Pour ou contre les vaccins des 12-17 ans, toute une frange des parents interrogés se dit « dans le flou » et « prise de court ». 

Vaccination des adolescents : qu’ils soient convaincus ou réticents, des parents pris de court avant la rentrée

Le passe sanitaire s’appliquant aux 12-17 ans à partir du 30 septembre, ces derniers sont incités à se faire vacciner durant l’été. Pour ou contre les vaccins, toute une frange des parents interrogés se dit « dans le flou » et « prise de court ». 

Par Mattea Battaglia et Louise ValléePublié le 28 juillet 2021 à 04h20 – Mis à jour le 28 juillet 2021 à 15h22  

Temps de Lecture 8 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/28/convaincus-refractaires-ou-hesitants-les-parents-face-a-la-vaccination-de-leurs-adolescents_6089746_3244.html

Un adolescent reçoit sa première dose au camping Le Dauphin, à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), le 23 juillet 2021.
Un adolescent reçoit sa première dose au camping Le Dauphin, à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), le 23 juillet 2021. IDHIR BAHA POUR « LE MONDE »

Un jeu vidéo et un burger au centre commercial. Voilà comment Jérôme Queste a convaincu ses fils, en ce jeudi de la fin juillet, de se faire vacciner contre le Covid-19. Agés de 12 et 15 ans, ses deux adolescents n’étaient pas ravis à l’idée de la« piqûre », mais ils ont vite cédé, rapporte le père, rencontré au centre de vaccination de Vélizy (Yvelines). Lui-même reste convaincu que le vaccin n’aura « aucun avantage sanitaire » pour ses enfants, peu à risque de développer une forme grave de la maladie, mais il le voit comme « un geste citoyen », pour ne pas contaminer les autres.

Chez les Nissefort, parents et enfants sont sur la même ligne. « Si tout le monde ne fait pas cet effort, on ne va jamais s’en sortir », fait valoir Juliette, 14 ans, qui attend sa deuxième dose. La première, elle l’a faite en juin, « dès que c’est devenu possible ». Pour sa mère, infirmière à Palaiseau (Essonne), il était « évident » que sa fille devait se faire vacciner. Mais elle est contente que Juliette ait pris seule la décision, après en avoir parlé avec ses amies du collège.

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Sont-elles nombreuses, ces familles pour qui la vaccination des enfants de plus de 12 ans, proposée depuis le 15 juin, ne fait pas débat ? Loren, maman de quatre filles de 12 à 19 ans scolarisées dans la banlieue lyonnaise, s’agace un peu qu’on puisse poser la question : « Si l’on veut aborder avec optimisme le mois de septembre, il ne faut pas trop agiter ce type de questions, dit-elle. On a gardé nos ados enfermés pendant des mois. Le Covid leur a plombé deux années scolaires. On parle partout de génération sacrifiée, poursuit l’agente immobilière. J’ai du mal à comprendre qu’on puisse, en tant que parents, hésiter à aller de l’avant… »

« On n’imposera pas ça à notre fille »

Les statistiques publiées par Santé publique France (SPF) font bien état d’une tendance à la hausse de la vaccination chez les adolescents : plus du quart (27 %) des 12-17 ans avait reçu une première dose au 22 juillet – soit dix points de plus qu’une semaine plus tôt. Mais moins de 8 % disposaient, à cette date, d’un parcours vaccinal complet, alors que le taux d’incidence du virus progresse fortement chez les 10-19 ans (+ 146 %, toujours selon SPF). Un peu moins que parmi les 20-29 ans, mais nettement plus que dans les autres tranches d’âge.

Le ministère de la santé, lui, a fait état, mardi 27 juillet, de 1,6 million de primo-vaccinés parmi les 12-17 ans, soit presque un tiers (31 %) d’entre eux.

On est loin, encore, de la vaccination de masse appelée de ses vœux par le ministre de l’éducation. « Notre grande priorité, c’est que les 12-18 ans soient vaccinés pendant les vacances d’été », a défendu sur LCI Jean-Michel Blanquer, le 8 juillet. Autrement dit, sans attendre la campagne de vaccination dans les établissements scolaires lors de la reprise des cours, le 2 septembre. Une priorité réaffirmée par le ministre, qui, mercredi 28 juillet, au micro de Franceinfo, a présenté les quatre scénarios pour la rentrée. M. Blanquer a précisé que « dans le secondaire, s’il y a un cas de contamination » au Covid-19, « les élèves non vaccinés seront évincés [auront cours à distance], mais pas les vaccinés ».

Ce discours sur la vaccination des jeunes durant l’été ne rencontre pas partout un écho favorable. « Pour nous, c’est un “non” assumé », témoigne Léa, mère de deux enfants – un troisième naîtra en septembre –, dont une fille âgée de 13 ans. « Un vaccin sans recul, des tests PCR à répétition à la moindre sortie piscine ou cinéma : on n’imposera pas ça à notre fille, assure-t-elle. On s’organisera pour faire sans. » 

Mais comment, alors que le passe sanitaire, s’il n’est pas requis dans les établissements scolaires, sera demandé aux mineurs dès le 30 septembre, dans tous les lieux de culture et de loisirs ? La jeune femme, animatrice dans le secteur social, n’a pas la réponse. Mais elle refuse qu’on « touche à ses enfants » – l’un des slogans des mobilisations nationales des 17 et 24 juillet –, et elle est convaincue de ne pas être « seule dans cette réflexion » : parmi les parents d’élèves qu’elle a sondés, dans le village de 1 500 habitants où elle vit comme dans la ville de 4 000 habitants où ses enfants sont scolarisés, « personne », à ce stade, n’a opté pour la vaccination des mineurs. Celle des adultes n’est pas non plus « massive », dit-elle, alors même que le Covid-19 a touché son cercle proche – ses parents, ses frères, sa nièce.

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Stéphanie, cadre territoriale près de Toulon, ne cache pas non plus ses réticences. Cette maman de trois filles (l’une de 17 ans, deux de 10 ans) est « terrifiée » par l’« absence de recul [sur le] vaccin » et les « conséquences » qu’il pourrait avoir sur la « vie future de ses filles ». Après plusieurs semaines d’hésitation, elle s’est « résignée » à ce que l’« aînée y passe » (« je ne peux pas l’empêcher de vivre »), mais « le plus tard possible » – le 28 septembre. « On ne sait jamais, d’ici là, les règles auront peut-être encore changé… » Pour elle-même et pour son mari, pompier professionnel, le rendez-vous, après deux reports, était fixé à ce lundi. Une seule dose leur suffit : tous deux ont eu le Covid. « On n’y va pas de gaieté de cœur,confiait-elle, la veille au soir. Mais lui est rattrapé par l’obligation vaccinale, et moi… je veux continuer à vivre ! »

« Nous ne sommes pas antivaccins »

Entre les convaincus et les réfractaires, on entend moins toute une frange de parents qui s’estiment encore « dans le flou » ; souvent « pris de vitesse » par les appels des autorités sanitaires et éducatives à vacciner au plus vite les adolescentsalors que les congés d’été ont commencé. Parfois aussi « pris de court » par la virulence des échanges que le sujet occasionne. Ce sont eux qui ont pris la parole, en nombre, à l’occasion de l’appel à témoignages que nous avons lancé sur le site du Monde.

« Nous ne sommes pas antivaccins », prévient Elise. Aux premières heures de la vaccination des personnels soignants, cette psychologue a pris son rendez-vous « avec l’espoir d’une sortie de crise ». Son mari, lui, y est allé dès l’ouverture des créneaux aux moins de 50 ans. Mais pour leurs deux filles adolescentes, « c’est autre chose », disent-ils : « Elles sont jeunes, et nous nous posons la question des effets à long terme de ce type de vaccinDans vingt ans, nous serons vieux, mais elles, elles seront en âge de fonder une famille… »

Avec leurs amis « très légalistes » du Canada – où le couple a vécu –, avec les parents, les grands-parents, les oncles et les tantes – « tous vaccinés » –, Elise en parle beaucoup. Au travail, aussi : « J’ai vu les effets de la crise sanitaire sur les jeunes, des troubles anxieux très forts, une perte de sens et de goût pour les études allant parfois jusqu’à l’hospitalisation… Quand je rationalise, je sais que la vaccination est la meilleure option. Mais je continue à trouver dommage de devoir vacciner des enfants parce que les adultes ne le font pas. Alors mon mari et moi jouons la montre, sans trop savoir pourquoi… » 

Même chose pour Edith Martins, cadre territoriale dans la fonction publique à Aix-en-Provence, mère d’une fille de 13 ans et d’un garçon qui fêtera ses 12 ans en octobre. « Il me semble incroyable qu’on fasse porter le poids de l’immunité collective à nos enfants, s’énerve la quadragénaire. Ce doit être aux adultes de prendre cette responsabilité ! » Edith a pris conseil auprès de son médecin traitant : elle compte faire vacciner ses enfants « le plus tard possible ». Sans « craintes particulières » pour la rentrée : « Je n’imagine pas que le collège puisse faire un tri entre ados vaccinés et non vaccinés. »

Un quasi-conflit de générations

Ces parents sont nombreux à s’interroger sur « ce qui se jouera à l’école »« comment les établissements vont gérer ». En attendant, ils ont souvent déjà « pris la température » auprès des parents des classes de leurs ados, sur des messageries et groupes WhatsApp. « Ça a pas mal réagi », rapporte ainsi Marie, mère de deux garçons de 11 et 13 ans installée en Allemagne, qui a lancé le débat en ligne il y a trois semaines. Cette éditrice dans le secteur musical, elle-même vaccinée – comme son mari –, regrette que les « recommandations sanitaires ne soient pas plus claires concernant les enfants ». « De la pédagogie, des consignes claires : cela nous aiderait à suivre plus sereinement le mouvement. »

Dans les foyers, on frôle parfois le conflit de générations. Il y a ces parents « provaccins » qui disent se heurter au « non ferme » de leurs enfants. L’inverse est vrai : des parents plutôt réticents voient leurs enfants « batailler ferme » pour obtenir leur rendez-vous de vaccination. La rentrée des classes, la liberté d’aller et venir, de voyager… ce sont surtout des « raisons pratiques » qui motivent les jeunes à se faire vacciner, rapporte Bernard Clero, médecin en vacation rencontré au centre de vaccination de Vélizy.

