Vaccination contre la Covid-19: radiographie de la france qui refuse ou qui doute – Réponse uniquement de fermeté du pouvoir.

« On arrivera peut-être à vacciner une fraction des antivaccins, mais cela ne suffira pas à calmer la colère sourde des plus radicaux »

TRIBUNE

Olivier Bargain, Florence Jusot – Economistes

Dressant le profil d’une France qui se radicalise, au travers des Français les plus hostiles à la vaccination, les économistes Olivier Bargain et Florence Jusot plaident, dans une tribune au « Monde », pour une campagne d’information plus ciblée.

Publié le 31 juillet 2021 à 04h01 – Mis à jour le 03 août 2021 à 11h43   Temps de Lecture 4 min. 

Tribune. La France a rattrapé en partie son retard en matière de vaccination mais reste encore loin des meilleurs élèves européens. Avec la contagiosité plus élevée du variant Delta, c’est près de 90 % de la population qu’il faudrait vacciner pour atteindre l’immunité collective. En attendant, les non-vaccinés et d’autres personnes sont menacés par les formes graves d’un virus qui se propage exponentiellement. A-t-on le potentiel de vaccination suffisant pour endiguer cette quatrième vague ? A priori non, car la frange de rebelles, dénigrée par certains membres du gouvernement, n’est peut-être pas si minoritaire que cela. Et la défiance envers les institutions est arrivée à un tel point que cette partie des non-vaccinés semble « incompressible » et prête à un conflit dur et durable avec les autorités.

Dans l’étude « COV-POP » (« Comportements et bien-être des populations en temps de crise COVID-19 ») que nous avons menée, fin avril, sur un échantillon de 1 000 Français, nous identifions trois types de non-vaccinés : les personnes souhaitant se faire vacciner (les « volontaires », représentant 48 % des non-vaccinés), les « hésitants » (28 %) et les « anti » (23 %). Concernant les hésitants, notre étude montre qu’ils ne sont pas très spécifiques : ils sont de tout âge, de tout milieu professionnel et de tout niveau de revenu. Ils déclarent également un niveau de peur équivalent à celui des volontaires, qu’il s’agisse de la peur du Covid ou des autres risques.

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Les seuls éléments qui les distinguent sont politiques : les hésitants ont moins confiance dans le gouvernement et la science ; ils sont plutôt abstentionnistes (notamment lors du second tour de la dernière présidentielle) et plutôt en phase avec les idées conspirationnistes générales (mais ne croient pas plus que les autres en des origines humaines du virus). Enfin, ils sont plus en accord avec la contestation « gilets jaunes » qu’il y a deux ans, sans pour autant être des sympathisants de la première heure. Tout porte à croire que cette opposition n’est pas irréductible et que nombre d’entre eux peuvent finir par adhérer à la vaccination, surtout sous la contrainte du passe sanitaire.

Critères socio-économiques

Les « anti » sont différents. Dans COV-POP, ils sont caractérisés par des critères socio-économiques : plus pauvres, moins éduqués et travaillant plus souvent dans le privé ou comme indépendants. Ils ont significativement moins peur (du virus et du reste) et ressentent plus de colère. Ces Français expriment une plus grande radicalité que les hésitants en matière de conspirationnisme ou de défiance. Ils n’ont pas confiance dans le gouvernement, l’administration, l’Union européenne ou les médias (comme les violences récentes contre des journalistesl’ont tristement illustré). Ils rejettent fortement l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les professionnels de santé. Ils étaient en phase avec le mouvement des « gilets jaunes » et le soutiennent de plus en plus. Ils sont plus fréquemment sympathisants Rassemblement national ou présentent les caractéristiques de l’« autoritarisme de droite » (défini comme mélange de conservatisme social, traditionalisme et autoritarisme). Ces facteurs sont cumulatifs et consolident l’image d’une France radicalisée qui sera force de blocage sur beaucoup de dossiers d’avenir.

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Pour l’heure, de par sa taille, elle peut empêcher d’atteindre l’immunité collective. Sa proportion ne semble pas diminuer : elle correspondait à 17,3 % de la population dans COV-POP et s’établit à 16 % dans un sondage Ecoscope OpinionWay-Les Echos réalisé mi-juillet 2021. Et l’on imagine mal que ce groupe se plie aux injonctions récentes du gouvernement, d’autant plus qu’il s’agit d’une population modeste qui ne va pas forcément au restaurant ou au musée. Décréter l’obligation vaccinale sous peine de sanction peut soumettre ces réfractaires… au risque qu’ils s’appauvrissent et se radicalisent un peu plus, alors que cette population est déjà souvent laissée pour compte. Aux Etats-Unis, l’Obamacare, qui visait à rendre l’assurance-maladie obligatoire pour tout Américain, a été rejeté par beaucoup de ménages modestes qui préféraient payer l’amende plutôt que de souscrire une assurance publique.

Ampleur de l’opposition

Peut-on plutôt penser à des incitations positives ? Les antivax n’accepteront sûrement pas de se faire acheter par des récompenses. Dans un pays où les directives viennent trop souvent « d’en haut » et de façon unilatérale, la campagne d’information sur les vaccins doit être mieux ciblée et impliquer l’intervention des pairs (parents, voisins, collègues) ou des médecins traitants, en qui il existe encore un peu de confiance. Les quelques milliers de médiateurs anti-Covid semblent une solution trop modeste face à l’ampleur de l’opposition. Il faut aussi faciliter l’accès à la vaccination : la fracture numérique existe et certaines populations âgées ou non éduquées n’ont pas accès à Doctolib.

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Dans le meilleur des cas, on arrivera peut-être à vacciner une fraction des « anti », mais cela ne suffira pas à calmer la colère sourde des plus radicaux. Apaiser et changer les croyances profondes est une entreprise de longue haleine qui n’entre pas dans le temps court des calendriers électoraux. C’est donc bien un choc de communication qu’il conviendrait d’appliquer à nos dirigeants eux aussi : administrer aux grands énarques un savant cocktail de pragmatisme, de psychologie et de pédagogie. Sans quoi la contestation, qui vire déjà à l’affrontement, ne s’arrêtera pas. Avec à sa tête, lors des crises sociales à venir, un noyau dur qui peut, lui aussi, vouloir prendre le Capitole.

