Un épisode d’algue toxique (phytoplancton du genre Ostreopsis) sur la côte basque de mauvaise augure

Les plages du Pays basque sous haute surveillance après l’apparition d’une nouvelle algue toxique

Si les plages ont été rouvertes à la baignade en raison du caractère bénin des symptômes provoqués, l’inquiétude demeure sur les risques sanitaires d’une implantation durable de « Ostreopsis siamensis » sur la côte Atlantique. 

Par Martine ValoPublié aujourd’hui à 06h05, mis à jour à 14h39  

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Baignade interdite en raison de la présence d’une algue toxique, sur la plage de Milady à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), le 9 août 2021.
Baignade interdite en raison de la présence d’une algue toxique, sur la plage de Milady à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), le 9 août 2021. GAIZKA IROZ / AFP

Les plages du Pays basque vont rester sous haute surveillance tout l’été : des campagnes de prélèvement et d’analyses d’eau de mer sont programmées jusqu’à fin septembre afin d’y détecter l’éventuel retour de micro-organismes toxiques. Le 8 août, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz et Bidart ont dû interdire l’accès des leurs aux baigneurs, car une semaine plus tôt des surfeurs avaient signalé la présence d’algues dégageant une forte odeur nauséabonde. Certains d’entre eux se plaignaient de maux de gorge, de nez et d’yeux qui coulent, de toux, voire de fièvre, ainsi que d’irritations cutanées. Les jours suivants, un riverain et plusieurs maîtres-nageurs sauveteurs ont rapporté à leur tour des symptômes similaires, tandis que des efflorescences beiges et moussues sont apparues à la surface de l’eau. Au total, une cinquantaine de personnes ont présenté des symptômes.

La préfecture des Pyrénées-Atlantiques et l’agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine ont néanmoins autorisé la réouverture, dès le lundi 9 août, d’une part parce qu’aucun cas grave n’a été signalé, d’autre part parce que la microalgue repérée s’est révélée ne pas être exactement celle que les autorités redoutaient dans un premier temps.

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Des analyses du laboratoire environnement de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), sis à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), ont bien confirmé une nette concentration de phytoplancton du genre Ostreopsis devant la côte basque, originaire des eaux chaudes des Caraïbes. Mais il s’agit finalement de Ostreopsis siamensis, un dinoflagellé a priori moins toxique que Ostreopsis ovata, l’espèce initialement soupçonnée. Cette dernière est connue pour causer de fortes fièvres et des détresses respiratoires sévères. Une nouvelle analyse est cependant programmée le 16 août afin d’identifier avec certitude la microalgue incriminée. Tous deux produisent une toxine analogue à la redoutable palytoxine – un poison qui peut être mortel –, mais à dose nettement plus faible. Les symptômes observés sur les côtes françaises restent bénins et disparaissent rapidement.

L’épisode actuel ne paraît pas de bon augure

Voilà pour la relative bonne nouvelle. Mais l’épisode actuel ne paraît pas de bon augure : nouvelle venue au Pays basque, la microalgue Ostreopsis siamensis est-elle en train de se concentrer durablement, au risque de présenter des risques sanitaires répétés ? « Nous devons l’étudier pour savoir si elle est en train de s’acclimater à la côte Atlantique, assure Amzil Zouher, responsable du laboratoire phycotoxines de l’Ifremer à Nantes. On trouve peu de choses à son sujet dans la littérature scientifique, même si elle a déjà été repérée en Catalogne et au Maroc. »

Dans les Pyrénées-Atlantiques aussi, sa présence a été signalée en 2018, en quantité trop faible pour avoir des conséquences chez les humains, puis en septembre 2020, à Hendaye, où quelques baigneurs avaient déjà été incommodés, rapporte le chercheur. Son équipe s’est donc fait livrer des échantillons afin de mener des observations approfondies mêlant étude au microscope électronique, séquençage ADN et analyses chimiques. Objectif : mesurer l’impact de cet organisme sur le reste de la faune marine. L’Ifremer pourrait rendre un diagnostic d’ici à fin 2021.