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En plein été, cet anesthésiste à la retraite fait passer des entretiens, à la chaîne, aux adolescents et aux parents pour vérifier le consentement de chacun. La levée de l’autorisation parentale pour les mineurs de plus de 16 ans, dans le texte de loi sur le passe sanitaire adopté par les parlementaires, dimanche 25 juillet, est censée alléger la procédure. Autre changement de taille qui a mis le Sénat et l’Assemblée nationale d’accord : pour les 12-16 ans, l’autorisation d’un seul parent doit désormais suffire, quand il fallait jusqu’à présent celle des deux dépositaires de l’autorité parentale.

Lire notre récit Passe sanitaire : ce que contient le projet de loi adopté définitivement par le Parlement

De quoi nourrir de « fortes tensions » entre des parents séparés, rapporte Alexandre, fonctionnaire en Champagne et père d’un garçon de 12 ans. « A la lecture de la littérature médicale, je considère qu’il n’y a pas plus de risque à se faire vacciner qu’à prendre du Doliprane, mais la mère de mon fils est contre… Et à part saisir le juge aux affaires familiales, je ne vois pas trop quoi faire », nous expliquait-il à la veille de l’évolution législative. Dans son entourage, Alexandre dit compter de « nombreux amis prêts à passer outre à l’opposition de leur ex »« L’époque est anxiogène, les enfants ont été ballottés d’une règle à l’autre, et d’ordre en contrordre. J’aimerais bien éviter à mon fils, en plus du reste, un conflit de loyauté… »

Ce mardi, la mère du garçon a « cédé », dit-il, « sans [lui] donner un oui formel, mais en [le] laissant assumer ce choix ». Le jour même, le garçon a été vacciné.La communauté pédiatrique favorable à la vaccination des adolescents

Le Conseil national professionnel de pédiatrie s’est prononcé, vendredi 23 juillet, en faveur de la vaccination des adolescents contre le Covid-19. La balance bénéfice-risque est jugée « à ce jour favorable » compte tenu de la plus forte contagiosité du variant Delta, écrit-il dans un communiqué, mais aussi compte tenu de l’augmentation de la proportion d’adolescents et de jeunes adultes infectés. Les pédiatres invoquent aussi les « résultats rassurants quant à la faible fréquence des effets secondaires rapportés », après que plus de 3,5 milliards de doses ont été injectées dans le monde et que 7,5 millions de 12-18 ans ont reçu deux doses de vaccins aux Etats-Unis. Pour les moins de 12 ans, en l’absence d’étude, « la vaccination n’est pas envisageable avant plusieurs mois », ajoutent-ils. Dans leur communiqué, les pédiatres en appellent à la « responsabilité des adultes » « Le bénéfice sur la santé mentale des enfants et des adolescents en cette période difficile passe avant tout par la vaccination de tous les adultes, en particulier ceux les plus susceptibles de faire une forme grave, insistent-ils, mais aussi les soignants, les enseignants, les autres professionnels de l’enfance et les parents. »

Mattea Battaglia et  Louise Vallée

*Vaccination : « Le consentement des adolescents doit être véritablement éclairé »

La professeure Alexandra Benachi, membre du Comité consultatif national d’éthique, juge « choquant que l’on soit contraint de vacciner des enfants parce que des adultes refusent de le faire ». Elle plaide pour la délivrance d’une notice d’information aux adolescents, même « si cela doit ralentir un peu le processus ». 

Propos recueillis par Nathaniel HerzbergPublié le 15 juin 2021 à 19h30 – Mis à jour le 16 juin 2021 à 09h29 

Temps de Lecture 7 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/15/vaccination-le-consentement-des-adolescents-doit-etre-veritablement-eclaire_6084260_3244.html

Alexandra Benachi, chef du service de gynécologie obstétrique à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine).
Alexandra Benachi, chef du service de gynécologie obstétrique à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine). VH / APHP

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu, mercredi 9 juin, un avis favorable à la vaccination des adolescents de plus de 12 ans contre le Covid-19, assorti toutefois de précautions et de réserves. Sa conclusion indique que, pour le CCNE, « il semble souhaitable (…) d’accepter de vacciner contre [le] Covid-19 les adolescents qui le demandent, mais après avoir reçu une information claire et adaptée à cette tranche d’âge sur les incertitudes liées à la maladie, au vaccin lui-même et à son efficacité à moyen et long terme, ainsi que sur les alternatives ouvrant sur la préventaion de la maladie ». Rapporteuse de l’avis, la professeure Alexandra Benachi, chef du service de gynécologie obstétrique à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine), en détaille les motivations.

