Publié le 09/08/2021
Contestations anti pass-sanitaire : quelles ressemblances et différences entre la France et ses voisins ?

Paris, le lundi 9 août 2021
– La France a connu ce week-end un nouveau record de mobilisation contre le pass sanitaire. Les cortèges qui ont essaimé dans toute la France ont ainsi réuni 237 000 personnes, contre 204 000 la semaine précédente. Il s’agit d’une situation inédite en plein moins d’août a remarqué le secrétaire général du syndicat des commissaires de la Police nationale (SCPN), David Le Bars qui considère que le mouvement pourrait prendre encore davantage d’ampleur au mois de septembre. Cette tendance n’est pas propre à la France. Plusieurs autres pays européens voient également cette période estivale, habituellement apaisée sur le front des mouvements sociaux, traversée par de multiples défilés. Ainsi, en Allemagne, Pascal Thibaut, correspond pour Radio France Internationale relève « Aujourd’hui, le mouvement semble très organisé et déterminé. Beaucoup de manifestations ont été annoncées pour août et, à chaque fois, des bus sont affrétés pour permettre aux manifestants de rejoindre Berlin ».
Mais qui ?
Plus nourris, les cortèges français de ce week-end ont été une nouvelle fois parsemés de références nauséabondes au traitement des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Outre le port désormais habituel d’étoiles jaunes détournées, à Metz une pancarte listant des noms de médecins, de responsables publics et autres personnalités dont plusieurs dites « d’origine » juive (tel le philosophe Bernard-Henri Lévy qui a pourtant à plusieurs reprises émis des réserves sur les mesures prises contre l’épidémie) a soulevé l’émotion. La pancarte était barrée de la question « Mais qui ? », faisant allusion aux déclarations d’un des militaires auteurs d’une tribune évoquant le « délitement » de la France et qui interrogé d’un « mais qui » concernant les personnes contrôlant selon lui « la meute médiatique » avait répondu « la communauté que vous connaissez bien ». Aussi, pour le ministre de l’Intérieur, comme pour la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), le caractère antisémite de cette pancarte ne fait guère de doute. Alors qu’une enquête a été ouverte par le parquet de Metz et que la Licra devrait déposer une plainte, Gérard Darmanin a sévèrement rappelé « l’antisémitisme n’est pas une opinion ».
L’obscénité sans frontières
Las, ces dérives antisémites et notamment ces références obscènes à l’extermination des juifs ne sont pas observables qu’en France. Ainsi, même l’Allemagne, où de telles comparaisons sont extrêmement rares et toujours le plus vivement condamnées, des étoiles jaunes ont été observées sur les pancartes de certains manifestants. En Grande-Bretagne, également, les comparaisons entre le National Health Service et le parti Nazi n’ont pas pu être évitées. Confirmant s’il en était nécessaire que l’ignorance et l’indécence n’ont pas de frontières, ces mêmes inepties signent également que partout dans les pays européens, une partie importante des manifestants se rangent à l’extrême droite de l’échiquier politique. C’est ce que constatent les journalistes français présents dans les capitales européennes. Paolo Levi, correspondant à Paris pour l’agence de presse italienne Ansa décrit ainsi : « Même si d’un côté les anti-Green Pass bénéficient du soutien de Matteo Salvini, dont le parti est membre de la coalition gouvernementale, on trouve aussi des ‘NoVax’ soutenus par les néofascistes de Forza Nuova ».
Une hétérogénéité peu visible
Cependant, les défilés scrutés à l’étranger sont comme en France hétérogènes, avec une mobilisation moins visible de certains groupes d’extrême gauche et de mouvements moins politisés, se revendiquant comme « libertaires ». Les particularités des positions de ces manifestants, qui essayent de garder leur distance avec les protestations les plus radicales, peinent à se faire entendre, notamment en raison d’une médiatisation moindre (ce qui tend à offrir une vision parcellaire des mobilisations). Pascal Thibaut à Berlin, cité par France Inter, décrypte : « On trouve également des personnes situées à gauche, des personnes simplement sceptiques, des groupes un peu plus ésotériques. Mais ces gens sont moins visibles car ils se mobilisent de façon individuelle. Le mouvement des ‘libres-penseurs’ se revendique apolitique et joue sur cet aspect pour mobiliser davantage ». Les discours de ces protestataires alternatifs, qui insistent notamment sur la crainte que le pass sanitaire ne dérive vers une société encore plus contrôlée et verrouillée, qui met l’accent sur le refus des discriminations entre citoyens, sont également assourdis par la virulence des groupes anti vaccin. Ainsi, même si parmi les manifestants, d’aucuns essayent de rappeler qu’ils sont vaccinés tout en prônant le libre choix, les anti vaccins, parfois complotistes, constituent souvent le noyau dur des cortèges. Le professeur de sociologie, Michel Wieviorka analyse sur France Inter : « C’est un mouvement qui, très paradoxalement, a besoin des anti vaccination purs et durs, tout en n’étant pas réductible, loin de là, à la contestation du principe de la vaccination en général ou de cette vaccination. Autrement dit, peut-être que les anti vaccination ne sont pas si nombreux dans les cortèges, mais sans eux, ce mouvement retomberait très vite. D’autre part, ce mouvement réunit de plus en plus des gens qui non seulement se disent anti-vaccins, et veulent ‘la liberté’, mais qui disent aussi ‘je veux l’égalité, je ne veux pas de discrimination’. J’entends aussi une petite voix qui dit ‘Je veux de la dignité, je veux du respect’. Et ça, on le percevait moins avant ».
