Passe sanitaire : débats électriques à l’Assemblée nationale
L’Assemblée nationale doit reprendre, jeudi, l’examen du projet de loi. Seule modification validée : le passe sanitaire ne sera demandé qu’aux plus de 12 ans pour les déplacements internationaux.
Le Monde avec AFPPublié hier à 05h15, mis à jour hier à 07h20
Temps de Lecture 3 min.

Encore 900 amendements, des oppositions qui ne lâchent rien, une majorité traversée de questionnements : l’Assemblée nationale doit reprendre, jeudi 22 juillet, l’examen du projet de loi étendant le passe sanitaire, après des premiers échanges souvent électriques jusque tard mercredi.
« Qu’on avance, de grâce », a plaidé à plusieurs reprises le ministre de la santé, Olivier Véran, alors que le projet de loi nécessite une adoption express d’ici à la fin du week-end face à la pression du variant Delta du Covid-19.
Sur le millier d’amendements déposés, une centaine seulement a été examinée dans la soirée. L’ordre du jour a été modifié pour que les débats reprennent toute la journée de jeudi, retardant la navette avec le Sénat.
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Entre invectives et rappels au règlement, la seule modification validée mercredi soir a été de préciser que le passe sanitaire pour les déplacements internationaux ne sera demandé qu’aux plus de 12 ans.
« Beaucoup n’y comprennent plus rien »
Dans un Hémicycle bien fourni, les oppositions ont soufflé le chaud et le froid, certains demandant d’aller plus loin dans les restrictions aux déplacements notamment, quand d’autres voulaient desserrer l’étau.
Vivement contesté par une frange de l’opinion, le projet de loi traduit les annonces du 12 juillet d’Emmanuel Macron, de l’obligation vaccinale pour les soignants au passe sanitaire (prouvant la vaccination complète, un test négatif récent ou l’immunisation) pour l’accès aux cafés, restaurants et trains à partir de début août.
Des amendements de suppression de l’article 1er – clé – ont été rejetés, tout comme de justesse des propositions, venues de tous les bords, de réduire la prolongation du régime de sortie de l’urgence sanitaire et ainsi permettre un nouveau rendez-vous au Parlement.
Les oppositions ont fustigé « des conditions consternantes [d’examen] pour un texte sensible ». « Prenez votre temps, le virus, lui, n’attendra pas », a ironisé le rapporteur La République en marche (LRM) Jean-Pierre Pont.
« Je n’aime pas l’outil passe sanitaire » mais « gouverner, c’est choisir », et « c’est ça le courage en politique, ce n’est pas de faire durer des débats », a taclé M. Véran, sous les accusations de manque de doses ou de contradictions sur les gestes barrières.
Mais les questions sont venues aussi de la majorité. « Aujourd’hui, les messages sont dévoyés et beaucoup n’y comprennent plus rien », a rapporté Christophe Blanchet (MoDem), en référence à l’idée que le passe pouvait faire tomber le masque.
Les anti-vaccins ciblés
La température a grimpé lors d’interventions de Martine Wonner, l’élue covidosceptique qui avait exhorté les manifestants contre le passe sanitaire, samedi à Paris, à « faire le siège des parlementaires ». Des défilés ont eu lieu encore mercredi dans plusieurs villes, dont à Paris, près du Palais Bourbon.
En ouverture, Olivier Véran avait ciblé les anti-vaccins avec férocité, alors que les contaminations au Covid-19 atteignaient 21 000 au cours des dernières vingt-quatre heures. « Les moutons ne sont pas ceux que l’on croit », a déclaré le ministre, qui a rendu hommage au « pays qui tient bon », à la majorité de Français qui « ne vocifèrent pas ».Suivre les chiffres de la pandémie en Francemis à jour le 22 juil.En moyenne, au 19 juillet, 10 361 personnes sont diagnostiquées positives chaque jour.Personnes testéesdont déclarées positivesCes dernières 24h, 11 personnes sont mortes du Covid-19 à l’hôpital.EhpadHôpitaux21 909 nouveaux cas ont été notifiés à Santé Publique France ces dernières 24 heures (soit 5 933 510 cas confirmés depuis mars)NaN décès ont été comptabilisés depuis mars (dont dans les Ehpad)+ 9 personnes en réanimation ces dernières 24h6 832 patients atteints du Covid-19 sont hospitalisés, dont 868 en réanimation.HospitalisésEn réanimationPour en savoir plus sur les chiffres
En commission, la nuit précédente, les députés ont déjà reporté à la fin septembre le passe sanitaire pour les 12-17 ans. Le gouvernement avait déjà exempté cette catégorie d’âge jusqu’au 30 août. L’obligation vaccinale étendue aux soignants, sapeurs-pompiers ou encore professionnels auprès des personnes âgées est largement soutenue, hors extrême droite et extrême gauche.