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Les mineurs sont déjà soumis à onze vaccinations obligatoires, auxquelles s’ajoutent certaines, facultatives. En quoi celle-ci imposait-elle un avis du CCNE ?

Le contexte est très différent. Les onze pathologies contre lesquelles on vaccine sont parfaitement connues, leurs effets, leurs risques, y compris leur morbidité à long terme, les risques de séquelles ; ce n’est pas le cas du Covid, on manque de recul. Pour la quasi-totalité des vaccins, il y a un bénéfice direct important pour les enfants en matière de santé, de mortalité ou de morbidité. Ici, les enfants ne développent que très peu de formes graves, et le nombre de décès est très faible. Enfin, on dispose de peu d’études sur les adolescents – une seule –, alors même que c’est la première fois que l’on produit un vaccin à ARN. Même si toutes les études sur les adultes et les dizaines de millions de vaccinations effectuées sont très rassurantes, cela pose quand même quelques questions. En tout cas, ça nous impose d’être certain que, avant de leur injecter un vaccin contre une maladie qui ne les touche que très peu, ils aient bien compris ce que l’on fait.

Décryptage : Ce que l’on sait de la sûreté des vaccins à ARN messager

Dans cet avis, vous donnez votre accord du bout de la plume. Pourquoi tant de réserves ?

On ne peut pas vacciner sans réfléchir des enfants qui n’ont que peu de bénéfices directs et qui risquent de nous le reprocher dans le futur. Une des raisons pour lesquelles ils vont se faire vacciner, c’est pour enlever le masque, continuer à jouer avec leurs amis, aller dans des concerts et se retrouver librement. Cette génération a déjà énormément souffert de cette maladie et des mesures qui l’ont accompagnée, notamment en termes de santé mentale. Si un nouveau variant plus sévère arrive et qu’on doit les reconfiner ou si l’on découvre des effets secondaires imprévus, ils diront qu’on leur a menti. On aura alors une perte de confiance totale envers les institutions. Les Etats-Unis, le Canada, l’Italie vaccinent leurs ados en masse. Nous pensons qu’il ne faut pas se précipiter parce que ce n’est pas l’urgence du moment. Il reste plus de 20 % des Français adultes qui ne veulent pas se faire vacciner. Si tous les adultes étaient vaccinés, nous n’aurions pas besoin de vacciner nos jeunes. Donc commençons par ça.

Pas de vaccination des adolescents tout de suite, donc…

Lire l’analyse : Vaccination contre le Covid-19 : comment éviter que l’enthousiasme ne s’essouffle

Il faut examiner les situations. Un adolescent en surpoids et qui a un asthme, ou une enfant de 14 ans qui a un grand-parent qui ne peut pas se faire vacciner car il est immunodéprimé, bien sûr qu’il faut les vacciner le plus vite possible. Mais, pour la vaccination de masse, nous recommandons d’y aller doucement. Réfléchissons et donnons toute l’information aux adolescents pour que leur consentement soit véritablement éclairé.

Ne sont-ce pas les parents qui décident ?

Il faut l’avis des parents, mais aussi de l’adolescent. Le code de santé publique indique très clairement que, quand un enfant est en âge de comprendre, il faut lui expliquer pourquoi on lui fait un vaccin et recueillir son consentement. Le gouvernement a présenté la chose comme une évidence, nous avons voulu marquer le fait que ça ne l’était pas. Mais nous ne nous opposons pas à cette vaccination.

Les bénéfices directs sont-ils si faibles que ça ?

Les chiffres de Santé publique France font état de treize décès depuis le début de l’épidémie chez les moins de 18 ans, et un seul n’avait pas de comorbidité associée. Même si chaque cas est terrible pour la famille concernée, rapporté au nombre d’enfants en France, c’est infime. On peut y ajouter 737 admissions en soins critiques. Mais, là encore, on reste dans une proportion très réduite.

Ne prenez-vous pas en compte les bénéfices psychologiques et sociaux, autrement dit le stress et les entraves à leur développement que les adolescents ont subis et dont la vaccination pourrait les libérer ?

Si, bien sûr. Nous y avons accordé un chapitre entier. C’est un bénéfice indirect très important. Mais ce coût psychosocial qu’ils ont subi est d’abord venu de la fermeture des écoles. On s’est heureusement rendu compte, après coup, que c’était une mesure à ne prendre qu’en ultime recours. Si tous les adultes étaient vaccinés, on n’envisagerait même pas de fermer des classes. Les jeunes pourraient vivre normalement, sans restrictions, sans masques. Et s’ils devaient se contaminer, ça ne serait pas très grave, puisque les personnes de leur entourage, qui risquent de faire des formes graves, seraient toutes protégées.

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Ce n’est pas tout à fait la première fois que l’on immunise les enfants pour protéger les adultes. Les vaccins contre le pneumocoque – qui vise à protéger les personnes âgées – et la rubéole – maladie qui menace surtout les femmes enceintes – n’entrent-ils pas dans cette catégorie ?

