Avec des règles différentes selon les pays, le passe sanitaire européen vire à l’imbroglio
Si aucun Etat n’a fermé ses frontières face à la propagation du variant Delta, les Etats du Nord sont plus exigeants que ceux du Sud. L’usage domestique du passeport vaccinal est également disparate, ce qui complique la vie des touristes.
Par Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen), Rémi Barroux, Jérôme Gautheret(Rome, correspondant), Thomas Wieder(Berlin, correspondant), Sandrine Morel(Madrid, correspondante), Jean-Baptiste Chastand(Vienne, correspondant régional), Serge Enderlin(Genève, correspondance) et Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen)Publié le 29 juillet 2021 à 06h00 – Mis à jour le 29 juillet 2021 à 08h54
Temps de Lecture 8 min.

Depuis que la pandémie de Covid-19 est apparue, l’Europe a bien du mal à gérer ses frontières intérieures de manière coordonnée. Sous la pression des pays du Sud, soucieux de sauver leur saison estivale après des mois de confinement et de restrictions qui ont mis leur économie à plat, les Vingt-Sept ont finalement mis en place, le 1er juillet, le certificat sanitaire européen, qui permet de savoir si son détenteur a été totalement vacciné il y a plus de quatorze jours, s’il a été testé négatif dans les soixante-douze heures pour un test PCR (quarante-huit heures pour un test antigénique) ou s’il a contracté le Covid-19 dans les six mois et possède donc encore des anticorps.
Dès lors qu’ils remplissent l’une de ces trois conditions et qu’ils sont munis du précieux sésame, les Européens peuvent, en théorie, voyager au sein de l’Union européenne (UE) sans se voir imposer de quarantaine et autres restrictions. Mais, comme souvent quand on parle d’Europe dans des domaines où les Etats membres sont maîtres de leurs choix – c’est le cas des frontières –, rien ne garantit que les déclarations de bonne volonté se transformeront en actes.
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Près d’un mois après l’entrée en vigueur du passe sanitaire, un tour d’Europe des pratiques des uns et des autres fait apparaître un bilan mitigé. Premier enseignement : aucun des Vingt-Sept n’a à ce jour fermé ses frontières, malgré la progression parfois fulgurante du variant Delta. Jusqu’ici, les grands pays comme la France et l’Allemagne n’ont pas cédé à la panique. Et si certains plus petits pays ont bien tenté de réduire l’accès à leur sol, ils se sont, dans la plupart des cas, ravisés.
Des pays touristiques peu tatillons
Le 9 juillet, Malte annonçait que, à compter du 14 juillet, seuls les touristes totalement vaccinés pourraient encore profiter des attraits de la petite île méditerranéenne. Le 13 juillet, le commissaire au marché intérieur, Thierry Breton, se déplaçait à La Valette et parvenait à convaincre le gouvernement de revenir sur sa décision. Helsinki avait aussi, au début de l’été, fermé ses frontières à tous ceux qui n’étaient pas résidents finlandais, avant de renouer avec des pratiques moins coercitives. Mais la Finlande a néanmoins renforcé les conditions attachées au certificat sanitaire européen : si son détenteur ne peut se prévaloir que d’un test, il devra en faire un autre dans les trois à cinq jours après son arrivée.
Ces entorses, en réalité – même si elles sont légales, puisque les Etats membres agissent à leur guise en matière de frontière –, se multiplient. Et elles ne facilitent pas la vie des touristes. Par exemple, les exigences sur le délai dans lequel le test doit avoir été fait, si l’on n’est pas vacciné, peuvent varier d’un pays à l’autre. Et la norme des soixante-douze heures l’est de moins en moins. Ainsi, aux Pays-Bas, pour échapper à la quarantaine, il faut présenter un test de moins de quarante heures. Et en France, Matignon a annoncé, le 17 juillet, un durcissement des conditions, avec l’exigence d’un test de moins de vingt-quatre heures pour les non-vaccinés en provenance du Royaume-Uni, d’Espagne, du Portugal, de Chypre, de la Grèce et des Pays-Bas.