Désaccords sur l’extension du passe sanitaire
C’est sur l’extension du passe sanitaire que droite et gauche ont réservé leurs banderilles. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) vient de demander au Parlement de bien « circonscrire » le nouveau dispositif.
Les députés Les Républicains (LR) réclament de la « souplesse », avec des amendes réduites et une dérogation pour ceux qui ont reçu une première dose de vaccin – proposition rejetée, M. Véran indiquant qu’une seule dose entraîne une réduction du risque de seulement 30 %. Les socialistes rejettent le passe et préfèrent une « vaccination obligatoire » des majeurs contre le Covid-19 « d’ici au 1er octobre »
.La population française vaccinée
Part de la population de 16 ans et plus* ayant reçu au moins une dose au 21 juillet 2021.
Sur les 16 ans et +Sur la pop. totale
71,10 %+ 0,68 point depuis la veille
Au total, 38 599 797 personnes ont reçu au moins une dose d’un vaccin contre le Covid-19, et 31 857 094 personnes sont complètement vaccinées en France depuis le début de la campagne de vaccination, le 27 décembre 2020.
En séance, Marine Le Pen (Rassemblement national, RN) a ironisé sur les promesses du gouvernement il y a deux mois, qui, « sur tous les tons, avait dit qu’il n’étendrait pas le passe sanitaire aux activités du quotidien ». Communistes et « insoumis » s’orientent vers un vote global contre le projet de loi, rejetant des « atteintes » aux libertés individuelles.
Côté majorité, la plupart des réticences initiales vis-à-vis du passe ont été balayées par les annonces présidentielles et le déminage du gouvernement. Mais la question de l’isolement obligatoire pour les malades passe mal auprès de certains LRM et quelques frondeurs ont donné de la voix. Le gouvernement a par ailleurs promis des amendements pour éviter les pertes de revenus pour les travailleurs isolés en raison de leur contamination
Le Monde avec AFP
« Hôpital et Ehpad : les députés votent contre le pass sanitaire pour les patients et visiteurs »
Date de publication : 23 juillet 2021 Le Parisien et Libération
Le Parisien relève en effet que « l’Assemblée nationale a amendé le projet de loi portant sur l’extension du pass sanitaire.
Les visiteurs, comme les patients, pourront entrer dans un hôpital ou tout autre établissement de santé sans montrer de pass sanitaire ».
Le journal observe que « l’obligation d’avoir un pass sanitaire – vaccin ou test de moins de 48 heures pour accompagner, rendre visite à un proche [en établissement de santé] ou pour accéder à des soins programmés – contenue dans le projet de loi du gouvernement, a particulièrement agité les débats ».
Le journal indique qu’« en dehors des cas d’urgence, l’alinéa 11 du projet de loi prévoyait de restreindre cet accès, en obligeant les visiteurs à présenter leur schéma vaccinal complet ou un test négatif de moins de 48h ou d’une preuve d’une contamination de moins de 6 mois mais de plus de 11 jours ».
« Une obligation jugée liberticide par beaucoup de députés. […] La députée LFI Caroline Fiat, aide-soignante de profession, a évoqué les «derniers moments» des patients et la difficulté de demander aux familles des pass sanitaires […] pour venir à leur chevet », remarque Le Parisien. La députée a déclaré : « On saura protéger les patients ».
Le Parisien cite cet amendement, selon lequel « il n’est plus tolérable d’empêcher les personnes d’aller rendre visite à leurs proches. Le respect du port du masque et de la distanciation sociale permet de limiter fortement les risques de contaminations et nous semble amplement suffisant pour permettre la visite des proches et des familles ».
Le journal note ainsi que « les députés ont soutenu par 70 voix cet amendement contre le pass sanitaire, tandis que 67 s’y sont opposés (la majorité était fixée à 69). Le débat n’est cependant pas clos. Le projet de loi doit encore être examiné par le Sénat avant de revenir devant l’Assemblée nationale et d’être définitivement adopté ».
Libération remarque aussi que « l’Assemblée nationale a adopté ce vendredi en première lecture le nouveau projet de loi anti-Covid qui prévoit l’extension controversée du pass sanitaire et l’obligation vaccinale pour les soignants au bout d’une nuit blanche marquée par d’âpres débats ».
