Des patients jeunes qui n’ont pas de comorbidité et qui ne sont pas vaccinés en réanimation. 

Covid-19 : en France, des patients plus jeunes en réanimation

Un net rajeunissement des personnes admises à l’hôpital s’observe un peu partout en France depuis quelques semaines. Ces patients jeunes n’ont pas de comorbidité et ne sont pas vaccinés. 

Par Delphine RoucautePublié le 03 août 2021 à 05h17 – Mis à jour le 03 août 2021 à 20h12  

Temps de Lecture 6 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/03/covid-19-le-profil-des-patients-hospitalises-rajeunit_6090367_3244.html

Le personnel médical de l’hôpital universitaire de Strasbourg traite une patiente en soins intensifs, le 28 juillet 2021.
Le personnel médical de l’hôpital universitaire de Strasbourg traite une patiente en soins intensifs, le 28 juillet 2021. FREDERICK FLORIN / AFP

Lorsque le cortège de manifestants protestant contre l’extension du passe sanitaire est passé devant le centre hospitalier de Narbonne (Aude), samedi 31 juillet, Serge Brelit, le chef du pôle urgence, n’a pas pu s’empêcher de penser que la situation avait un côté absurde. Devant lui, dans la rue, des slogans appelant à ne pas être les cobayes de la vaccination. Derrière lui, à l’hôpital, une unité Covid-19 déjà saturée.

Parmi ses patients contaminés par le virus, aucun n’avait été vacciné, sauf une personne de 84 ans – une situation dans laquelle les autorités sanitaires françaises estiment qu’une troisième dose de vaccin serait justement nécessaire. Dans le service de médecine, 27 patients occupent les lits rouverts en urgence fin juillet et prévus pour 26 personnes. La moyenne d’âge est de 61 ans, contre plus de 70 ans lors des précédentes vagues. En réanimation, celle des 6 patients, tous en état grave, est même de 55 ans. « C’est vertigineux », souffle Serge Brelit. Il s’agit de personnes sans comorbidités particulières, à part peut-être de légers surpoids.

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« On n’est qu’au début de la quatrième vague, mais on a l’impression que les patients ont globalement rajeuni. On voit beaucoup de personnes actives, ce qui n’était pas forcément le cas avant », constate de son côté Béatrice Riu, chef du service de réanimation de l’hôpital Purpan, au CHU de Toulouse (Haute-Garonne), qui compte déjà 89 patients atteints de Covid-19, dont 35 en soins critiques. Dans son service, qui accueille les cas les plus graves, la moyenne d’âge avoisine les 50 ans. La semaine dernière, elle a admis deux jeunes femmes enceintes.

Des personnes actives, des femmes enceintes…

INFOGRAPHIE LE MONDE

Ce net rajeunissement des personnes admises à l’hôpital pour Covid-19 s’observe un peu partout en France depuis quelques semaines. L’âge médian des personnes nouvellement hospitalisées était de 56 ans du 19 au 25 juillet, selon les dernières données de Santé publique France (SPF), alors qu’en janvier, le pic avait été atteint autour de 75-80 ans. Concernant les nouvelles admissions en services de soins critiques, la diminution est un peu moins marquée, avec un âge médian de 57 ans, contre un pic autour de 65-75 ans en février. Un rajeunissement continu depuis six mois, qui s’accentue en ce mois de juillet. « Ces données sont à mettre en parallèle avec la couverture vaccinale chez les personnes plus âgées et un taux d’incidence bien plus élevé chez les personnes plus jeunes ces dernières semaines », expliquait l’Agence nationale de santé publique, lors d’un point presse vendredi.

Les remontées de terrain vont en effet pour le moment dans le sens d’une réelle efficacité de la vaccination face au variant Delta. « La couverture vaccinale en Ehpad et chez les personnes âgées est conséquente, donc ce sont des personnes que l’on ne retrouve plus à l’hôpital. Ce qui, mathématiquement, explique la baisse d’âge », analyse Serge Brelit. Les chiffres sont éloquents : le taux de vaccination diminue avec l’âge. Quand près de 90 % des 75-79 ans ont reçu un schéma vaccinal complet, ce taux tombe à environ 45 % chez les 18-39 ans. Les résidents d’Ehpad, eux, sont plus de 85 % à avoir reçu leurs deux doses. Et, depuis trois semaines, le taux d’hospitalisation « semble avoir débuté plus précocement chez les moins de 70 ans », peut-on lire dans le point épidémiologique de SPF de jeudi.