Olivier Bargain est professeur de sciences économiques à l’université de Bordeaux ; Florence Jusot est professeure de sciences économiques à l’université Paris-Dauphine

Olivier Bargain(Economiste) et  Florence Jusot(Economiste)

*Vaccination contre le Covid-19 : radiographie de la France qui doute

En s’appuyant sur un vaste échantillon de plus de 85 000 personnes, une étude réalisée en novembre 2020 analyse l’ampleur réelle des phénomènes de rejet et d’hésitation. 

Par Nathaniel Herzberg

Publié le 25 juin 2021 à 05h44 – Mis à jour le 26 juin 2021 à 11h20  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/25/vaccination-contre-le-covid-19-radiographie-d-une-france-qui-doute_6085603_3244.html

Centre de vaccination de Romainville, près de Paris, le 8 juin 2021.
Centre de vaccination de Romainville, près de Paris, le 8 juin 2021. OLIVIER MORIN / AFP

Des courbes de vaccination qui plafonnent, des prises de premier rendez-vous en baisse, des créneaux libres dans certains centres : la campagne de vaccination contre le Covid-19 semble marquer le pas. Certains y voient l’approche du fameux « plafond de verre », limite aussi invisible qu’infranchissable sur le chemin de l’immunité collective. D’autres font ressurgir le spectre d’une France « antivax », qui planait il y a six mois, avant de s’évanouir au printemps. Mais cette image du pays de Pasteur envahi par les soupçons face à ces nouveaux vaccins mis au point dans un temps record avait-elle une réalité ?

L’enquête que deux sociologues ont rendue publique, le 10 juin, sur le site de preprint MedRxiv, en attendant une publication en bonne et due forme dans une revue scientifique, offre une vision plus nuancée.

En s’appuyant sur un vaste échantillon de plus de 85 000 personnes, elle livre pour la première fois l’ampleur réelle des phénomènes de rejet mais aussi d’hésitation face aux vaccins anti-Covid-19. Surtout, elle met en évidence ses déterminants sociaux, les différences de genre, de milieux, d’opinions politiques dans la construction d’une position face au vaccin. Elle ouvre au passage des pistes sur la manière de combattre les réticences face à la vaccination, de façon à réduire les inégalités sociales de santé.

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Pour réaliser cette enquête, Nathalie Bajos, directrice d’études à l’Inserm, et Alexis Spire, directeur de recherche à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, se sont appuyés sur la cohorte EpiCoV, qui, depuis avril 2020, suit quelque 135 000 personnes de plus de 15 ans dans leurs parcours face à la pandémie.

En retenant les habitants de France métropolitaine, majeurs – donc susceptibles de décider seuls de leur vaccination – et n’ayant jamais été diagnostiqués positifs, ils ont rassemblé un échantillon de 85 855 individus, qu’ils ont interrogés en novembre 2020. Les premiers vaccins à ARN messager venaient donc tout juste de faire leurs preuves lors des essais de phase 3. Les autorités de contrôle s’apprêtaient à les approuver. « La situation a très probablement évolué depuis, la dynamique semble avoir joué en faveur de la vaccination, mais cela nous offre une première image, que nous allons désormais suivre », explique Nathalie Bajos.

Dès décembre, pourtant, le scepticisme général décrit par les sondages ne se retrouve pas dans l’enquête approfondie réalisée par les deux sociologues. Ils ne sont que 13,9 % à dire qu’ils n’iront « sûrement pas se faire vacciner » et 10,3 % qui ne pensent « probablement pas » recevoir l’injection. Même si cette proportion peut paraître élevée – près d’un Français adulte sur quatre –, on est loin d’unemajorité hostile à la vaccination contre le Covid-19.

Femmes surreprésentées

Mais l’originalité de l’enquête est ailleurs. D’abord, elle compare les intentions de l’échantillon à ses opinions sur la vaccination en général. Sans surprise, elle établit un lien fort entre les deux positions, les plus hostiles rejetant souvent la vaccination contre le SARS-CoV-2, les plus favorables la plébiscitant. Pourtant, face à ce virus-là, l’hostilité diminue. Parmi les personnes « plutôt » opposées au vaccin, près de 30 % annoncent qu’elles se feront « certainement » ou « peut-être »vacciner ; elles sont même 11 % parmi les opposants résolus à envisager une injection.

La cohorte offre surtout un portrait-robot de cette réticence. Les femmes s’y trouvent surreprésentées. Là où les hommes sont résolus à 40 % à se faire vacciner, elles ne sont que 27 % à partager cet avis. En ajoutant celles et ceux qui l’envisagent « plutôt », les chiffres passent à 67,6 % pour les hommes et à 53,8 % pour les femmes.

Si l’on compare ces résultats à la position face à la vaccination en général, l’écart s’est creusé. Certes, selon les données de Santé publique France, les femmes ont été, au contraire, jusqu’ici plus vaccinées que les hommes. Mais cela semble avant tout tenir à leur poids nettement plus élevé dans les catégories d’âge avancé, celles-là mêmes qui ont été prioritairement ciblées par la campagne.

Lire les interventions : Covid-19 : les questions qui empêchent les experts de dormir

Dans leur article, les chercheurs avancent trois raisons principales aux réticences féminines. D’abord, la crainte de voir leurs projets de maternité menacés, l’hostilité reculant à partir de 45 ans ; ensuite, leur réticence devant une « interférence extérieure dans la sphère domestique », à laquelle elles ont été particulièrement assignées durant le confinement. Enfin, leur plus grande sensibilité au « risque médical » et leur méfiance accrue devant « l’innovation technologique » – deux attitudes déjà largement documentées – nourriraient, là encore, les doutes, particulièrement vis-à-vis de vaccins s’appuyant sur une technologie nouvelle.

L’article met également en évidence « le poids des caractéristiques démographiques et socio-économiques ». La réticence diminue ainsi avec l’âge. Pour les chercheurs, il faut y voir le risque considérablement accru chez les plus âgés de développer des formes graves. En revanche, l’hostilité apparaît plus importante dans les catégories sociales défavorisées, celles-là mêmes qui se trouvent les plus exposées, comme l’avait montré un précédent travail de la même équipe. Ainsi, quand plus de 45 % des « bac + 5 » entendent clairement se faire vacciner contre le Covid-19, ils sont moins de 29 % chez les non-diplômés.

Même constat entre les 10 % des revenus les plus élevés (49,7 %) et les 10 % les plus faibles (27,5 %). Certes, l’écart s’est cette fois réduit par rapport à celui observé face à la vaccination « en général ». Mais, qu’il s’agisse du niveau de revenus, des diplômes ou de l’origine ethnique, ceux qui courent le plus de risques, qui ont payé le plus lourd tribut au virus, restent les moins enclins à accepter les injections.