Pour le pneumocoque, c’est ce que je pensais. Et j’ai découvert à l’occasion de ce rapport que, si la mortalité des enfants reste faible, ils courent des risques très importants de séquelles pneumologiques et neurologiques. Quant à la rubéole, il s’agit effectivement d’éviter le danger très élevé de malformations du fœtus, et donc d’interruption médicale de grossesse. Mais c’est un vaccin trivalent que nous administrons, avec la rougeole et les oreillons, et pour lequel nous avons beaucoup de recul.

Est-il bien éthique, alors, de faire porter aux mineurs le refus de vaccination d’une partie de la population adulte ? Ne serait-il pas plus juste de rendre la vaccination obligatoire pour les adultes ?

A titre personnel, j’y serais favorable. Je trouve choquant que l’on soit contraint de vacciner des enfants parce que des adultes refusent de le faire. Donc je serais pour une telle obligation. Mais le comité n’est pas sur cette position. Collectivement, notre espoir, c’est que les adultes, en découvrant notre avis, se disent : « Si mon refus de me faire vacciner fait prendre un risque à un adolescent – puisqu’ils estiment qu’il y a un risque – alors j’y vais moi. » Nous sommes peut-être naïfs, mais c’est un de nos messages. Nous insistons également sur le fait qu’il faut bien recueillir le consentement. Dire à un jeune qu’une fois vacciné il pourra faire la fête librement, ce n’est pas recueillir son consentement libre et éclairé. Il faut lui donner véritablement toutes les informations.

Comment proposez-vous de procéder ?

Il serait possible de rédiger une notice d’information claire et précise, spécifique aux adolescents, qui expose précisément la situation. Leur dire qu’ils vont recevoir un vaccin pour lequel on n’a pas encore tout le recul que l’on pourrait souhaiter avoir, que ce vaccin ne les libérera pas instantanément des diverses contraintes engendrées par l’épidémie, et qu’ils font cette vaccination parce que certains adultes refusent de la faire, autrement dit que le bénéfice sera pour la population générale, pour les autres plus que pour eux-mêmes. Et de s’assurer qu’ils auront bien lu ce document avant l’injection.

Ne va-t-on pas vous accuser de gripper la machine, comme cet hiver avec le recueil du consentement des personnes âgées ?

Ça peut être très simple, se faire pendant qu’ils sont dans la salle d’attente, avant l’injection. Mais, pour nous, c’est essentiel.

Ecartez-vous les moins de 12 ans ?

Il n’y a aucune donnée et, potentiellement, la réaction immunologique peut être plus importante. Donc, ça ne serait pas raisonnable de les vacciner aujourd’hui. Nous verrons si des études sont publiées.

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Le gouvernement a annoncé sa décision sans attendre votre avis. Que pensez-vous d’une telle séquence ?

Disons que c’est malheureux, et nous l’avons écrit. Mais notre avis arrive à temps, à la fois pour dire aux adultes qu’ils doivent se faire vacciner avant de faire vacciner les jeunes, et pour faire en sorte que les autorités sanitaires se préoccupent du consentement. Si cela doit ralentir un peu le processus, conduire certaines familles à attendre, ou même décourager quelques adolescents, ce n’est pas un problème. L’enjeu le mérite.

Nathaniel Herzberg

Covid-19 : Jean-Michel Blanquer envisage quatre scénarios pour la rentrée

Au collège et au lycée, seuls les élèves non vaccinés seront « évincés » s’il y a un cas de Covid dans leur classe, a fait savoir le ministre de l’éducation nationale mercredi. 

Par Mattea Battaglia

Publié le 28 juillet 2021 à 10h26 – Mis à jour le 28 juillet 2021 à 11h38 

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/07/28/covid-19-jean-michel-blanquer-envisage-quatre-scenarios-pour-la-rentree_6089779_3224.html

Une classe de collège à Bron (Rhône) le 1er septembre 2020.
Une classe de collège à Bron (Rhône) le 1er septembre 2020. JEFF PACHOUD / AFP

Enseignants, parents et chefs d’établissement en savent un peu plus sur l’organisation de la rentrée de septembre : le protocole sanitaire applicable en milieu scolaire a été dévoilé par le ministre de l’éducation, invité de « La Matinale » de Franceinfo mercredi 28 juillet. Le document décline « quatre scénarios correspondant à quatre degrés de circulation du virus », a expliqué Jean-Michel Blanquer, ajoutant que l’« on verra[it] fin août où en [sera] le curseur de la circulation du virus. »

Sans surprise, la vaccination des plus de 12 ans, proposée depuis le 15 juin, impose une gestion différenciée des écoliers d’un côté, et des collégiens et des lycéens de l’autre. Pour les premiers, l’éducation nationale maintient la logique « un cas de Covid, une classe fermée », adossée à la stratégie du « tester, alerter, protéger ».Cette stratégie, fondée sur le dépistage des contaminations parmi les écoliers, a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de parents et d’enseignants au cours de l’année écoulée. L’éducation nationale maintient pourtant le cap et vise 600 000 tests hebdomadaires.

