La contestation au pass sanitaire ne faiblit pas un 14 août et s’enracine dans la durée au milieu de nombreux slogans douteux et de contre vérités (« les hôpitaux des Antilles vides  » !)

En parvenant à mobiliser le week-end du 15 août, le mouvement contre le passe sanitaire s’inscrit dans la durée

Par  Christophe Ayad ,  Gilles Rof et Marceau Taburet 

Publié aujourd’hui à 03h31, mis à jour à 09h46

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/15/en-parvenant-a-mobiliser-le-week-end-du-15-aout-le-mouvement-contre-le-passe-sanitaire-s-inscrit-dans-la-duree_6091473_3244.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20210815-%5Bzone_edito_1_titre_1%5D&M_BT=53496897516380

FACTUEL

Malgré le léger recul du nombre de manifestants (215 000 contre 237 000 la semaine précédente), la protestation est restée très étendue, samedi. Le thème de la potentielle vaccination des enfants monte de plus en plus dans les cortèges.

Peu importent les chiffres, c’est l’étendue du mouvement qui frappe. En ce samedi 14 août, cinquième jour de manifestation nationale contre le passe sanitaire, la mobilisation a été en léger recul – 215 000 manifestants recensés par le ministère de l’intérieur, contre 237 000 la semaine précédente – mais elle reste aussi forte qu’inédite en un week-end de 15 août. Quelque 217 manifestations ont été recensées dans l’ensemble de l’Hexagone, dont trois cortèges à Paris ayant rassemblé 14 000 personnes.

TOPSHOT – People take part in a march organised by the French nationalist party « Les Patriotes » (The Patriots) as part of a national day of protest against the compulsory Covid-19 vaccination for certain workers, and the mandatory use of the health pass called for by the French government to access most public spaces, in Paris on August 14, 2021. France began enforcing on August 9, 2021, a Covid pass championed by President Emmanuel Macron in cafes, restaurants and trains, a tightening of rules the government hopes will boost vaccinations but which has prompted weeks of angry protests. (Photo by Sameer Al-DOUMY / AFP)

L’exécutif se trouve désormais face à un phénomène enraciné. Les manifestants sont désormais suffisamment confiants pour se donner rendez-vous pour un grand rassemblement le 4 septembre. La contestation du passe sanitaire, si elle est loin d’être majoritaire dans le pays, touche un public très divers et difficile à cerner. La meilleure preuve est l’étendue du phénomène qui touche toutes les catégories de villes, des plus grandes aux plus petites. Cette dispersion sur l’ensemble du territoire est le premier motif d’inquiétude de l’exécutif confronté à un phénomène national

.Lire l’article :Qui sont les opposants au passe sanitaire

On a aussi bien défilé dans les capitales régionales (Strasbourg, Nantes, Marseille, Bordeaux, Montpellier, Lille, Lyon, Toulouse, Nice), où le nombre de manifestants a diminué sauf à Bordeaux, probablement en raison des vacances, que dans les villes moyennes (Caen, Valence, Aix-en-Provence, Chambéry, Bayonne, Annecy, Troyes, Amiens, Perpignan, Mulhouse, Pau, Nîmes, etc.) ou les petites villes (Bourg-en-Bresse, Villefranche-sur-Saône, Bergerac, Foix, Le-Puy-en-Velay, etc.) qui ont connu, proportionnellement, la mobilisation la plus forte. De nouvelles villes comme Morlaix et Lannion, en Bretagne, sont entrées dans la contestation du passe sanitaire, en vigueur depuis lundi 9 août. Une manifestation a aussi eu lieu à Saint-Pierre de la Réunion.

Manifestation contre l’obligation du pass sanitaire à Chambéry (Savoie) le 14 août 2021.

Dans le sud-est de la France, les défilés sont restés importants avec un total de près de 50 000 manifestants, malgré une température caniculaire et la proximité du 15 août. Parti du Vieux-Port à 14 heures, le défilé marseillais a réuni 6 000 personnes, comme à Nice, selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. Un chiffre stable. A Aix-en-Provence, 2 500 manifestants ont défilé le matin. Avec 22 000 personnes, un record national, Toulon reste la place forte de la contestation, comme c’est le cas depuis cinq semaines. Les manifestants ont bloqué l’autoroute A50 et le tunnel qui traverse la ville, paralysant le trafic pendant plusieurs heures.