Très attendue, une note de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a confirmé, vendredi, l’efficacité des vaccins pour éviter les admissions à l’hôpital. « La proportion des personnes non vaccinées parmi celles entrées en hospitalisation conventionnelle ou en soins critiques est très largement majoritaire » : elle s’établit à près de 85 %, révèle la Drees. « La seule bonne nouvelle de cette quatrième vague est que les vaccinés ne sont pas en soins critiques. Donc, d’une certaine manière, on a un peu gagné le pari de la vaccination », essaie de relativiser Béatrice Riu.

Outre la vaccination, le deuxième facteur expliquant la hausse des hospitalisations chez les plus jeunes est l’incidence très forte dans cette classe d’âge – plus de 600 cas pour 100 000 personnes au niveau national. La situation est d’autant plus tendue dans les départements où l’épidémie s’emballe : c’est notamment le cas dans ceux du pourtour méditerranéen, qui dépassent tous les 450 nouveaux cas pour 100 000 habitants (sauf le Gard, à 339). Hugues Aumaître, chef du service maladies infectieuses du centre hospitalier de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, évoque une « hyperépidémie » dans ce territoire, qui est le plus précocement touché par la quatrième vague. « On n’a jamais eu une incidence aussi forte couplée à une si grande population, donc la situation est très inquiétante pour le mois d’août », souligne le médecin. Chaque été, la population du département double sous l’afflux des touristes. Une situation explosive dans un territoire où le taux d’incidence atteint déjà 581 cas pour 100 000 habitants.

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Jusque-là, les admissions à l’hôpital étaient majoritairement portées par les résidents. Mais de plus en plus de touristes contaminés sur place viennent occuper les lits perpignanais : leur hébergement saisonnier empêche d’envisager des prises en charge à domicile qui auraient permis de désengorger les services hospitaliers. Une difficulté supplémentaire, alors que « les réas et les urgences sont remplies par les accidentés de la route », ajoute Hugues Aumaître, qui ne se rappelle pas en avoir vu autant depuis vingt ans. « Il faut continuer à vacciner, mais l’impact sur l’évolution de l’épidémie n’interviendra pas avant trois semaines, donc les mesures barrières sont essentielles à respecter », rappelle le praticien hospitalier.

« Population cible du variant Delta »

A l’extrémité septentrionale du territoire, au CHU de Lille, dans le Nord, Marc Lambert, responsable de l’unité Covid-19, observe la situation méditerranéenne sans trop d’illusions. « Il faut s’attendre à ce que les vacanciers qui vont rentrer chez eux en août ramènent le virus. On sera fixés dans une dizaine de jours », anticipe-t-il. Si les hospitalisations sont pour l’instant stables au CHU de Lille, il observe lui aussi un rajeunissement des patients.

« Il y a un bénéfice individuel à la vaccination des jeunes, on ne se vaccine pas que pour les autres » – Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital de Garches

« Lors des précédentes vagues, les plus de 50 ans avaient conscience de leur fragilité et leur niveau de sociabilité était moindre que les plus jeunes. Ceux-ci n’ont pas conscience d’être désormais la population cible du variant Delta. Ils vont certes développer des formes moins graves, mais un certain nombre va finir à l’hôpital », prévient-il. Une expérience qu’il ne souhaite à personne : « Etre hospitalisé, c’est risquer d’autres infections que celle pour laquelle on a été admis. Et la réa, c’est l’enfer dans une vie. C’est un passage traumatique à l’hôpital. »

Dans la petite couronne parisienne, les taux d’incidence n’ont pas encore dépassé les 200 cas pour 100 000 habitants. Mais à l’hôpital de Garches, dans les Hauts-de-Seine, on refuse déjà des patients atteints de Covid-19. Dans les différents services, leur moyenne d’âge est de 44,8 ans, alors qu’elle était de 58 ans pendant la deuxième vague et de 62 ans pendant la première. « Il y a une leçon à tirer de cette situation : il y a un bénéfice individuel à la vaccination des jeunes, on ne se vaccine pas que pour les autres », insiste Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital. Pour lui, la priorité actuelle, ce n’est pas tant de vacciner les 5 millions de personnes âgées et vulnérables qui n’ont toujours pas reçu d’injection, mais plutôt les jeunes qui se contaminent à cause de leurs brassages sociaux. « Le virus va traverser les générations. Est-ce qu’on veut être acteur de cette épidémie grâce à la vaccination, ou est-ce qu’on veut laisser se faire les choses passivement ? », interroge le médecin.

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Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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