De manière générale, les pays touristiques, comme l’Italie ou l’Espagne, sont les moins tatillons et respectent à la lettre le cadre du certificat sanitaire européen. Plus au nord, en revanche, instruits par l’expérience de l’été 2020, les pays s’inquiètent parfois de voir leurs ressortissants revenir du Sud, où la concentration des vacanciers est propice à la circulation du virus. Le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes, Clément Beaune, a plusieurs fois stigmatisé l’« imprudence » de l’Espagne et du Portugal, qui s’étaient ouverts aux Britanniques – en dehors de l’UE depuis le Brexit, la Grande-Bretagne n’est à ce jour pas sur la liste des pays extra-européens auxquels l’Union a ouvert ses frontières – dès le mois de mai, sans exiger ni test ni vaccin, avant de réintroduire des restrictions en juin face à la progression du variant Delta. « Ceux qui n’ont pas encore réservé leurs vacances, évitez l’Espagne, le Portugal dans vos destinations. C’est une recommandation sur laquelle j’insiste », déclarait sur France 2 Clément Beaune, le 8 juillet.
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En Allemagne, dont les citoyens sont très friands de vacances sur la côte espagnole, la situation ibérique inquiète aussi. Berlin vient d’ailleurs de décider de durcir les conditions d’entrée sur son territoire, afin notamment d’empêcher que les Allemands qui passent leurs vacances sur la côte méditerranéenne rapportent le virus avec eux. Depuis le 27 juillet, les voyageurs non immunisés venant d’une « zone à haut risque » – ce qui est le cas de l’Espagne – doivent observer une quarantaine de dix jours à leur arrivée en Allemagne. En clair, le test ne suffit plus. Et, dans les prochains jours – la date précise n’a pas encore été annoncée –, toute personne non vaccinée arrivant sur le sol allemand devra être munie d’un test négatif, même si elle a des anticorps attestant d’une guérison du Covid-19.
Règles diverses et changeantes
Autant de règles qui sont susceptibles d’évoluer au fil de l’été et de la situation sanitaire. Et dont, par ailleurs, la mise en œuvre peut rester aléatoire dans la mesure où les contrôles ne sont pas toujours au rendez-vous. Alors qu’il s’apprêtait à embarquer sur un vol Air France pour l’Allemagne, le 3 juillet, à l’aéroport de Roissy, Clément Beaune s’est offusqué que personne ne vérifie son passe sanitaire. Il est vrai qu’outre-Rhin, lors des vagues précédentes, les contrôles dans les aéroports n’ont jamais été systématiques, pas davantage que ceux concernant les quarantaines. En Italie, les contrôles aux frontières terrestres restent également très rares. Tout comme aux Pays-Bas, en Belgique ou en Suisse.
En Europe centrale et orientale, l’insouciance règne. Il faut dire que la région est pour l’instant largement épargnée par la quatrième vague de Covid-19. Seule la côte dalmate, en Croatie, voit une forte hausse des cas, due largement aux touristes : un tiers des patients hospitalisés actuellement à Split pour Covid-19 sont ainsi des étrangers.
D’ailleurs, Zagreb demande désormais aux touristes britanniques de fournir un test négatif, même s’ils sont vaccinés. Dans ce contexte, les contrôles aux frontières du passe sanitaire européen restent largement aléatoires dans la région, voire carrément inexistants. Le 27 juillet, la Hongrie de Viktor Orban a même ouvert ses frontières aux touristes russes, allant ainsi à l’encontre des recommandations de ses partenaires européens.
Pour le touriste européen qui souhaite voyager sur le continent, les règles sont donc aussi diverses que changeantes. Elles le sont tout autant en ce qui concerne les règles de vie au temps de la quatrième vague, d’un pays à l’autre, voire d’une région à l’autre. La France a été la première à exiger au niveau national la présentation du passe sanitaire pour accéder aux lieux de culture et de loisirs, et bientôt dans les restaurants et les bars. Elle le sera aussi en ce qui concerne les voyages en avion, en train et pour des trajets de longue distance en car.
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Aujourd’hui, plusieurs pays se sont engagés dans cette voie, mais les différences entre le Nord et le Sud sont moins nettes qu’en ce qui concerne les frontières. Les pays méditerranéens ne sont en effet pas les derniers à imposer des contraintes à leurs résidents. En Espagne, la Galice et les Canaries exigent le certificat sanitaire européen pour avoir accès à certaines activités de loisirs, comme les discothèques, voire les restaurants dans les zones les plus touchées par la pandémie. Au Portugal, les hôtels doivent demander à leurs clients de leur présenter leur certificat.
Durcissements dans l’air
L’Italie a, elle aussi, décidé de procéder à un durcissement des règles sanitaires : à compter du 6 août, pour les événements sportifs, parcs à thème, cinémas et salles de spectacle, ainsi qu’à l’intérieur des cafés et des restaurants – les terrasses restant accessibles à tous –, l’injection d’une dose de vaccin (ou un résultat de test négatif de moins de quarante-huit heures, voire un certificat de guérison de moins de six mois) sera nécessaire.
