Ralentissement de la hausse de l’incidence, mais accélération de la hausse des hospitalisations

Covid-19 : malgré un ralentissement de la circulation virale, la hausse des hospitalisations s’accélère

Santé publique France observait, vendredi 6 août, un « ralentissement de la hausse de l’incidence », qui reste cependant très élevée, particulièrement dans le sud de la France. 

Par Delphine RoucautePublié aujourd’hui à 04h12, mis à jour à 09h49  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/07/covid-19-malgre-un-ralentissement-de-la-circulation-virale-la-hausse-des-hospitalisations-s-accelere_6090802_3244.html

Aux services d’urgences de Bastia, en Corse, le 5 août 2021.
Aux services d’urgences de Bastia, en Corse, le 5 août 2021. PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Les vagues se suivent mais ne se ressemblent pas. Après un mois de reprise soudaine de la circulation virale, l’épidémie de Covid-19 semble commencer à marquer le pas. Si la circulation du SARS-CoV-2 est toujours très intense sur l’ensemble du territoire français, « on observe un ralentissement de la hausse de l’incidence », signalait Santé publique France (SPF) lors d’un point de décryptage, vendredi 6 août. En parallèle, « l’augmentation des nouvelles hospitalisations et admissions en soins critiques s’est accélérée, confirmant le retentissement hospitalier de cette quatrième vague épidémique »note le bulletin épidémiologique publié jeudi.

Lors de la semaine 30, du 26 juillet au 1er août, l’augmentation de l’incidence par rapport à la semaine précédente n’était que de 17 %, alors qu’elle était de 94 % une semaine plus tôt. On comptabilise désormais 225 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants en une semaine, soit le niveau d’incidence de la toute fin avril. Le taux de reproduction, qui indique le nombre de contaminations secondaires qu’une personne infectée va engendrer, est lui aussi en baisse, passant de 1,89 à 1,27. Mais ce taux, toujours supérieur à 1, signifie que l’épidémie continue de progresser. « Est-ce qu’on va observer un plateau, est-ce qu’on va observer un pic ? Nous ne sommes pas devins et il faut rester prudent sur l’interprétation de ces chiffres », soulignait vendredi Bruno Coignard, directeur du département des maladies infectieuses à SPF.

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Un phénomène semblable avait été observé au Royaume-Uni à la mi-juillet, suivi d’une chute soudaine des contaminations, qui semblent désormais stagner à un niveau élevé d’en moyenne 26 000 nouveaux cas par jour. S’il est impossible d’expliquer ce phénomène avec certitude, plusieurs hypothèses peuvent être formulées, notamment l’arrivée de la période estivale.

Une immunité « qui devient élevée »

« Tant la France que le reste de l’Europe (et le Royaume-Uni) entrent dans une forme de semi-confinement en été, avec les écoles, les universités et de nombreuses entreprises fermées. Les transports urbains beaucoup moins surchargés, les interactions sociales sont plus restreintes et plus souvent à l’extérieur, les locaux sont mieux aérés », souligne Antoine Flahault, professeur de santé publique et directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève). Autant d’éléments qui concourent à freiner la propagation du Covid-19. « Il faut ajouter à cela une immunité qui devient élevée dans la population, mais aussi la poursuite de gestes barrières et l’instauration progressive du passe sanitaire ou son équivalent en Europe », ajoute l’épidémiologiste.

La situation reste toutefois très contrastée sur le territoire français. Dans certains départements littoraux frappés précocement par la reprise épidémique, comme les Pyrénées-Orientales ou la Charente-Maritime, on observe une baisse nette des nouvelles contaminations depuis une dizaine de jours. C’est toutefois toujours dans ces territoires du pourtour méditerranéen et du littoral atlantique que les niveaux d’incidence sont les plus élevés, à la faveur des mouvements de population estivaux. En particulier en Corse, en Provences-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et en Occitanie, qui atteignent leurs niveaux d’incidence les plus élevés depuis le début de l’épidémie. La Corse plafonne ainsi à 658 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants, soit le plus haut taux régional toutes vagues confondues derrière l’Auvergne-Rhône-Alpes lors de la deuxième vague (915).

INFOGRAPHIE LE MONDE

Partie des 20-29 ans, la quatrième vague se diffuse aujourd’hui dans les classes d’âge plus élevées, à la fois plus vulnérables face au virus et plus vaccinées. En conséquence, l’âge médian des patients lors de leur admission à l’hôpital est en diminution : il est actuellement de 57 ans, contre 63 ans il y a exactement un an et 79 ans en novembre 2020. Pour la première fois depuis un mois, le taux d’incidence des 20-29 ans est toutefois en légère baisse – un premier signal à surveiller.

INFOGRAPHIE LE MONDE

Augmentation des hospitalisations

Les admissions à l’hôpital, elles, sont en très nette augmentation (92 %) par rapport à la semaine précédente. La tension commence à se faire sentir dans les hôpitaux du sud de la France. La Corse, la PACA et l’Occitanie ont ainsi annoncé réactiver leurs plans blancs, ce qui doit notamment permettre de proposer 100 lits supplémentaires en réanimation, a fait savoir l’agence régionale de santé de PACA.

LE MONDE

En raison du décalage entre les contaminations et les hospitalisations, cette hausse devrait continuer pendant le mois d’août, un moment particulièrement tendu pour les hôpitaux, dont les soignants appellent avec force à poursuivre l’effort de vaccination. Avec 64,75 % de sa population ayant reçu au moins une dose de vaccin, la France dépasse désormais l’Allemagne (61,84 %) et l’Italie (64,68 %) en termes de couverture vaccinale. Pour autant, d’après les statistiques de la plate-forme Doctolib, une baisse des primo-injections devrait être observée dans les deux semaines à venir.Le rythme de la vaccination par tranche d’âgeCe graphique présente l’évolution cumulée de la vaccination par tranche d’âge en France, que ce soit une première injection ou une vaccination complète au 5 août 2021

D’après les données mises en ligne vendredi par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), 87 % des entrées en soins critiques et 83 % des admissions en hospitalisation conventionnelle ayant eu lieu entre le 19 et le 25 juillet concernent des personnes non vaccinées. « A taille de population comparable, il y a douze fois plus d’entrées en soins critiques parmi les non-vaccinés que parmi les complètement vaccinés »note la Drees. Ces chiffres viennent confirmer la très grande efficacité des vaccins contre les formes graves du Covid-19. Il est cependant encore trop tôt pour savoir comment va désormais évoluer l’épidémie. « Rappelons-nous le caractère imprévisible de cette pandémie, même à moyen terme », insiste Antoine Flahault.

Lire le décryptage : Peut-on transmettre le Covid-19 en étant vacciné ?

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Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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