« Approches ciblées »

Nice, le 27 mai 2021, équipe mobile direction de la proximité, Nice, le 27 mai 2021, équipe mobile direction de la proximité, Jean-Luc Charlet, directeur de la proximité à la ville et Emmanuel Trigo, référent porximité interpellent deux jeunes gens dans un bar du Cours Saleya dans la vieille ville de Nice. Ces jeunes étudiants, Charlotte et Flavio, fêtent leur diplôme de fin d’étude à l’IPAG, ils s’incrivent tous deux pour être appelés afin d’effectuer une première injection de vaccin car ils souhaitent voyager dans le futur – rejoint par deux étudiantes volontaires, les jeunes gens donnent leurs coordonnées pour être rappelés

Enfin, l’enquête met en évidence une corrélation très importante entre l’intention vaccinale et la confiance envers le gouvernement et sa politique sanitaire. Selon l’article, ce phénomène, classique dans les études sur l’adhésion vaccinale, est ici amplifié par les diverses controverses rencontrées dans la gestion de la pandémie, « d’autant que le gouvernement s’est impliqué tant dans les négociations avec les laboratoires pharmaceutiques et l’acheminement des vaccins que dans la mise en place des centres et la promotion de la campagne »,souligne Alexis Spire.

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Pour les chercheurs, ces constats invitent à « reconsidérer la stratégie vaccinale ». Sortir de critères exclusivement épidémiologiques et de messages généraux pour conduire des « campagnes spécifiques », dirigées cette fois vers les publics les plus hésitants, à savoir « les femmes, les jeunes, les classes populaires, les minorités ethnoraciales ».

Un message qu’assure avoir parfaitement reçu le président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale anti-Covid-19, Alain Fischer, à qui l’enquête a été présentée mi-juin. « A côté des centres, il faut ajouter des approches ciblées, a-t-il déclaré au Monde. Nous avons commencé à le faire, il faut intensifier ce mouvement. C’est plus difficile, cela demande plus de temps, plus de monde, mais c’est indispensable. » Faute de quoi, alertent les deux sociologues, la vaccination contre le Covid-19, salutaire pour tous, aura également contribué à « renforcer les inégalités ».

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Nathaniel Herzberg

***Vaccination contre le Covid-19 : « On a eu tendance à interpréter les hésitants comme des réfractaires »

Une enquête des sociologues Nathalie Bajos et Alexis Spire met en évidence les déterminants qui nourrissent la réticence face à la vaccination. 

Propos recueillis par Nathaniel HerzbergPublié le 25 juin 2021 à 11h30 – Mis à jour le 28 juin 2021 à 16h14  

Temps de Lecture 6 min. 

Les sociologues Nathalie Bajos (Inserm-Ecole des hautes études en sciences sociales, EHESS) et Alexis Spire (EHESS) viennent de rendre public le volet portant sur les intentions vaccinales de la grande enquête EpiCoV (Epidémiologie et conditions de vie liées au Covid-19) conduite par l’Inserm depuis le printemps 2020. Ses résultats, provenant d’une cohorte interrogée en novembre 2020, mettent en évidence les déterminants démographiques et sociaux qui nourrissent la réticence vaccinale en général, et plus particulièrement celle vis-à-vis du vaccin contre le Covid-19.

People wait before receiving a dose of COVID-19 vaccine in a vaccination center in Saint-Nazaire as part of the coronavirus disease (COVID-19) vaccination campaign in France, May 28, 2021. REUTERS/Stephane Mahe

Plusieurs études sur la réticence vaccinale ont été récemment réalisées. Quelle est l’originalité de votre enquête ?

Nathalie Bajos : La spécificité de notre analyse, c’est, d’une part, que l’on essaie de distinguer ce qui relève de l’hésitation vaccinale et du refus résolu de pratiquer la vaccination ; d’autre part, nous tentons de comprendre en quoi la réticence au vaccin contre le Covid-19 est spécifique par rapport à l’opposition vaccinale en général, ce qui nous permet d’apporter des résultats tout à fait novateurs.

Enfin, nous allons très loin dans la caractérisation sociale des personnes : on travaille sur les rapports de genre, de classe, mais aussi d’origine ethnique afin de comprendre pourquoi cette opposition vaccinale est beaucoup plus marquée dans certains groupes sociaux que dans d’autres. Le tout sur un échantillon particulièrement important de plus de 85 000 personnes.

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En quoi la réticence envers le vaccin anti-Covid est-elle particulière ?

N. B. : Il y a évidemment un lien fort entre la position vis-à-vis de la vaccination en général et l’intention exprimée de se faire vacciner contre le Covid. Mais ensuite, on observe des variations qui dépendent des catégories et cela nous oblige à des observations très fines. Par exemple, les femmes sont d’une manière générale plus opposées au vaccin que les hommes, mais c’est encore plus marqué pour le vaccin anti-Covid. A l’inverse, les personnes issues de l’immigration sont plus réticentes au vaccin en général que les non-immigrés mais cette différence s’amenuise quand il s’agit du Covid.

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Pourquoi cette hostilité est-elle plus marquée chez les femmes ?

N. B. : Toutes les études sociologiques montrent que les femmes sont plus réservées vis-à-vis de l’innovation technologique, c’est vrai d’une manière générale mais aussi sur les questions de santé. C’est quelque chose qui renvoie à des processus de socialisation très genrés. Or, ce vaccin, avec l’utilisation pour la première fois de l’ARN messager, semble particulièrement innovant.

Ensuite, socialement, les femmes sont responsables de la santé dans la famille, spécialement celle des enfants et des personnes âgées : ce vaccin, porté par le gouvernement et les autorités sanitaires, apparaît plus que d’autres comme une interférence, une remise en question de leur rôle social. Il ne faut pas non plus oublier le scandale des pilules de troisième et quatrième générations, qui a fait l’objet, il y a quelques années, d’un débat sans précédent, qui constitue, pour les femmes, un terreau de réticence devant la vaccination anti-Covid.

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Alexis Spire : On peut y ajouter la question de la maternité. La réticence est plus accentuée chez les jeunes femmes de 18 à 44 ans. Mais, et cela nous a surpris, elle reste marquée à des âges de la vie où la maternité n’est plus une perspective. Enfin, des critères politiques interviennent également. Toutes choses égales par ailleurs, nous avons observé que la confiance envers le gouvernement apparaissait comme un facteur particulièrement prédictif de la position sur la vaccination Covid. Or, les femmes affichent une moindre confiance envers ce gouvernement.