Certains scientifiques plaident pour un renforcement des mesures, s’inspirant des positions françaises, mais aucun responsable politique italien de premier plan, pour l’heure, ne s’est risqué à se prononcer en ce sens. A l’inverse, la contestation des restrictions reste cantonnée à l’extrême droite, qu’elle soit dans l’opposition (Fratelli d’Italia, de Giorgia Meloni) ou au sein de la majorité (La Ligue, de Matteo Salvini), qui essaie d’obtenir des inflexions dans le sens d’une plus grande tolérance envers les populations n’ayant pas encore été vaccinées.
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En Allemagne, si, dans quelques Länder, il suffit d’un masque pour entrer dans un restaurant et y manger, dans d’autres, il faut présenter un test négatif ou prouver que l’on est totalement vacciné. Là aussi, cependant, un durcissement est dans l’air. Alors que le ministre des affaires étrangères, Heiko Maas, avait appelé, début juillet, à une levée de toutes les restrictions d’ici à la fin du mois d’août, le chef de la chancellerie fédérale, Helge Braun, a annoncé, dimanche 25 juillet, que l’accès à certains lieux – restaurants, stades… – pourrait bientôt être réservé aux seules personnes totalement vaccinées. Pour l’heure, il ne s’agit toutefois que d’un projet, qui se heurte à de vives oppositions, notamment de la part d’Armin Laschet, candidat de la CDU-CSU à la chancellerie.
A l’inverse, dès lors qu’on est en Belgique ou aux Pays-Bas, à ce jour, le certificat sanitaire n’est demandé nulle part. De même, en Europe centrale et orientale, les contraintes sont, la plupart du temps, inexistantes ou très légères. L’exigence du passe sanitaire dans les lieux publics a été totalement levée en Hongrie. La Croatie a annoncé qu’il serait seulement demandé dans les évènements de plus de 50 personnes. Seule l’Autriche l’a rendu obligatoire dans les bars et les restaurants depuis le mois de mai.
Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen), Rémi Barroux, Jérôme Gautheret(Rome, correspondant), Thomas Wieder(Berlin, correspondant), Sandrine Morel(Madrid, correspondante), Jean-Baptiste Chastand(Vienne, correspondant régional), Serge Enderlin(Genève, correspondance) et Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen)
Covid-19 dans le monde : dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, reconfinements, records de contaminations et colère
La pandémie de Covid-19 resurgit un peu partout dans le monde. La situation est particulièrement dramatique dans les pays où les populations sont peu vaccinées, comme les Philippines et la Thaïlande.
Le Monde avec AFP et APPublié hier à 22h51, mis à jour à 11h45 https://www.lemonde.fr/international/article/2021/08/05/italie-le-passe-sanitaire-etendu-dans-les-transports-les-restaurants-et-pour-les-enseignants_6090661_3210.html?xtor=EPR-32280629-[a-la-une]-20210806-[zone_edito_1_titre_3]&M_BT=53496897516380
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Portée par une circulation toujours plus rapide du très contagieux variant Delta, la pandémie de Covid-19 resurgit un peu partout dans le monde. La situation est particulièrement dramatique dans les pays où les populations sont peu vaccinées, comme beaucoup d’Etats d’Asie, où des mesures de confinements et de couvre-feu sont en passe d’être réinstaurées.
Selon des données rapportées par l’Agence France-Presse (AFP), le nombre de nouveaux cas quotidiens dans le monde a augmenté de 68 % depuis la mi-juin, passant de 360 000 à plus de 600 000 personnes. Dans le même temps, le nombre de décès quotidiens, actuellement 9 350, n’a augmenté que de 20 % depuis le début de juillet.
Plus de 4 257 420 morts ont été recensés dans le monde depuis l’apparition du SARS-CoV-2 en Chine, à la fin de 2019, selon un comptage de l’AFP à partir de bilans officiels. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime, en prenant en compte la surmortalité directement et indirectement liée au Covid-19, que le bilan réel pourrait être deux à trois fois plus élevé.
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- Reconfinements, état d’urgence et colère en Asie du Sud-Est

Manille, capitale des Philippines, et sa région de 13 millions d’habitants vivent à nouveau sous confinement depuis jeudi. La mesure, qui s’applique aussi à trois autres régions limitrophes, sera en vigueur au moins jusqu’au 20 août. Les autorités politiques et sanitaires ont pris cette décision après que plus de 8 100 cas, dont 330 du variant Delta, ont été recensés, jeudi.
