Les fausses informations sur les vaccins relevées par Mediapart

Vaccins Covid-19 : pour s’y retrouver face aux fausses informations

5 AOÛT 2021 PAR ROZENN LE SAINT

https://www.mediapart.fr/journal/france/050821/vaccins-covid-19-pour-s-y-retrouver-face-aux-fausses-informations?onglet=full

Sur la vaccination contre le Covid-19, les fausses informations et approximations hasardeuses circulent sur les réseaux sociaux, dans les manifestations contre le passe sanitaire et parfois même dans les rangs du gouvernement. Mediapart démêle le vrai du faux.

Chaque samedi depuis la première manifestation d’ampleur contre le passe sanitaire, Mediapart est allé à la rencontre de celles et ceux qui refusent que la vaccination soit ainsi indirectement imposée, parfois par crainte de possibles effets indésirables. 

Le sujet est complexe, les questions, nombreuses, les informations vérifiées sont primordiales pour s’y retrouver dans cet univers scientifique où chacun a tendance à s’improviser épidémiologiste… À commencer par Emmanuel Macron. 

Le président de la République répond aux questions des jeunes internautes sur le vaccin contre le Covid-19 sur les réseaux sociaux depuis le 1er août, pour contrer les « fausses informations » et « fausses rumeurs ».

Mediapart reprend une à une les principales raisons évoquées par les hésitants ou réfractaires à la vaccination contre le Covid-19 pour justifier leur position, et apporte son éclairage journalistique, en renvoyant à de précédents articles pour davantage de précisions.Une fiole de vaccin Pfizer BioNTech contre le Covid-19 dans un centre de vaccinations à Briançon, le 28 janvier 2021. © Photo Thibaut Durand / Hans Lucas via AFPUne fiole de vaccin Pfizer BioNTech contre le Covid-19 dans un centre de vaccinations à Briançon, le 28 janvier 2021. © Photo Thibaut Durand / Hans Lucas via AFP

« Je n’ai pas confiance en cette nouvelle technologie, l’ARN messager, une thérapie génique »

« Je ne me ferai pas vacciner avec une technologie nouvelle comme l’ARN messager, à la limite j’accepterais un vaccin à l’ancienne comme celui que Sanofi prépare », confie Jeff, « gilet jaune » qui bat le pavé parisien contre le passe sanitaire, le 17 juillet.

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En réalité, l’ARN messager, sur lequel reposent les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, a été découvert en 1961. Les vaccins à ARN messager avaient déjà été testés contre d’autres maladies par le passé, même s’ils n’avaient jamais été commercialisés. « Ils ont été évalués dans le cadre d’essais cliniques destinés à lutter contre Ebola et Zika. Simplement, l’épidémie a disparu avant qu’ils puissent être mis sur le marché », précise Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses au CHU Henri-Mondor de Créteil. Si ce sont les deux premiers vaccins à avoir été autorisés en Europe, c’est aussi parce qu’ils reposent sur une technologie plus rapide à concevoir et à produire que les vaccins traditionnels.

Les réfractaires à la vaccination voient souvent passer sur les réseaux sociaux qu’il ne s’agit pas d’un vaccin mais d’une « thérapie génique » qui modifierait l’ADN, voire « qui contiendrait de l’ADN humain, des fœtus avortés », croit savoir Christine, gilet jaune de 57 ans. 

« L’ARN du vaccin ne se retrouvera même pas à proximité de votre ADN (…). La technologie de vaccination à ARN n’est absolument pas une thérapie génique, cela n’a rien à voir. L’ARN n’a d’ailleurs pas grand-chose à voir tout court avec de l’ADN. Alors que l’ADN est fait pour durer, l’ARN n’est qu’un petit message éphémère extrêmement fragile qui ne résistera pas longtemps à la température de votre corps ainsi qu’à vos enzymes, les RNases, qui ont pour unique objectif dans la vie que de le découper en mille morceaux », explique Océane Sorel, docteure en virologie, vidéo à l’appui.

Cette disparition rapide de l’ARN devrait à l’inverse rassurer celles et ceux qui craignent qu’il provoque des effets indésirables tardifs, des mois, voire des années plus tard.

« Un vaccin développé en si peu de temps ne peut pas être sûr »

« Je refuse qu’on m’injecte un produit fait à l’arrache », confie Laurence, 53 ans, alors qu’elle manifeste contre le passe sanitaire, le 17 juillet, à Paris. Ce qui est vrai, c’est qu’on n’a jamais découvert un vaccin en si peu de temps. 

Mais on n’a jamais autant investi non plus en recherche et développement pour en trouver un. Or plus on met les moyens, plus on cherche, et plus on trouve. Cet investissement sans précédent, à hauteur de 5,4 milliards de dollars selon Policy Cures Research, est la principale explication. 

Par ailleurs, les laboratoires ne sont pas partis de zéro. Ils ont réutilisé des technologies vaccinales déjà testées pour d’autres maladies, ce qui a permis un gain de temps de recherche considérable. 

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Généralement, l’industrie pharmaceutique attend les résultats des premières phases de ses expérimentations pour passer aux suivantes : des tests sont d’abord menés sur des animaux puis sur un petit groupe d’humains pour vérifier la sûreté et l’efficacité de ses produits. 

Face à l’urgence de cette pandémie, l’aide publique a été telle que les laboratoires ont conduit les toutes premières étapes de la recherche en parallèle plutôt que successivement. Le but ? Une fois la dangerosité immédiate du produit écartée, atteindre le plus rapidement possible la phase finale des expérimentations, la phase 3, celle à large échelle, sur plusieurs milliers de personnes. Elle permet notamment de détecter d’éventuels effets indésirables plus rares. Grâce à cela, on a pu raccourcir le temps de recherche de ce vaccin, qui dure habituellement des années. 

« Le vaccin n’est pas sûr, il a seulement une autorisation de mise sur le marché conditionnelle »

Face à l’ampleur de la pandémie, l’Agence européenne des médicaments (AEM) a eu recours à une procédure accélérée de mise sur le marché prévue en cas d’urgence. Elle a évalué les bilans intermédiaires des tests réalisés par les firmes pharmaceutiques quelques mois après le lancement de la dernière étape des essais cliniques. Celle-ci a débuté en juillet 2020 pour le peloton de tête des firmes lancées dans cette course mondiale aux vaccins.  

L’examen des données par la police sanitaire européenne lui a permis d’émettre une autorisation de mise sur le marché (AMM) dite conditionnelle aux vaccins contre le Covid-19, à commencer par le premier homologué, celui de Pfizer-BioNTech, en décembre 2020. 

Le fait que « cette AMM [soit] conditionnelle » est un des arguments de Fabrice Di Vizio, avocat en santé publique connu pour être le défenseur de Didier Raoult, pour s’élever contre les inégalités induites par le passe sanitaire lorsqu’il défile aux côtés de Florian Philippot, président des Patriotes, ex-numéro deux du FN.

Cette AMM conditionnelle « permet l’autorisation de médicaments qui répondent à un besoin médical non satisfait avant que des données à long terme sur l’efficacité et la sécurité ne soient disponibles. Cela est possible uniquement si les bénéfices de la disponibilité immédiate du médicament l’emportent sur le risque inhérent au fait que toutes les données ne sont pas encore disponibles », précise l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

« Une AMM conditionnelle est accordée pour un an et peut être renouvelée (…). Lorsque les autorités européennes ont reçu et évalué toutes les données complémentaires exigées, l’AMM conditionnelle peut être convertie en une AMM standard », précise l’ANSM. Martine Wonner (ex-LREM), Fabrice Di Vizio (avocat en santé publique), Florian Philippot (Les Patriotes) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), à l'avant du cortège de la manifestation anti-passe sanitaire du 17 juillet. © RLSMartine Wonner (ex-LREM), Fabrice Di Vizio (avocat en santé publique), Florian Philippot (Les Patriotes) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), à l’avant du cortège de la manifestation anti-passe sanitaire du 17 juillet. © RLS

« Le vaccin est encore en phase expérimentale »

C’est vrai, les dizaines de milliers de volontaires engagés dans les essais cliniques sont toujours suivis. Mais ce n’est pas inquiétant pour autant. Pour évaluer l’efficacité et la sûreté d’un produit de santé, le producteur doit réaliser plusieurs phases d’essais cliniques, dont la dernière est la phase 3. Des bilans intermédiaires sont dressés pour vérifier l’innocuité et l’efficacité du produit.