La défiance envers le gouvernement nourrit-elle l’hésitation vaccinale ?

A. S. : Le niveau de confiance envers le gouvernement tourne autour de 50 %. Heureusement, on est bien au-dessus en matière d’intention vaccinale. Car d’autres choses vont jouer, comme la confiance envers les scientifiques, qui est plus proche de 80 %. Mais cela ressort néanmoins très fortement dans les intentions face à ce vaccin-là. Cela est dû à l’actualité et à l’implication très forte qu’a eue le gouvernement dans la campagne vaccinale, à tous les niveaux.

Pour en revenir aux femmes, elles développent beaucoup moins de formes graves de la maladie. Leur réticence ne tient-elle pas, simplement, au moindre bénéfice qu’elles tireraient de cette vaccination ?

N. B. : Nous y avons évidemment pensé. Mais nous avons écarté cette hypothèse. Les femmes se font plus tester que les hommes et notre questionnaire a montré qu’elles ont davantage peur que les hommes de cette maladie. Cela montre au passage que, s’il y a bien sûr des logiques cognitives, des enjeux de connaissance pour expliquer la réticence vaccinale, celle-ci s’inscrit surtout dans des logiques sociales extrêmement profondes.

Les personnes issues de l’immigration, au contraire, semblent mieux accepter la vaccination Covid…

N. B. : Plus précisément, les personnes issues de l’immigration, de première ou deuxième génération, sont, d’une manière générale, plus hostiles à la vaccination que les autres, mais cet écart diminue face au Covid. Notre hypothèse est que cela traduit leur proximité plus grande à cette maladie, qui les a particulièrement touchées. Toutefois, elles restent plus réticentes à se faire vacciner contre le Covid. Cela renvoie sans doute à des expériences de discrimination dans l’accès au système de santé

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Les catégories socialement défavorisées, en général, apparaissent-elles plus réticentes à se faire vacciner contre le Covid ?

A. S. : C’est vrai. Cela traduit une position générale : plus on descend dans l’échelle sociale, plus il y a de distance à l’égard du discours des scientifiques. Mais, face au Covid, on observe des formes de résistance particulière chez les très diplômés que l’on trouve beaucoup moins vis-à-vis de la vaccination en général.

Ce qui me frappe le plus, c’est que ce sont ces catégories défavorisées, les plus pauvres, souvent immigrées, qui sont tout à la fois les plus exposées à la maladie du fait de leurs conditions de travail et de logement, et qui entretiennent le rapport le plus distant à la vaccination. Cela devrait nous conduire à une politique beaucoup plus proactive pour atteindre ces publics.

A profiter des nombreuses structures, associatives ou municipales, qui ont instauré des formes de solidarité dans les quartiers pendant et après le confinement, prenant souvent le relais des guichets traditionnels. C’est sur ce tissu local, que l’on a utilisé pour faire face aux difficultés économiques, qu’il faudrait aussi s’appuyer pour promouvoir la politique vaccinale.

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N. B. : Ce cumul entre exposition au risque et difficulté d’accès à la vaccination ne tient pas du déni de la maladie. Le précédent volet de l’enquête EpiCoV a montré que ces populations sont aussi soucieuses que les autres de se protéger, qu’elles adoptent les gestes barrières, qu’elles se testent. Mais il y a dans la vaccination un enjeu particulier. Et cette hostilité de nature sociopolitique invite à des politiques beaucoup plus spécifiques.

Votre étude annonce t-elle l’arrivée du fameux plafond de verre, contre lequel la campagne viendrait buter ?

A. S. : On a eu tendance à interpréter les hésitants comme des réfractaires, à gonfler considérablement l’opposition résolue au vaccin, alors que le noyau dur représente moins de 14 % de l’ensemble. Beaucoup d’hésitants attendaient simplement de voir les premières vaccinations, d’observer les éventuels effets secondaires possibles. Constatant la faiblesse de ceux-ci, nombre d’entre eux se sont laissé convaincre. D’autres se font aujourd’hui vacciner en prévision de l’été, pour accéder à certains biens ou services, pouvoir partir en vacances ou, pour certains, rentrer au pays. Ils n’adhèrent pas pour autant à la vaccination mais ils créent un effet d’entraînement.

N. B. : Il faut être prudent. Les choses évoluent dans le temps, particulièrement chez les hésitants, qui sont sensibles à ce que font les gens autour d’eux. Notre cohorte a été interrogée en novembre. Nous allons la réinterroger la semaine prochaine, observer les évolutions. Mais aussi regarder comment les différents groupes sociaux ont véritablement bénéficié de la vaccination.

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Nathaniel Herzberg

**Covid-19 : le gouvernement veut marginaliser les antivax

Avant de nouvelles manifestations des réfractaires à la vaccination et au passe sanitaire, samedi 24 juillet, l’exécutif cherche à opposer cette minorité à la « majorité silencieuse » des Français favorables au vaccin et à les distinguer des citoyens qui « se posent sincèrement des questions ». 

Par Alexandre Lemarié

Publié le 24 juillet 2021 à 04h39 – Mis à jour le 26 juillet 2021 à 14h35  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/07/24/covid-19-le-gouvernement-veut-decredibiliser-les-antivax_6089377_823448.html

Manifestation à Nantes, le 17 juillet 2021, contre le passe sanitaire et l’obligation vaccinale pour le personnel soignant.
Manifestation à Nantes, le 17 juillet 2021, contre le passe sanitaire et l’obligation vaccinale pour le personnel soignant. SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP

Valoriser les uns pour mieux discréditer les autres. A chacun son message. Alors qu’il prenait soin de ne pas stigmatiser les Français réticents à l’égard de la vaccination, lors du démarrage de la campagne de vaccination au début de l’année, l’exécutif assume désormais de cibler ouvertement les antivaccins. « La liberté, ce n’est pas refuser un vaccin » qui « protège », « ni se soustraire aux impôts » ou « rouler à contresens sur l’autoroute », a tonné le ministre de la santé, Olivier Véran, le 21 juillet, à l’Assemblée nationale, en ouvrant les débats sur le projet de loi qui doit étendre le passe sanitaire et impose la vaccination aux soignants.

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Après avoir fait montre de persuasion et donné la possibilité à l’ensemble de la population de se faire vacciner ces dernières semaines, il n’est plus question de se montrer compréhensif, ni de faire preuve de mansuétude. Confronté à la reprise de l’épidémie de Covid-19 sous l’effet du variant Delta, le gouvernement assume désormais un discours de fermeté à l’égard des antivax.