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Autre stratégie pour les collégiens et lycées : « Si un cas positif est identifié [dans leur classe], les élèves vaccinés pourront rester en cours. (…) Seuls les élèves non vaccinés seront évincés et devront suivre l’enseignement à distance », a annoncé le ministre. Faut-il y voir un « tri » assumé entre adolescents vaccinés et non vaccinés ? Ce fonctionnement va en tout cas poser la question de la communication aux établissements du statut vaccinal des élèves. « Nous sommes dans une logique très rationnelle, a défendu M. Blanquer. Quand vous êtes vacciné, vous ne risquez pas de continuer à contaminer les autres. (…) Ma boussole est de maintenir les écoles ouvertes (…) et de faire en sorte que les enfants et les adolescents de France aillent au maximum à l’école. » 

Entre 6 000 et 7 000 centres de vaccination

L’objectif est bien d’augmenter le ratio des vaccinés, élèves et personnels en milieu scolaire : entre 6 000 et 7 000 centres de vaccination, « dans » ou « à côté »des collèges et des lycées – soit pratiquement un par établissement – seront ouverts à cet effet, a annoncé le ministre, l’idée étant qu’un « maximum » de personnes soient vaccinées fin octobre. C’est l’échéance annoncée. A ce jour, 31 % des 12-17 ans ont reçu leur première injection, selon le ministère de la santé. Et environ 80 % des enseignants ont été vaccinés, a chiffré M. Blanquer.

Parmi les scénarios d’accueil des élèves mis en ligne sur le site du ministère de l’éducation, deux maintiennent les cours totalement en présentiel, à tous les niveaux scolaires ; deux autres intègrent à des degrés divers l’« hybridation » et le recours aux cours à distance. Le port du masque suit cette même courbe : dans le scénario 1, le plus favorable, il n’est obligatoire qu’au collège et au lycée dans les espaces clos. Dans les scénarios 3 et 4, il sera de nouveau porté par tous et partout. Interrogé sur ses pronostics de rentrée, M. Blanquer a dit craindre, sur Franceinfo, que ce ne soit pas « le scénario le plus léger » qui s’applique.

Contexte : Covid-19 : l’épidémie repart, sa trajectoire suspendue à l’accélération de la vaccination

A ce stade, l’éducation nationale ne s’engage pas. Il y a encore un mois, elle n’excluait pas une rentrée « quasi normale ». L’obligation du port du masque à la récréation avait d’ailleurs été levée durant les dernières semaines d’école et les classes vertes et les fêtes de fin d’année de nouveau autorisées, dans le respect des gestes barrières. Depuis, la situation s’est dégradée du fait du variant Delta, et les dernières modélisations épidémiques « cognent » avec le calendrier de la rentrée, s’alarme-t-on dans les rangs syndicaux.

Diffusion du protocole « tardive »

Ce protocole arrive-t-il au bon moment ? « Il aura fallu faire de nombreuses navettes avant de mettre d’accord les autorités compétentes [éducation, santé, Matignon] », expliquait-on mardi au cabinet Blanquer. Sans doute a-t-on aussi préféré attendre l’adoption par le Parlement, dimanche, du projet de loi étendant le passe sanitaire : ce dernier concernera bien les mineurs de 12 à 17 ans (autrement dit, les collégiens et les lycéens) mais seulement à compter du 30 septembre et pas dans les établissements scolaires. Le ministre de l’éducation l’a confirmé ; le chef du gouvernement s’y était déjà engagé le 21 juillet.

Côté syndicats, difficile d’aborder la rentrée avec sérénité. « La diffusion du protocole est tardive, réagit Sophie Vénétitay, du SNES-FSU. On a l’impression que le ministère n’a tiré aucune leçon du fonctionnement chaotique de cette année scolaire, où les collègues étaient parfois avertis de l’évolution des règles à suivre du jour [au] lendemain. » Son syndicat – et il n’est pas le seul – interroge aussi la « dimension opérationnelle » du protocole : « Il est primordial que les enseignants aient bien en tête les seuils qui permettront de déclencher le passage d’un scénario à un autre, ainsi que les modalités de l’organisation des campagnes de dépistage et de vaccination dans les établissements », avance la syndicaliste.

« Toute la question est désormais de savoir où en sera l’épidémie fin août », résume Stéphane Crochet du SE-UNSA. La prochaine réunion sanitaire avec les syndicats d’enseignants au ministère de l’éducation a été fixée au 25 août.

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« Protéger les jeunes doit compter au rang des premières urgences face au variant Delta »

TRIBUNE

Mélanie Heard

Politiste

La politiste Mélanie Heard regrette qu’aucun dispositif ne cible la protection des enfants et adolescents, alors même que la contagiosité accrue du nouveau variant et la vaccination des adultes contre le Covid-19 les mettent en première ligne.

