Italie : le passe sanitaire étendu dans les transports, les restaurants et pour les enseignants
Le « passe vert » italien sera obligatoire dès vendredi pour entrer dans les salles de cinéma, les musées et les salles de sport, ou encore pour manger au restaurant à l’intérieur de l’établissement.
Le Monde avec AFP
Publié le 4 Août
L’Italie semble se caler sur le modèle de son voisin français pour l’usage du passeport vaccinal. Le gouvernement italien a rendu, jeudi 5 août, le passe sanitaire obligatoire pour les enseignants, les usagers des transports publics – dont les vols intérieurs, les ferries et les lignes de train longue distance –, ainsi que les clients des restaurants.
Le « passe vert », extension du certificat Covid-19 numérique de l’Union européenne (UE), sera obligatoire dès le 6 août pour entrer dans les salles de cinéma, les musées et les salles de sport, ou encore pour manger au restaurant à l’intérieur de l’établissement. Il deviendra obligatoire pour les passagers des vols intérieurs, des trains longue distance et de certains ferries à partir du 1er septembre.
Lire aussi En Italie, l’obligation vaccinale des personnels soignants ne fait pas débat
Le passe prouvera que son détenteur a été vacciné avec au moins une dose, s’est rétabli après avoir été malade du Covid-19 au cours des six derniers mois ou dont un test virologique s’est révélé négatif au cours des dernières 48 heures. Le personnel des établissements scolaires et des universités, ainsi que les étudiants des universités, devront être munis du passe sanitaire. Les enseignants ne disposant pas du passe sanitaire pendant cinq jours d’affilée seront suspendus et leur salaire sera gelé, ont souligné les médias italiens.
86 % du personnel des établissements scolaires vacciné
Le ministre de l’éducation, Patrizio Bianchi, a précisé lors d’une conférence de presse que plus de 86 % du personnel des établissements scolaires avait été vacciné et que ce chiffre devrait approcher les 90 %. Le ministre de la santé, Roberto Speranza, a appelé les familles à faire vacciner les enfants âgés de plus de 12 ans, et ajouté que les adolescents auraient accès à des tests de détection rapide à prix réduit.
Roberto Speranza a déclaré que le passe sanitaire, qui a suscité des mouvements de protestation dans certains quartiers, était crucial pour juguler la hausse du nombre des contaminations et appelé les Italiens à se faire vacciner.
Article réservé à nos abonnés
Lire aussi Venise mise sur le « green pass » italien pour lancer sa saison touristique estivale
« Les chiffres sont encourageants, avec 70 millions de doses administrées », a souligné le ministre. Le recours au passe sanitaire « évitera les fermetures et protégera la liberté », a-t-il argumenté. La période d’isolement imposée à ceux qui ont été testés positifs ou ont été en contact avec un malade du Covid-19 est réduite de 10 à 7 jours pour ceux qui ont été vaccinés.
L’Italie a été le premier pays européen à obliger les médecins et le personnel soignant des secteurs public et privé à se faire vacciner. Les non vaccinés se voient interdire de travailler en contact avec les patients. Un groupe de 300 soignants italiens sont allés en justice pour tenter d’obtenir une annulation de cette obligation.
Le Monde avec AFP
En Italie, l’obligation vaccinale des personnels soignants ne fait pas débat
Le pays compterait seulement 45 000 travailleurs sanitaires réfractaires à la vaccination, sur un total de près de 2 millions, soit à peine 2,3 %. En Calabre, seize personnels soignants récalcitrants ont été suspendus de leurs fonctions jusqu’au 31 décembre.

La Calabre a été la première région à sévir, et les « victimes » sont au nombre de seize : jeudi 24 juin, quinze travailleurs sanitaires de la province de Reggio de Calabre et un vétérinaire de celle de Catanzaro (en Calabre également) ont été suspendus de leurs fonctions jusqu’au 31 décembre en raison de leur refus de se soumettre à la vaccination. Leur salaire ne leur sera plus versé jusqu’à cette date, sauf si ceux-ci changent d’avis.
Pour Gianluigi Scaffidi, le commissaire extraordinaire dirigeant l’autorité sanitaire de Reggio de Calabre – d’ordinaire, en Italie, le domaine de la santé est du ressort des régions mais la Calabre a été placée sous tutelle de l’Etat depuis 2010 en raison de suspicions de corruption et d’infiltration mafieuse –, cette décision est une simple mesure de bon sens : « On ne peut pas demander à toute la population de se faire vacciner et permettre aux soignants de se soustraire à ce devoir social. » « Conformément à la loi, précise le commissaire extraordinaire, nous avons commencé par des mises en demeure, les invitant à se vacciner. Certains ont donné suite à la demande et se sont tout de suite soumis au vaccin. Mais d’autres ont continué à faire semblant de rien… »
Pas de licenciements prévus
Ces décisions administratives, qui sont inédites en Italie, ont été rendues possibles par le décret n° 44, pris le 1er avril dernier, et entré en vigueur le 1er juin, qui introduit une obligation de vaccination « pour les personnels sanitaires et les opérateurs exerçant leur activité dans les structures sanitaires et sociosanitaires publiques et privés, dans les pharmacies, les parapharmacies et autres locaux ».
Le décret n° 44 prévoit que les réfractaires à la vaccination commenceront par recevoir des mises en demeure. S’ils refusent toujours la vaccination, ils pourront être affectés – si cela est possible – à d’autres fonctions sans contact avec le public. Et c’est seulement en dernier ressort que ceux-ci pourront être placés d’office en congés sans solde jusqu’au 31 décembre (terme théorique du décret). En revanche, la possibilité de procéder à des licenciements n’est pas prévue.
Ainsi donc, le gouvernement italien souhaite-t-il continuer à miser sur les incitations plutôt que sur la contrainte et le conflit ouvert. Par ailleurs, le ministre de la santé, Roberto Speranza, a rappelé à plusieurs reprises que le gouvernement n’avait pas l’intention d’étendre cette obligation à l’ensemble de la population, et resterait réservé aux personnels sanitaires et assimilés.
Un résultat impressionnant
Pour l’heure, cette politique a porté ses fruits : selon les estimations du gouvernement, les non-vaccinés seraient seulement 45 000, pour un total de près de 2 millions de travailleurs sanitaires et assimilés, soit un pourcentage de réfractaires d’à peine 2,3 %. Les statistiques gouvernementales précisent que les médecins ne représentent qu’à peine 0,2 % de ce chiffre – autrement dit : les médecins antivaccins ne seraient pas plus d’une centaine dans tout le pays.
Ce résultat est d’autant plus impressionnant que l’Italie avait vu prospérer depuis une dizaine d’années les mouvements antivaccins, sur fond de complotisme et de rejet des grands groupes pharmaceutiques. Ce discours, porté notamment par le Mouvement 5 étoiles, avait été un des instruments de son succès aux élections législatives de 2018. La Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) avait, elle aussi, affirmé à plusieurs reprises son opposition aux obligations vaccinales, au nom des libertés individuelles. Aujourd’hui, ces discours sont devenus complètement inaudibles dans le champ politique italien.
