Le rapport des experts sur le climat constitue un « avertissement sévère de la part des scientifiques du monde entier »
Le Royaume-Uni, hôte de la prochaine conférence sur le climat, s’alarme du « rythme alarmant » avec lequel « l’activité humaine endommage la planète ».
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 12h33, mis à jour à 14h48
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Le Royaume-Uni, qui accueillera en novembre la 26e conférence climat de l’ONU (COP26) à Glasgow (Ecosse), a estimé lundi 9 août que le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) constituait un « avertissement sévère » quant à l’impact de l’activité humaine sur la planète.
Ce rapport – rédigé par 234 scientifiques de 66 pays, à partir de l’analyse de plus de 14 000 études – affirme notamment que le seuil de + 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle sera atteint autour de 2030, soit dix ans plus tôt que ne l’estimaient les précédentes projections. Il juge aussi que les humains sont « indiscutablement » responsables des dérèglements climatiques et qu’ils n’ont d’autre choix que de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre s’ils veulent en limiter les dégâts.
Ce constat-choc constitue un « avertissement sévère de la part des scientifiques du monde entier », a estimé le gouvernement britannique dans un communiqué, s’inquiétant du « rythme alarmant » avec lequel « l’activité humaine endommage la planète ».
Selon le premier ministre britannique, Boris Johnson, « la prochaine décennie sera déterminante pour l’avenir de notre planète ». « Nous savons ce qu’il faut faire pour limiter le réchauffement de la planète : reléguer aux oubliettes le charbon et passer à des sources d’énergie renouvelables, protéger la nature et financer le climat », a-t-il ajouté.
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« Notre message à chaque pays, gouvernement et entreprise est simple : suivez la science et assumez votre part de responsabilité pour que l’objectif de (rester sous les) 1,5 °C soit atteint », a martelé dans le communiqué Alok Sharma, président de la COP26.
Le Royaume-Uni s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 et veut baisser ses émissions de CO2 de 78 % d’ici à 2035. Mais le pays reste critiqué par les associations écologistes pour le maintien de certains nouveaux projets liés aux énergies fossiles.
« Pas le temps d’attendre »
De son côté, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a estimé dans un communiqué que le rapport du GIEC « doit sonner le glas du charbon et des énergies fossiles ». Il a également plaidé pour qu’aucune centrale à charbon ne soit construite après 2021. C’est « une alerte rouge pour l’humanité », a commenté Antonio Guterres. « Les sonnettes d’alarme sont assourdissantes : les émissions de gaz à effet de serre créées par les énergies fossiles et la déforestation sont en train d’étouffer notre planète », a-t-il ajouté.
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Antonio Guterres a appelé les dirigeants du monde à s’assurer que la COP26 soit un « succès » :
« Si nous unissons nos forces maintenant, nous pouvons éviter la catastrophe climatique. Mais comme le rapport d’aujourd’hui le dit clairement, il n’y a pas le temps d’attendre et pas de place pour les excuses. »
Le rapport du GIEC témoigne de « l’extrême urgence d’agir maintenant », a, pour sa part, réagi le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans. « Il n’est pas trop tard pour endiguer la tendance et empêcher un engrenage incontrôlable du changement climatique, à condition d’agir résolument maintenant et tous ensemble », a insisté sur Twitter le Néerlandais, chargé du Pacte vert européen.
« Vous nous parlez depuis plus de trente ans des dangers de laisser la planète se réchauffer. Le monde a écouté, mais n’a pas entendu », a déclaré Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement. Résultat : « Personne n’est en sécurité. Et c’est de pire en pire de plus en plus vite. »Même avec une augmentation de 1,5 °C, les canicules, inondations et autres événements extrêmes vont augmenter de manière inédite en matière d’ampleur, de fréquence, d’époque de l’année où elles frapperont et de zones touchées, prévient le GIEC.
Réduire les émissions de gaz à effet de serre est un « défi immense » qui implique de sortir « en une décennie d’une civilisation fondée sur les énergies fossiles », a réagi la ministre française de la transition écologique, Barbara Pompili. Face à la menace du réchauffement, « la ligne est claire : appliquer pleinement et partout l’accord de Paris », a-t-elle déclaré. Ce rapport rappelle « l’urgence réelle de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre pleinement en œuvre l’accord de Paris », a renchéri le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, appelant « tous les Etats qui ne l’ont pas encore fait à rehausser » leurs engagements concernant le climat.
« Nous ne pourrons pas éviter de nombreux impacts du changement climatique », a pour sa part estimé la ministre de l’environnement allemande, Svenja Schulze, alors que le rapport pointe déjà du doigt des conséquences irréversibles du phénomène. « Nous l’avons déjà vécu en Allemagne », a-t-elle ajouté, faisant référence aux inondations meurtrières qui ont frappé le pays en juillet, faisant au moins 190 morts.
Le Monde avec AFP
La crise climatique s’aggrave partout, à des niveaux sans précédent, alerte le GIEC
Dans un nouveau rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat conclut que le dérèglement touche toutes les régions du monde, à un rythme très rapide, et qu’il s’intensifie de manière sans précédent.
Par Audrey GarricPublié aujourd’hui à 10h00, mis à jour à 16h58
Temps de Lecture 10 min.
C’est un état des lieux qui donne le vertige. D’abord, parce qu’il montre, de la manière la plus implacable qui soit, à quel point l’humain est en train de bouleverser le climat dans chaque région du monde : l’élévation de la température de l’air et de l’océan, la fonte des glaciers ou la hausse du niveau des mers s’aggravent à un rythme et avec une ampleur sans précédent depuis des millénaires, voire des centaines de milliers d’années. Ensuite, parce qu’il brosse un tableau sombre du monde qui nous attend : celui de catastrophes climatiques en cascade si nous continuons à brûler des combustibles fossiles à un rythme élevé, mais aussi de changements irréversibles, comme la montée des océans ou la fonte des glaces, quoi que nous fassions.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) établit ce diagnostic dans le premier volet de son sixième rapport d’évaluation, publié lundi 9 août. Il paraît alors que les incendies, les inondations, les canicules, les sécheresses s’enchaînent et se déchaînent, de la Turquie aux Etats-Unis en passant par la Grèce, l’Allemagne, la Russie ou la Chine. Un rappel dramatique que le dérèglement climatique, loin de se résumer à des chiffres et à des projections, est déjà une nouvelle normalité, celle d’une planète en surchauffe.

Ce rapport du groupe de travail 1 du GIEC, une instance intégrée à l’Organisation des Nations unies, constitue l’évaluation la plus à jour des connaissances sur les bases physiques du changement climatique, huit ans après le précédent rapport similaire, publié en 2013. Il a été rédigé par 234 scientifiques de 66 pays, à partir de l’analyse de plus de 14 000 études scientifiques. Ce premier volet sera complété par deux autres, sur la vulnérabilité de nos sociétés et sur les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, qui paraîtront en février et mars 2022, avant une synthèse du 6e rapport prévue pour septembre 2022.

« Un voyage sans retour »
Davantage que le rapport, c’est son « résumé à l’intention des décideurs », un document d’une quinzaine de pages, qui était le plus attendu. Il a été adopté lors d’une assemblée plénière, qui s’est tenue – pour la première fois en visioconférence du fait du Covid-19 – du 26 juillet au 6 août. Il a été négocié ligne par ligne, mot par mot, par les représentants des 195 pays membres du GIEC, en collaboration avec les auteurs, ce qui lui donne une forte légitimité.
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L’alerte sonne comme un nouvel avertissement pour les Etats, à moins de cent jours de la 26e conférence climat de l’ONU (COP26) à Glasgow (Ecosse), qui s’avère cruciale. Seulement la moitié des signataires de l’accord de Paris sur le climat ont révisé à la hausse leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui sont pour l’instant insuffisants pour tenir les objectifs du traité international : limiter le réchauffement climatique « bien en deçà » de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, et si possible à 1,5 °C.
« Ce rapport montre que le changement climatique est un voyage sans retour, mais qu’aujourd’hui nous décidons de notre chemin futur », résume le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS et l’un des auteurs. « Sans réduire fortement, rapidement et durablement nos émissions, la limitation du réchauffement à 1,5 °C sera hors de notre portée, prévient la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies (CEA) et coprésidente du groupe 1 du GIEC. En revanche, si nous agissons maintenant, nous verrons des effets d’ici dix à vingt ans. S’il est désormais impossible de revenir en arrière pour certaines composantes du système climatique, la montée du niveau des mers peut être limitée et on peut avoir une stabilisation des événements extrêmes. »
Surplus d’énergie
Pour la première fois, le GIEC montre que le rôle des activités humaines est « sans équivoque » sur le réchauffement climatique, entraînant des « changements rapides dans l’atmosphère, les océans, la cryosphère et la biosphère ». « C’est désormais un fait, c’est une avancée majeure de ce rapport », commente Valérie Masson-Delmotte. Dans les précédents rapports, la responsabilité humaine était assortie de degrés de confiance. Elle avait été qualifiée d’« extrêmement probable »en 2013.
Les activités humaines, et en particulier la combustion d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) pour les transports, la production d’électricité, l’agriculture ou l’industrie, émettent des gaz à effet de serre qui ne cessent d’augmenter année après année. De sorte que les concentrations de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre, ont atteint 410 parties par million (ppm) en 2019 – en hausse de 47 % depuis l’ère préindustrielle –, un niveau inégalé depuis au moins deux millions d’années. Celles de méthane (principalement émis par l’élevage, l’extraction du gaz et du pétrole ou la gestion des déchets) et de protoxyde d’azote (issu des engrais azotés) sont, elles, les plus élevées depuis au moins huit cent mille ans.
Résultat : le système climatique s’emballe sous l’effet de ce surplus d’énergie. La température à la surface du globe s’est élevée d’environ 1,1 °C sur la dernière décennie comparativement à 1850-1900, avec un réchauffement plus prononcé sur les continents (1,6 °C) que sur les océans (0,9 °C). Chacune des quatre dernières décennies a été successivement la plus chaude enregistrée depuis 1850. La comparaison avec des échelles de temps plus longues donne la mesure de ce changement : il faut remonter 125 000 ans en arrière, au dernier interglaciaire, pour avoir une température globale comparable et le rythme actuel de hausse du mercure est le plus rapide depuis au moins deux mille ans.

Evénements extrêmes
Le réchauffement n’est qu’un aspect du dérèglement climatique. Dans toutes les autres composantes du système climatique, l’influence humaine est sans commune mesure. La fonte des glaciers, qui reculent de manière synchrone partout dans le monde, est inédite depuis deux mille ans. Le rythme de fonte des calottes du Groenland et de l’Antarctique a été multiplié par quatre entre 1992-1999 et 2010-2019. L’élévation du niveau des mers (3,7 mm par an entre 2006 et 2018) est plus rapide depuis 1990 qu’au cours des trois mille dernières années. Cet océan bien plus chaud est également moins riche en oxygène et plus acide (un taux inégalé depuis deux millions d’années), ce dont souffrent les poissons, les coraux ou les coquillages. Les événements extrêmes, comme les canicules, les pluies diluviennes ou les sécheresses, sont devenus plus fréquents et plus intenses, les moussons plus abondantes, et le nombre de cyclones tropicaux majeurs a augmenté.
Synthèse : 2020 a été l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées
Le futur n’est guère plus réjouissant. Les auteurs du GIEC ont établi cinq scénarios d’émissions de gaz à effet de serre pour explorer l’évolution du système climatique. Dans tous les cas de figure, la température va continuer d’augmenter dans les vingt prochaines années. Nos actions actuelles déterminent l’ampleur du dérèglement climatique dans la deuxième moitié du siècle.
Dans le détail, sur la période 2081-2100, en comparaison avec l’ère préindustrielle, les scientifiques prévoient une élévation de la température mondiale de 1,4 °C (fourchette de 1 °C à 1,8 °C) dans le scénario très peu émetteur, 1,8 °C pour le scénario peu émetteur, 2,7 °C pour celui intermédiaire, 3,6 °C pour l’émetteur et 4,4 °C pour le très émetteur (fourchette de 3,3 °C à 5,7 °C). Et encore ne s’agit-il que de moyennes, masquant les disparités régionales. En Arctique, qui subit déjà un réchauffement trois fois supérieur à la moyenne mondiale, le thermomètre pourrait grimper de plus de 7 °C à la fin du siècle dans le scénario très émetteur. « Nous avons réduit les incertitudes en combinant les projections climatiques avec les observations les plus récentes et grâce à une meilleure connaissance des processus physiques qui contrôlent la réponse du système climatique aux gaz à effet de serre », précise Christophe Cassou.
Seuils de tolérance pour la santé et l’agriculture
Aggravant leur diagnostic, les experts estiment que le seuil de 1,5 °C de réchauffement, permettant de limiter les pires effets de la crise, sera atteint ou dépassé avant 2040 – soit plus tôt qu’ils ne l’avaient prévu en 2018. Mais avec le scénario très peu émetteur, qui implique une neutralité carbone en 2050, la température redescendrait à 1,4 °C en 2081-2100. Le dépassement du seuil de 2 °C aurait lieu au milieu du siècle dans les trois scénarios les plus émetteurs.
Ces différences de trajectoire sont cruciales tant chaque fraction de réchauffement compte. « Chaque demi-degré de réchauffement entraîne des événements climatiques plus intenses, plus fréquents et touchant plus d’endroits », rappelle le climatologue Robert Vautard, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace et l’un des auteurs du rapport. Le réchauffement continuera d’accroître les canicules et les saisons chaudes, tout en diminuant les vagues de froid. Dans un monde à + 2 °C, les extrêmes de températures atteindront plus souvent les seuils de tolérance pour la santé et l’agriculture. Vers la fin du XXIe siècle, ces seuils seraient franchis plus de cent jours de plus qu’actuellement dans de nombreuses régions tropicales.

Le réchauffement perturbera davantage le cycle de l’eau, avec notamment une hausse des précipitations extrêmes ainsi que des inondations mais aussi des sécheresses. De quoi aussi entraîner des risques d’incendies majeurs, notamment autour de la Méditerranée, en Australie, dans l’Ouest américain, en Amérique centrale et en Amazonie. « Chaque région fera face à plusieurs changements majeurs concomitants », prévient Robert Vautard. Le GIEC a pour la première fois mis en ligne un atlas interactif détaillant, pour chaque région du monde, les effets liés à une trentaine de « conditions climatiques génératrices d’impacts ».
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Ces changements sont pour certains irréversibles sur de très longues échelles de temps. Le réchauffement, l’acidification et la désoxygénation de l’océan se poursuivront pendant des siècles ou millénaires. Les glaciers vont continuer de fondre pendant des décennies voire des siècles, de même que la calotte du Groenland et le pergélisol, ces sols de l’Arctique gelés en permanence.
Points de basculement
L’élévation du niveau des mers va également se poursuivre pendant des siècles puisqu’elle est entraînée par l’expansion thermique de l’océan sous l’effet du réchauffement, ainsi que la fonte des glaciers et des calottes. Les océans pourraient s’élever de 0,3 à 1 mètre d’ici à 2100 en comparaison avec 1995-2014, selon les différents scénarios de réchauffement, et jusqu’à 1,9 mètre d’ici à 2150 dans le scénario le plus sombre, entraînant davantage d’inondations côtières.
Pour la première fois, le GIEC aborde la notion de points de basculement, des seuils de rupture entraînant un emballement du système. Il évoque des événements à « faible probabilité mais fort impact » comme la déstabilisation de la calotte glaciaire antarctique ou le dépérissement des forêts. De sorte qu’« il ne peut pas être exclu que l’élévation du niveau de mer s’approche de 2 mètres d’ici à 2100 et 5 mètres d’ici à 2150 », écrivent ainsi les auteurs.

Mauvaise nouvelle également : la capacité des forêts, des sols et des océans à absorber les émissions de CO2 risque de s’affaiblir avec la poursuite des rejets carbonés. Sur les six dernières décennies, ces puits de carbone ont réussi à retirer de l’atmosphère 56 % du CO2 émis par les activités humaines, limitant le réchauffement. Mais ils risquent de devenir « moins efficaces » à l’avenir, préviennent les experts du GIEC.
Le rapport montre l’importance de stabiliser la température globale, ce qui passe par l’atteinte de la neutralité carbone pour le CO2. « Si l’on n’est pas en mesure d’arrêter net nos émissions, on va avoir besoin de retirer du CO2 de l’atmosphère », assure Sophie Szopa, chercheuse au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement et l’une des autrices du rapport. Le rapport indique que ces technologies (plantation de forêts, captage et stockage, capture directe dans l’air, etc.) permettraient de baisser les concentrations en CO2 dans l’atmosphère mais évoque aussi de possibles effets adverses. « En plus des réductions fortes de CO2, agir rapidement et durablement sur les émissions de méthane, qui a une durée de vie beaucoup plus courte que le CO2, serait efficace pour le climat à court terme mais également pour la pollution de l’air », ajoute l’experte.
« Il n’y a pas de temps à perdre ni d’excuses à trouver », avertit Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, appelant à « l’union des dirigeants, des entreprises et de la société civile » derrière des « solutions claires » : la fin des énergies fossiles au bénéfice des renouvelables, le financement de politiques d’adaptation et de résilience ou encore des plans de relance post-Covid-19 qui financent la transition écologique. « La viabilité de nos sociétés en dépend. »
Rapport du GIEC : « Il faut décarboner de toute urgence et de manière très radicale nos sociétés et nos économies »
Réagissant aux dernières conclusions du GIEC, le scientifique suédois Johan Rockström estime qu’il y a des « raisons d’espérer » même si « nous ne voyons, jusqu’à présent, aucun signe crédible que nous allons parvenir » à limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Propos recueillis par Audrey GarricPublié hier à 19h49, mis à jour à 08h36
Temps de Lecture 6 min.

Après la publication du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), lundi 9 août, le directeur de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (Allemagne), Johan Rockström, prévient que nous nous rapprochons de points de basculement majeurs. Il a identifié, en 2009, neuf seuils limites qui ne peuvent être dépassés sans mettre l’humanité en danger. Quatre de ces limites planétaires sont désormais franchies (le climat, la biosphère, la biodiversité et les nutriments), et deux sont sur le point de l’être : l’eau douce et l’acidification des océans.
Quelles sont les principales conclusions de ce nouveau rapport du GIEC ?
C’est le rapport du GIEC le plus robuste scientifiquement : il va très loin dans la confirmation de l’aspect global du changement climatique. Il avance des preuves irréfutables de la gravité de la situation, en confirmant non seulement, sans équivoque, que nous réchauffons la planète, mais aussi de manière indiscutable que la fréquence et la gravité des événements climatiques extrêmes augmentent. Les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations sont désormais attribuées au changement climatique d’origine humaine avec un degré de certitude très élevé. Il s’agit donc de véritables munitions scientifiques en faveur d’une action urgente.
Il s’agit aussi du premier rapport du GIEC à ne pas exclure des points de basculement, qu’il s’agisse de l’instabilité de la calotte glaciaire en Antarctique ou de la déstabilisation de l’AMOC, la circulation méridienne de retournement Atlantique [la circulation des courants océaniques de l’Atlantique, parmi lesquels le Gulf Stream]. Il montre aussi que la capacité des forêts, des sols et des océans à absorber les émissions de CO2 risque de s’affaiblir. Ces puits ont jusqu’à présent absorbé 56 % de nos émissions anthropiques.
Avons-nous déjà passé des points de rupture ?