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« Dirigeants qui disent une chose puis son contraire »

Deuxième sujet d’inquiétude pour le gouvernement, la montée en puissance du thème de la vaccination des enfants dans les cortèges. A Paris, plusieurs pancartes de manifestants venus en famille y étaient consacrées : « Enfants en colère privés de loisirs et de liberté. Merci Macron ! » Le Monde a rencontré plusieurs enseignants dans le cortège. « Le 12 juillet a été une cassure pour moi, explique celle qui se présente comme Sidonie, 47 ans, professeure d’histoire-géographie dans un lycée des Hauts-de-Seine. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’en ai assez des mensonges de dirigeants qui disent une chose puis son contraire sans même s’excuser ou reconnaître qu’ils se sont trompés. »Elle brandit une pancarte reprenant une citation de Machiavel : « Celui qui contrôle la peur des gens devient maître de leur âme. » « J’aurais pu aussi écrire : diviser pour mieux régner, ajoute-elle. On a créé deux catégories de citoyens. Cela va être pareil à l’école. [Le ministre de l’éducation, Jean-Michel] Blanquer parle d’évincer les élèves non-vaccinés si un cas de Covid se déclare. Les élèves vont en jouer bien sûr. Rien n’est prêt, nous n’avons reçu aucune instruction. »

Police officers accompany demonstrators as they march during a protest in Paris Saturday, Aug. 14, 2021. Protesters are rallying in Paris and other parts of France as they continue to show their opposition to France’s introduction of a COVID-19 passes to access restaurants, hospitality venues, cultural sites and domestic travel. (AP Photo/Adrienne Surprenant)

Sarah, 36 ans, enseigne les arts plastiques en primaire. Elle dépend de la Ville de Paris et non du ministère de l’éducation. « Je me suis fait vacciner en panique peu après l’annonce du passe sanitaire. Maintenant, je le regrette. J’aurais préféré avoir du temps, y aller par moi-même sans me sentir forcée. J’ai droit au passe mais je ne veux pas l’utiliser. C’est injuste par rapport à ceux qui ne l’ont pas. »

Dans le cortège marseillais aussi, la question des enfants revient souvent : « Je suis là pour dénoncer toutes ces décisions prises sans tenir compte de l’avis du peuple », s’insurge Myria, 53 ans, qui travaille dans le secteur de la petite enfance. « L’an dernier, j’ai vu des minots attraper le Covid. Une semaine après, ils étaient de retour comme pour un petit rhume. A quoi cela sert de les vacciner ? », poursuit-elle en agitant une pancarte « Touchez pas à nos enfants ». A deux semaines et demie de la rentrée scolaire, le sujet s’annonce explosif.La communauté pédiatrique favorable à la vaccination des adolescents

Le Conseil national professionnel de pédiatrie s’est prononcé, vendredi 23 juillet, en faveur de la vaccination des adolescents contre le Covid-19. La balance bénéfice-risque est jugée « à ce jour favorable » compte tenu de la plus forte contagiosité du variant Delta, écrit-il dans un communiqué, mais aussi compte tenu de l’augmentation de la proportion d’adolescents et de jeunes adultes infectés. Les pédiatres invoquent aussi les « résultats rassurants quant à la faible fréquence des effets secondaires rapportés », après que plus de 3,5 milliards de doses ont été injectées dans le monde et que 7,5 millions de 12-18 ans ont reçu deux doses de vaccins aux Etats-Unis. Pour les moins de 12 ans, en l’absence d’étude, « la vaccination n’est pas envisageable avant plusieurs mois », ajoutent-ils. Dans leur communiqué, les pédiatres en appellent à la « responsabilité des adultes » « Le bénéfice sur la santé mentale des enfants et des adolescents en cette période difficile passe avant tout par la vaccination de tous les adultes, en particulier ceux les plus susceptibles de faire une forme grave, insistent-ils, mais aussi les soignants, les enseignants, les autres professionnels de l’enfance et les parents. »

