédent syrien, qui a rappelé que la solidarité se mesurait à des actions d’hospitalité concrètes, peut laisser craindre que la sidération teintée de sympathie ne se transforme en larmes de crocodile en matière d’accueil.

Dans les heures qui ont suivi le retour au pouvoir des talibans, l’ONU a rappelé que « tout individu a le droit de demander l’asile pour échapper à la persécution. C’est un droit fondamental qui s’applique quel que soit le mode de transport employé lors de la quête de sécurité : terrestre, maritime ou aérien ». Ce lundi 16 août, son secrétaire général António Guterres a exhorté la communauté internationale « à utiliser tous les outils à [sa] disposition pour garantir que les droits humains fondamentaux soient respectés ».Des familles afghanes à la frontière avec le Pakistan fuient l’avancée des talibans, le 16 août 2021. © Photo AFPDes familles afghanes à la frontière avec le Pakistan fuient l’avancée des talibans, le 16 août 2021. © Photo AFP

Des appels sont venus de toutes parts, y compris des États-Unis, pour demander aux talibans d’autoriser les ressortissants afghans à quitter leur pays sans entrave.

Mais pour aller où ? Les pays susceptibles de les accueillir ne se sont pas précipités pour le faire savoir. Rares sont ceux, comme le Canada, à s’être montrés précis dans leurs propositions. Ottawa s’est ainsi dit prêt, dès la semaine dernière, à offrir l’hospitalité à 20 000 Afghans en situation de vulnérabilité, évoquant le cas de femmes occupant des postes exposés, de militants des droits de l’homme, de journalistes, de minorités religieuses persécutées et de personnes LGBT.

Alors que l’aéroport de Kaboul était en proie à des scènes de panique, des familles cherchant à fuir par tous les moyens, la plupart des pays membres de l’OTAN s’en sont tenus, pour l’instant, à l’évacuation de leurs ressortissants. Par peur des représailles, certains ont promis de rapatrier les Afghans ayant travaillé à leurs côtés jusqu’au retrait des troupes internationales, parmi lesquels des interprètes ainsi que des employés des ambassades et leur famille.

Alors qu’une réunion extraordinaire des ministres européens des affaires étrangères doit se tenir mardi en visioconférence, le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell a estimé que l’Afghanistan se trouvait « à la croisée des chemins » et que « le bien-être de ses citoyens, tout comme la sécurité internationale, [étaient] en jeu ». Selon plusieurs diplomates, des responsables de la Commission européenne ont demandé aux États membres d’accorder des visas aux personnes ayant travaillé pour la représentation de l’UE, soit 500 à 600 personnes.

En pointe dans l’accueil des Syriens depuis 2015, la chancelière allemande Angela Merkel a promis la mise en place d’un pont aérien pour permettre l’évacuation des 2 500 Afghans ayant travaillé avec l’armée allemande ainsi que de 10 000 personnes, principalement des avocats et des défenseurs des droits de l’homme, accompagnés de leur famille, ayant exprimé le souhait de partir.

Dans une intervention télévisée à 20 heures, le président français a évoqué « un tournant historique à l’œuvre en Afghanistan », nécessitant « des initiatives immédiates à la mesure de la gravité de la situation »« L’urgence absolue est de mettre en sécurité nos compatriotes, qui doivent tous quitter le pays », a-t-il affirmé s’engageant également au rapatriement « des Afghans qui ont travaillé pour la France », y compris « les personnels civils afghans qui ont travaillé pour l’armée française ainsi que leur famille »« De nombreux Afghans, défenseurs des droits, artistes, journalistes, militants sont aujourd’hui menacés en raison de leurs engagements. C’est l’honneur de la France de les accueillir », a-t-il ajouté sans préciser leur nombre ni les critères pris en compte pour leur sélection. Promettant des initiatives pour lutter contre le terrorisme, Emmanuel Macron a aussi assuré que la France prendrait sa part « dans un effort international organisé et juste » pour venir en aide aux personnes « qui sont le plus menacées ». Déclarant que l’Europe ne pouvait « pas à elle seule assumer les conséquences de la situation actuelle », il a également indiqué que la France devait « se protéger contre des flux migratoires irréguliers importants », appelant les pays de l’UE à coopérer « avec les pays de transit et d’accueil comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran ». Le choix des mots n’est évidemment pas anodin, et le passage des « personnes menacées » (susceptibles de bénéficier de protection) à celui de « flux migratoires irréguliers » (considérés comme illégitimes) est révélateur de la position élyséenne.