Les scientifiques savent déjà que le phytoplancton du genre Ostreopsis est composé d’espèces benthiques. Ces organismes se développent au fond des mers sur plusieurs variétés de macroalgues sur lesquelles ils se fixent grâce à un mucus – les nappes mousseuses que l’on a pu observer près du rivage basque. Lorsqu’il y a une forme de saturation, il leur arrive d’être poussés par un coup de vent dans la colonne d’eau et de se retrouver en surface dans des fleurs d’eau ou dans l’air. Leurs toxines peuvent alors être transportées en aérosol et atteindre les promeneurs.

« Nous observons le comportement de Ostreopsis ovata en Méditerranée depuis longtemps, expose Amzil Zouher. Cette microalgue y est présente depuis les années 1970, mais en concentration faible. Et puis, en 2005, dans le golfe de Gênes, en Italie, une efflorescence a contaminé des embruns marins : près de deux cents personnes ont ressenti des syndromes respiratoires fébriles. Une vingtaine a été hospitalisée. »

Depuis lors, d’autres blooms sont survenus sur le littoral français jusqu’au large de Marseille, provoquant des irritations cutanées et des muqueuses chez des plongeurs sous-marins notamment, et causant par ailleurs des mortalités d’oursins. La présence récurrente de l’algue nuisible est désormais surveillée de l’Italie à l’Espagne, et a donné lieu à plusieurs interdictions de baignade, des Alpes-Maritimes aux Bouches-du-Rhône.

Nouvelle donne

Cette nouvelle donne s’est rapidement imposée chez les usagers de la mer. La fondation Surfrider Europe l’a intégrée dans son réseau de surveillance des spots fréquentés par les adeptes des sports nautiques dès 2010. « Au début, nous faisions nous-mêmes des prélèvements pour faire procéder à des analyses, puis les pouvoirs publics s’en sont chargés, témoigne Sara Hatimi, responsable du projet qualité de l’eau en Méditerranée au sein de Surfrider. Nous avons conçu un livret pédagogique décrivant le goût métallique typique Ostreopsis ovata et prévenant le public de ses effets. A notre connaissance, il n’y a jamais eu de décès. » Sara Hatimi a été surprise par la fermeture des plages au Pays basque. « En Méditerranée, les blooms se produisent plutôt dans une eau calme par temps de grosse chaleur », observe-t-elle.

La question du rôle du changement climatique dans l’émergence des microalgues tropicales nuisibles en Europe se pose évidemment. En 2019, dans leur rapport spécial sur l’océan et la cryosphère, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat soulignaient que l’augmentation des températures, qui réduit la solubilité de l’oxygène dans l’eau, favorise certes l’eutrophisation et la prolifération d’algues planctoniques, mais avec le renfort des apports massifs d’azote et de phosphore venus de la terre. « Le phénomène est sans doute multifactoriel. Le changement climatique y a sa part », répond sobrement Amzil Zouher, depuis son laboratoire de Nantes.

Le 8 juin, sous la houlette de l’Unesco, la Commission océanique intergouvernementale a publié pour la première fois les résultats de sept ans de travaux sur les efflorescences d’algues nuisibles. Les chercheurs ont analysé les milliers d’événements survenus entre 1985 et 2018. Désormais, des bases de données recensent les mortalités de mammifères marins, de poissons, de mollusques, des épisodes d’afflux de « morve de mer », de coloration de l’eau et, bien sûr, d’impacts sur la santé humaine par ingestion, voire par simple inhalation ou contact de la peau : diarrhée, atteintes respiratoires et neurologiques parfois mortelles, dans lesquels environ deux cents algues sont impliquées.

Ils n’ont pas trouvé de preuve suffisante pour conclure à l’augmentation générale et uniforme de leur fréquence et de leur distribution sous l’effet du changement climatique, contrairement à une idée répandue. Mais ils constatent que certaines toxines ont particulièrement prospéré : celles responsables d’intoxication diarrhéique pour avoir consommé des mollusques contaminés ont quadruplé ; celles entraînant l’amnésie ont été multipliées par sept ; les paralysants, par six. Et ils évoquent des « tendances contrastées » dans le monde, qu’ils ont partagé en neuf régions, parmi lesquelles six ont enregistré « une tendance significativement en hausse du nombre d’événements », notamment en Europe et en Méditerranée.

Martine Valo

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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