Le rapport du GIEC ne le conclut pas. Mon évaluation est également que nous n’avons pas encore franchi un point de basculement majeur. Malheureusement, nous disposons de plus en plus de preuves scientifiques que nous nous en rapprochons, qu’il s’agisse de la déstabilisation de l’ouest de la calotte antarctique, de l’AMOC, de l’Arctique ou des récifs coralliens. Cela signifie-t-il que la planète entière a franchi une sorte de point de non-retour ? La réponse est non.
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La fenêtre est encore ouverte, mais à peine ouverte, pour être en mesure de limiter le réchauffement à une température globale gérable sur Terre. Un réchauffement de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle [l’un des objectifs de l’accord de Paris de 2015] entraînerait de nombreux événements extrêmes, des défis majeurs pour de nombreuses économies et sociétés humaines, pour les récifs coralliens et les océans, mais serait très probablement gérable. C’est si nous dépassons 2 °C de réchauffement que nous risquons de franchir des points de basculement.
Est-il encore possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C ?
D’un point de vue physique, nous pouvons encore limiter le réchauffement à 1,5 °C. Mais nous ne voyons, jusqu’à présent, aucun signe crédible que nous allons y parvenir. Nous continuons de construire des centrales à charbon, de déforester massivement, et, après la pandémie de Covid-19, nous avons retrouvé une tendance d’augmentation ininterrompue des émissions de gaz à effet de serre.Article
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D’après le GIEC, pour avoir deux chances sur trois de limiter le réchauffement à 1,5 °C, il ne faut pas émettre plus de 400 milliards de tonnes de CO2. Or, nous en émettons 40 milliards par an. Il ne reste donc plus que dix ans d’émissions à ce rythme. Le rapport du GIEC montre que, même si on parvenait à réduire fortement nos émissions, on aurait sans doute un dépassement du seuil de 1,5 °C, avant d’y revenir.
Comment réduire drastiquement nos émissions ?
Il faut décarboner de toute urgence et de manière très radicale nos sociétés et nos économies. La première chose est de sortir des combustibles fossiles, en se débarrassant immédiatement du charbon. Nous avons aussi besoin d’un prix mondial du carbone. Et tous les pays du monde doivent s’engager, d’ici à la COP26[la 26e conférence mondiale sur le climat] de Glasgow en novembre, à ne produire aucune émission nette d’ici à 2050, ce qui implique d’éliminer les combustibles fossiles au cours des trente prochaines années.
La croissance économique actuelle est-elle compatible avec la limitation du changement climatique ?
La façon dont nous définissons la croissance économique aujourd’hui n’est pas compatible avec le réchauffement climatique. Cela dit, je suis agnostique en matière de croissance économique. Je pense aussi que de nombreuses régions du monde, parmi les plus vulnérables et celles à faibles revenus, en ont encore besoin. Mais ce développement économique doit tenir compte de tous les coûts réels, de la destruction du climat, de la nature, des océans, des calottes glaciaires, de la qualité de l’air. Le type de croissance actuel, où nous détruisons le climat et où nous obtenons des bénéfices à court terme, n’est pas durable.
Les scientifiques alertent sur le changement climatique depuis des décennies. Pourquoi n’agissons-nous pas ?
C’est une question très compliquée. Il y a d’abord le fait que nos économies, nos emplois et nos vies sont alimentés par les énergies fossiles. Abandonner les combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables requiert donc une transformation majeure et radicale. D’autant que les lobbys des industries du pétrole, de l’automobile ou de l’aviation tentent de freiner le processus, de même que les pays qui dépendent des combustibles fossiles, comme l’Arabie saoudite, l’Australie, la Russie, le Brésil. Mais il y a aussi le fait que les gens ne sont pas prêts à changer rapidement.
Avez-vous de l’espoir de voir les choses changer ?
Je pense qu’il y a des raisons d’espérer. D’abord, parce que les faits scientifiques sont si écrasants et si robustes qu’on ne peut pas les remettre en question. Ensuite, parce que les événements extrêmes frappent durement toutes les économies du monde entier. Enfin, et c’est le point le plus important, parce que nous avons de plus en plus de preuves qu’un avenir sans carbone ni combustibles fossiles offre de meilleurs résultats, une meilleure économie, plus d’emplois et de meilleures conditions de vie, une meilleure santé, et une réduction potentielle des conflits.
Nous voyons désormais non seulement qu’il est nécessaire, mais aussi qu’on peut y être gagnants, de s’engager sur la voie de la décarbonation. Nous le voyons tard, mais les solutions sont là.
En quoi les conclusions du GIEC rejoignent-elles vos travaux sur les limites planétaires ?
Il y a trois liens. Le premier, c’est que, si nous continuons à brûler des énergies fossiles, l’efficacité des puits de carbone – les terres, la biodiversité et les océans, qui sont des limites planétaires – va décroître. Le deuxième, c’est notre limite des aérosols. La seule raison pour laquelle nous n’avons pas encore atteint un réchauffement de 1,5 °C, c’est parce que, paradoxalement, les polluants atmosphériques refroidissent la planète, puisqu’ils renvoient la chaleur entrante. C’est un dilemme : si nous limitons la pollution de l’air dans les villes, nous nous heurtons à un réchauffement supplémentaire rapide.Lire aussi Rapport du GIEC : « L’espoir est maigre tant les Etats ne parviennent pas à prendre des décisions politiques ambitieuses et contraignantes »
Le dernier point, c’est l’eau douce. Le réchauffement climatique augmente l’humidité de l’air, donc les précipitations, donc les pluies extrêmes et les inondations. Tout cela signifie que pour respecter l’accord de Paris, il faut non seulement stopper les émissions de dioxyde de carbone provenant des combustibles fossiles, mais aussi préserver la résilience et la capacité d’absorption du carbone des forêts, des sols, des zones humides et des prairies, ainsi que la santé des océans.
Efforts considérables, délais brefs : contenir le réchauffement est un défi majeur pour les sociétés
L’objectif de rester sous le seuil de 1,5 °C d’élévation du mercure – inscrit dans l’accord de Paris sur le climat – semble improbable à la lecture des données du GIEC sur les quantités de CO2 déjà émises par l’économie mondiale.
Par Stéphane FoucartPublié aujourd’hui à 05h50, mis à jour à 09h57
Temps de Lecture 4 min.

Analyse. Pour prendre la mesure de l’effort requis par la lutte contre le réchauffement, il faut se rendre à la trente-huitième page du « Résumé à l’intention des décideurs », la synthèse en langue commune du volumineux rapport publié, lundi 9 août, par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Les experts y rassemblent, dans un tableau lapidaire, les quantités de dioxyde de carbone (CO2) que les économies peuvent encore émettre, à compter de début 2020, sans précipiter le franchissement de certains seuils de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, entre 1850 et 1900. Chaque estimation est assortie d’une probabilité, due aux incertitudes sur la réponse du système climatique et à l’évolution des facteurs de réchauffement autres que le CO2 (émissions de méthane, de particules fines, etc.).