Le journal indique que le texte « est désormais entre les mains des sénateurs qui doivent l’examiner à partir de ce vendredi pour une adoption définitive que l’exécutif souhaite acter d’ici à la fin du week-end, face à la remontée en flèche de l’épidémie en raison de la propagation du variant Delta ».
Le quotidien relève notamment que « si l’obligation vaccinale étendue aux soignants, sapeurs-pompiers ou encore professionnels auprès des personnes âgées fait à peu près consensus, à quelques exceptions près, ce n’est pas le cas de l’extension du pass sanitaire (parcours vaccinal complet ou test récent), prévue pour début août dans les cafés-restaurants, objet de vives critiques ».
Libération ajoute que « le projet de loi prévoit en outre l’isolement obligatoire pour les malades. Le gouvernement a fait voter des amendements pour éviter les pertes de revenus pour les travailleurs isolés en raison de leur contamination ».
Le journal note enfin que « le gouvernement est revenu sur deux amendements votés au cours de l’examen du texte avec un nouveau vote qui a notamment remis l’obligation du pass sanitaire pour les patients non urgents ou les visiteurs dans les établissements de santé et maisons de retraite ».
Passe sanitaire : les députés contrarient le calendrier de Macron
Neuf cents amendements restaient à examiner par les députés, jeudi 22 juillet. Le gouvernement qui prévoyait une adoption du texte en fin de semaine pour une promulgation début août dénonce une « obstruction ».
Par Mariama Darame et Arthur Bijotat
Publié le 21 juillet à 09h14, mis à jour hier à 15h26
Temps de Lecture 6 min.

Crise de nerfs entre l’Assemblée nationale et l’exécutif sur le projet de loi de gestion de crise sanitaire. Près de 900 amendements devaient encore être examinés par les députés, jeudi 22 juillet, après une première séance en hémicycle jusqu’à minuit mercredi, sous le feu des critiques de l’opposition. Le texte décline les mesures de restrictions sanitaires annoncées, lundi 12 juillet, par Emmanuel Macron et vise à pousser les Français vers la vaccination notamment par l’élargissement du passe sanitaire à certaines activités de loisirs et de la vie quotidienne.
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Le gouvernement n’avait théoriquement laissé que quatre jours au Parlement pour débattre et voter ce neuvième texte de loi relatif à l’état d’urgence sanitaire. Dès l’ouverture de la séance à 15 heures, mercredi, l’atmosphère s’est tendue, les groupes d’oppositions de gauche comme de droite dénonçant les conditions« ubuesques » dans lesquelles le débat parlementaire se déroulait. « Quand, à 4 heures [du matin], on vote des amendements qui auront des conséquences pour des millions de Français, la qualité du débat est en cause ! » a vitupéré le député (La France insoumise) du Nord, Ugo Bernalicis, en référence aux douze heures d’examen du texte passées la veille en commission pour examiner plus de 600 amendements. « C’est l’urgence sanitaire qui impose d’examiner ce texte en urgence, a rétorqué la présidente de la commission des lois, Yäel Braun-Pivet (La République en marche, LRM). Selon moi, le travail parlementaire que nous effectuons est de qualité. »
Des manifestants devant l’Assemblée
A l’offensive, les socialistes favorables à la vaccination obligatoire ont déposé une motion de rejet préalable du texte. Celle-ci a été largement rejetée mais non moins discutée. Au même moment, plusieurs mobilisations anti-passe sanitaire et antivaccins réunissaient quelques centaines de personnes à Paris et Toulouse. L’Assemblée nationale était, pour sa part, soumise à un dispositif de sécurité important, des manifestants s’étant présentés à ses abords. Quelques heures avant la séance, le premier ministre, Jean Castex, avait tenté de clarifier les intentions du gouvernement. Invité du JT de 13 heures de TF1, le locataire de Matignon a annoncé que les responsables d’établissement recevant du public (ERP) devront contrôler les passes sanitaires mais ne pourront pas procéder à la « vérification de l’identité » de la personne qui le présente, cette prérogative étant réservée aux forces de l’ordre. M. Castex a également ajouté qu’il n’y aurait pas de passe sanitaire dans les établissements scolaires et que les personnes vaccinées n’auront plus à s’isoler si elles sont cas contacts.