Des expulsions jusqu’au dernier moment

Ce réveil minimal précipité est la suite logique de l’endormissement de l’Union européenne jusqu’à ces dernières semaines, tandis que la menace talibane gagnait du terrain depuis de longs mois provoquant d’incessants combats avec les forces pro-gouvernementales et des milliers de victimes civiles.

Quand Kaboul, le 11 juillet 2021, a exhorté les Vingt-Sept à suspendre les expulsions de leurs ressortissants, il était déjà bien tard. La Suède et la Finlande ont néanmoins répondu présent. Ignorant la supplique des autorités afghanes, les Pays-Bas et l’Allemagne, aux côtés de l’Autriche, de la Grèce et de la Belgique, ont, à l’inverse, signé de concert une lettre à l’adresse de la Commission européenne pour la convaincre de poursuivre les retours forcés. Leur argument : leur suspension « créerait un appel d’air et encouragerait les citoyens afghans à quitter leur pays pour venir dans l’UE »« Arrêter les retours enverrait le mauvais signal », ajoutaient-ils dans un cynisme stupéfiant. C’était le 5 août, alors que les talibans avaient déjà repris une bonne partie du pays. Il a fallu qu’ils soient aux portes de Kaboul pour que les Pays-Bas et l’Allemagne finissent par faire volte-face, mercredi dernier, suivis par la France le lendemain, qui a assuré dans la foulée avoir gelé de facto les renvois depuis début juillet – ce que les associations de défense des droits des migrants contestent.

L’Autriche est allée loin dans l’ignominie début août en répondant à une demande de la Cour européenne des droits de l’homme de surseoir à l’expulsion d’un ressortissant afghan par l’envoi de troupes supplémentaires à ses frontières avec la Slovénie et la Hongrie, afin d’empêcher les passages d’exilés.Une femme afghane avec son enfant devant un camp de fortune mis en place par des bénévoles de l'association Utopia 56 le long du bassin de la Villette, à Paris, le 27 mai 2020. © Photo Christophe Archambault / AFPUne femme afghane avec son enfant devant un camp de fortune mis en place par des bénévoles de l’association Utopia 56 le long du bassin de la Villette, à Paris, le 27 mai 2020. © Photo Christophe Archambault / AFP

Ces atermoiements en disent long sur ce que les dirigeants européens ont en tête : compte tenu des circonstances, alors qu’ils rapatrient en urgence leurs ressortissants, ils se sentent obligés de mettre sur pause leur politique de renvois forcés, mais ils n’ont aucune intention d’accueillir les victimes des talibans à bras ouverts. Contexte politique oblige, ils redoutent l’afflux d’exilés que pourrait provoquer le drame afghan et comptent sur les négociations en cours avec Ankara pour renouveler l’accord qu’ils avaient trouvé en 2016 pour faire face à l’arrivée massive de Syriens fuyant la guerre. Interrogée il y a quelques semaines sur l’attitude de l’Allemagne, Angela Merkel, qui avait ouvert les portes de son pays en 2015, avait rétorqué que « nous ne pouvons pas résoudre tous ces problèmes en accueillant tout le monde ».