Quoi qu’il arrive désormais, l’objectif de demeurer sous le seuil de 1,5 °C d’élévation du mercure – inscrit dans l’accord de Paris – semble hautement improbable. La température moyenne terrestre a en effet déjà surpassé de 1,07 °C les niveaux préindustriels, hausse provoquée pour l’essentiel par l’émission d’environ 2 400 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2) depuis 1850. Pour avoir un peu plus de quatre chances sur cinq (83 %) de ne pas ajouter 0,43 °C au thermomètre planétaire et tutoyer ainsi le seuil de 1,5 °C, il ne faudrait plus émettre que 300 GtCO2 avant que l’économie mondiale ne parvienne à la neutralité carbone. Or, ce budget n’équivaut qu’à un peu plus de sept ans d’émissions, en prenant 2019 comme référence.
En cas de dépassement, la perte de chance se produit rapidement. Avec seulement deux années et demie d’émissions supplémentaires (toujours avec 2019 comme référence), la probabilité de demeurer sous 1,5 °C de réchauffement passe de 83 % à 67 %. En ajoutant encore deux ans et demi d’émissions – c’est-à-dire douze années d’émissions au total –, il ne resterait plus qu’une chance sur deux (50 %) de rester sous cette limite. L’émission de 900 GtCO2 – soit quelque vingt et une années d’émissions au niveau de 2019 – réduirait à 17 % la probabilité de rester sous le fameux seuil. Soit moins d’une chance sur six.
Sauf à ce que la baisse des émissions mondiales intervienne de manière franche et rapide, la prochaine décennie verra de nombreuses fenêtres d’opportunité se fermer irrémédiablement
Ces mêmes 900 GtCO2 permettraient de garder une chance sur deux de rester sous 1,7 °C de réchauffement, et plus de quatre chances sur cinq de ne pas franchir le seuil de 2 °C. Pour conserver une chance sur deux de rester sous ce seuil – qui engagerait malgré tout les sociétés sur la voie de bouleversements considérables –, il ne faudrait plus émettre, selon les calculs du GIEC, que 1 350 GtCO2, c’est-à-dire environ trente-deux ans d’émissions au niveau de 2019.
Bien que frappante, cette présentation minore pourtant la sévérité de la situation : raisonner en années d’émissions en fixant une année de référence ne tient pas compte du fait, plausible, que les émissions de CO2 vont continuer de croître dans les prochaines années, comme elles l’ont fait au cours des dernières décennies (à quelques exceptions près, comme à l’occasion des crises financières ou celle, en 2020, du Covid-19). Les budgets calculés par le GIEC pourraient ainsi être épuisés bien plus vite. Sauf à ce que la baisse des émissions mondiales intervienne de manière franche et rapide, la prochaine décennie verra de nombreuses fenêtres d’opportunité se fermer irrémédiablement.
Une idée de la « hauteur de la marche » à franchir
Dans leur rapport rendu le 9 août – qui n’est que le premier volet du sixième rapport d’évaluation –, les experts du GIEC n’abordent le problème climatique que sous l’angle des sciences expérimentales. Ils donnent ainsi une idée de la « hauteur de la marche » à franchir au niveau mondial, mais ne détaillent pas les scénarios d’action susceptibles de répondre à la situation. Cet exercice sera conduit dans le troisième volet du rapport, qui devrait être rendu public au printemps 2022.
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Dans le troisième volet de son précédent rapport, livré en 2014, le GIEC avait tenté d’illustrer les efforts à consentir en présentant la contribution au réchauffement de chaque type de besoin : se nourrir, se vêtir, se déplacer, etc. En général, les contributions au réchauffement sont plutôt présentées en fonction de la source d’émission (pétrole, gaz, charbon, déforestation, etc.), et non en fonction de la finalité d’usage.
Le résultat, adapté de travaux coordonnés par Bojana Bajzelj (université de Cambridge, Royaume-Uni) et publiés dans la revue Environmental Science & Technology, est que la production de nourriture compte environ à elle seule, au niveau mondial, pour plus de 15 % des émissions de gaz à effet de serre. Suivent la construction (7,7 %), le chauffage et la climatisation (5 %), l’éclairage (1,6 %), les communications (2,4 %), le transport de marchandises (4,3 %), les voyages personnels (4,3 %), les déplacements urbains (1,7 %) ou encore… les différentes formes de nettoyage domestique, de lavage de textiles, et l’hygiène corporelle (5 %).
« La croissance est ancrée dans la culture, la politique et les institutions. Le changement exige que nous nous attaquions à ces obstacles de manière démocratique » – l’Agence européenne de l’environnement
Pour entraver la dérive climatique, ces nombreux « postes » d’émissions de CO2 devront être, à terme, décarbonés. L’effort à consentir ne sera pas seulement technique mais passera aussi par une redéfinition de la croissance, plaide l’Agence européenne de l’environnement (EAA), l’une des agences officielles de l’Union européenne. Jusqu’à présent, observe l’EAA dans une note détonante publiée en janvier (intitulée « Growth without Economic Growth »), la croissance économique est étroitement couplée à la dégradation de l’environnement et à l’émission de gaz à effet de serre.
L’agence précise que « les études récentes (…) ne voient aucun indice qu’un découplage total entre croissance et dégradation de l’environnement ait eu lieu à l’échelle mondiale » et ajoute qu’un tel découplage « n’est peut-être pas possible », nul consensus n’existant à ce sujet. « La croissance est ancrée dans la culture, la politique et les institutions, ajoute l’EAA. Le changement exige que nous nous attaquions à ces obstacles de manière démocratique. Les différentes communautés qui vivent dans la simplicité offrent une inspiration pour l’innovation sociale. »
Rapport du GIEC : « L’espoir est maigre tant les Etats ne parviennent pas à prendre des décisions politiques ambitieuses et contraignantes »
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a publié lundi le premier volet de son sixième rapport d’évaluation. Audrey Garric, journaliste spécialiste de l’environnement au « Monde », a répondu à vos questions.12:29
Audrey Garric : Ce tchat est maintenant terminé. Un grand merci pour vos questions et désolée de ne pas avoir pu répondre à toutes. Elles étaient très nombreuses ! C’est rassurant de voir que nous sommes tous inquiets et mobilisés.12:28
Jeanne
Bonjour le live. La décroissance est certainement la seule voie qui s’offre à nous, pourquoi les gouvernements n’ont-ils pas le courage de l’aborder ouvertement ?