« Nous ne céderons pas à la dictature des images choquantes, des slogans outranciers et des raccourcis honteux », a lancé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, le 19 juillet, à l’issue du conseil des ministres, en référence aux thèses complotistes développées dans les rangs des « covidosceptiques », qui minimisent l’épidémie sur les réseaux sociaux et mettent en doute la fiabilité des vaccins, en versant dans la désinformation.

Message de fermeté

Dénonçant la mise en place d’une supposée « dictature », certains éléments hostiles à l’extension du passe sanitaire et à l’obligation vaccinale vont même jusqu’à comparer leur sort à celui des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Et, pour les plus radicaux, à utiliser la violence. Plusieurs centres de vaccination ont été dégradés, ces derniers jours, dans le pays. Mercredi, des manifestants se sont introduits par la force dans la mairie de Chambéry, en Savoie, pour y décrocher symboliquement le portrait du président de la République.

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Après les manifestations qui ont rassemblé près de 114 000 personnes le 17 juillet dans toute la France, de nouveaux rassemblements sont prévus samedi 24 juillet, notamment place du Trocadéro, à Paris, avec les mots d’ordre : « Pour la liberté, contre la tyrannie ». En amont, le premier ministre, Jean Castex, a envoyé un message de fermeté aux antivax les plus radicaux. « Nous serons intraitables avec ceux qui (…) en viennent à des actes de violence », « font allusion à l’étoile jaune ou à la Shoah, s’en prennent à des permanences parlementaires, mettent le feu à des centres de vaccination », a-t-il mis en garde mercredi sur TF1.

Le ton offensif du président est salué par ses partisans, qui y voient un bon moyen de donner des gages à l’électorat macroniste

Plutôt que d’essayer de convaincre cette frange de la population, l’exécutif s’efforce avant tout de la décrédibiliser, et de minimiser son importance numérique. Même s’ils font du bruit, ceux « qui tiennent des propos totalement irresponsables et mensongers sur la vaccination » sont « très minoritaires », a assuré M. Attal sur France Inter, jeudi. Le sommet de l’Etat oppose ce noyau dur d’antivax à la « majorité silencieuse » de la population, qui est massivement en faveur de la vaccination. « Les moutons ne sont pas ceux que l’on croit », a déclaré M. Véran le 21 juillet, en rendant hommage au « pays qui tient bon », à la majorité de Français qui « ne vocifère pas » et ne se reconnaît pas « dans la défiance érigée en principe de vie ».

Un discours entonné par M. Macron lui-même. Lors de son allocution, le 12 juillet, il avait assumé de vouloir « faire porter les restrictions sur les non-vaccinés, plutôt que sur tous ». Trois jours plus tard, il a développé sa pensée lors d’un déplacement dans les Hautes-Pyrénées, en louant le « civisme », la« responsabilité » et le sens du « collectif » des vaccinés, qu’il a opposés à ceux faisant le « choix individuel » de refuser l’injection. Avant de dénoncer le « cynisme » de ceux qui exploitent « la peur » autour du vaccin « pour en faire un projet politique ».

« Choix de la responsabilité collective »

Un ton offensif salué par ses partisans, qui y voient un bon moyen de donner des gages à l’électorat macroniste, pro-vaccin dans son immense majorité. Et ainsi consolider son socle, dans l’optique de la présidentielle de 2022, sondages à l’appui. Ainsi, 93 % des sympathisants de La République en marche (LRM) sont par exemple favorables à la vaccination obligatoire des soignants, et 85 % des sympathisants Les Républicains (LR), selon une étude Ipsos-Sopra Steria publiée le 16 juillet.

Lire le reportage : « Que la vie reprenne ! » : de Paris à Marseille, avec ces Français qui choisissent la vaccination dans l’enthousiasme

Alors que les macronistes ne savaient pas quel ton employer au début du mouvement des « gilets jaunes » – dont le combat a longtemps été majoritairement soutenu par les Français –, le fait que les antivax soient aujourd’hui très minoritaires dans l’opinion pousse les soutiens du chef de l’Etat à développer un discours tranché. « Le président a eu raison de faire le choix de la responsabilité collective sur l’individualisme. Et de l’assumer, juge le délégué général de LRM, Stanislas Guerini. Une dictature, c’est quand une minorité impose sa loi à une majorité. C’est le contraire de ce que nous faisons là. » 

Dans l’opposition, on accuse pourtant l’exécutif de « dresser les Français les uns contre les autres », en opérant une distinction entre les vaccinés et ceux qui ne le sont pas. « Vous êtes en train de diviser la nation ! » et non de « rechercher la concorde », a ainsi dénoncé le député LR Patrick Hetzel (Bas-Rhin), le 21 juillet, à l’Assemblée. Pour contrer cet angle d’attaque, la majorité assure ne pas vouloir« tomber dans l’amalgame ». Et dit faire la différence entre les antivax radicaux, jugés « irrécupérables », et les citoyens qui « se posent sincèrement des questions sur le vaccin et ses effets » et restent « à convaincre ».

 Lire aussi  « Une partie de la population ne se fait pas vacciner et face à l’émergence du nouveau variant, il fallait prendre des décisions »

Un distinguo opéré par le porte-parole des députés LRM, Pieyre-Alexandre Anglade. « Dans la minorité des Français qui sont contre le passe sanitaire, il y a ceux qui sont de bonne foi, qui doutent. Ceux-là, nous devons continuer à les convaincre. Mais il y a aussi les antivax qui, pour des raisons souvent politiques, refusent la vaccination. Ceux-là doivent comprendre que l’on ne laissera pas pénaliser une majorité de Français et sacrifier l’avenir du pays pour des motifs politiques », assure-t-il. « Nous faisons parfaitement la différence » entre ces deux catégories, insiste Gabriel Attal.

Si le discours se veut musclé contre les antivax les plus convaincus, pas question, non plus, de braquer les opposants « modérés » à la vaccination et au passe sanitaire, au risque de les radicaliser. Et de faire grossir les cortèges de manifestants.

Alexandre Lemarié

***Covid-19 : « Il est très difficile de dresser un portrait-robot de l’antivax-type, d’autant qu’il y a plusieurs mouvements »

https://www.lemonde.fr/planete/live/2020/11/13/covid-19-d-ou-vient-la-mefiance-des-francais-envers-les-vaccins-posez-vos-questions_6059646_3244.html

Avec la course effrénée pour un remède contre le Covid-19 ressurgissent les débats sur la vaccination, particulièrement virulents en France. Laurent-Henri Vignaud, historien spécialiste des mouvements « antivax », a répondu à vos questions en direct.