Des annonces qui ont pris au dépourvu la majorité et conforté les oppositions dans leurs critiques sur le caractère illisible et inapplicable des mesures gouvernementales. « Aujourd’hui, les messages sont dévoyés et beaucoup n’y comprennent plus rien », a lancé le député de la majorité Christophe Blanchet (MoDem, Calvados) sur les règles fluctuantes concernant le port du masque. « C’est le degré maximum de l’absurde », s’est exclamé le député Les Républicains des Côtes-d’Armor Marc Le Fur en évoquant ces vérifications de passe sanitaire sans contrôle d’identité dans les ERP.
Gauche et droite avaient aussi fourbi leurs armes contre l’extension de cet outil aux bars, restaurants et centres commerciaux, une option pourtant fermement écartée par l’exécutif et la majorité à la fin de la troisième vague, début juin. « Devant de telles tergiversations, comment voulez-vous que les Français fassent confiance aux pouvoirs publics ? », a fait mine de s’interroger la socialiste Lamia El Aaraje tandis que la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, présente pour l’occasion, a souligné les « incohérences » de l’exécutif. « Vous installez une société de contrôle généralisé pour des mois, voire des années », a, quant à lui, dénoncé Eric Coquerel (La France insoumise). « Si nous ne mettons pas le passe sanitaire tout de suite, nous sommes certains que dans deux-trois semaines nous devrons prendre d’autres mesures » a prévenu le secrétaire d’état au numérique, Cédric O.

La date de sortie d’état d’urgence sanitaire fixée au 31 décembre 2021 dans le projet de loi, a une nouvelle fois été l’objet d’âpres discussions, l’Assemblée nationale souhaitant que le gouvernement revienne à la rentrée débattre de sa gestion de la crise sanitaire. Un amendement du groupe UDI portant la date de sortie d’état d’urgence au 31 octobre a été rejeté de peu, à 133 voix contre, 130 pour.
« On ne peut pas désinformer »
Bousculée, perturbée et même parfois sujette à des problèmes de mobilisation de ses troupes dans l’hémicycle, la majorité a plié face aux oppositions coalisées sans pour autant rompre la ligne étroite tracée par l’exécutif. Pour preuve, la seule modification validée au cours de cette séance houleuse concerne le passe sanitaire pour les déplacements internationaux, qui ne sera demandé qu’aux plus de 12 ans.
L’Assemblée était néanmoins chauffée à blanc quand la députée (non-inscrite) du Bas-Rhin, Martine Wonner, a pris la parole, quelques jours seulement après avoir conseillé aux manifestants d’un rassemblement contre la généralisation du passe sanitaire de « faire le siège des parlementaires » et d’« envahir leurs permanences pour dire que vous n’êtes pas d’accord ». Définitivement exclue lundi du groupe Libertés et Territoires auquel elle appartenait depuis septembre 2020, l’ex-membre de la majorité présidentielle a, de nouveau, provoqué la colère de ses collègues parlementaires en évoquant un courrier d’une certaine « Madame S. »atteinte d’un cancer qui, selon les dires de l’élue covidosceptique, ne pourrait pas accéder à l’hôpital public « pour réaliser ses examens médicaux » faute de passe sanitaire
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La réponse de Brigitte Bourguignon, ministre déléguée auprès d’Olivier Véran et chargée de l’autonomie, ne s’est pas fait attendre. « On ne peut pas désinformer au sein même de cet hémicycle », a-t-elle cinglé. « En cas de soins programmés à l’avance, la personne a le temps de faire un test pour protéger les autres si elle a des conditions non remplies pour être vaccinée », a ajouté l’ancienne députée du Pas-de-Calais. Avant de conclure, sous une ovation de tous les bancs de l’hémicycle : « En cas d’urgence, il n’y a évidemment pas besoin de passe sanitaire ! »
Une atteinte « particulièrement forte » aux libertés
Tandis que l’épidémie de Covid-19 flambe − « plus de 21 000 cas positifs dans l’Hexagone », selon les chiffres communiqués par le ministre de la santé au Palais-Bourbon − et que le variant Delta est désormais majoritaire, ces débats parlementaires retardent le calendrier initialement prévu par l’exécutif. Au grand dam du gouvernement qui prévoyait une adoption du texte en fin de semaine pour une promulgation début août. « Utiliser vingt minutes pour défendre dix amendements similaires, c’est de l’obstruction », a protesté M. Véran, provoquant les applaudissements de la majorité. « Le courage en politique, ce n’est pas de faire durer des débats », a-t-il ensuite poursuivi.