Cette phase 3 n’est pas terminée, même si le produit est mis sur le marché, ce qui est habituel pour les produits de santé innovants. Les firmes ont déjà présenté des données suffisamment solides pour prouver l’efficacité et la sécurité de leurs vaccins afin d’obtenir le droit de les commercialiser.

Le processus d’homologation est complexe. Même Olivier Véran, ministre de la santé, s’y perd. « Parmi les “fake news” que l’on entend, il y aurait celle qui consiste à dire que le vaccin serait encore en cours d’expérimentation, c’est absolument faux. La phase 3 est terminée depuis des mois, elle est validée », a-t-il lâché le 2 juillet, lors d’une conférence de presse.

En réalité, Moderna a prévu de clore son essai clinique le 27 octobre 2022 et Pfizer-BioNTech, le 2 mai 2023. Si l’évaluation se poursuit, c’est surtout pour mesurer la durée de protection du vaccin face au Sars-CoV-2 et ses variants, et donc son efficacité à moyen terme. Cela permet aux laboratoires de définir si une dose de rappel est nécessaire et, le cas échéant, combien de temps après les injections initiales. Garlan, le 31 mai 2021, une infirmière prépare une seringue du vaccin Pfizer-BioNtech contre le Covid-19. © Photo Fred Tanneau / AFP

Garlan, le 31 mai 2021, une infirmière prépare une seringue du vaccin Pfizer-BioNtech contre le Covid-19. © Photo Fred Tanneau / AFP

« Je crains les effets secondaires d’un vaccin pour lequel on manque de recul »

Comme pour tous les produits de santé, il est malheureusement impossible de connaître tous les effets indésirables rares avant leur utilisation grandeur nature, une fois qu’ils ont été administrés à des centaines de milliers de personnes, puisque par définition ces réactions surviennent dans une infime proportion de cas, parfois un sur 100 000.

Pour autant, les experts de la vaccination ne s’inquiètent pas d’un « manque de recul »souvent brandi par les réfractaires au vaccin. Les effets secondaires surviennent généralement à très court terme, dans les premiers jours ou semaines après l’injection : on dispose rapidement du recul nécessaire.

On compte pour cela sur un autre outil classique de surveillance des effets secondaires, qui intervient après la commercialisation : la pharmacovigilance. Elle prend le relais en faisant remonter par les personnes vaccinées, leurs proches et les soignants les cas d’effets indésirables survenus à la suite des piqûres. Des experts des agences du médicament enquêtent ensuite sur le lien de cause à effet possible entre les symptômes et le produit. 

En cas de découverte d’une causalité possible entre des effets indésirables et un produit, les autorités sanitaires peuvent alors préconiser d’en suspendre l’utilisation. D’ailleurs, c’est ce que l’EMA a fait, temporairement, pour le vaccin AstraZeneca, le temps de réévaluer la balance bénéfice-risque à la lumière des nouvelles données sur les réactions découvertes. 

C’est un système d’alerte a posteriori classique. Comme 4,25 milliards de doses de vaccins anti-Covid-19 ont déjà été administrées, cela réduit les risques d’être passé à côté de rares effets indésirables graves depuis les premières injections réalisées fin 2020.

« J’ai davantage peur de mourir des effets secondaires du vaccin que du Covid-19 »

Des chiffres faramineux de possibles morts d’effets indésirables du vaccin Covid-19 circulent : c’est le résultat d’une addition de l’ensemble des décès rapportés dans les jours qui ont suivi une injection, que le lien entre la vaccination et l’effet ait été établi ou non. 

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En réalité, en France, en tout, 13 morts des suites de thromboses atypiques rares avec un lien avéré avec une vaccination à l’AstraZeneca ont été dénombrés à la suite des enquêtes de pharmacovigilance menées.

Dans le contexte épidémique, avec un virus qui fait essentiellement des dégâts chez les plus âgés et qui a causé plus de 112 000 morts en France, les autorités françaises ont estimé que les bénéfices attendus de ce vaccin étaient supérieurs aux risques pour les plus de 55 ans. 

En revanche, l’ANSM n’a identifié aucun décès en France directement lié au vaccin Pfizer-BioNTech ou Moderna. Leurs possibles effets indésirables sont aussi sous haute surveillance : l’agence a indiqué le 19 juillet que de très rares cas de myocardite et de péricardite, des inflammations de la région cardiaque, ont été signalés, principalement « dans les 14 jours suivant la vaccination ».

Dans un courrier adressé aux professionnels de santé, elle évoque « une possible association causale » entre les vaccins à ARN-messager contre le Covid-19 et la survenue de ces myocardites et péricardites. L’agence suggère de « conseiller aux personnes vaccinées de consulter immédiatement un médecin en cas de douleurs thoraciques, d’un essoufflement ou de palpitations »

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Par ailleurs, quels que soient les vaccins anti-Covid, ils peuvent provoquer de très rares cas de réactions allergiques graves, dites anaphylactiques, de l’ordre de 0,2 cas pour 100 000 piqûres. Ces réactions surviennent dans les minutes qui suivent l’injection, d’où le quart d’heure d’observation requis. En cas de choc anaphylactique, l’administration d’adrénaline immédiate empêche d’éventuelles séquelles. 

Ce qui inquiète aussi Gaëlle, gilet jaune de la première heure, c’est « qu’on ne puisse pas se retourner contre les fabricants en cas de survenue d’effets indésirables. Ça n’inspire pas confiance ». Les fabricants de vaccins Covid-19 ont effectivement signé des clauses avec les pouvoirs publics pour que les États prennent en charge les indemnisations en cas de survenue d’effets indésirables, sauf si la faute du laboratoire est établie.

« Les vaccins ne sont pas efficaces, ils n’empêchent pas de tomber malade »

Même si l’efficacité des vaccins contre le Covid-19 est très élevée, elle n’est pas de 100 % : une personne entièrement vaccinée a quand même un risque, très faible, de tomber malade du Covid-19. 

Ceux à ARN-messager, de Pfizer-BioNTech et Moderna, préviennent la survenue de symptômes de la maladie à plus de 90 % en cas d’infection par la souche initiale ou le variant britannique du Sars-CoV-2, et même si l’efficacité semble un peu moindre face au variant Delta, elle reste importante.

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Les vaccins anti-Covid-19 préviennent très bien la survenue de formes graves de la maladie. D’ailleurs, la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) estime que pendant la période du 31 mai au 11 juillet, les patients complètement vaccinés ne représentaient que 7 % des admissions en hôpital pour Covid-19 en France. 

Les plus âgés, qui ont eu accès plus tôt à la vaccination en France, sont plus nombreux à être protégés. En proportion, les hôpitaux voient arriver des patients Covid-19 plus jeunes depuis six mois. Du 19 au 25 juillet, l’âge médian des personnes nouvellement admises était de 56 ans selon Santé publique France. En janvier, quand la campagne de vaccination démarrait tout juste, le pic avait été atteint autour de 75-80 ans.

« Les vaccins ne servent à rien puisque les vaccinés transmettent quand même le virus »

La situation sanitaire en Israël, pays qui a massivement vacciné sa population en premier, est scrutée de près. Début juillet, un chiffre a circulé et a pu inquiéter quant à l’efficacité vaccinale, de prime abord : 40 à 50 % des nouveaux cas de Sars-CoV-2 concerneraient des personnes complètement vaccinées, selon l’ancien directeur général de la santé de l’État hébreu. 

Rien de surprenant, finalement. C’est mathématique. Plus la proportion de vaccinés est importante, plus elle augmente dans celle des nouveaux contaminés. Là encore, l’efficacité du vaccin contre la transmission n’est pas totale : les vaccinés peuvent quand même être infectés et contagieux, contrairement au raccourci exposé par Jean Castex, premier ministre, sur TF1 le 13 juillet, quand il a affirmé que  « les analyses faites sur ces personnes [qui ont reçu deux doses] montrent qu’en réalité elles n’ont plus de chance d’attraper la maladie ».

▶🔴 #COVID19Franceet #vaccination: les personnes vaccinées n’auront plus à s’isoler si elles sont cas contacts, assure @JeanCASTEXdans #LE13Hde @TF1@LCIhttps://t.co/OCC41zPBjvpic.twitter.com/Fm2imydw8c— TF1LeJT (@TF1LeJT) July 21, 2021

Jean Castex sur TF1, le 13 juillet. © TF1LeJT

Des personnes infectées par le Sars-CoV-2 – qui seraient tombées malades si elles n’étaient pas vaccinées – peuvent être porteuses du virus sans présenter de symptômes.

Néanmoins, la charge virale est alors moins élevée : « On observe une diminution de la concentration du virus et de sa durée de sécrétion. Ce n’est pas blanc ou noir, les risques de transmission sont moindres mais pas nuls », précise Jean-Daniel Lelièvre, expert en immunologie auprès de la Haute Autorité de santé.

 « Je fais davantage confiance à mes anticorps naturels »

« J’ai eu le Covid-19 en mars 2020. Les tests sérologiques que j’ai réalisés sont positifs, ils montrent que j’ai encore des anticorps. J’ai davantage confiance en mon corps pour prévenir une nouvelle infection », témoigne Talie, 52 ans, dans la manifestation du 17 juillet.

Sauf que « protection biologique ne veut pas dire protection clinique. Ce n’est pas parce que vous faites des anticorps que vous êtes protégé de l’apparition de la maladie. Contre l’hépatite B, par exemple, certains protègent, d’autres non. La trace d’anticorps révélée par les tests sérologiques est la preuve d’une réponse de l’organisme mais pas forcément d’une protection », distingue Jean-Daniel Lelièvre, professeur d’immunologie. 

« Ce que l’on sait, c’est que les personnes qui ont un antécédent de Covid et qui ont reçu une dose de vaccin quelques mois plus tard ont des anticorps neutralisants, ceux efficaces face au Sars-CoV-2 », poursuit-il. Car les anticorps neutralisants induits par les vaccins perdurent plus longtemps dans le corps que ceux produits par une infection naturelle.

« Quand on a eu le Covid-19, il n’y a pas besoin de se faire vacciner. D’ailleurs, même Emmanuel Macron ne le fait pas pour cette raison », considère Gaëlle. Or le président de la République a indiqué avoir reçu une dose de Pfizer-BioNTech le 31 mai, jour de l’ouverture de la vaccination à tous les majeurs, après avoir attendu que s’écoulent cinq mois après son infection au Sars-CoV-2.

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La Haute Autorité de santé (HAS) recommande bien une dose unique de vaccin pour les personnes qui ont eu le Covid-19, au-delà de trois mois et de préférence dans un délai proche de six mois après l’infection.

« On exagère la gravité du Covid-19 qui ne tue pas plus que la grippe »

Les informations sur le Covid-19 arrivent en masse et ce qui est vrai un jour ne l’est plus forcément quelques mois plus tard, d’où une certaine confusion. Le Covid-19 ne tuerait « pas plus que la grippe », toujours selon Gaëlle, gilet jaune.

« Après la première vague en 2020, il était permis de penser qu’il y aurait moins de décès pendant la deuxième partie de l’année, le Covid-19 ayant accéléré la mort des plus vulnérables. On a observé cet “effet moisson” en 2003. L’espérance de vie aurait même pu continuer d’augmenter, cela a été le cas après la canicule pour les hommes. La deuxième vague de Covid-19 puis le fait que l’épidémie perdure ont tout changé », indique Michel Guillot, spécialiste de la mortalité à l’Institut national d’études démographiques (Ined).

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Gaëlle est ouverte à la discussion et se montre attentive à une mise à jour du décompte macabre, le Covid-19 ayant causé plus de 112 000 morts depuis le début de la pandémie. Elle avoue ne plus savoir où trouver une information juste. 

Au-delà des morts, il y a les centaines de milliers de patients souffrant d’un Covid long, longtemps passés sous les radars. Une étude de l’Office national des statistiques anglais montre que 10 % des personnes infectées par le Sars-CoV-2 avaient encore des symptômes, parfois très invalidants, trois mois après leur test PCR positif. 

Le fait que « les scientifiques changent souvent d’avis » est souvent évoqué dans les cortèges et semble alimenter la défiance. Le nombre de jours à attendre entre les deux doses de vaccin, par exemple, a évolué. « Il n’y a pas de vérité vraie et la vérité est évolutive au fil du temps à mesure que les connaissances s’accumulent. Au début, on ne peut pas avoir toutes les réponses », justifie Jean-Daniel Lelièvre. 

« Les vaccinés favorisent l’apparition de variants du Sars-CoV-2 »

En réalité, plus un virus circule et plus il risque de muter. Comme la vaccination limite la transmission du Sars-CoV-2, elle réduit aussi le risque de voir apparaître un variant préoccupant. D’ailleurs, les premiers sont apparus avant même le début des campagnes de vaccination, au Brésil, au Royaume-Uni et en Inde, notamment. 

« Les variants préoccupants naissent là où l’épidémie est très active en tentant de prendre la place du variant qui circulait jusqu’alors majoritairement. Ils touchent surtout la population non immunisée », précise Jean-Michel Pawlotsky, chef du pôle biologie du CHU Henri-Mondor. 

« Dans les pays qui connaissent de très fortes poussées épidémiques, de nouveaux variants vont se développer et se propager ailleurs dans le monde. Même si l’Inde a bouclé ses frontières depuis le début de la pandémie, de par ses relations avec la Grande-Bretagne, le variant Delta est entré en Europe », rappelle Jean-Michel Pawlotsky, à la tête d’une plateforme de séquençage du Sars-CoV-2, qui permet d’identifier les différents variants en circulation. 

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D’où l’importance d’un accès à la vaccination dans le monde entier, et non uniquement dans les pays riches. Moins de 4 % de la population africaine a reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19.

« Pour éradiquer le virus, il faudrait que plus de 80 % de la population mondiale soient vaccinés et on en est loin, constate Jean-Michel Pawlotsky. Ce que l’on recherche, c’est que le Sars-CoV-2 devienne comme la grippe. On vaccine, la plupart de ceux qui sont infectés sont des non-vaccinés mais on n’arrête pas le pays pour autant. » Même si l’objectif d’atteindre l’immunité collective paraît encore loin, s’en approcher permettrait de limiter largement les dégâts du Covid-19. 

*Covid-19 : la vaccination est-elle vraiment à l’origine d’une « mortalité inédite » ?

lun. 2 août 2021 à 5:09 PM·5 min de lecture

https://fr.news.yahoo.com/covid-19-vaccination-est-elle-vraiment-origine-mortalite-inedite-150927284.html

Photo d’illustration

Un article de blog hébergé sur Mediapart pointe du doigt la mortalité vaccinale, évoquant près de 1 000 décès liés aux vaccins. Des conclusions qui indignent de nombreux médecins.

« Une mortalité inédite ». Dans un article de blog hébergé par Mediapart, le sociologue Laurent Mucchielli affirme qu’il y a « urgence à suspendre » la vaccination de masse contre le Covid-19 et pointe du doigt une mortalité « inédite dans l’histoire de la médecine moderne », évoquant le chiffre de presque 1000 morts du vaccin. Un article alarmiste dont les conclusions sont dénoncées par de nombreux médecins.

Ce truc de Muchielli tourne, et il est repris par de nombreuses personnes qui se laissent berner par ce « dr » (non médecin) en sociologie, sc po et histoire, qui a fait du Covid son cheval de bataille, sa marotte, en usant de son affiliation @CNRScomme argument d’autorité pic.twitter.com/GB9yFeCbHa

— Le Doc (@Le___Doc) August 1, 2021

Les chiffres utilisés dans cet article de blog sont issus des données de l’ANSM, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament, librement consultables en ligne. S’ils sont vrais, c’est l’interprétation qui en est faite qui indigne les médecins.

Des chiffres issus de la pharmacovigilance

« Ce sont des bases de déclaration, donc l’imputabilité du vaccin n’est pas définie. L’auteur utilise des bases de données sans savoir les interpréter », déplore Matthieu Molimard, chef de Service de Pharmacologie Médicale au CHU de Bordeaux

Des données qui sont compilées par l’ANSM grâce à la pharmacovigilance, c’est-à-dire la surveillance des effets secondaires nocifs éventuels d’un médicament. C’est notamment grâce à cette surveillance que quelques rares cas de thromboses ont été signalés après l’injection du vaccin AstraZeneca chez les plus jeunes.

« Chaque vacciné peut signaler un effet indésirable »

« Les médecins, mais aussi les vaccinés peuvent signaler un effet indésirable, qui est ensuite remonté au centre régional de pharmacovigilance, puis entré dans une base nationale. L’effet signalé est ensuite étudié selon la bibliographie, c’est-à-dire savoir s’il y a eu des précédents déjà rapportés, selon le temps de survenue de l’événement indésirable après le vaccin. Tout cela permet d’évaluer la probabilité d’un lien avec le vaccin : probable ou non », nous éclaire le docteur Michael Rochoy, ancien interne en pharmacovigilance à Lille. 

Vidéo. Les laboratoires en profitent, les prix des vaccins flambent

Le signalement d’un effet indésirable s’effectue en ligne, sur le site de l’ANSM. Avec la vaccination contre le Covid-19, les signalements d’effets indésirables sont plus nombreux, avec plus de 40 millions de vaccinés en sept mois.

« Tous les décès signalés après le vaccin ne sont pas dus au vaccin »

« Les chiffres utilisés dans cet article sous-entendent que tous les décès signalés après le vaccin sont dus au vaccin. Or, ce n’est pas le cas. Vous pouvez par exemple faire un infarctus après le vaccin, sans que celui-ci ne soit la cause. Vous auriez tout de même fait cet infarctus sans avoir été vacciné », illustre Michaël Rochoy, membre du collectif Du Côté de la Science.

C’est par exemple ce qui a été établi après le décès d’un jeune de 33 ans à Issoudun (Vienne). Quelques heures après sa vaccination, l’homme décède, le vaccin est suspecté. L’autopsie a révélé que l’homme a succombé à un infarctus, dont les effets ont été aggravés par la prise de poppers.

Autre exemple, celui de la mort d’un jeune homme de 22 ans, dont le père a lié le décès à sa vaccination huit heures plus tôt, dans une vidéo devenue virale. L’autopsie a finalement confirmé le décès lié à une allergie, faisant le lien avec l’absorption « peu avant son décès, durant un repas au restaurant, d’un aliment pour lequel il avait une allergie connue ».

« Hormis un ou deux cas peut-être lié à une réactogénicité qui a donné une fièvre mal tolérée chez des personnes très âgés et très fragiles en Ehpad, on n’a pas à déplorer de décès liés à Pfizer », poursuit Matthieu Molimard, qui rappelle que les rares cas d’allergie au vaccin se font quasi-instantanément, ce qui explique les 15 minutes de surveillance après la vaccination durant lesquelles le vacciné reste sous la surveillance d’un médecin.

« La balance bénéfice risque resterait quand même en faveur du vaccin ! »

« Tous les cas rapportés dans les synthèses de pharmacovigilance n’ont pas un lien établi avec le vaccin. Certains peuvent être probables, d’autres moins », résume Michaël Rochoy. « Concernant les cas de décès déclarés, les données actuelles ne permettent pas de conclure qu’ils sont liés au vaccin », écrit justement l’ANSM dans le document dont sont extraits les chiffres cités par le blog.

Au-delà du fait que l’auteur considère que les décès rapportés sont forcément liés au vaccin, plusieurs médecins déplorent l’appel à suspendre la vaccination de masse. « Dans l’hypothèse, qui est fausse, qu’il y ait 1000 décès liés aux vaccins depuis le début de la campagne il y a sept mois, le bénéfice resterait supérieur au risque. Il faut se rappeler que de novembre à mars, on déplorait plus de 300 décès liés au Covid chaque jour », conclut Michaël Rochoy.

Un article largement relayé

Un article alarmiste largement partagé dans les groupes Facebook anti vaccins et relayé par plusieurs personnalités politiques, comme le député Gilbert Collard.

Dans Mediapart qui cite l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament, le #vaccin a tué près d’un millier de personnes ces 6 derniers mois ! 
Qui paiera pour toutes ces victimes ? Il faudra bien un jour que les responsables s’expliquent !

src: https://t.co/Wy2ci8q77q pic.twitter.com/Pjs2YfNK5r

— Gilbert Collard (@GilbertCollard) July 31, 2021

Mais contrairement à ce que sous-entend Gilbert Collard, les blogs de Médiapart ne sont pas écrits par les journalistes de la rédaction, mais par des abonnés au média, dont fait partie Laurent Mucchielli. Face à ces propos écrits, plusieurs internautes demandent au CNRS de prendre des mesures face à celui qui est directeur de recherche.

Bonjour @CNRS. des gens m’écrivent, paniqués d’avoir lu sous la plume d’un chercheur proche de France Soir des informations en décalage complet avec l’état des connaissances scientifiques, et qui promettent le pire à ceux qui se vaccinent.
Votre responsabilité est engagée. pic.twitter.com/pZQrowlmw4

— La Tronche en Biais (@TroncheBiais) July 30, 2021

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https://s.yimg.com/rq/darla/4-6-0/html/r-sf.html

Les informations sur le Covid-19 arrivent en masse et ce qui est vrai un jour ne l’est plus forcément quelques mois plus tard, d’où une certaine confusion. Le Covid-19 ne tuerait « pas plus que la grippe », toujours selon Gaëlle, gilet jaune.

« Après la première vague en 2020, il était permis de penser qu’il y aurait moins de décès pendant la deuxième partie de l’année, le Covid-19 ayant accéléré la mort des plus vulnérables. On a observé cet “effet moisson” en 2003. L’espérance de vie aurait même pu continuer d’augmenter, cela a été le cas après la canicule pour les hommes. La deuxième vague de Covid-19 puis le fait que l’épidémie perdure ont tout changé », indique Michel Guillot, spécialiste de la mortalité à l’Institut national d’études démographiques (Ined).

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Gaëlle est ouverte à la discussion et se montre attentive à une mise à jour du décompte macabre, le Covid-19 ayant causé plus de 112 000 morts depuis le début de la pandémie. Elle avoue ne plus savoir où trouver une information juste. 

Au-delà des morts, il y a les centaines de milliers de patients souffrant d’un Covid long, longtemps passés sous les radars. Une étude de l’Office national des statistiques anglais montre que 10 % des personnes infectées par le Sars-CoV-2 avaient encore des symptômes, parfois très invalidants, trois mois après leur test PCR positif. 

Le fait que « les scientifiques changent souvent d’avis » est souvent évoqué dans les cortèges et semble alimenter la défiance. Le nombre de jours à attendre entre les deux doses de vaccin, par exemple, a évolué. « Il n’y a pas de vérité vraie et la vérité est évolutive au fil du temps à mesure que les connaissances s’accumulent. Au début, on ne peut pas avoir toutes les réponses », justifie Daniel Lelièvre. 

« Les vaccinés favorisent l’apparition de variants du Sars-CoV-2 »

En réalité, plus un virus circule et plus il risque de muter. Comme la vaccination limite la transmission du Sars-CoV-2, elle réduit aussi le risque de voir apparaître un variant préoccupant. D’ailleurs, les premiers sont apparus avant même le début des campagnes de vaccination, au Brésil, au Royaume-Uni et en Inde, notamment. 

« Les variants préoccupants naissent là où l’épidémie est très active en tentant de prendre la place du variant qui circulait jusqu’alors majoritairement. Ils touchent surtout la population non immunisée », précise Jean-Michel Pawlotsky, chef du pôle biologie du CHU Henri-Mondor. 

« Dans les pays qui connaissent de très fortes poussées épidémiques, de nouveaux variants vont se développer et se propager ailleurs dans le monde. Même si l’Inde a bouclé ses frontières depuis le début de la pandémie, de par ses relations avec la Grande-Bretagne, le variant Delta est entré en Europe », rappelle Jean-Michel Pawlotsky, à la tête d’une plateforme de séquençage du Sars-CoV-2, qui permet d’identifier les différents variants en circulation. 

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D’où l’importance d’un accès à la vaccination dans le monde entier, et non uniquement dans les pays riches. Moins de 4 % de la population africaine a reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19.

« Pour éradiquer le virus, il faudrait que plus de 80 % de la population mondiale soient vaccinés et on en est loin, constate Jean-Michel Pawlotsky. Ce que l’on recherche, c’est que le Sars-CoV-2 devienne comme la grippe. On vaccine, la plupart de ceux qui sont infectés sont des non-vaccinés mais on n’arrête pas le pays pour autant. » Même si l’objectif d’atteindre l’immunité collective paraît encore loin, s’en approcher permettrait de limiter largement les dégâts du Covid-19. 

**Mortalité supposée des vaccins et perspectives pour en sortir

https://blogs.mediapart.fr/frederick-stambach/blog/070821/mortalite-supposee-des-vaccins-et-perspectives-pour-en-sortir

Suite aux polémiques sur les réseaux sociaux et en guise de complément au très bon article de synthèse de Rozenn Le Saint sur Médiapart, je propose dans ce billet de préciser quelques points techniques sur les vaccins en revenant sur les problématiques soulevées par Laurent Mucchielli et de proposer une perspective pour 2022: un pôle socialisé du médicament.

Tout d’abord, il faut bien comprendre que les médecins ont besoin d’informations scientifiques fiables pour pouvoir prescrire. Ces informations émanent des revues scientifiques à comité de lecture de références (le Lancet, le British Medical Journal, le New England Journal of Medicine pour les plus influentes). Le fait que les articles de ces revues soient soumis à une « relecture par les pairs » est primordial et consiste à faire relire les publications par de nombreux scientifiques spécialistes des sujets traités dans la publication, ou connaissant bien la méthodologie des essais cliniques. Cette méthode n’est pas parfaite, aucune ne l’est, nous en avons eu une illustration récente avec le Lancet1, mais elle reste actuellement la plus performante scientifiquement ce qui nous permet d’avoir des données dites « dures ». Les relectures évitent normalement les grosses erreurs méthodologiques et d’interprétation, ce qui explique qu’un billet de blog, un article de journal, une tribune ou un tweet (même lorsque ces publications sont écrites par des scientifiques de renom) n’ont pas la même valeur scientifique qu’un article de revue à comité de lecture. Par exemple, une relecture attentive aurait sans doute évité les erreurs factuelles contenues dans le récent billet de blog de Laurent Mucchielli (dépublié par Médiapart *et republié dans la foulée par d’autres sites), sur lesquelles nous reviendrons. Le prestige du poste de l’auteur principal (directeur de recherches au CNRS, promu rapidement en « directeur du CNRS » tout court dans certaines publications anti-vaccins pour augmenter la crédibilité de ses dires) a ainsi induit en erreur les réseaux sociaux, trop heureux de s’en emparer.


Je précise que je suis Médecin généraliste et responsable médical d’un centre de vaccination rural. Je suis donc impliqué personnellement dans la campagne vaccinale bien que, et il me paraît important de le préciser, je sois totalement opposé à la politique menée par Emmanuel Macron (et son gouvernement fantoche) dans absolument tous les domaines et en particulier sur le plan sanitaire2. Je n’ai aucun lien d’intérêt avec aucun laboratoire dont je n’ai jamais reçu les visiteurs médicaux, trop conscient de leur influence. Je ne suis pas dupe non plus des intérêts financiers colossaux que représentent ces vaccins et les firmes pharmaceutiques ne sont pas des philanthropes, il y a donc des raisons de s’en méfier. Je ne suis pas pharmacologue mais mon sujet de thèse était un sujet de pharmacovigilance, c’est donc un domaine que je connais un peu. La pharmacologie est une science « froide » reposant en partie sur la statistique pour établir la fameuse balance bénéfices/risques sur des bases collectives, avec un raisonnement différent du cas clinique individuel du médecin dans son cabinet.

Le billet qui va suivre n’est donc certainement pas un soutien au marché du médicament tel qu’il fonctionne, encore moins à ce gouvernement en perdition et son lamentable « passe sanitaire » malheureusement entériné par le conseil constitutionnel.

1- Sur la rapidité de la mise au point des vaccins

C’est une interrogation récurrente et légitime. En plus des explications données par Rozenn Le Saint (une technologie mûre, investissement financier massif des pouvoirs publics), un troisième facteur prépondérant explique la rapidité de la mise au point : il s’agit du facteur pandémique. Prenons l’exemple d’un nouveau vaccin en phase 3, par exemple contre la rougeole. Il faut inclure un nombre suffisant de patients (plusieurs milliers), créer un groupe de patients vaccinés et le comparer à un groupe témoin (qui recevra l’injection d’un placebo). Il faut ensuite attendre qu’il y ait eu suffisamment de contact avec le virus étudié dans les deux groupes pour pouvoir conclure à une efficacité du vaccin étudié ou pas, ce qui dure généralement entre 2 à 5 ans en période « normale ». En période de pandémie c’est différent, par définition le virus circule partout, donc il suffit de suivre les groupes quelques mois seulement pour qu’il y ait eu suffisamment de patients en contact avec le virus dans les 2 groupes et obtenir des résultats statistiquement significatifs. C’est ce qui explique une bonne partie de la rapidité de la mise sur le marché, les procédures administratives accélérées étant pleinement justifiée car si elles ne sont pas mobilisées dans le cadre d’une pandémie mondiale, autant dire qu’elles ne le seront jamais.

2- Sur la mortalité supposée : retour sur le billet de Laurent Mucchielli et sur l’oubli du biais de sur-déclaration

Alimentées par le billet de blog mentionné ci-dessus, des rumeurs de mortalité excessive du vaccin circulent, renforcées par la publication hebdomadaire de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) des données brutes de pharmacovigilance. Cette publication est une excellente chose mais les questions de pharmacovigilance sont très complexes. Ces données doivent être analysées avec beaucoup de prudence et surtout de maîtrise, sans oublier que la pharmacologie est une spécialité médicale à part entière. Il faut donc savoir faire preuve d’humilité lorsque l’on exploite des données brutes. De plus, le billet est une parfaite illustration du biais de confirmation (qui consiste à sélectionner et analyser uniquement les informations allant dans le sens de ses propres pré-supposés) ce qui, venant d’un sociologue tel que Laurent Mucchielli (dont j’apprécie les travaux sociologiques par ailleurs) n’est pas le moindre des paradoxes. Ceci étant écrit, l’erreur des auteurs est double.

– La première et la plus surprenante consiste à considérer les cas déclarés aux centres de pharmacovigilance comme imputables directement aux vaccins. C’est surprenant car dès le début du billet, il est bien précisé que les effets indésirables déclarés ne peuvent être considérés comme relevant du médicament, il s’agit d’une imputabilité présumée qu’une enquête statistique et parfois une autopsie dans le cas de décès viendront compléter. Pourtant, dans la suite, tout se passe comme si les déclarations de décès pouvaient être imputés directement aux vaccins, ce qui est contraire à la pharmacovigilance et totalement assumé par les auteurs qui se tirent une première balle dans le pied en rendant leurs conclusions caduques: « il est bien clair que tout ce qu’on va lire par la suite relève d’une présomption de causalité. » Cela abouti à l’énormité d’additionner tous les cas de décès déclarés et de conclure que 1500 personnes seraient mortes des suites des vaccins anti-COVID, accusation gravissime si elle n’est pas étayée correctement et sur laquelle se sont jetés les anti-vaccins, trop heureux qu’un « chercheur » vienne confirmer leurs présupposés. Prenons un exemple caricatural pour bien comprendre la complexité de la pharmacovigilance : un homme de 65ans obèse, diabétique, hypertendu et fumeur décède d’un infarctus du myocarde 5 jours après son vaccin Pfizer. Autrement dit, il s’agit d’un patient à très haut risque de faire un infarctus et qui en fait un. Le délai est compatible avec une imputabilité du vaccin, le médecin fera donc une déclaration à son centre de pharmacovigilance régional. Mais ensuite, comment démêler le risque personnel intrinsèque du patient avant le vaccin (très élevé) et le rôle que ce dernier aurait pu jouer dans la survenue du décès  (en sachant qu’il y a environ 80 000 infarctus du myocarde par an en France) ?

C’est ici que la statistique rentre en jeu. Dans le cadre d’une vaccination de masse inédite telle que nous la vivons, si les vaccins entraînaient une augmentation de mortalité, statistiquement cela finirait par se voir, sauf à considérer que tous les services de pharmacovigilance de France, d’Europe, du Japon, des USA, etc, sont incompétents ou dans le « déni » comme le pensent les auteurs. En réalité, il est très important qu’il y ait des déclarations de pharmacovigilance car c’est ensuite grâce à elles qu’un lien de corrélation statistique peut être établi (ou pas) par la pharmacovigilance entre une surmortalité et les déclarations de décès liés aux vaccins (le raisonnement est identique pour les effets indésirables graves, pour simplifier j’ai pris ici l’exemple de la mortalité). C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé pour le vaccin Astrazenecca, car les décès ont concerné des jeunes patients en bonne santé par thrombo-phlébites cérébrales ou embolies pulmonaires, ce qui est très rare dans cette tranche d’âge. Le système de pharmacovigilance européen a fonctionné. Comme mentionné plus haut, c’est plus complexe (mais pas impossible) pour les patients âgés ou avec des pathologies chroniques. Il y a environ 600 000 décès par an en France, soit une moyenne de plus de 1600 décès par jour, proportionnellement il s’agit surtout de patients âgés et/ou souffrant de pathologies chroniques, donc plutôt les patients fragiles. Et c’est précisément cette partie de la population que nous avons vacciné en premier, il est donc obligatoire qu’il y ait des coïncidences statistiques entre décès et injection de vaccin. Des patients mourront le lendemain, le surlendemain mais également la veille ou l’avant-veille de l’injection, il n’est donc pas sérieux de l’attribuer directement au vaccin. Il n’est pas sérieux non plus de dédouaner automatiquement le vaccin. Contrairement aux « jeunes » où l’anomalie statistique se voit très rapidement, pour la partie de la population fragile il faudra une masse statistique plus importante pour qu’une surmortalité éventuelle se voit. Donc il n’y a pas de déni, c’est simplement que pour le moment il n’y a pas de signal statistique inquiétant, notamment aucun décès n’a pu être imputé directement au vaccin Pfizer ou Moderna après des mois d’utilisation et des centaines de millions de doses injectées3. De plus, j’ajoute que les services de pharmacovigilance sont extrêmement vigilants autour de ces vaccins et que le billet de Laurent Mucchielli  est une insulte à leur travail.

– La seconde erreur ne peut se voir que sur le terrain. Comme les auteurs l’écrivent « il se passe bel et bien quelque chose d’inédit pour ces vaccins génétiques anti-covid. » Mais pas du tout ce qu’ils croient (à savoir une mortalité inédite qu’eux seuls auraient vue), ce qu’il se passe d’inédit c’est que les médecins et les patients déclarent massivement leurs suspicions d’effets indésirables. Et cela est une très bonne nouvelle.

Là encore, les auteurs le disent eux-même et se tirent une deuxième balle dans le pied dès le début de leur billet: habituellement l’immense majorité des effets indésirables ne sont pas déclarés dans les pays occidentaux. Je suis bien placé pour le savoir puisque j’ai co-écrit un article scientifique sur le sujet4. En moyenne entre 5 à 10 % des effets indésirables seulement sont déclarés (patients et médecins confondus), donc 90 à 95 % ne le sont pas…Et c’est là que, sur le terrain, on se rend compte qu’avec ces vaccins, la surinformation et la focalisation extrême qu’ils entraînent, il y a eu un véritable changement de paradigme, notamment chez les généralistes (il faut noter que contrairement à ce qui est sous-entendu dans le billet le fait que la déclaration soit réalisée par un médecin n’en fait pas pour autant une preuve d’imputabilité directe). Actuellement le moindre symptôme sérieux survenant dans les jours ou semaines suivant l’injection d’un des vaccins anti-covid est déclaré au centre de pharmacovigilance. C’est une bonne chose et j’y participe allègrement. Comme je l’ai expliqué ci-dessus c’est la seule solution pour faire émerger une anomalie statistique: déclarer les effets indésirables (supposés j’insiste) et faire remonter les informations au centre de pharmacovigilance qui seul sera capable de faire un lien statistique de causalité (ou pas) entre un effet indésirable et une molécule mais à condition qu’il y ait suffisamment de déclarations. Et c’est cela qui est inédit car d’habitude ce travail est insuffisamment fait (et je m’inclue dans ces insuffisances bien que sensibilisé au problème). Prenons un exemple, un patient de 80 ans décède brutalement d’une embolie pulmonaire 15 jours après son rappel du tétanos ou 15 jours après son vaccin pour la grippe. Quel médecin aurait pensé à poser la question avant la pandémie ? Réponse : probablement aucun, moi y compris. Or, avec les vaccins anti-covid la déclaration sera faite à coup sûr, de même si un patient a mal au genou 15 jours après le vaccin anti-covid une déclaration sera sûrement faite. Je force un peu le trait mais c’est pour expliquer qu’il est absurde et faux de comparer le nombre d’effets indésirables déclarés des autres vaccins avec ceux déclarés pour les vaccins anti-covid car il y a un biais énorme de sur-déclaration en faveur de ces derniers (et encore une fois c’est très bien ainsi). De plus, le contexte de vaccination de masse sur une période aussi courte (43 millions rien qu’en France) abouti mathématiquement à « concentrer » et faire apparaître les effets indésirables rares et/ou graves, augmentant le nombre de déclarations.

3- Perspectives pour sortir des polémiques: un pôle socialisé du médicament

La problématique soulevée au début de ce billet, à savoir la nécessité pour les prescripteurs d’avoir accès à des données dures issues des revues à comité de lecture, ne doit pas faire oublier que ces mêmes articles sont malheureusement issus d’une recherche quasi-exclusivement financée par les laboratoires pharmaceutiques. Or, ces laboratoires sont des immenses trans-nationales parmi les plus profitables au monde, dotés d’une puissance financière et donc d’un pouvoir de nuisance très élevé sur les états5. Ils se débattent sur les marchés financiers, où leurs enjeux vitaux sont engagés et dans ces cas-là nous savons que « tous les coups sont permis », jusqu’au trucage des données comme l’ont montré certains scandales sanitaires (le VIOXX par exemple6). Il n’y a pas de complot véritable mais des contraintes structurelles très fortes: libre-échange, concurrence sauvage sur les marchés financiers, sous-traitance, pression par la valeur actionnariale, en un mot l’ensemble des contraintes que le capitalisme néolibéral a mis en place et gravé dans le marbre des traités européens. Ils ont également investi les sociétés savantes et ciblent les « leaders d’opinion » ce qui fait que les chercheurs ont bien souvent de multiples conflits d’intérêts avec ces firmes. Le médicament est une marchandise comme une autre pour ces mastodontes, il est donc légitime de se méfier des informations et des données qu’ils publient, même si les agences du médicament ont développé au fil des scandales des méthodes de vérifications des essais cliniques assez drastiques (notamment la FDA américaine). Il n’en reste pas moins que les laboratoires sont juges et parties, que les données scientifiques disponibles sont des données filtrées par les firmes, et que nous n’avons pas accès aux données brutes (considérées comme du « secret industriel ») ce qui est une revendication de longue date, par exemple du FORMINDEP7. Tout cela légitime une certaine méfiance dirons-nous, et c’est bien elle qui est à l’origine de nombreux refus d’être vaccinés (auxquels il faut ajouter la perte totale de crédibilité du gouvernement et des institutions en général, justifiée d’ailleurs, mais là n’est pas l’objet de ce billet). La crainte de falsification à des fins commerciales est difficile à calmer, probablement parce qu’elle est en partie fondée, mais il faut bien comprendre que tous les médicaments actuels sont passés par la même méthode de validation scientifique que les vaccins anti-covid. D’une certaine manière, si l’on rejette ces vaccins pour cette raison alors nous sombrons en plein relativisme et tout ce qui est inscrit dans la pharmacopée française tombe sous le coup de la même suspicion et devient imprescriptible. Ce qui n’est pas sans poser problème. Dans le cas des vaccins anti-covid, ce pari serait très risqué pour les laboratoires (et les pouvoirs publics qui auraient cautionné une telle fraude) car avec l’ampleur de la vaccination (mondiale) et les milliards de doses injectées, une falsification des essais se verrait de façon certaine. Les arguments donnés dans ce billet montrent que les essais cliniques des grandes firmes ont été réalisés très rigoureusement malgré les contraintes socio-économiques évoquées.

Cependant, cela ne suffit pas à lever la méfiance envers le marché actuel du médicament et il existe une colère diffuse dans la population, en partie implicite, devant ce que l’on pourrait appeler très justement une prise d’otage de notre santé par ces grands groupes pharmaceutiques, puisque nous n’avons aucune production alternative qui serait sous un autre contrôle que celui exercé par les marchés financiers.

La solution la plus cohérente pour sortir de cette situation et redonner ainsi confiance en matière de produits pharmaceutiques, consisterait à déconnecter les médicaments du « marché ». Il ne suffit pas d’admettre officiellement que les médicaments ne sont pas une marchandise en demandant la levée des brevets. En mode de production capitaliste, pour briser les processus de marché il faut créer une entité capable d’effectuer toute la chaîne de production, de la recherche à la commercialisation qui soit sous le contrôle et le financement de la collectivité dans son ensemble et donc sortie des logiques mortifères de marché. C’est l’enjeu de notre proposition de création d’un pôle socialisé du médicament avec mon ami praticien hospitalier Julien Vernaudon qui fera l’objet d’une publication dans la revue Pratiques – les cahiers de la médecine utopique à paraître la semaine prochaine et qui sera en accès libre8. En deux mots, il s’agit d’utiliser le même procédé que celui qui a prévalu à la création de la sécurité sociale : le pôle socialisé du médicament doit être financé par la cotisation (comme l’ont été les CHU par exemple), et sa gouvernance doit être décentralisée au maximum à l’instar des caisses départementales de la sécurité sociale. Ainsi, c’est une proposition qui va dans le sens du pôle public du médicament mais en allant un cran au dessus dans la socialisation, en particulier pour se protéger d’une privatisation ultérieure, pour mettre sous le contrôle collectif citoyen un outil de production et de recherche dans le droit fil de la république sociale de Jaurès. Car nous pouvons constater que l’édifice qui a le mieux survécu aux politiques néolibérales depuis 40ans, c’est bien la sécurité sociale, parce que son logiciel intrinsèque est en réalité anti-capitaliste, donc communiste au sens de Frédéric Lordon9. C’est un « déjà-là » intégré à notre société, qui fonctionne massivement (500 milliards d’euros pour la seule sécurité sociale) et qu’il « suffirait » d’étendre, nous savons faire et l’avons déjà fait par le passé. Cela permettrait de briser les logiques de défiance, légitime dans le contexte, qui ne feront que se renforcer à mesure que la coercition se renforcera.

Nous savons depuis Machiavel que l’art de gouverner est d’arriver à orienter la colère vers des causes accessoires. Or, plutôt que de l’alimenter par des informations erronées, il paraît plus judicieux d’essayer d’orienter cette saine colère en l’imbibant de propositions constructives tant il a été criant qu’un tel pôle socialisé du médicament a manqué pendant les phases passées et futures de cette pandémie. Nous devons également garder à l’esprit que nous entrons dans une nouvelle ère qui sera faite de pandémies récurrentes10 . Le gouvernement actuel a montré son incapacité complète en la matière, nous avons intérêt à nous y préparer autrement dès 2022.

Notes:

1- https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/040620/hydroxychloroquine-3-des-auteurs-de-l-etude-du-lancet-se-retractent-lancet

2- Voir par exemple, F.Stambach, J.Vernaudon, F.Pierru, Politique de vaccination: l’inversion des priorités?, LVSL 4 février 2021

3- comme le confirme la dernière publication de la revue indépendante Prescrire

4- P.Nicot, J.Doubovetzky, F.Stambach. La pharmacovigilance : une mission indispensable des médecins de terrain, Médecine thérapeutique 2015

5- Olivier Maguet, L’affaire Solvadi: la santé hors de prix, Raisons d’agir 2020

6- https://fr.wikipedia.org/wiki/Rofécoxib

7- Le collectif Formindep « pour une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients » a été lancé en mars 2004, https://formindep.fr/

8- F.Stambach, J.Vernaudon, Pour un pôle socialisé du médicament, Pratiques – les cahiers de la médecine utopique, août 2021

9- Frédéric Lordon, Figures du communisme, La Fabrique 2021

10- Voir Benjamin Coriat, La pandémie, l’anthropocène et le bien commun, Les Liens qui libèrent 2020, dont les données ont été confirmées fin 2020 par le rapport de l’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services

***Notre santé face au Covid : vrais débats et fausses sciences

https://blogs.mediapart.fr/la-redaction-de-mediapart/blog/040821/notre-sante-face-au-covid-vrais-debats-et-fausses-sciences

Unique dans la presse, le Club participatif de Mediapart fait vivre le débat sur la politique sanitaire durant la pandémie du Covid-19, d’autant plus légitime face à une impéritie gouvernementale largement documentée par nos enquêtes. Mais il exclut, dans le respect de notre Charte, la diffusion de fausses nouvelles, y compris sous l’alibi de démonstrations prétendument scientifiques, dont l’impact peut être dommageable pour la santé de tout un chacun. Ce qui nous a amené à dépublier un billet du sociologue Laurent Mucchielli. Nos explications.

Mediapart est interpellé depuis plusieurs jours en raison de la mise en ligne par l’un de ses abonnés, Laurent Mucchielli, d’un billet sur son blog affirmant que, face au Covid, « la vaccination de masse conduit à une mortalité inédite dans l’histoire de la médecine moderne » et concluant qu’ « il y a urgence à la suspendre pour évaluer la balance bénéfice/risque au cas par cas ».

Directeur de recherche au CNRS, ayant pour laboratoire le Centre méditerranéen de sociologie, de science politique et d’histoire d’Aix-Marseille, ce sociologue participe aux débats du Club de Mediapart depuis 2009, avec 97 billets publiés à ce jour, inclus le billet en cause. Jusqu’au 29 mars 2020, date de publication d’un premier billet en défense de Didier Raoult, ses contributions s’en tenaient à son domaine de recherche, la sécurité et la délinquance, dans lequel ses travaux sont reconnus. Désormais, avec l’épidémie du coronavirus, il y intervient exclusivement sur les questions de santé et de médecine, pour lesquelles il n’a pas de compétence universitaire ou scientifique particulière. C’est d’ailleurs un engagement qu’il revendique et dont il s’est longuement expliqué en octobre 2020, à l’invitation de Didier Raoult devant le conseil scientifique de son institut (lire ici et voir là).

Non seulement les opinions et positions qu’il y exprime ne sont pas celles de Mediapart – ce que permet naturellement notre Club participatif, ouvert au débat pluraliste de nos abonné·e·s dans le respect de notre Charte de participation –, mais de plus elles vont le plus souvent à l’encontre du travail de notre rédaction sur la pandémie. Ce fut notamment le cas sur la personnalité de Didier Raoult (lire l’enquête de Pascale Pascariello), sur les traitements par la chloroquine (lire l’article de Caroline Coq-Chodorge), sur la nécessité et les limites des confinements (lire ici), sur l’utilité de la vaccination (voir notre dossier sur les vaccins). Chacun·e peut évaluer ce contraste en confrontant les billets du blog de Laurent Mucchielli à notre dossier sur la gestion de la pandémie ainsi qu’aux articles de nos spécialistes, Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint.

Cette dissonance fait précisément la richesse de Mediapart qui, seul dans toute la presse française, permet à ses abonné·e·s de le prolonger et de le discuter, de l’interpeller ou de s’en différencier. L’expression libre d’éventuels désaccords ou divergences doit seulement respecter les règles édictées dans notre Charte de participation, récemment enrichie et approfondie, dans le souci d’un débat respectueux, sans vindicte ni intolérance, dont nos lecteurs et lectrices sont les premiers responsables et gardiens (lire ici le billet d’Edwy Plenel). Cette liberté est d’autant plus précieuse qu’elle est fragile en nos temps d’excommunications diverses, de vindictes partisanes, de chasse aux sorcières séparatistes et autres pensées dissidentes.

Pionnier dans la mise au jour de l’impéritie gouvernementale et présidentielle face à la pandémie, avec nos révélations inaugurales sur le mensonge d’État à propos de la pénurie de masques (les retrouver ici), Mediapart défend une politique de santé résolument démocratique, reposant sur la confiance dans la population avec un débat ouvert, une large transparence, une pédagogie des enjeux. C’était d’ailleurs la recommandation du Conseil scientifique dans un avis resté lettre morte et qui serait toujours confidentiel si Mediapart ne l’avait pas révélé (lire cette note confidentielle sur Mediapart qui l’a dévoilée en avril 2020).

La défiance à laquelle est aujourd’hui confronté le pouvoir jusque dans la rue résulte de son entêtement à faire tout le contraire, de façon autoritaire, contradictoire et opaque, avec un chef de l’État décidant seul en se croyant omniscient, au point de mettre en péril la santé collective comme on l’a vu lors de son refus du confinement en février (lire notre article sur les décès dus au reconfinement tardif). Source de méfiance et de confusion, cette attitude laisse le champ libre aux spéculations farfelues, aux raisonnements complotistes et aux fausses nouvelles. Comme l’exprime dans le Club de Mediapart un autre de nos abonnés blogueurs, Laurent Thines, neurochirurgien et professeur des universités, on peut de ce point de vue tenir les deux bouts : refuser l’autoritarisme du pouvoir symbolisé par le passe sanitaire et défendre la nécessité d’une vaccination la plus large possible (lire son dernier billet).

C’est ici que nous arrivons au cas de conscience que nous a posé le dernier billet posté par Laurent Mucchielli. Notre équipe chargée du Club a été saisie par près d’une centaine d’alertes venues notamment de professionnels de la santé, de médecins, de chercheurs, d’épidémiologistes, etc., qui contestent radicalement la légitimité scientifique de la démonstration du sociologue et de ses quatre co-auteurs. En bref, pour arriver à leur conclusion « d’une mortalité inédite dans l’histoire de la médecine moderne » provoquée par la vaccination de masse face au Covid-19, ils additionnent tous les effets indésirables déclarés après une vaccination alors même que le lien entre ces effets et le vaccin n’est pas toujours formellement établi (lire nos précisions en post-scriptum de ce billet et aussi cette mise au point de pharmacologues).

Or cette démonstration fausse et trompeuse est mise au service d’un appel solennel à suspendre la vaccination contre le coronavirus, avec la double autorité que lui confère le statut de directeur de recherche au CNRS de son auteur et la publication de son texte sur Mediapart dont même ses critiques reconnaissent le sérieux informatif. Le relayant sur les réseaux sociaux, Laurent Mucchielli le présente comme un « article » (voir ici son premier tweet), tandis que l’extrême-droite le relaie comme une publication de Mediapart, faisant semblant d’ignorer la distinction, explicite pourtant, entre notre Journal et son Club (voir ici un tweet de Gilbert Collard).

Après avoir pris le temps de la réflexion, nourri d’échanges collectifs de notre équipe où les avis étaient partagés, nous sommes arrivés à la conclusion que ce dernier billet de Laurent Mucchielli contrevenait à notre Charte de participation qui prohibe la diffusion de fausses nouvelles. Nous l’avons donc dépublié en même temps que nous mettions en ligne cette explication.

Car c’est bien à une fausse information qu’aboutit cette prétendue démonstration, en se fondant sur des calculs erronés et des spéculations fantaisistes. Laquelle fausse information n’est pas sans conséquence si l’on y porte crédit puisqu’elle incite à ne pas recourir à l’une des protections collectives face à l’épidémie, la vaccination. Une épidémie qui, hier, mardi 2 août 2021, a déjà causé, en France, 112 033 décès.

Post-scriptum :

La pharmacovigilance est un système de surveillance public de remontée de possibles effets indésirables de produits de santé. Après enquête, si les risques d’un vaccin ou d’un médicament sont jugés trop importants, il peut aboutir à la suspension de sa commercialisation ou à en préciser des précautions d’emploi.

Mais il ne suffit pas de déclarer un effet survenu peu de temps après la vaccination pour qu’il soit considéré comme indésirable et imputable au vaccin : le lien de cause à effet doit être étayé. Pour ce faire, une investigation est réalisée afin d’écarter les autres causes possibles de survenue de l’effet en question telles qu’une autre maladie, la prise d’un autre traitement ou la durée qui s’est écoulée entre la vaccination et l’observation des symptômes. En complément, des études en population générale permettent de comparer la fréquence de survenue des évènements indésirables supposés rapportés suite à la vaccination.

Ces enquêtes ont permis de déterminer un lien avéré entre le vaccin anti-Covid-19 AstraZeneca et l’apparition de thromboses particulières rares. En tout, 13 décès ont été rapportés en France d’une thrombose atypique suite à une vaccination AstraZeneca. (Lire aussi : Campagne de vaccination: l’AstraZeneca repart, des doutes subsistent)

En revanche, concernant les cas de décès déclarés par des proches de personnes ayant reçu une injection de Pfizer-BioNTech en France, l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a répondu en mai à Mediapart que les données ne permettaient pas « de conclure qu’ils sont liés à la vaccination »(Lire aussi : Thromboses mortelles: des familles suspectant le vaccin se tournent vers la justice)

Or Laurent Mucchielli et ses co-auteurs additionnent dans ce billet tous les effets indésirables supposés rapportés, que le lien entre la vaccination et l’effet ait été établi ou non, ce qui aboutit à une addition de cas avérés – les 13 décès des suites de thromboses rares survenues après une vaccination à l’AstraZeneca –, et de décès pour lesquels le lien avec la vaccination n’a pas été confirmé. Ce qui amène à une addition absurde et donc au chiffre fantaisiste de « près de 1000 morts potentiellement liés à la vaccination anti-Covid ».

Pour aider à s’y retrouver sur ces questions très complexes de risques liées à la vaccination, la rédaction de Mediapart a fait le choix de la pédagogie. (Lire aussi : Vaccins Covid: calculez votre balance bénéfice-risque personnelle)

Propagateur de fake news, Laurent Mucchielli désavoué par Mediapart et le CNRS

Son dernier billet de blog scandaleusement manipulateur a été dépublié et le CNRS a publié un communiqué prenant ses distances avec lui. Ci-dessus la copie du message envoyé au responsable du comité de déontologie du CNRS.

Bonjour Monsieur.

Abonné au journal mediapart, je voudrais signaler auprès de votre institution des articles de blog de Mr Laurent Mucchielli et notamment le dernier que vous trouverez sur ce lien : https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog/300721/la-vaccination-covid-l-epreuve-des-faits-2eme-partie-une-mortalite-inedite

La vaccination Covid à l’épreuve des faits. 2ème partie : une mortalité inédite | Le Club de Mediapart

La pharmacovigilance des vaccins anti-covid est déniée car elle menace l’idéologie de la vaccination intégrale portée par les industries pharmaceutiques, les gouvernements et les principaux …

blogs.mediapart.fr

Comme vous pourrez le constater, Laurent Mucchielli manipule des données statistiques de façon flagrante, laissant croire que les décès recensés seraient directement liés à la vaccination contre le covid-19 alors que ce n’est ABSOLUMENT pas ce que montre l’étude, qui ne fait que référencer des évènements survenus suite à des vaccinations sans jamais établir de liens de cause à effets et pour cause : il n’y a en pas. Mr Mucchielli en arrive ainsi à laisser penser, entre autres fausses informations, que 761 décès seraient liés au vaccin Pfizer ce qui est une contre-vérité scandaleuse. Je vous laisse découvrir les autres mensonges et manipulations dans ce billet de blog par vous-même.

Mr Mucchielli se présente sur son blog comme membre du CNRS et met en avant son statut pour valider son propos et se donner un crédit, des compétences, une autorité et évidemment une déontologie qu’il bafoue et contredit à chaque paragraphe, et tout cela dans un domaine – l’épidémiologie – qui lui est totalement étranger. 

Ce faisant il salit l’image même de votre institution, sa neutralité, son intégrité scientifique et sa réputation, dans une période particulièrement troublée et à des fins d’agitation politique et de manipulation d’une opinion déjà largement désorientée par des rumeurs, fausses informations et récupérations en tous genres.

Cela nécessite – au bas mot – un rappel à l’ordre de la part de ses pairs.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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