C’est une attente interminable pour certains, mais un nouveau motif d’angoisse pour d’autres : l’arrivée prochaine d’un vaccin contre le Covid-19 réactive en France le débat autour de la vaccination. Après les annonces triomphales des laboratoires américain Pfizer et allemand BioNTech, mais aussi de l’institut de recherche russe Nikolaï-Gamaleïa, les questions autour de ces futurs médicaments se multiplient. Quelle serait la dangerosité d’un vaccin mis au point dans un laps de temps aussi court (plusieurs mois contre une dizaine d’années habituellement) ? A qui devrait-il être administré en priorité ? Faudra-t-il le rendre obligatoire ?

Autant d’interrogations qui réveillent la méfiance envers les vaccins, particulièrement prégnante en France. Selon plusieurs études récentes, le nombre de Français refusant l’idée de se faire vacciner contre le Covid-19 serait plus élevé qu’aux Etats-Unis et que dans la plupart des pays européens. Dans la dernière enquête « Fractures françaises » publiée par Le Monde en septembre – et réalisée par Ipsos –, 43 % des sondés s’y opposaient.

Comment expliquer le scepticisme ambiant envers un vaccin contre le Covid-19, qui a déjà tué plus de 42 000 personnes en France ? Plus largement, d’où vient cette particularité hexagonale en matière de vaccins ? Y a-t-il des raisons objectives à ce scepticisme ? Laurent-Henri Vignaud, historien des sciences à l’université de Bourgogne, et coauteur avec Françoise Salvadori d’Antivax. La résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours (Vendémiaire, 2019), répondra à vos questions à partir de 16 heures. 

Envoyez votre questionLe Monde le 13 novembre à 17h47

TCHATCe tchat avec l’historien Laurent-Henri Vignaud est désormais terminé. Merci pour votre participation. Un compte-rendu des échanges sera publié dans les prochaines heures sur Le Monde.fr. Bonne fin de journée. 

Le Monde le 13 novembre à 17h39

TCHATEn tant que jeune de 24 ans et fils de scientifique je remarque qu’autour de moi, mes amis et les autres jeunes que je côtoie affichent un scepticisme quasi pavlovien, comme si cette défiance s’était à ce point généralisée qu’il était devenu presque inconcevable de ne pas associer des risques démesurés aux vaccins. Les vaccinosceptiques sont-ils surtout des jeunes ?

-JulesLaurent-Henri Vignaud : Les études sur la sociologie des antivax (modéré ou radicaux) sont encore en cours. Il est très difficile de dresser un portrait-robot de l’antivax-type, d’autant que je redis qu’il n’y a pas un mouvement mais plusieurs et des degrés d’implication très divers dans ces différents courants d’opinion. Jusqu’à présent il n’est pas apparu que les personnes jeunes soient surreprésentées (ce serait plutôt l’inverse…) mais l’influence des réseaux sociaux pourrait jouer un rôle encore à définir. Dans une réponse un peu plus bas, j’aborde cette question des réseaux sociaux

.Le Monde le 13 novembre à 17h32

TCHATBonjour, est-il possible de nuancer les discours et d’éviter une opposition binaire entre les provax / antivax ? Personnellement, je reconnais l’importance des vaccins et je n’aurais pas imaginé ne pas faire vacciner mes enfants contre certaines maladies graves. Mais certaines choses me dérangent, comme par exemple les vaccins « 5 en 1 » pour les très jeunes enfants. Ces doses comportent des vaccins obligatoires et des vaccins non obligatoires. Le problème est que l’on ne trouve plus en pharmacie les vaccins obligatoires seuls ! On est donc obligés de faire faire à son enfant des vaccins non obligatoires, même si on ne le souhaite pas. On peut être « provax » et se questionner ce qui ressemble tout de même à des manoeuvres commerciales des labos pharmaceutiques.

-NuanceLaurent-Henri Vignaud : Ces interrogations sont légitimes. Chaque citoyen peut questionner la politique de son pays, y compris la politique vaccinale. Cela ne relèverait au fond que de l’opinion libre de chacune et chacun si les vaccins n’avaient pas une dimension de responsabilité collective forte. Ainsi, il ne s’agit pas d’un simple choix personnel, c’est un choix qui engage aussi les autres. C’est là toute la difficulté du débat. Le vaccin est le seul médicament que l’Etat peut vous forcer à prendre par une loi ! Cela heurte nos principes individualistes et démocratiques, c’est pourquoi ils font tant parler, parfois à tort, parfois à raison. 

Le Monde le 13 novembre à 17h22

TCHATLe discours anti-vaccin n’est-il pas aussi lié à une vision un peu déformée de la fréquence des effets secondaires graves ?

-Topitopa Laurent-Henri Vignaud : En général, dans le vaccino-scepticisme ordinaire, on trouve une minimisation du danger épidémique et une maximisation du risque vaccinal. C’est le point de basculement dans l’antivaccinisme qui peut être plus ou moins radical. Cependant, en fonction de la situation de telle maladie et de tel vaccin, ce raisonnement peut se justifier. A la fin des années 1970, lorsque la variole était quasiment éradiquée à l’échelle mondiale, que la dernière épidémie (limitée) datait de 1954-1955, quel avantage avait-on de garder le vaccin antivariolique qui provoque quelques effets secondaires graves ? A ce moment-là, parce que la maladie avait disparu, il devenait plus raisonnable de cesser de vacciner ! Vous voyez donc que la fameuse balance bénéfices/risques n’est pas un invariant historique, il faut la réévaluer régulièrement si l’on veut qu’elle reste pertinente.

 Le Monde le 13 novembre à 17h14

TCHATComment expliquer qu’un pourcentage important des professionnels de santé, même dans les hôpitaux, refusent certains vaccins (grippe, ….)?

-SiriusLaurent-Henri Vignaud :  Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, il est vrai que le “vaccino-scepticisme” est particulièrement répandu dans le milieu médical. Tout simplement parce que pour avoir une opinion affirmée sur les vaccins il faut connaître un minimum la manière dont le corps humain fonctionne et se défend contre les maladies. Certains en arrivent alors à se convaincre que les théories les plus communément admises ne sont pas les bonnes et jugent que les vaccins sont inefficaces voire toxiques. Historiquement, l’argumentaire antivax a toujours été porté par des médecins, souvent inscrits dans des démarches dissidentes ou différentes (naturopathie, homéopathie, chiropraxie, médecines holistiques, etc.).