Convergence des luttes

Troisième motif d’inquiétude : la convergence des luttes. Le cortège parisien de samedi, structuré par une épine dorsale de « gilets jaunes », venus de toute l’Ile-de-France mais aussi de Montargis (Loiret), Auxerre (Yonne) ou Rouen (Seine-Maritime), rassemblait des personnes venues de tous horizons, dont beaucoup de primo-manifestants. Julien, un Parisien de 42 ans qui « travaille, ou plutôt est au chômage depuis deux ans, dans l’événementiel et le cinéma », n’avait pas manifesté depuis l’âge de 15 ans : « Je n’accepte pas d’être traité de complotiste parce que je refuse un vaccin en phase expérimentale jusqu’en 2023. Et encore moins de me voir interdire de travailler, priver de monter dans un train ou d’entrer dans un café. » Jules a 17 ans et vient de réussir son bac brillamment. A la rentrée, il étudiera dans une prépa scientifique huppée : « Ce qui m’inquiète, c’est la surveillance numérique. On n’est pas encore en dictature, mais la France devient de plus en plus autoritaire. Demain, qui contrôlera-t-on ? Qui sera exclu ? »

« A Arles, 60 % du personnel est vacciné. Il en reste donc 40 %. On ne pourra pas faire tourner l’hôpital sans eux », Julia Pereira, secrétaire départementale SUD-Santé

Parallèlement, les soignants voient se rapprocher l’échéance de la première dose obligatoire avant le 15 septembre, sous peine d’être sans emploi. A Marseille, Valérie Kempynck, infirmière en service psychiatrique à Arles, est venue, vêtue d’un gilet blanc comme ses camarades du syndicat SUD-Santé, pour dénoncer « les contraintes que l’on fait peser sur les soignants »« A Arles, 60 % du personnel est vacciné. Il en reste donc 40 %. On ne pourra pas faire tourner l’hôpital sans eux », prévient Julia Pereira, secrétaire départementale Sud Santé. « Macron est revenu en arrière sur le contrôle technique des deux-roues, cela prouve que la mobilisation paye et ça renforce notre détermination. On ne lâchera rien », promet Kader Benayed, en charge des hôpitaux marseillais. Toujours à Marseille, une délégation d’artisans taxis indépendants de la région sud-est affiche aussi sa colère. « La Sécu nous oblige à être vaccinés pour pouvoir continuer à effectuer des transports médicaux », se plaint Leila, chauffeuse de taxi.

A demonstrator wears a health worker blouse reading ‘applauded one day, fired the day after’ during a national day of protest against the compulsory Covid-19 vaccination for certain workers, and the mandatory use of the health pass called for by the French government to access most public spaces, in Marseille, southern France, on August 14, 2021. France began enforcing on August 9, 2021, a Covid pass championed by President Emmanuel Macron in cafes, restaurants and trains, a tightening of rules the government hopes will boost vaccinations but which has prompted weeks of angry protests. (Photo by Sylvain THOMAS / AFP)

A Paris, Aurora, jeune dentiste espagnole d’une trentaine d’années travaillant dans trois cabinets parisiens, reprend le travail lundi. « Je n’ai rien contre les vaccins en général, mais je trouve qu’on n’a pas assez de recul sur ceux contre le Covid. Je vais devoir faire un test PCR tous les trois jours pour pouvoir travailler alors que mes collègues vaccinés qui peuvent être contaminés ou contaminer les autres n’auront ni contrainte ni test. C’est absurde. »

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La majorité des manifestants refuse d’être traitée d’antivax

Contrairement aux défilés de « gilets jaunes », le cortège parisien de samedi comptait nombre de jeunes de banlieue et issus de l’immigration. Rabah travaille à l’accueil du public dans une municipalité de la Seine-Saint-Denis. Il craint d’être obligé de se vacciner : « La peur c’est humain, ça ne sert à rien d’obliger les gens. » A côté de lui, des nationalistes drapeau bleu blanc rouge, devant, un catholique avec un crucifix géant, derrière, une délégation CGT. Cette diversité bon enfant ne donne pas lieu à des tensions, à l’exception d’un militant LGBT qui s’est plaint d’un slogan homophobe (« Enculés ») et a dû quitter le cortège après avoir été vilipendé.

La majorité des manifestants refuse d’être traitée d’antivax. C’est bien le passe sanitaire qui suscite le rejet unanime d’un public aussi divers. Et la haine envers Emmanuel Macron. Mais ce rejet épidermique ne se traduit pas par un soutien à d’autres responsables politiques. Dans le cortège principal à Paris, qui a traversé la capitale du sud-est au nord-ouest, de la porte Dorée à la place de Clichy, on n’avait pas de mots assez durs envers Florian Philippot, ex-responsable du Rassemblement national (RN) et fondateur du mouvement Les Patriotes, qui organisait sa propre manifestation, plus petite, entre la place de Catalogne et Port-Royal, dans le sud de la ville.