Audrey Garric Bonjour, Jeanne. Cela pose des questions sur notre démocratie, sur le fait que nous élisons des dirigeants qui ont une vision à court terme, d’abord fondée sur la croissance économique, et qui n’ont pas le courage de prendre des décisions impopulaires (pour une partie de la population). La transition à accomplir semble hors d’atteinte sans des mesures économiques radicales, qui passent par des restrictions du droit d’entreprendre et de consommer. Et cela implique d’aider massivement, d’un point de vue financier, les personnes qui ne peuvent pas payer cette transition – ce que nous sommes loin de faire aujourd’hui.12:20
Ugo
Bonjour Le Monde et je vous remercie pour ce live. Que penser du rapport si les gouvernements le relisent et apportent des modifications avant publication ?
Audrey Garric Bonjour, Ugo. Les gouvernements membres du GIEC peuvent faire des commentaires sur le rapport en lui-même, mais les auteurs scientifiques ont le dernier mot et peuvent ne pas en tenir compte. C’est le « résumé à l’intention des décideurs » du rapport qui est, lui, véritablement négocié avec les gouvernements. Si les auteurs ne sont pas d’accord, les conclusions scientifiques ne sont pas publiées. Il est arrivé, en 2014 par exemple, qu’une partie soit supprimée du résumé parce qu’aucun consensus n’avait été trouvé entre Etats et scientifiques. Mais la partie est toujours visible dans le rapport complet. C’est toutefois rare, et le plus souvent les changements demandés par les gouvernements concernent la formulation mais pas le fond. Ce fonctionnement unique permet de donner de la légitimité aux rapports et d’éviter que les gouvernements ne se défaussent par la suite de leurs conclusions.12:13
Elian
Bonjour, Savons-nous si l’Union européenne compte accélérer son action contre le RC ?
Audrey Garric Bonjour Elian. L’Union européenne a adopté de nouveaux objectifs climatiques : réduire les émissions nettes d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990 – contre une baisse de 40 % précédemment. Mi-juillet, la Commission européenne a présenté un paquet législatif d’ampleur pour y parvenir : élargissement du marché carbone européen, fin des voitures Diesel et essence en 2035, taxe kérosène dans l’aérien, plus d’énergies renouvelables, mise en place d’un prélèvement aux frontières de l’Union européenne pour les importations de biens fabriqués dans des conditions moins « vertes » que leurs concurrents communautaires… Il faut maintenant que les Vingt-Sept et les eurodéputés parviennent à un compromis, mais c’est un paquet cohérent qui nous permettrait d’aller plus loin.12:08
herve
bonjour, peut-on espérer une réponse globale concertée internationalement à la hauteur du défi ou doit-on attendre patiemment le désastre ?
Audrey Garric : Bonjour Hervé. C’est tout l’enjeu de la COP26, la 26e conférence mondiale sur le climat, qui est cruciale et qui se tiendra à Glasgow en novembre. Les Etats doivent notamment relever (considérablement) leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et augmenter les financements climat destinés aux pays en développement qui doivent faire face à des impacts ravageurs du changement climatique dont ils ne sont pas responsables en grande partie. L’alerte du GIEC sonne comme un nouvel avertissement pour les Etats car seulement la moitié des signataires de l’accord de Paris sur le climat ont pour l’instant révisé à la hausse leurs plans. Manquent à l’appel la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud… et des pays qui ont déposé de nouveaux plans mais pas plus ambitieux que les précédents (Russie, Brésil notamment).12:02
Heretix
Bonjour et merci pour la mise en place de ce live! Peut-on considérer que ce nouveau rapport enterre les objectifs de la COP21-26 dans la mesure où aucun objectif pris n’a été atteint? N’est-ce pas le signe que nous sommes incapables de prendre des décisions politiques ambitieuses et réellement contraignantes ?
Audrey Garric : Bonjour Heretix. L’accord de Paris, scellé en 2015 à l’issue de la COP21, prévoit que l’on limite le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C et si possible à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. C’est un objectif absolu, pas un objectif pour 2100. On est à 1,1 °C de réchauffement sur la dernière décennie. Même si on dépasse 1,5 °C dans vingt ans, ce qui est maintenant acté, cela a toujours du sens de viser cet objectif car on pourrait revenir sous ce seuil plus tard. Mais il est vrai que l’espoir est maigre tant, effectivement, les Etats ne parviennent pas à prendre des décisions politiques ambitieuses et contraignantes.11:58
Tamalou
Bonjour, Est il trop tard? Ne faisons plus que retarder l’échéance? Nous ne voyons concrètement pas de changements profonds,, ce n’est pas la production d’électricité pour les futures voitures qui va améliorer le binz
Audrey Garric : Bonjour Tamalou. C’est la grande question. Les scientifiques continuent de dire que l’on peut encore parvenir à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, soit que l’on réduise immédiatement nos émissions, soit que l’on dépasse brièvement ce seuil pour y revenir plus tard, en ôtant du CO2 de l’atmosphère. Je suis pour ma part pessimiste. Quand je vois que les alertes se multiplient année après année (on avait déjà dit l’essentiel en 1979 !), mais que nous continuons à ne pas agir, ou de manière superficielle, que les gouvernements n’arrivent pas à adopter des objectifs climatiques suffisamment ambitieux, qu’ils ne les respectent de toute façon pas toujours, que l’on repousse l’effort alors que cette décennie est cruciale pour limiter nos émissions, que l’on continue à ouvrir des centrales à charbon et à explorer de nouveaux gisements de pétrole… tout cela me fait penser que nous n’avons pas compris à quel point la réalité est grave, que les gouvernements ne prennent clairement pas des mesures à la hauteur de la crise, que nous ne voulons ou pouvons pas changer radicalement pas de modes de vie. Je ne vois pas, à ce stade, comment nous pouvons arriver à éviter la majeure partie des catastrophes climatiques qui nous attendent. Mais, pour ne pas finir sur une note totalement déprimante, je vais citer le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, qui m’avait dit : « On a déjà réalisé des choses qui paraissaient impossibles auparavant, comme abolir l’esclavage ou aller sur la Lune. Je crois en l’inventivité humaine et en la capacité de mobilisation face au danger. »11:50
Christophe
Bonjour, lace rapport parle t-il de l’Amoc ?