Publié le 28 juillet 2021 à 04h11 – Mis à jour le 28 juillet 2021 à 20h39    Temps de Lecture 7 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/07/28/melanie-heard-proteger-les-jeunes-doit-compter-au-rang-des-premieres-urgences-face-au-variant-delta_6089745_3232.html

Tribune. L’exécutif et le Parlement viennent de débattre de la stratégie de lutte contre la pandémie de Covid-19. Les grands oubliés de ce débat important sont les 15 millions d’enfants et d’adolescents que la quatrième vague va pourtant frapper durement dans les semaines qui viennent. La généralisation du passe sanitaire, mesure-phare du projet de loi adopté dimanche 25 juillet, ne les concerne pas : les enfants de moins de 12 ans en étaient d’emblée dispensés, et ce sera finalement aussi le cas, jusqu’à fin septembre, des adolescents, qui accèdent à la vaccination depuis le 15 juin mais dont la couverture vaccinale ne dépasse pas, à ce jour, les 10 %. Les lieux d’enseignement étaient d’emblée exclus du périmètre d’application.

Au Parlement, les mineurs n’ont été évoqués qu’au prisme de la vaccination des 12-18 ans, au travers d’amendements de tous bords combattant, heureusement sans succès, qu’ils soient soumis au passe sanitaire pour leurs activités de loisirs : les mesures de prévention pèseraient alors sur eux d’un poids disproportionné, dit-on, par rapport à un virus assez généreux pour les épargner. C’est là raisonner dans un cadre épidémiologique que la réalité de la rentrée va rendre complètement périmé.

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Aucun dispositif, dans la stratégie de lutte contre la quatrième vague, ne cible la protection des enfants et adolescents. Ce sont eux pourtant qui seront en première ligne d’ici à la rentrée. Deux facteurs renforcent aujourd’hui leur fragilité : la contagiosité accrue du variant Delta ; et la vaccination des classes d’âge plus âgées, mieux vaccinées qu’eux, qui accroît de ce fait la pression du virus sur eux. Avant l’été, les mineurs représentaient déjà 25 % des cas détectés. Ils pourraient bientôt compter pour 50 % des contaminations, selon les dernières modélisations.

Au pic, dès septembre, dans un scénario médian où l’on compterait alors 100 000 nouveaux cas par jour, il y aurait donc 50 000 enfants et adolescents infectés chaque jour. Ces projections de l’Institut Pasteur (Hozé et al., 9 juillet 2021 ; Bosetti et al., 13 juillet 2021), accessibles à tous et mises à jour régulièrement sur son site, sont considérées comme vraisemblables même avec l’impact positif de la généralisation du passe sanitaire sur le rythme des vaccinations.

Perspectives alarmantes

En dépit de ces perspectives alarmantes, il reste très difficile dans notre pays de parler de la réalité du risque Covid chez les mineurs. Plusieurs facteurs l’expliquent. Le soulagement, d’abord, au printemps 2020, de constater que les formes graves de l’infection étaient extrêmement rares pour eux. L’incertitude, ensuite, sur leur rôle dans la circulation virale tout au long de la période de confinement. L’inquiétude, aussi, pour leur santé mentale, affectée par le confinement, les périodes de scolarité en distanciel, et la violence même de cette épidémie qui bouleverse leur quotidien et leurs familles. La sanctuarisation, enfin, de l’impératif scolaire : le président de la République, en ouverture de son allocution du 12 juillet, a convoqué les Français à la fierté d’appartenir à l’une des nations qui a le moins fermé ses écoles.

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La conscience du risque que représente le Covid-19 pour les enfants et les adolescents n’a pas progressé dans la société au même rythme que les connaissances scientifiques. Celles-ci se sont rapidement stabilisées sur le fait que les enfants et adolescents sont susceptibles de s’infecter lorsqu’ils sont exposés au virus, et qu’une fois infectés ils sont contagieux pour leurs pairs et leurs familles. Si les enfants semblent un peu moins susceptibles de s’infecter que les adultes quand ils rencontrent le virus, cela ne paraît pas être le cas pour les adolescents. Le milieu scolaire est donc un lieu de circulation virale active.

Les connaissances ont confirmé en parallèle la contribution significative des mineurs à la circulation virale en population générale : l’épidémiologie du variant Delta, du fait de la couverture vaccinale plus importante chez les adultes, l’accentue fortement. Il est établi que la vulnérabilité des jeunes, désormais disproportionnée par rapport aux autres classes d’âge, fait d’eux à la fois des cibles et des vecteurs critiques de la quatrième vague.

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Enfin, les connaissances ont aussi progressé sur l’impact du Covid-19 chez les enfants : si les syndromes inflammatoires aigus et les hospitalisations représentent de faibles proportions parmi les infectés (environ 100 fois moins que pour les adultes), leur nombre deviendra rapidement inquiétant si le dénominateur se compte en dizaine de milliers. En outre, les symptômes persistants post-infection, ou Covid long, concernent les mineurs comme les adultes : fatigue chronique, maux de tête ou difficultés à se concentrer durant plusieurs mois pourraient concerner un cas sur 20 selon les données de l’Office national de statistiques britannique – soit potentiellement 2 500 nouveaux enfants chaque jour au pic de la quatrième vague.