« Jamais la France, dans son histoire, ne s’était autant mobilisée un week-end du 15 août pour sa liberté », s’est félicité M. Philippot au micro, devant une foule acquise à sa cause. Caroline, une quarantenaire du Val-de-Marne, est venue avec deux amis. « C’est la première fois que je manifeste de ma vie. Vous vous rendez compte ? C’est vraiment que l’heure est grave », explique-t-elle. Une autre femme, casquette noire sur la tête, affirme se mobiliser « pour ses petits-enfants ». Elle dit ne pas vouloir les voir devenir des « rats de laboratoire »« C’est notre liberté qui est en jeu aujourd’hui », assure-t-elle.

La manifestation se passe sans heurts, sauf quand le cortège croise le chemin de passants favorables à la vaccination et au passe. Les échanges se font houleux. Des insultes du type « collabo » fusent. « Ils sont aveuglés par le discours officiel, c’est désolant », regrette Patrick, qui refuse d’en dire plus sur son identité. Des soutiens d’Eric Zemmour profitent de l’occasion pour glisser quelques tracts du potentiel candidat à la présidentielle de 2022.

« Vous êtes des héros, des résistants. Nous avons rendez-vous avec l’histoire », lâche au micro Fabrice Di Vizio, le médiatique avocat aujourd’hui proche de Florian Philippot. A Marseille, le sénateur RN Stéphane Ravier, en pantalon court et baskets, est l’un des rares élus présents ce samedi. « C’est une mobilisation importante en plein milieu du mois d’août. Cela annonce peut-être une rentrée de septembre chargée pour Macron », constate-t-il, écharpe bleu-blanc-rouge sur le torse et sourire aux lèvres.Notre sélection d’articles sur le passe sanitaire

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Voir plusChristophe AyadGilles RofMarseille, correspondant

Marceau Taburet

Passe sanitaire : à Chambéry, entre peur d’être caricaturés et propos radicaux, les manifestants affichent leur défiance

Alors que la mobilisation dans les petites et moyennes communes ne semble pas faiblir, 3 000 personnes ont défilé samedi 14 août au centre de cette ville savoyarde de près de 60 000 habitants. 

Par Richard Schittly(Lyon, correspondant)

Publié hier à 21h40, mis à jour hier à 22h28  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/14/passe-sanitaire-a-chambery-entre-peur-d-etre-caricatures-et-propos-radicaux-les-manifestants-affichent-leur-defiance_6091463_3244.html

Manifestation contre l'application du passe sanitaire à Chambéry (Savoie), le 14 août 2021
Manifestation contre l’application du passe sanitaire à Chambéry (Savoie), le 14 août 2021 PABLO CHIGNARD POUR  » LE MONDE »

« Le passe sanitaire, ce n’est pas possible. Je ne suis pas un esclave. Le gouvernement ne peut pas me forcer », explique Nicolas Moreux, 45 ans. L’ingénieur manifeste pour la quatrième fois consécutive, samedi après-midi à Chambéry (Savoie), déterminé à s’opposer aux contraintes sanitaires. Selon l’estimation de la préfecture de Savoie, trois milles personnes ont participé à la manifestation non déclarée, sans organisateur visible, ni parcours défini à l’avance. Le chiffre est comparable au samedi précédent, mais les participants le doublent volontiers, en montrant les vidéos du cortège qui s’étire en direction de la gare.

Lunettes de soleil sur le front, tee-shirt et short, Nicolas Moreux cache sa colère sous un grand sourire. Ses propos sont choisis et résument l’idée la plus partagée parmi la foule éclectique qui défile trois heures durant, sans aucun incident, sous un soleil de plomb. A savoir, en substance : l’instauration du passe sanitaire, comme l’obligation vaccinale qui se profile, relève d’une intolérable atteinte à la liberté individuelle. « Liberté ! Liberté ! », ce slogan est d’ailleurs le plus repris dans le public qui avance d’un pas rapide, traversant la vieille ville, et s’immobilisant devant le château historique de la capitale savoyarde, au pied de l’immense statut des frères de Maistre, penseurs contre-révolutionnaires de l’ancienne province.

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Le spectre de la manipulation

Manifestation contre l’application du pass sanitaire à Chambéry (Savoie) le 14 août 2021

Comme beaucoup de participants, l’ingénieur Nicolas Moreux redoute d’être caricaturé. « On n’est pas des gilets jaunes, ni des fans de Philippot. Je ne suis pas un complotiste perché. Nous sommes juste des gens qui ne comprennent pas ce qui leur arrive », juge-t-il, persuadé que la vérité est déformée par les canaux médiatiques : « Il y a des traitements contre le Covid, mais on n’en parle pas. Nous avons une seule version. » A ses côtés, Gilles Roux, 45 ans, ingénieur en telecom, acquiesce :

« C’est compliqué d’avoir confiance en des gens qui nous mentent depuis des mois. On peut avoir des doutes. »

Le spectre de la manipulation hante les esprits. « Les journalistes, on se demande ce qu’ils font. C’est la pensée unique. Les scientifiques à la télé sont vieux. Il n’y a aucune source fiable. Je passe mes journées sur les réseaux pour vérifier les chiffres », confie Catherine, 65 ans, qui affirme manifester « pour la première de (sa) vie ». Selon cette ancienne employée de banque, la situation de la Martinique serait « amplifiée pour faire peur ». La peur, il en est beaucoup question dans les conversations, au sujet de la composition des vaccins. « On nous traite d’antivax, d’illuminés, moi je respecte la liberté de ceux qui veulent se vacciner, mais j’ai le droit de choisir. Il n’y a pas assez de recul, on nous force la main. Il y a quand même du matériel génétique dans ces vaccins », estime Noémie, 35 ans, infirmière. A ses côtés, sa fille porte un bob rose et une affichette épinglée à son tee-shirt où il est écrit : « Eteignez la télé, allumez vos cerveaux. »

Lire notre reportage : à la Martinique, le confinement se durcit pour contenir une flambée épidémique

Familles, couples, célibataires, retraités, employés, intérimaires, cadres… Les catégories variées, venues des villes et vallées environnantes, se mêlent. A part quelques « Macron démission », aucun slogan politique. Les opinions sont diverses. Quelques drapeaux tricolores, frappés de la croix de Lorraine, côtoient des drapeaux savoyards, rouges à croix blanche. « Les montagnards sont des gens de liberté. Ce passe sanitaire nous pose une contrainte difficilement acceptable »,justifie Pierre Biguet, 73 ans, porte-parole du Mouvement citoyen des voix de Savoie (MCVS), partisan de la réunification de « la Savoie historique ». Visage tanné de soleil, Pierre Biguet raconte qu’une « touriste parisienne » lui a récemment demandé de porter le masque en pleine montagne. « On était à 2 600 mètres d’altitude, avec des marmottes tout autour ! », se moque l’ancien candidat aux municipales d’Albertville.

Comparaisons douteuses et propos plus extrêmes

Manifestation contre l’application du pass sanitaire à Chambéry (Savoie) le 14 août 2021

« Les libertés se restreignent petit à petit. Nous avions manifesté cet hiver contre la loi de sécurité globale, les sujets se rejoignent. Ici c’est le peuple dans un spectre large qui défile », affirme François, 40 ans, qui manifeste en compagnie de son épouse et ses deux filles. Quant à Thierry, 50 ans, consultant en informatique, il n’avait manifesté qu’une seule fois « pour l’environnement », avant de rejoindre le mouvement pour exprimer son opposition à « l’obligation vaccinale ». Dans un curieux mélange, la spontanéité des uns, plutôt bienveillante, côtoie les discours radicaux et crispés des autres, assimilant la situation contemporaine aux pires régimes du passé. Parfois en allant jusqu’aux comparaisons les plus obscènes. Un homme brandit ainsi fièrement une haute pancarte rectangulaire. « Est-ce que Jean Moulin était un complotiste ? Aux yeux d’Hitler sûrement », peut-on lire sur son texte tracé au feutre. Un autre exhibe sur un panneau son obsession pour la franc-maçonnerie.

Plus loin c’est Véronique, 60 ans, qui décrit cette « pression » qui la révolte en osant un parallèle entre les « bracelets bleus pour prendre le train » et les « camps de concentration ». Autour d’elle, personne ne relève, la comparaison déplacée se perd dans le flot des arguments et des références aussi variées que douteuses qui circulent entre elle et ses deux amies retraitées. Avec un débit énergique, elles citent des rapports de l’ONU, des sites officieux, des témoignages invérifiables et des contre-vérités manifestes sur des effets nocifs des vaccins, le nombre de cancer en augmentation, ou les hôpitaux supposément vides aux Antilles.

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Richard Schittly(Lyon, correspondant)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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