Audrey Garric : Bonjour Christophe. Oui une partie du rapport est consacrée à l’AMOC (circulation méridienne de retournement Atlantique), un système de courants océaniques majeur. Une étude a été publiée la semaine dernière montrant qu’elle serait proche d’un seuil critique, ce qui aurait des conséquences dramatiques sur le monde entier. Le GIEC, dans son rapport, dit qu’il est « très probable » qu’elle s’affaiblisse au cours du 21e siècle pour tous les scénarios d’émissions, mais le degré de confiance est faible pour savoir dans quelle ampleur. « Il y a une confiance moyenne dans le fait qu’il n’y aura pas d’effondrement abrupt avant 2100, écrit le GIEC. Si un tel effondrement devait se produire, il est très probable qu’il provoquerait des changements régionaux brusques et du cycle de l’eau. »11:40
PYM
En France, existe-t-il une évaluation scientifique qui modélise la trajectoire de réduction des émissions de CO2, par rapport aux objectifs de neutralité carbone? Les mesures gouvernementales actuelles sont elles suffisantes, et si non, quel est l’écart vis à vis de l’objectif et quels efforts supplémentaire sont nécessaires ?
Audrey Garric. Bonjour, PYM. En France, le Haut Conseil pour le climat, qui réunit 13 scientifiques indépendants, réalise ce travail, et son dernier rapport montre que nous ne sommes pas dans les clous. Il a jugé que, malgré une « accentuation de la baisse des émissions » au niveau national et dans la plupart des régions, « les efforts actuels sont insuffisants pour garantir l’atteinte des objectifs » climatiques pour 2030 (nous devons baisser nos émissions de 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, un objectif qui doit être bientôt relevé). Le rythme de baisse des émissions va devoir pratiquement doubler dès cette année et jusqu’à 2028. Vous pouvez lire mon article au sujet de ce rapport ici. D’où le fait que le Conseil d’Etat a demandé au gouvernement, au début de juillet, de « prendre toutes mesures utiles permettant d’infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre ».11:33
Ken
Question bête, mais c’est impossible de revenir en arrière j’imagine, juste de limiter les dégâts?
Audrey Garric : Bonjour, Ken. C’est effectivement la teneur du rapport du GIEC. On ne pourra pas revenir en arrière pour certains changements, comme l’élévation du niveau de la mer, le réchauffement, l’acidification ou la déoxygénation des océans, mais on peut encore limiter les dégâts pour d’autres : température globale de surface, fréquence des événements climatiques extrêmes, ampleur de la montée des océans. (et il n’y a pas de question bête ;-))11:29
stan
Quelles sont les actions concrètes que peuvent entreprendre les gouvernements pour agir contre le réchauffement climatique ?
Audrey Garric : Bonjour, Stan : Ce n’est pas un point abordé dans ce rapport – consacré à l’état des lieux des aspects physiques du changement climatique. Mais les solutions sont connues pour réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre : il faut sortir complètement des énergies fossiles, développer massivement les énergies renouvelables, il faut aussi arrêter la déforestation, replanter là où on peut le faire sans affecter la biodiversité, et réduire fortement les émissions des autres gaz à effet de serre que le dioxyde de carbone, notamment le méthane (dont les rejets sont liés à l’élevage, l’extraction de pétrole et de gaz, et la gestion des déchets). Des actions sont nécessaires dans tous les domaines : production d’énergie, industrie, transports, urbanisme, utilisation des terres…11:23
Sebbi
Bonjour la rédaction, comment ont évolué les scénarios entre le précédent rapport du GIEC et celui-ci ? Est-ce qu’il y en a autant ? Est-ce que le différentiel entre les élévations de températures des différents scénarios s’est élargi ? Quel est celui le plus probable dans une tendance « business as usual » ? Merci pour ce chat !
Audrey Garric : Bonjour, Sebbi. Les climatologues expliquent que l’on ne peut pas comparer les scénarios actuels avec ceux du rapport de 2013, car les bases de référence ont changé et les scénarios ne sont pas exactement les mêmes. On est passés de scénarios RCP (Representative Concentration Pathway) à SSP (SharedSocioeconomicPathways), pour inclure, en plus des évolutions des concentrations en CO2 dans l’atmosphère, également des hypothèses socioéconomiques (comme l’éducation, la démographie ou la coopération entre les pays). Des scénarios d’amplitude faible (1,9 W/m2) et intermédiaire (3,4 et 7 W/m2) sont, en outre, désormais étudiés. Le groupe 1 du GIEC ne dit pas dans ce rapport dans quelle trajectoire nous nous situons actuellement – ils réservent cette conclusion au groupe 3.11:17
PLR
Est ce qu’avec les techniques innovantes connues à ce jour, si on investissait massivement, on pourrait assurer une captation du CO2 suffisante pour en faire baisser le taux significativement?
Audrey Garric : Bonjour, PLR. Le rapport indique que les techniques de captage du CO2 peuvent aider à compenser les émissions résiduelles, ou également ôter du CO2 dans l’air, ce qui permettrait de faire baisser la concentration de CO2 et, à terme, d’inverser la hausse de la température globale de surface. Mais ils préviennent d’effets adverses. Ils ne détaillent pas trop ces méthodes. C’est le troisième groupe de travail du GIEC qui entrera plus dans les détails.11:12
Neeko
Bonjour, pourquoi ne parle t’on pas d’un changement de société ? La plupart des émissions sont faites par les grandes entreprises (où les CEO se gavent) que les sommes des individus.
Audrey Garric : Bonjour, Neeko. Depuis longtemps maintenant, tous les scientifiques indiquent que si nous voulons limiter le réchauffement à 1,5 °C, comme le prévoit l’accord de Paris, il faudra un changement radical de société et de mode de croissance : en émettant considérablement moins de gaz à effet de serre, en produisant à l’aide des énergies renouvables, de manière plus efficace, par exemple, mais aussi, et surtout, en étant plus sobres. Le GIEC l’a dit dans son rapport spécial consacré au réchauffement de 1,5 °C, publié en 2018. Le rapport d’aujourd’hui, qui est le premier volet du sixième rapport d’évalution du GIEC, est consacré aux aspects physiques du changement climatique. Mais les volets suivants s’intéresseront à la vulnérabilité/adaptation de nos sociétés, et à comment limiter les émissions de gaz à effet de serre.11:07
maman j’ai peur
est-ce qu’on va tous mourir?
Audrey Garric : Bonjour. La question est légitime, et j’étais moi-même bien angoissée en lisant le rapport. Clairement, le futur est sombre, et savoir que, quoi que l’on fasse, certains changements vont se poursuivre, comme l’élévation du niveau de la mer, la fonte des glaciers ou le réchauffement des océans, c’est angoissant et déprimant. Mais le rapport montre aussi qu’il y a divers degrés de crise possibles, et que l’on peut encore limiter certains effets en réduisant drastiquement et rapidement nos émissions de gaz à effet de serre. En stabilisant la température, la montée du niveau des mers peut être limitée, et on peut avoir une stabilisation des événements extrêmes.11:04
EVA
Bonjour, où peut-on trouver le rapport du GIEC de ce matin ?