Désormais, seuls les entreprises et travailleurs de secteurs jugés essentiels pourront sortir, autrement que pour faire des courses ou du sport. Des patrouilles et des barrages de police quadrillaient les rues de Manille, vendredi, pour vérifier si chacun avait le droit de circuler, provoquant embouteillages et files d’attente.
La situation était encore plus chaotique la veille. Quelques heures avant le reconfinement, des milliers de personnes, venant parfois de l’extérieur de Manilles, ont afflué vers des centres de vaccination sans rendez-vous pour réclamer une dose après avoir lu en ligne que les personnes non vaccinées n’auraient plus de droit de sortir, ni d’avoir des allocations. Les autorités sanitaires ont rapidement dû démentir ces informations, tout en encourageant la population à se faire vacciner. Les difficultés d’approvisionnement, la réticence et le manque de confiance dans les vaccins disponibles font que seuls 12,2 millions de personnes ont reçu les deux doses sur une population de 108 millions.

Le constat est le même en Thaïlande. Après avoir réussi à passer la fin de l’année 2020 avec un faible nombre de cas, le pays enregistre des records réguliers de contaminations (21 000, ainsi 160 morts dans la journée de jeudi). Dans une population de 70 millions d’habitants, seuls 4 millions ont été complètement vaccinés.
A Bangkok, où un couvre-feu est en vigueur depuis plusieurs semaines, les hôpitaux commencent à perdre pied. En témoignent les conteneurs réfrigérés loués par les morgues pour stocker les corps des victimes. Critiqué pour sa gestion de la crise, le gouvernement du premier ministre, Prayut Chan-o-cha, promet de distribuer davantage de doses d’ici à la fin de l’année.

La Malaisie subit également des records de cas quotidiens, avec plus de 20 000 pour la seule journée de jeudi, et ce malgré avoir reconfiné tout le pays depuis le 1er juin. Là aussi, le gouvernement du premier ministre, Muhyiddin Yassin, est accusé d’être responsable de la dégradation par sa mauvaise gestion. Si la situation vaccinale du pays est meilleure que celle de ces voisins (environ un tiers des 32 millions d’habitants ont reçu les deux doses, selon les chiffres officiels), le gouvernement a quand même approuvé l’utilisation du vaccin de Moderna dans les situations d’urgence.Décryptage : Les vaccins contre le Covid-19, nouvelle arme diplomatique de la Chine
- Le passe sanitaire entre en vigueur en Italie

Le passe sanitaire, ou « green pass » en Italie, était déjà obligatoire pour les soignants. Il le sera, à partir de vendredi, pour les enseignants, les étudiants des universités, les usagers des transports publics – dont les vols intérieurs, les ferrys et les lignes de train longue distance –, ainsi que les clients des cinémas, des musées et des restaurants, mais uniquement en salles.
Il sera délivré aux personnes ayant reçu l’intégralité des doses de vaccin, n’ayant reçu que la première dose et ayant guéri du Covid-19, ou encore à celles qui ont obtenu un test négatif dans les quarante-huit heures précédentes.
D’après des médias locaux, celles et ceux qui n’auraient pas de « green pass » pendant cinq jours seront suspendus et leur salaire sera gelé. Selon le gouvernement italien, plus de 86 % des personnels des établissements scolaires ont été vaccinés. L’Italie a été le premier pays européen à obliger les médecins et le personnel soignant des secteurs public et privé à se faire vacciner, sans que cela provoque vraiment de débat.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Passe sanitaire : le passage obligé pour les restaurateurs et les gestionnaires de centres commerciaux
- Un confinement strict de trois jours dans une partie de la Libye
Le gouvernement libyen, qui contrôle le centre et l’ouest du pays, dont la capitale, Tripoli, a annoncé un confinement strict de trois jours, de 7 au 9 août. L’est et le sud de la Libye, contrôlés de facto par les forces du maréchal Khalifa Haftar, ne sont pas concernés par les mesures prises par le gouvernement de transition basé à Tripoli. Depuis le début de la pandémie, le pays de quelque sept millions d’habitants, où les infrastructures sanitaires ont été anéanties par une décennie de conflits, a officiellement recensé 262 948 cas de contamination, dont 3 663 décès.
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Le Monde avec AFP et AP