En Catalogne, la situation dans les hôpitaux est « critique »
La région du nord-est de l’Espagne a annoncé le report de toutes les opérations et rendez-vous médicaux non urgents pour faire face à la cinquième vague, qui, malgré un taux élevé de personnes vaccinées, renvoie les soignants une nouvelle fois dans les cordes.
Par Sandrine Morel(Madrid, correspondante)
Publié aujourd’hui à 13h00
Temps de Lecture 3 min.

Confiants dans l’avancée de la vaccination, pressés de reprendre une vie normale, les Catalans font face depuis le début du mois à une cinquième vague de l’épidémie de Covid-19, particulièrement virulente, dopée par la circulation du variant Delta (près de 90 % des nouveaux cas). Pour y faire face, samedi 24 juillet, le gouvernement régional a annoncé le report de tous les rendez-vous médicaux et hospitaliers non urgents.
« Toute la capacité [de soins] est réservée à l’activité urgente ou non reportable, compte tenu du fait que, par rapport à la première vague, la demande de pathologie urgente et non Covid est plus élevée », a expliqué le département de santé catalan dans un communiqué, assurant que « le système de santé est dans une situation critique » et qu’il s’attend à ce que, « dans les dix prochains jours, le nombre des patients hospitalisés continue d’augmenter ». Par ailleurs, les centres hospitaliers privés ont été mis à contribution.
Taux d’incidence multiplié par 10 en trois semaines
Dans un premier temps, l’accélération abrupte de la propagation de l’épidémie en Catalogne – qui a concordé avec la levée de nombreuses restrictions et les voyages de fin d’année des lycéens et étudiants – n’a pas semblé avoir de répercussions majeures sur les hospitalisations. L’avancée de la vaccination, avec 84 % des personnes de plus de 40 ans ayant reçu leurs deux doses, a notamment réduit la proportion de personnes contaminées hospitalisées. Cependant, l’explosion du taux d’incidence, à 525 cas pour 100 000 habitants sur sept jours contre 55 à la fin du mois de juin , a fini par mettre à mal le système sanitaire.
Bien que la majorité des nouveaux cas correspondent à des jeunes qui ne présentent pas de grandes complications, l’ampleur de l’épidémie s’est finalement traduite par une forte hausse des hospitalisations. Alors qu’à la fin du mois dernier moins de 11 % des unités de soins intensifs (UCI) étaient occupées par des patients Covid, ces derniers représentent à présent 40 % des patients en UCI. Avec la vaccination, leur profil a changé : près de 20 % d’entre eux ont moins de 40 ans. Par ailleurs, l’immense majorité n’est pas vaccinée. Selon la secrétaire à la santé publique en Catalogne, la docteure Carmen Cabezas, moins de 13 % des personnes hospitalisées depuis le début du mois de juillet avaient complété leur vaccination, alors que 73 % n’avaient reçu aucune dose.
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Dans les hôpitaux, la situation est devenue difficile tandis qu’un grand nombre de médecins et personnels soignants se trouvent en congés, après avoir fourni« un effort soutenu depuis le début de la pandémie », a reconnu le département de santé catalan, qui souhaite « garantir leur repos » et ne pas avoir à les mobiliser durant leurs vacances.
Courbe ascendante dans le reste du pays
Pour essayer de pallier le manque de professionnels, le gouvernement catalan a décidé de rémunérer le double les heures supplémentaires aux soignants cet été. Et pour freiner la montée de l’épidémie, il a adopté une série de mesures de restriction – couvre-feu de 1 heure à 6 heures, fermeture nocturne des plages, limite des réunions sociales à 10 personnes. Les dernières données montrent un ralentissement de la transmission, avec un taux de reproduction du virus (R) repassé sous la barre de 1 (0,94).
Dans le reste de l’Espagne, où la nouvelle vague a commencé plus tard, la courbe reste ascendante. Avec un taux d’incidence à sept jours qui s’élève à 338 cas pour 100 000 habitants (contre 44 il y a un mois) et un taux d’occupation des unités de soins intensifs de 14 %, le pays présente un taux de positivité des tests de près de 16 % qui inquiète les autorités sanitaires. Il indiquerait que le virus est encore beaucoup plus étendu dans la population qu’il n’y paraît.
A l’exception notable de Madrid, où le gouvernement régional est réticent à freiner l’activité économique et limiter la mobilité, la plupart des régions ont commencé à prendre des mesures de restriction similaires à celles de la Catalogne. En espérant ne pas connaître une évolution comparable.
Sandrine Morel(Madrid, correspondante)
Dans les Pyrénées-Orientales, l’épidémie flambe, le préfet tente de freiner le désir de fête par de nouveaux arrêtés
Face à une explosion des contaminations, le préfet a publié trois arrêtés, à la mi-juillet, concernant l’obligation du port du masque, l’interdiction de la consommation d’alcool sur la voie publique et la fermeture à 23 heures des bars et restaurants.
Par Rémi Barroux(Perpignan, envoyé spécial)
Publié aujourd’hui à 04h51, mis à jour à 16h12
Temps de Lecture 6 min.

Le panonceau attire l’œil : « Autotestez-vous ». Ici, on ne traque pas le virus, mais l’alcoolémie. Nous sommes dans la « rue de la soif », à Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales), officiellement boulevard Cassanyes, bien renommé puisque s’y succèdent sans fin restaurants, bars à vins, à bières, à cocktails… Et que, ce jeudi 22 juillet, des centaines de clients s’y pressent, dans une chaude ambiance, verre contre verre, corps contre corps.
Il est 22 h 30 et l’affluence ne faiblit guère, même si, depuis quatre jours, un arrêté préfectoral ordonne la fermeture des bars et des restaurants à 23 heures. Ainsi que l’explique la jeune Valentine Paul, derrière son stand de l’association Route 66, qui propose de « venir souffler » pour connaître son alcoolémie, « le Covid n’est pas vraiment une priorité » dans cette ville d’un peu plus de 12 000 habitants, une population multipliée par dix durant la saison estivale. A l’instar du département, qui passe de 490 000 habitants à plus d’un million l’été.
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« C’est reparti très brutalement, en particulier chez les jeunes »
De quoi donner des sueurs froides aux autorités sanitaires et au préfet, qui constatent depuis plusieurs semaines une explosion du nombre de contaminations, le taux d’incidence étant de 450 pour 100 000 habitants au 22 juillet (99 au niveau national), atteignant surtout le chiffre faramineux de 1 691 chez les 20-29 ans, soit plus de six fois le taux national. « On était à peine sortis de la troisième vague que, début juillet, c’est reparti très brutalement, en particulier chez les jeunes. Et, maintenant, comme on pouvait s’y attendre, cela se communique aux autres tranches », explique le préfet du département, Etienne Stoskopf. Les chiffres en témoignent puisque le taux d’incidence a aussi été multiplié par 10 entre début juillet et le 19 juillet dans la tranche d’âge des 45-65 ans, ou encore chez les 30-45 ans.
Face à cette flambée, le préfet du département a donc publié trois arrêtés, à la mi-juillet, concernant l’obligation du port du masque « dans les lieux et les espaces publics, à l’exception des grands espaces naturels (plages, forêts…) », l’interdiction de la consommation d’alcool sur la voie publique et la fermeture à 23 heures des bars, restaurants, débits de boissons temporaires, épiceries de nuit et établissements de plage.
Idéalement installé sur l’interminable plage de sable blanc, le Naudo Beach Club, avec sa grande terrasse, ses parasols exotiques, a dû se plier à la règle. Jean-Thomas Naudo, qui a repris depuis trois ans l’affaire familiale, regrette la mesure. « Ici, les gens commencent à manger tard et, à 23 heures, beaucoup n’en sont qu’au dessert, alors leur demander de partir, c’est dur. On a dû abandonner le côté “nuit”, la musique le soir. On avait des soirées serré-serré et, pour cette raison, on avait mis en place le passe sanitaire depuis début juillet. C’est ce qu’ils auraient dû faire plutôt que de nous obliger à fermer », plaide le patron du NBC.


Attablées sous un parasol, Camille Mehler et Manon Lopez, 25 et 28 ans, saisonnières travaillant dans un centre de vacances voisin, profitent d’un moment de détente… et de quelques verres de muscat, « la boisson locale ». Elles ne comprennent pas non plus la mesure. « Les restos doivent fermer à 23 heures, mais on peut aller en boîte jusqu’à plus de 1 heure. Où est la cohérence ? », interrogent les deux jeunes femmes
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La fermeture à 23 heures pousse à migrer vers les plages
Sur la côte catalane, de Barcarès à Collioure, en passant par les stations balnéaires de Canet, Saint-Cyprien, Argelès-sur-Mer…, le constat est sans appel. Si la fermeture des restaurants et bars semble respectée – rares sont les patrons qui prennent le risque de se voir infliger une amende, voire une fermeture temporaire en pleine saison, alors qu’ils peuvent travailler jusqu’à 23 heures –, elles poussent bien les jeunes, notamment, à migrer vers les plages et les boîtes de nuit.

« J’ai constaté un relâchement des mesures barrières, par exemple le port du masque lors des feux d’artifice, alors j’ai décidé de mesures plus contraignantes, notamment en essayant d’écourter les soirées. Les bars et restaurants sont, par essence, des lieux où on enlève le masque et où la densité est forte », se défend le préfet.
Quand 23 heures sonnent à Argelès-sur-Mer, les employés des nombreux restaurants et cafés empilent précipitamment les chaises, rangent les tables et commencent à nettoyer salles et terrasses. Marc Badia, 65 ans, propriétaire de « cinq ou six » restaurants et de la discothèque Central Beach, surveille la manœuvre et montre du doigt la migration qui s’opère vers la plage. « A 23 heures, vous êtes obligé de virer tout le monde et les gens n’ont pas du tout envie d’aller se coucher. Tout le monde souffre de la mesure, même les boutiques de vêtements ou d’artisanat qui ont le droit de rester ouvertes mais voient le centre se vider », déplore celui qui est aussi vice-président des commerçants du centre-plage.

Ce jeudi soir, les autorités ont décidé de mener une opération de contrôle sur cette zone d’Argelès. Dès 23 h 30, une quinzaine de gendarmes patrouillent dans les ruelles et poussent jusqu’à la plage, où des dizaines de groupes sont installés.
L’arrivée des gendarmes, dans l’obscurité de cette nuit estivale, surprend. « On fait de la pédagogie, le but n’est pas de créer de la tension. On préfère leur dire qu’il vaut mieux vider une bouteille à 15 euros dans le sable que de payer une amende à 135 euros », avance le lieutenant-colonel Pascal Froment. L’objectif n’est donc pas de dresser des procès-verbaux, ni à ces jeunes consommateurs, vacanciers, saisonniers ou habitants, ni aux établissements qui auraient du retard à la fermeture. « On atteint les limites du système, de nombreux groupes sont à l’écart sur une plage qui fait plusieurs kilomètres et on n’a ni le temps ni la capacité de patrouiller pour vérifier qu’il n’y a pas d’alcool qui tourne dans tous ces groupes », confie le lieutenant-colonel.

Au même moment, au Central Beach, après le contrôle de leur passe sanitaire, deux cents personnes consomment et dansent collées. Les shots se succèdent aux sons assourdissants proposés par le DJ. Dans le vacarme, Xavière Peytair, 22 ans, étudiante en orthophonie à Mons (Belgique), s’énerve : « Ce faux couvre-feu est une honte, le coronavirus ne commence pas à 23 heures. » Pour Célia Martin, 22 ans aussi, étudiante en art à Biarritz, « la mesure est bidon, tout le monde attend d’aller en boîte, où le risque existe aussi ».
Plus tard, vers 5 heures du matin, les groupes de jeunes sont toujours là, sur la plage. Une jeune fille creuse frénétiquement le sable à la recherche d’une bouteille de vodka qu’elle avait enterrée en voyant les gendarmes. A ses côtés, Mindy Asençao, 20 ans, de Reims et étudiante à Montpellier, déplore la mesure, tout en concédant : « Il y a des points positifs pour freiner l’épidémie, mais négatifs quand on veut faire la fête. »

« Il y a une interaction avec nos voisins du Sud »
Pour le préfet, ce désir festif est la principale raison de l’intense circulation du virus. « Beaucoup vont sur la Costa Brava, de l’autre côté de la frontière, dans les discothèques. Il y a une interaction avec nos voisins du Sud. On l’a nettement vu avec la montée des taux d’incidence dix à quinze jours après la Catalogne », avance Etienne Stoskopf.
Alors, plus que la fermeture à 23 heures, les autorités misent sur la vaccination. Et ont décidé de la rapprocher des lieux de vacances, en ciblant campings et plages. Au camping le Dauphin, à Argelès – « la capitale européenne du camping », avec 13 000 emplacements –, Paul Bessoles, le directeur, a organisé une séance, vendredi matin, avec le centre de vaccination locale, transformant la salle d’activité. « On est là pour apporter une solution au plus près », explique-t-il. Ici, pas d’attente, comme dans les centres pris d’assaut depuis les annonces du chef de l’Etat du 12 juillet. « C’est une bonne opération, car les gens qui ne sont pas convaincus peuvent se faire vacciner sans bouleverser leurs vacances », ajoute Paul Bessoles.

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La veille, au Barcarès, sur l’un des parkings qui jouxte la plage, c’est une équipe du CHU de Toulouse, qui réalisait la même opération, avec l’agence régionale de santé. Les candidats au vaccin, pour la plupart, y avouent leur réticence. Fabienne Burlet, kinésithérapeute de 52 ans, se fait vacciner « contrainte ». « Ce qui n’est pas normal, c’est de voir les gens se frotter, s’embrasser, dans la rue de la soif par exemple, à côté d’ici », s’émeut celle dont le mari tient un restaurant qui doit fermer à 23 heures. « Cela n’a aucun sens, les gens sont plus inquiets des mesures de restriction que de la remontée de la circulation du virus. »Notre sélection d’articles sur le passe sanitaire
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