Le Monde le 13 novembre à 17h07

TCHATBonjour, le problème ne vient-il pas du fait que les maladies (la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la tuberculose) n’existent pratiquement plus et que les gens ne voient plus le danger de ne pas se faire vacciner ?

-laurentLaurent-Henri Vignaud : Dans les pays riches, c’est une certitude. Les vaccins sont en quelque sorte victimes de leur succès : plus la maladie régresse, moins la nécessité du vaccin se fait sentir. De ce point de vue, la situation du Covid-19 est particulière, puisque le danger est là – et bien là. Cet effet devrait donc être moindre. Mais certains contestent déjà le fait que le SARS-CoV-2 puisse être si dangereux… Pour les antivax les plus radicaux, il y a urgence à convaincre l’opinion de cela

.Le Monde le 13 novembre à 17h02

TCHATQuelles solutions émergent de la compréhension des mouvements antivax pour augmenter l’adhésion à la vaccination ?

-PaulLaurent-Henri Vignaud : Informer, dire la vérité, s’adresser aux citoyens comme à des adultes… Un gros travail est fait dans les cabinets médicaux (médecins de famille et pédiatres), travail grâce auquel le respect de la loi de 2018 sur les 11 vaccins de l’enfance semble avéré. Parce que l’Etat a affirmé au travers de cette loi qu’il croyait en l’efficacité et en la faible dangerosité de ces vaccins. Un discours public sans ambiguïté est indispensable pour que les citoyens puissent se forger un avis éclairé. Les journalistes et les enseignants ont eux aussi un rôle à jouer.

Le Monde le 13 novembre à 16h57

TCHATTout simplement : comment expliquer le mouvement antivax au pays de Pasteur? Par une montée de l’individualisme ? Par défiance envers les autorités scientifiques politiques ou médicales, par montée en puissance des médias sociaux et des fakenews qui donnent une trop importante tribune à ces mouvements ?

-Franck Laurent-Henri Vignaud : En dehors de toutes les réponses qui ont précédemment été faites sur ce thème, on peut ajouter qu’il est certain que les réseaux sociaux favorisent la diffusion de ces idées à l’origine très marginales. C’est le moyen pour les militants les plus déterminés de la cause antivax de faire connaître leurs arguments, de bénéficier de puissants relais parmi les “people”, de diffuser des films, etc. Pour avoir contact avec ces discours, parfois radicaux et ouvertement complotistes, il fallait auparavant se rendre à une réunion tard le soir, acheter un livre ou s’abonner à une revue. Désormais, il suffit de consulter son mur Facebook… Alors que l’opinion antivax était plutôt, historiquement, une opinion de classe moyenne éduquée (dont beaucoup d’enseignants et de personnes travaillant dans le domaine médical), elle tend à se “populariser” par le biais des réseaux sociaux. C’est une nouveauté à prendre en compte.

Le Monde le 13 novembre à 16h51

TCHATBonjour, Quelles seraient d’après-vous les spécificités françaises qui expliqueraient la défiance hexagonale vis-à-vis des vaccins ? L’épisode du H5N1 a-t-il joué un rôle prépondérant ?

-Tristan DLaurent-Henri Vignaud : La grippe H5N1 (dite grippe aviaire) de 2006 a eu peu d’effet en France. Je pense que vous voulez parler de la grippe H1N1 de 2009, pour laquelle la ministre Roselyne Bachelot avait appliqué le principe de précaution en préachetant des millions de doses, lesquelles se sont révélées inutiles puisque la pandémie n’a finalement pas eu lieu. En effet, à cette époque, l’opinion publique avait perdu confiance envers la politique vaccinale. Mais le Covid-19 est plutôt venu corriger cette impression : la ministre avait eu raison de prendre la menace au sérieux, même si finalement et fort heureusement cela n’a servi à rien. Une partie de l’opinion, qui n’avait jamais entendu parler de problèmes vaccinaux auparavant, a été touchée par les arguments de ceux qui ont dénoncé de supposés conflits d’intérêts au plus haut sommet de l’Etat. Depuis, la confiance n’a jamais été totalement retrouvée.

Le Monde le 13 novembre à 16h43

TCHATL’argument que j’ai souvent entendu de la part des « antivax », c’est l’utilisation des adjuvants (albumine d’aluminium) dans les vaccins. Une présence qui serait motivée par des avantages de conservation des vaccins plus que d’autres raisons. C’est à dire un avantage industriel. D’où l’ire des « antivax ». Quel est la validité de cet argument ? Et y aurait-il une alternative ?

-agoraLaurent-Henri Vignaud : N’étant pas docteur en médecine mais docteur en histoire, je ne peux vous répondre précisément. Cependant, je crois savoir que l’utilité des adjuvants est moins “industrielle” que sanitaire : ces derniers stimulent le système immunitaire et rendent les vaccins plus efficaces. 

Le Monde le 13 novembre à 16h39

TCHATIl me semble que la méfiance envers le vaccin contre le COVID est différente de celle des autres vaccins car liée à la précipitation pour le développer et le tester. Qu’en pensez-vous ?

-YPLaurent-Henri Vignaud : C’est là qu’il convient de distinguer une méfiance “naturelle” – et qui n’est pas absurde – envers les différents nouveaux vaccins dont nous devrons faire usage et l’antivaccinisme pur et dur, qui consiste à décréter d’ores et déjà que lesdits vaccins seront toxiques, inefficaces, accompagnés d’une puce pour nous tracer, etc. Les autorités sanitaires, les industriels et les politiques auront à répondre de la rapidité de leur fabrication et de leur mise sur le marché en fonction de l’urgence épidémique. Tous les citoyens qui attendent pour voir et se montrent prudents ne peuvent en aucun cas être taxés de “complotistes”. Ce sont plutôt les sondeurs et certains journaux qui jouent à mon sens à un jeu dangereux en interrogeant les Français sur la confiance qu’ils ont envers un remède qui n’existe pas encore.

Le Monde le 13 novembre à 16h32

TCHATLe discours des anti-vaccins dans le cadre de la pandémie de Covid-19 est-il le même que ceux que l’on a pu entendre pour d’autres vaccins précédemment ?