Une tendance française séculaire attisée par la haine anti Macron
Si cette dualité peut s’observer également dans d’autres pays, ainsi que le rôle joué par les anti vaccins, la spécificité en France tient peut-être au fait que ce qui paraît cimenter les manifestations est l’opposition au gouvernement et à Emmanuel Macron en particulier. Bien sûr, le contexte électoral peut avoir une influence dans d’autres pays (des élections sont attendues en Allemagne en septembre), mais la défiance concernant le pouvoir en place n’atteint nulle part les niveaux qu’on constate en France. Michel Wieviorka relève : « C’est un processus qui s’est construit depuis une vingtaine d’années, et qui s’est beaucoup accéléré ces dernières années. Ce processus doit beaucoup à quelques erreurs et mensonges (…).
La France a toujours eu la tradition d’être un pays de protestation, de révolution ou de mouvement. Donc, ça n’est pas nouveau. (…) Ce sont des mouvements horizontaux qui eux-mêmes rencontrent un pouvoir très vertical. L’Élysée décide et ça descend ensuite par les ministres et le Parlement. Ces mouvements viennent nous dire aussi qu’il y a une sorte de vide entre la société et ses contestations, et le pouvoir central. Il n’y a pas de médiation, pas de corps intermédiaires. C’est donc un problème de fonctionnement de nos démocraties et de nos institutions. Mais ce mouvement traduit d’abord une énorme méfiance envers le pouvoir, la science et les médecins » relève-t-il. Mais au-delà des tendances françaises séculaires, la gestion de l’épidémie n’est probablement pas étrangère à la vitalité de la mobilisation. Outre les revirements et les injonctions contradictoires, l’infantilisation qui a sous-tendu la majorité des décisions et des déclarations des membres du gouvernement attisent probablement inévitablement la colère. Et le dernier mouvement d’humeur d’Olivier Véran lançant un « ça suffit »* est probablement un résumé de l’infranchissable rupture dressée entre le gouvernement et une partie des Français.
A.H.
Publié le 09/08/2021
Les propos d’Olivier Véran sur le droit de grève des soignants ne passent pas

Paris, le lundi 9 août 2021
– La frontière entre la fermeté affichée et la provocation est parfois difficile à tracer. Jeudi 5 août, à l’issue d’une visite au centre hospitalier d’Aix-en-Provence, le ministre de la Santé Olivier Véran était interrogé sur la question de la vaccination obligatoire des soignants.
Dans sa déclaration, le Ministre a fait le choix d’évoquer l’appel à la grève nationale des soignants lancé par SUD et la CGT, hostiles à la mesure : « La loi va s’appliquer. Elle sera accompagnée dans la douceur mais de manière résolue pour arriver à cet objectif qui est que les soignants, celles et ceux qui soignent, ne soient pas celles qui risquent de contaminer les personnes qui n’ont absolument pas demander à tomber malade. Et je vous le dis, j’ai vu qu’il y avait un ou deux syndicats qui ont lancé un appel à la grève, je vous le dis, il y vient un temps où ces personnes n’auront plus le loisir de faire la grève. Puisque par définition cette obligation vaccinale s’appliquera ».
La grève est un droit, pas un loisir
Des propos qui ne passent pas pour les syndicats FO, CGT et SUD qui voient dans cette déclaration « une mise en cause du droit de grève ». Dans un communiqué, la confédération FO rappelle que le droit de grève constitue « un droit constitutionnel attaché à la liberté syndicale et à la démocratie » et exhorte le gouvernement à « retirer sans délai » ces propos.
La posture martiale du ministre, qui laisse à penser qu’aucune porte de négociations ne sera ouverte sur ce dossier, a été perçue comme une marque de « mépris ». « Les personnels de santé ont donné de leur vie, ils veulent avoir le choix de se vacciner ; ils ont prouvé depuis dix-huit mois qu’ils faisaient face à la pandémie », a réagi notamment Denis Betand, de la CGT et Action sociale, s’indignant : « En février, le gouvernement imposait à ceux positifs au Covid mais asymptomatiques de travailler par manque d’effectifs, en mars 2020, on les applaudissait et maintenant on va les licencier ! ».
Des propos parfaits pour lancer une (faible) mobilisation ?
Pour Jean-Marc Devauchelle, de SUD Santé Social, « remettre en cause le droit de grève parce qu’une loi a été votée, n’engage que M. Véran ». Dans une déclaration AFP, celui-ci rajoute qu’il est « beaucoup plus facile d’être autoritaire devant les caméras que devant les personnels avec lesquels il n’y a pas de discussion ».
A l’évidence, les syndicats ne manquent pas de reprendre à l’envi les déclarations du ministre pour tenter de donner du souffle à la mobilisation des soignants réfractaires à la vaccination qui débute aujourd’hui et dont on peine à mesurer l’ampleur.
Alors que la majorité du personnel soignant est désormais vaccinée (entre 70 et 91% selon les différentes estimations) la communauté médicale reste divisée et polarisée sur la question entre enthousiasme et franc rejet de la mesure. Interrogé par le Figaro, un responsable syndical espère tout au plus que la grève sera suivie par « 5 à 10 % » des soignants dont certains sont en vacances et d’autres assignés à leur travail.
Un Ministre qui a eu le loisir de faire grève par le passé !
Retour de flamme classique pour le Ministre, plusieurs internautes se sont amusés à partager les images du jeune Olivier Véran, alors interne en neurologie faisant grève en 2007 pour protester contre le budget de la sécurité sociale du gouvernement Sarkozy. Le chef directeur de cabinet du Ministre de la Santé de l’époque n’était autre que Jean Castex.
C.H.