Audrey Garric : Bonjour Eva. Il est ici : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/11:04
Audrey Garric : Bonjour. Je vais commencer ce live. Merci pour vos questions, déjà nombreuses !10:55
Des manifestations du réchauffement déjà concrètes : l’exemple de l’Islande
Le pays, aux marges de l’Arctique, subit un fort réchauffement qui entraîne un déclin accéléré des glaciers, pourtant emblématiques de cette terre de glace. Le changement climatique pourrait aussi multiplier les glissements de terrain à l’avenir.Lire aussi : En Islande, avant-poste du dérèglement climatique : « On vit une explosion au ralenti » 10:53
« Un voyage sans retour »
Alors que les incendies, les inondations, les canicules, les sécheresses s’enchaînent et se déchaînent, de la Turquie aux Etats-Unis, en passant par la Grèce, l’Allemagne, la Russie ou la Chine, le GIEC rappelle que le dérèglement climatique, loin de se résumer à des chiffres et à des projections, est déjà une nouvelle normalité, celle d’une planète en surchauffe.Lire aussi : La crise climatique s’aggrave partout, à des niveaux sans précédent, alerte le GIEC 10:51
Bienvenue !
Bonjour, et bienvenue dans ce tchat consacré au premier volet du nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié ce lundi. Notre journaliste spécialiste des questions environnementales, Audrey Garric, répondra à vos questions à partir de 11 heures.
Le rapport du GIEC « est un code rouge pour l’humanité »
La tendance est à l’appel à l’action, après la publication du sixième rapport des experts du climat.
Par Martine Valo
Publié aujourd’hui à 11h19, mis à jour à 17h13
Temps de Lecture 3 min.

Les réactions se sont multipliées dans le monde, après la publication, lundi 9 août, du sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). La tendance générale est à l’appel à l’action face à un constat encore plus inquiétant que les précédents rapports. Nul ne feint la surprise : voilà des années que les scientifiques alertent sur le réchauffement et le rôle désormais irréfutable des activités humaines dans les bouleversements à l’œuvre. « Vous nous parlez depuis plus de trois décennies des dangers de laisser la planète se réchauffer. Le monde écoutait, mais il n’entendait pas. Le monde a écouté, mais il n’a pas agi avec assez de force. En conséquence, le changement climatique est un problème qui est ici, maintenant. Personne n’est en sécurité. Et ça empire plus vite », a ainsi déclaré la directrice du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen.
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Pour Antonio Guterres, cette nouvelle publication scientifique « est un code rouge pour l’humanité ». « Les sonnettes d’alarme sont assourdissantes et les preuves sont irréfutables : les émissions de gaz à effet de serre provenant de combustibles fossiles et de la déforestation étouffent notre planète et mettent des milliards de personnes en danger immédiat », affirme le secrétaire général des Nations unies. Anticipant la prochaine livraison des experts du GIEC, en 2022, qui portera sur les solutions visant à limiter les effets du changement climatique, il demande que la « promesse, vieille de dix ans, de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour soutenir l’atténuation et l’adaptation dans les pays en développement [soit]tenue ».

Le ton est accusateur envers les pays les plus riches et les plus pourvoyeurs en gaz à effet de serre, au royaume du Bhoutan, où Sonam P. Wangdi s’est exprimé au nom du groupe des quarante-six pays les moins développés du monde, dont il est le président, comme au sein de la représentation des trente-neuf pays de l’ONU faisant partie de l’Alliance des petits Etats insulaires (Aosis). « Les grands émetteurs doivent tenir compte des dommages infligés par l’industrie des combustibles fossiles, sachant que chaque tonne de carbone et chaque dollar dépensé en combustibles fossiles auront un impact négatif », estime l’ambassadrice d’Antigua-et-Barbuda, Diann Black-Layne, responsable des négociations sur le climat pour l’Aosis. « C’est un secteur qui reçoit des subventions annuelles de plus de 600 milliards de dollars pour détruire notre planète, tandis que le Fonds des Nations unies pour le climat en reçoit 2,4 milliards par an pour la sauver. Le GIEC confirme l’expérience des petits Etats insulaires : que les cyclones s’intensifient et que le niveau des mers monte, mais il confirme aussi que nous pouvons encore enrayer le pire », insiste-t-elle, tout en appelant à « renverser la vapeur ».
Les combustibles fossiles ciblés
Face aux feux gigantesques qui affectent cet été l’Amérique du Nord, la Grèce, la Turquie, la Sibérie, aux précipitations dévastatrices qui ont endeuillé la Chine et l’Allemagne, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) lance elle aussi un appel à une « action immédiate ». « La dure réalité du changement climatique se joue en temps réel sous nos yeux, déclare Petteri Taalas, secrétaire général de l’OMM. C’est un avant-goût de ce qui attend les générations futures. Certains des changements négatifs sont déjà enfermés dans le système climatique, mais d’autres peuvent encore être résolus si nous réalisons dès maintenant des réductions fortes, rapides et durables des émissions. »

Alors que tous les regards se tournent vers les décideurs politiques, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, assure que les Etats-Unis sont prêts à prendre leur part pour combattre la crise climatique et se sont engagés sous l’impulsion de l’administration Biden, à réduire de 50 % à 52 % leurs émissions en 2030, par rapport au niveau de 2005.
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Au Royaume-Uni, pays hôte de la prochaine conférence internationale sur le climat, la COP26, en novembre, à Glasgow, Boris Johnson n’est pas en reste. « Nous savons ce qu’il faut faire pour limiter le réchauffement de la planète : reléguer aux oubliettes le charbon et passer à des sources d’énergie renouvelables, protéger la nature et financer le climat », avance le premier ministre britannique.
« Scellons un accord à la hauteur de l’urgence ! » lors de la COP26, exhorte pour sa part Emmanuel Macron. Le rapport du GIEC est sans appel. A nouveau. Le temps de l’indignation est derrière nous. Accord de Paris, neutralité carbone au niveau européen, loi climat… La France restera du côté de ceux qui agissent », ajoute le président français dans un tweet.
Les ONG, qui se sont exprimées à travers le réseau international Climate Action Network (environ 1 300 organisations environnementales), ciblent quant à elles, majoritairement, le secteur des combustibles fossiles. Toutes insistent sur l’urgence à se saisir du problème et enjoignent aux « dirigeants mondiaux » – l’Union européenne comprise – « d’arrêter de traîner les pieds ».