-JacquesLaurent-Henri Vignaud :  Dans l’ensemble oui. Dès le XVIIIe siècle, on trouve des arguments politiques, économiques, alterscientifiques et religieux (voir la réponse précédente sur le fatalisme). Cependant, en fonction de la situation historique et politique, certains arguments semblent plus importants que d’autres. Dans une époque marquée par la mondialisation, les théories du complot (impliquant de prétendues sociétés secrètes et des intérêts financiers ou politiques jugés suspects) prospèrent. Tout dans notre époque (un virus nouveau venu de Chine, etc.) favorise cet angle. En outre, comme il n’y a aucun vaccin pour l’instant, les arguments habituels sur l’inefficacité et la dangerosité supposées tomberaient à plat…

Le Monde le 13 novembre à 16h25

TCHATComment expliquer que les Français figurent parmi les citoyens les plus anti-vaccin au monde ?

-MathildeLaurent-Henri Vignaud : Une partie de la réponse figure dans celle qui vient d’être faite à Pikouze. Les Français ne sont pas tellement plus opposés aux vaccins que le reste du monde occidental, mais ils sont plus sceptiques et pessimistes que d’autres peuples en général. C’est cette défiance généralisée qu’ils expriment à travers leur réponse aux sondages sur les vaccins.

Le Monde le 13 novembre à 16h23

TCHAT

Bonjour, Est ce que la défiance vient autant de l’absence de confiance dans les laboratoires et les décisions ou annonces politiques ? Merci

-PikouzeLaurent-Henri Vignaud : L’antivaccinisme contemporain (qui irait de la simple hésitation sur tel vaccin au refus complet de tous les vaccins) est en effet principalement “économique” et “politique”. Ainsi les 40 % de Français qui se disent incertains de la sûreté des vaccins ne sont pas dans une démarche radicale du refus, mais plutôt dans celle de questions posées à l’autorité politique et à l’industrie pharmaceutique. La méfiance envers les vaccins peut ainsi être, pour une partie, interprétée comme une mesure de la confiance que nous portons aux gouvernements, à la presse, aux médecins, aux industriels, etc. Or, en France, cette confiance est faible. Cela se répercute sur l’opinion des Français quant aux vaccins, opinion qui, dans le cabinet du docteur, quand il s’agit de faire vacciner ses enfants, est cependant beaucoup moins tranchée qu’elle ne le laisse entendre ailleurs

.Le Monde le 13 novembre à 16h14

TCHATBonjour, Il me semble qu’il existe plusieurs « courants » d’antivax : les complotistes, les anti-multinationales, ceux qui pensent plus au risque individuel qu’au bénéfice collectif…Ces différents mouvements sont-ils organisés ?

-FFFLaurent-Henri Vignaud :  Il existe en effet des différences de degré et de nature. Avoir des doutes et hésiter (pour de bonnes ou de mauvaises raisons) sur tel ou tel vaccin n’est pas pareil que forger une théorie du complot qui vous amène à refuser purement et simplement tous les vaccins. Ce que notre livre a montré, c’est qu’au-delà des différences d’intensité (hésitation ou refus) et de nature (doute sanitaire ou complotisme politique), certains arguments sont récurrents dans les discours antivax. La croyance en un destin préécrit, une opposition tranchée entre nature et culture, des croyances en diverses théories médicales marginales, une méfiance envers l’Etat Big Brother et l’industrie Big Pharma sont les arguments qui reviennent fréquemment. Certains de ces courants sont structurés et portés par des militants aguerris, d’autres sont de simples opinions assez répandues dans la population…

Le Monde le 13 novembre à 16h07

TCHATA quand remontent les premiers mouvements et/ou publication anti vaccin ?

-AxlLaurent-Henri Vignaud : Dès qu’il y a eu vaccin (et même avant le premier vaccin, avec l’inoculation variolique – un procédé proche du vaccin – au XVIIIe siècle), il y a eu des « antivaccin ». Cette doctrine est née chez des médecins, de par leur refus de ce remède nouveau, connu en Occident seulement à partir du siècle des Lumières. Le premier “vrai” vaccin est la vaccine, inventée par Edward Jenner dans les années 1790. Dès lors, un certain nombre de médecins dissidents ont refusé de croire à l’efficacité du procédé et ont insisté sur sa dangerosité. A chaque étape de la science vaccinale, même après Koch et Pasteur, une petite partie du corps médical et de l’opinion a continué de critiquer ce médicament préventif

.Le Monde le 13 novembre à 16h02

TCHATBonjour, y a t’il un lien entre les « antivax » et une vision « religieuse » de la maladie (épreuve imposée par Dieu à l’homme, etc) ?

-Athée grâce à DieuLaurent-Henri Vignaud : L’antivax à motivation religieuse existe dans toutes les religions. Il s’agit, en gros, d’un fatalisme : Dieu décide de qui doit vivre et de qui doit mourir. Aucune religion ne se distingue vraiment de ce point de vue-là, les tendances antivax étant presque toujours très minoritaires, même dans les sectes protestantes, qui adoptent parfois des discours scientifiques marginaux. Ce fatalisme est aussi, parfois, porté par des courants naturalistes mystiques qui pensent que la nature est toujours bonne et que la science est toujours mauvaise. 

Le Monde le 13 novembre à 16h00

TCHATLe tchat avec l’historien Laurent-Henri Vignaud débute.

Le Monde le 13 novembre à 15h35

SUR LEMONDE.FRLaurent-Henri Vignaud, historien spécialiste des mouvements « antivax », dresse pour nous le bilan de trois mois de rumeurs concernant les vaccins.

Les discours antivaccin, bien implantés en France, ont redoublé de vigueur avec la crise sanitaire

Le Monde.fr

Le Monde le 13 novembre à 15h33

Avec la course effrénée visant à trouver un remède contre le Covid-19 ressurgissent les débats sur la vaccination. Selon de récentes études, le nombre de Français refusant l’idée de se faire vacciner contre cette maladie serait plus élevé qu’aux Etats-Unis et que dans la plupart des pays européens. Dans l’enquête « Fractures françaises », dernièrement publiée par Le Monde en septembre – et réalisée par Ipsos –, 43 % des sondés s’y opposaient.Le Monde le 13 novembre à 15h30

Bonjour et bienvenue dans ce tchat sur les racines de la méfiance des Français envers les vaccins. Nous sommes en compagnie de l’historien Laurent-Henri Vignaud, qui répondra à vos questions à partir de 16 heures. 

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/08/05/les-opposants-au-passe-sanitaire-plus-nombreux-dans-les-villes-moyennes-comme-albi-au-profil-et-slogans-varies/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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