Malgré les combats qui faisaient rage dans le pays, l’UE n’a pendant longtemps rien voulu savoir, mettant en péril de nombreux ressortissants bel et bien expulsés : pas moins de 1 200 Afghans ont ainsi été reconduits dans leur pays, alors même qu’ils avaient demandé l’asile en Europe, depuis le début de l’année, selon un responsable européen cité par l’AFP. Amnesty International et La Cimade, qui demandent depuis plusieurs années un moratoire sur les expulsions, rappellent que cette pratique viole le droit international, qui interdit tout renvoi d’une personne qui l’exposerait à des violations graves de ses droits. Pour appuyer leur propos, ces ONG affirment que plusieurs Afghans renvoyés ont été tués ou blessés à leur retour.

L’appel à l’aide des Afghans est aussi ancien que les affrontements entre les forces pro-gouvernementales et les talibans. Il se traduit par des niveaux records de demandes d’asile dans l’UE : en 2020, ils constituaient 10,6 % des dossiers déposés (44 000 sur 416 000), représentant le deuxième contingent derrière les Syriens (15,2 %), selon l’agence statistique de l’UE Eurostat. En France, en 2020, l’Afghanistan était le premier pays d’origine des demandeurs d’asile, avec 8 886 demandes.

Venus le plus souvent à pied, en voiture ou en camion depuis leur pays d’origine, ils ont tous, chacun à leur manière, risqué leur vie sur la route de plusieurs milliers de kilomètres les menant au travers de l’Iran et de la Turquie. Avant d’arriver sur le sol européen, ces exilés ont dû faire face aux dangers du voyage, entre les nuits glacées dans des monts enneigés, la traversée meurtrière de la mer Égée pour passer en Grèce ou les risques d’asphyxie dans les remorques des camions au travers des Balkans.

En France, des exilés afghans pourchassés par la police

L’aveuglement de la France à l’égard de la dégradation de la situation en Afghanistan se lit dans un récent revirement de jurisprudence de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), chargée d’examiner les recours des exilés dont la demande n’a pas été retenue par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Alors que cette instance était traditionnellement favorable aux demandeurs d’asile afghans, une décision de novembre 2020, à un moment où les attaques meurtrières se multipliaient dans le pays, est venue remettre en cause cette tendance : jusque-là, il était admis que la violence générée par le conflit armé était telle qu’il fallait attribuer, sauf cas particuliers, la « protection subsidiaire » aux Afghans, à défaut du statut de réfugié, réservé aux cas de persécution individuelle. Aussitôt dénoncée par les associations de défense des étrangers, la nouvelle décision affirmait quant à elle que « la violence aveugle prévalant actuellement dans la ville de Kaboul n’est pas telle qu’il existe des motifs sérieux et avérés de croire que chaque civil qui y retourne court, du seul fait de sa présence dans cette ville, un risque réel de menace grave contre sa vie ou sa personne ».

Côté expulsions, la France avait durci sa législation quelques mois auparavant en ratifiant, en septembre 2019, un accord européen permettant d’expulser davantage d’Afghans en situation irrégulière. Il s’agissait de contraindre Kaboul à faciliter l’octroi de laissez-passer consulaires nécessaires à l’exécution des réadmissions dans le pays d’origine.

Ces derniers jours encore, l’association d’aide aux migrants Utopia 56 témoignait des conditions de vie indignes et du harcèlement policier dont sont victimes les exilés afghans en plein cœur de Paris ou à Calais, à l’image du traitement honteux qui leur est réservé en Grèce ou en Hongrie. Tentes lacérées, affaires personnelles emportées : chaque soir, les forces de l’ordre françaises font leur possible pour les déloger et les pousser à s’installer toujours plus loin. Si la solidarité demandée de toutes parts a un sens, sans doute commence-t-elle par un accueil digne de ce nom, l’État ayant le devoir de protéger et d’héberger les demandeurs d’asile, en France et ailleurs en Europe.

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/16/les-talibans-boivent-les-femmes-vont-trinquer-humour-de-charlie-osez-le-feminisme-appelle-a-laction-et-lallab-est-en-vacances/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire