Barbara Pompili et Pascal Canfin : « Notre méthode, ce n’est pas l’écologie des petits pas, c’est l’écologie du marathon »
TRIBUNE
Barbara Pompili – Ministre de la transition écologique
Pascal Canfin -Président de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen
La ministre de la transition écologique et le président de la commission de l’environnement au Parlement européen défendent, dans une tribune au « Monde », une méthode qui vise à négocier les transitions avec les acteurs économiques et sociaux, afin de transformer sans fracturer.
Publié le 22 juillet 2021 à 01h37 – Mis à jour le 22 juillet 2021 à 12h39 Temps de Lecture 3 min.
Tribune. Plus personne de sérieux ne nie l’urgence d’agir contre le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité. Les terribles intempéries de ces derniers jours, en Europe, nous le rappellent une nouvelle fois. Mais, alors que nous entrons « dans le dur » de la transition écologique, la question-clé est celle de la méthode, du « comment faire ». Cela passe par la construction d’une écologie qui se place au centre du jeu politique et qui emmène l’ensemble de la société. C’est ce que nous avons commencé à faire en France depuis 2017, et c’est cette dynamique que nous devons accélérer.
Depuis quatre ans, le gouvernement et la majorité ont fait énormément : arrêt du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et du projet EuropaCity pour préserver les terres agricoles, vote de l’un des plans de relance les plus « verts » au monde, selon l’ONU, vote d’une loi sur l’économie circulaire, qui a placé la France en tête de la fin progressive du plastique à usage unique…
En Europe, la France a été à la manœuvre pour rehausser nos objectifs et notre législation climatiques, pour dire non au Mercosur en l’état [accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay], pour créer un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et pour donner naissance au plan de relance européen de 750 milliards d’euros, dont au moins 37 % serviront à accélérer la lutte contre le dérèglement climatique…
Imaginer la suite
Nous pouvons être fiers que les classements internationaux placent la France parmi les leaders de l’action climatique. Mais, nous le savons, il faudra faire encore plus demain, car la décennie 2020-2030 est celle où nous gagnerons la bataille climatique, ou celle où nous la perdrons.
« Nous n’avons qu’une seule génération pour transformer notre économie, alors que cela fait deux siècles que nos sociétés se construisent sur les énergies fossiles »
Pour y parvenir, notre méthode, c’est l’écologie de gouvernement. C’est de négocier les transitions nécessaires avec les acteurs économiques et sociaux, c’est de transformer sans fracturer. Notre méthode, ce n’est pas l’incantation ni la confrontation permanente de l’écologie excessive. Ce n’est pas non plus l’inaction du conservatisme rétrograde de la droite qui nous mène dans le mur climatique et économique en refusant de prendre les tournants des emplois de demain. C’est une écologie crédible qui ne laisse personne au bord du chemin. Ce n’est pas l’écologie des petits pas, c’est l’écologie du marathon, conscients que nous sommes dans une course contre la montre et que nous n’avons qu’une seule génération pour transformer notre économie, alors que cela fait deux siècles que nos sociétés se construisent sur les énergies fossiles.
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Pendant que nous sommes en pleine action en France et en Europe, nous devons aussi commencer à imaginer la suite, le projet écologique de la majorité présidentielle pour l’élection de 2022. Même si nous avons déjà beaucoup fait, il nous manque encore, par exemple, un plan d’action précis pour la transition environnementale dans le domaine agricole et nous devons encore accélérer les investissements dans les technologies de la transition dans des domaines-clés comme les transports et le logement. Le plan de relance le permet pour les deux prochaines années, mais qu’en sera-t-il ensuite ?
Urgence climatique
Pour préparer cette échéance, nous invitons toutes les composantes de la majorité, en France et au niveau européen, à se réunir pour travailler ensemble, dès la rentrée de septembre, à la suite. Continuer à donner corps à l’écologie de gouvernement est la meilleure réponse à apporter aux jeunes, qui veulent que l’on aille plus vite, aux agriculteurs qui sont les premières victimes du choc climatique, aux précaires énergétiques qui paient parfois plus de factures d’électricité que de loyer, aux artisans qui sont prêts à passer à la mobilité électrique mais n’en ont pas les moyens, aux entrepreneurs qui ont investi ces dernières années dans les technologies vertes et ne demandent que de pouvoir les déployer à grande échelle…
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Rien de tout cela ne sera facile. La transition est par nature complexe et porteuse de frictions, qui, mal gérées, débouchent sur des impasses et des crises ; nous en avons fait l’expérience. Les simplismes sont voués à l’échec face à l’urgence climatique. Notre responsabilité est de continuer à rassembler les énergies positives, car la décennie qui s’ouvre devra être celle de la grande accélération de la transformation écologique. Nous sommes convaincus que, face aux conservatismes de la droite et aux raccourcis d’une écologie simpliste, le chemin que nous proposons est celui qui peut unir les Français.
Barbara Pompili est ministre de la transition écologique.
Pascal Canfin est président de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen.
Barbara Pompili(Ministre de la transition écologique) et Pascal Canfin(Président de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen)