Publié le 10/08/2021
Confirmation d’un cas de fièvre de Marburg en Guinée

Genève, le mardi 10 août 2021
– L’alerte avait été donnée fin juillet. Les symptômes évocateurs d’un patient pris en charge dans la préfecture de Guéckédou, dans le sud de la Guinée, avaient conduit les praticiens à effectuer des prélèvements. Leur objectif : déterminer si la fièvre hémorragique qui devait emporter le patient le 2 août avait été provoquée par un virus Ebola, alors que la Guinée a récemment été frappée par une épidémie, décrétée terminée il y a moins de deux mois. Avant même le retour des laboratoires, des mesures ont été prises pour isoler et surveiller ses proches et identifier un grand nombre de ses contacts. Les premiers résultats ont écarté Ebola mais ont révélé la présence probable du virus de Marburg, qui n’avait jusqu’alors jamais été identifié en Afrique de l’Ouest. Ce lundi, les dernières analyses, conduites par l’Institut Pasteur du Sénégal ont confirmé la suspicion.
Etablir un climat de confiance crucial
L’alerte a été considérée comme « élevée » au niveau national et régional, mais « faible » au niveau international par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui compte déjà sur place une équipe de dix experts, dont des épidémiologistes et des socio-anthropologues. Leur mission est d’abord de poursuivre l’enquête conduite par les autorités locales afin de déterminer l’origine de cette contamination, souvent liée à la consommation de viande de singe, tandis que ces animaux sont eux-mêmes infectés par des chauve-souris. Le rôle des spécialistes de l’OMS est également de créer le plus rapidement un climat de confiance avec les populations. Les épidémies d’Ebola et les deux importantes épidémies de fièvre de Marburg répertoriées à ce jour (en Angola en 2005 au cours de laquelle 227 personnes sur 252 ont mortes et en République Démocratique du Congo en 1997 qui a coûté la vie à 128 personnes sur 149) ont en effet mis en lumière le rôle joué par les réflexes de défiance dans la transmission de la maladie. L’acceptation des mesures de quarantaine strictes (incluant notamment l’absence de rite funéraire) et l’auto signalement immédiat du moindre cas suspect nécessite ainsi un travail pédagogique rigoureux. « Nous travaillons avec les autorités sanitaires locales afin de mettre en œuvre une riposte rapide fondée sur l’expérience et l’expertise acquises par la Guinée dans le cadre de la gestion de l’épidémie de la maladie à virus Ebola, qui se transmet de manière similaire », a ainsi souligné le docteur Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique.
Aucun cas suspect identifié dans l’entourage du patient
Cependant, la promptitude de la réaction des autorités guinéennes, saluée par l’OMS, devrait permettre d’éviter une flambée, alors que dans la majorité des cas, les signalements d’infection par le virus Marburg sont demeurés isolés dans l’histoire. « L’investigation enclenchée depuis le 4 août 2021 autour du cas n’a pas révélé de cas suspect de fièvre de Marburg. Cependant, 155 cas contacts ont été listés et suivis quotidiennement », relève ainsi pour l’heure le gouvernement guinéen.
Aurélie Haroche
Publié le 26/05/2005
Malgré l’hostilité initiale de la population, l’épidémie de Marburg est contrôlée en Angola
Luanda, le jeudi 26 mai 2005
– Par trois fois, les équipes chargées en Angola de surveiller l’éventuelle apparition de nouveaux cas de fièvre de Marburg et d’informer les populations quant aux mesures à prendre si un de leurs proches venait à tomber malade ont dû brièvement cesser leur activité, tant elles étaient menacées par la population de Uige, qui n’hésitait pas parfois à lancer des pierres sur leur passage. Ces incidents les plus graves témoignent d’un climat général d’hostilité ressenti dans les premiers temps de leur action par les représentants de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dépêchés en Angola. Le docteur Ndayimirije, épidémiologiste et Madame Kindhauser correspondante scientifique qui travaillent tous deux pour l’OMS témoignent cette semaine dans le New England Journal of Medecine : « La nécessité d’isoler les malades n’a pas du tout été acceptée par la population ; la plupart du temps, le bâtiment de quarantaine n’accueillait que quelques patients, si ce n’est aucun ».
Après l’identification du très rare et dangereux virus de la fièvre du Marburg par les CDC américains, l’équipe de l’OMS envoyée en Angola découvre un pays dont les infrastructures médicales ont été considérablement affaiblies voire pratiquement détruites par trente ans de guerre civile. « Les hôpitaux manquent des équipements les plus basiques et la communication et le transport sont très difficiles », expliquent le docteur Ndayimirije. « Ces conditions particulières ont ajouté au difficile contrôle de l’épidémie », analyse-t-il aujourd’hui. Pourtant, malgré la peur muée en hostilité, malgré un système de soins à l’agonie, les efforts de l’OMS ont porté leur fruit.
Leur premier atout fut la rapidité. Les CDC obtinrent en effet le séquençage du virus plus tôt que lors de crises similaires précédentes. Puis, la collaboration de la communauté internationale leur permit de bénéficier d’outils performants. C’est ainsi que grâce au Canadian National Microbiology Laboratory, un laboratoire de campagne put être installé à Uige même. Enfin, grâce aux communications quotidiennes par vidéoconférence avec le siège de l’OMS, les équipes dépêchées sur place purent chaque jour indiquer leur besoin.
Le contact avec les populations locales s’est lentement établi. Les stratégies mises au point au cours des précédentes épidémies de fièvre hémorragique qui se sont développées dans les pays d’Afrique subsaharienne ont été mises en oeuvre et petit à petit la collaboration de la population fut plus importante. Ainsi, aujourd’hui, même si on ne peut considérer que l’épidémie est véritablement terminée, son contrôle est assuré et l’OMS se félicite que sa propagation n’ait non seulement pas dépassé les frontières angolaises, mais pas non plus celles de la province de Uige.
L’expérience acquise au cours de cette nouvelle crise laisse aujourd’hui aux observateurs le sentiment de l’extrême nécessité de moderniser les dispositifs de vigilance sanitaire dans les hôpitaux africains. © Copyright 2005 http://www.jim.fr
A.H.