Sécurisation du milieu scolaire

Protéger les enfants et les adolescents devrait donc compter au rang des premières urgences de l’été face au variant Delta. La vaccination ne peut pas être la seule réponse, puisqu’elle exclut encore les moins de 12 ans. Il faut certes se féliciter des annonces qui promettent une offre vaccinale massive au sein des collèges et des lycées dès la rentrée. Mais comment protégerons-nous les enfants d’âge primaire, les collégiens de moins de 12 ans et les nombreux adolescents qui ne seront pas vaccinés en septembre ? C’est aujourd’hui que se préparent les mesures qui devront accompagner la rentrée scolaire, à commencer par la sensibilisation des familles, dès cet été, aux symptômes de l’infection pédiatrique par le variant Delta.

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Surtout, la sécurisation du milieu scolaire appelle des choix qui méritent d’être débattus et nécessitent d’être anticipés et concertés : sur le terrain, le dépistage et la quarantaine des élèves seront un défi insurmontable si plusieurs dizaines de milliers d’entre eux sont contaminés chaque jour ! L’échec patent du dépistage en milieu scolaire, qu’une récente mission sénatoriale a qualifié de « parcellaire, aléatoire, incompréhensible », a clairement entamé la crédibilité de l’institution en la matière auprès des familles et des enseignants.

On manque malheureusement de données pour savoir quel pourcentage d’élèves a participé aux campagnes organisées depuis le printemps dans les établissements scolaires ; mais les chiffres qui circulent indiquent 10 % d’adhésion dans les lycées, 40 % dans les collèges, et 70 % au primaire, soit bien trop peu pour casser les chaînes de transmission.

Des données de l’Inserm montrent qu’un dépistage généralisé et fréquent (deux fois par semaine) pourrait permettre d’éviter les milliers de fermetures de classes qui se profilent déjà pour les semaines qui suivront la rentrée. Or, on ne repère pas d’ambition sérieuse pour organiser et concerter une telle stratégie robuste de dépistage. Ni pour préparer le soutien pédagogique et psychologique des élèves qui seront à l’isolement. Ni pour anticiper la reprise inévitable du port systématique du masque en classe, qui imposera probablement un effort renouvelé de pédagogie auprès des élèves. Ni non plus, enfin, pour favoriser l’aération des salles ou des cantines – et ce, en dépit d’études qui montrent qu’elle ne peut reposer sur la seule injonction d’ouvrir les fenêtres, et nécessite l’utilisation d’outils, comme les capteurs de CO2, dont le Haut Conseil de la santé publique a explicitement préconisé la généralisation.

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L’inquiétude justifiée pour la santé mentale des élèves a été mise en balance avec le poids de telles mesures de prévention sur leur quotidien. L’idée d’une hiérarchie des risques semble s’être imposée, le risque de mal-être du fait des contraintes sanitaires l’emportant en gravité, pour les jeunes, sur le risque direct d’impact du virus sur leur santé. Ce cadre de raisonnement est clairement périmé aujourd’hui du fait de la nouvelle épidémiologie du variant Delta dans une population partiellement vaccinée.

L’alternative pour les enfants n’est pas entre des mesures fortes de prévention dans les classes et une vie normale, mais entre ces mesures fortes et des dizaines de milliers de contaminations pédiatriques par jour qui désorganiseront de fait la scolarité des élèves – avec, pour des milliers d’entre eux, des conséquences sur la santé durables.

Prévenir le mal-être psychologique des élèves

L’anticipation, la mobilisation des familles et de la communauté éducative en amont de la rentrée, une information sur le risque adaptée à chaque âge, et un effort politique ambitieux pour expliquer et justifier les mesures de prévention, sont les meilleurs leviers à la fois pour contenir les contaminations et pour prévenir le mal-être psychologique des élèves.

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La réponse politique à la quatrième vague ne s’est pas saisie de ces enjeux. Le fardeau qui pèsera sur les enfants et les adolescents n’est pas nommé. On attend d’un jour à l’autre le protocole de sécurisation des établissements scolaires, annoncé début juillet. Mais il ne saurait de toute façon suffire à incarner la volonté politique dont la protection des enfants a aujourd’hui besoin.

Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, se disait sûr, le 8 juillet, que l’année à venir sera « plus normale » que la précédente. Comme l’ont souligné plus d’une centaine de scientifiques dans un appel récent publié dans The Lancet, laisser circuler le virus parmi les enfants et les adolescents serait à la fois un tort moral et une ineptie sanitaire.

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Mélanie Heard est enseignante-chercheuse en science politique. Elle anime le pôle santé du think tank social-démocrate Terra Nova.

Mélanie Heard(Politiste)

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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