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D’autant que les oppositions ne sont pas les seules à émettre des réserves vis-à-vis de ce projet de loi sanitaire, sur le fond comme sur la forme. Dans un avis publié mardi 20 juillet, la Défenseure des droits, Claire Hédon, a regretté « vivement » l’utilisation de la procédure législative accélérée en raison « de l’ampleur des atteintes aux droits et libertés fondamentales prévues » par le texte, mettant en avant dix « points d’alerte » comme les restrictions d’accès aux transports publics et aux biens et services, « le choix d’octroyer à des entreprises publiques et privées une forme de pouvoir de police », ou encore l’extension des mesures d’isolement pour les individus positifs.
Un sentiment partagé par la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Lors d’une audition par la commission des lois du Sénat, mercredi, sa présidente, Marie-Laure Denis, a estimé que l’instauration du passe sanitaire restait une atteinte « particulièrement forte » aux libertés qui « ne peut être admise que si l’Etat peut démontrer le surplus d’efficacité qu’apporte le passe sanitaire ».
Il reste donc au gouvernement à convaincre les députés de l’intérêt de sa stratégie sanitaire avant de réitérer l’exercice au Sénat, en tentant de ne pas trop retarder les plans de l’exécutif. « Prenez votre temps, le virus, lui, n’attendra pas », a ironisé le rapporteur (LRM) de la loi, Jean-Pierre Pont
Mariama Darame et Arthur Bijotat
Covid-19 : les exclus involontaires du passe sanitaire
Pour d’anciens malades, des femmes enceintes, ou encore des personnes allergiques à certains composants, obtenir le sésame pour une vie normale peut être difficile, voire impossible.
Par Rémi BarrouxPublié hier à 10h59, mis à jour hier à 19h53
Temps de Lecture 4 min.
Il y a ceux qui s’excluent volontairement de la vaccination, et ceux qui voudraient être vaccinés mais ne peuvent pas. Victimes de situations parfois ubuesques, d’incompatibilités réelles ou supposées avec le vaccin, et qui ne peuvent avoir accès au sésame pour une vie normale qu’est devenu le passe sanitaire.
Pour se rendre à la Comédie-Française, comme elle le souhaitait, ou partir en Grèce, comme prévu début août, Anne de Mondenard devra présenter son passe… qu’elle n’a pu encore obtenir. Cette salariée du secteur culturel, âgée de 56 ans, a été testée positive le 8 mars. Le 1er juin, une sérologie atteste de l’infection au SARS-CoV-2, avec une présence massive d’anticorps. Son médecin lui recommande alors d’attendre début septembre pour se faire vacciner.
« J’ai appelé le laboratoire qui avait fait le test en mars afin qu’il transmette le résultat sur le portail dédié Sidep, mais on m’a expliqué que cela ne marchait pas. Puis je reçois un texto me disant que, comme mon infection remontait à plus de quatre-vingt-dix jours, le délai a expiré [pour obtenir le passe]. J’ai tout essayé, je suis fatiguée », raconte Mme de Mondenard qui, étant fonctionnaire, n’a pas accès au portail de l’Assurance-maladie Ameli et dépend de la Mutuelle générale de l’éducation nationale… qui la renvoie à son médecin.
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« Risque de surréaction »
Un scénario fréquent pour les Covid anciens. Benoît Anne, 26 ans, a été infecté en février. Etudiant dans une école d’ingénieurs dans la construction, ce sportif souffre encore de forts maux de tête, de fatigue et de légères pertes de mémoire. « Un médecin m’a recommandé d’attendre six mois, car le vaccin pourrait relancer des symptômes aigus. J’ai vu sept médecins qui m’ont tous dit des choses différentes », explique-t-il. M. Anne essaye de récupérer son QR code, mais le portail Sidep lui explique que son « test est expiré ». « Pour les vacances, c’est râpé, je devais aller au Portugal, mais j’ai annulé. »
« Je suis harcelé par des gens qui me demandent ce qu’ils doivent faire, une, deux, zéro dose ? » pointe le professeur Jean-Daniel Lelièvre, immunologiste
Antonin Gaucher, 26 ans, a lui eu le Covid-19 en mars. Scénario identique, il souffre de maux de tête et quand il fait du sport il est vite épuisé. On lui recommande de patienter pour le vaccin, car « risque de surréaction ». Il attendra septembre, restera en France cet été, mais n’arrive pas non plus à récupérer un passe sanitaire.
De nombreux anciens malades, infectés en 2020, naviguent entre des avis divergents sur la nécessité de recevoir une ou deux doses, l’infection étant ancienne, et ne savent plus à quelle règle se vouer. « Le gouvernement s’est orienté vers une obligation vaccinale sans nécessairement tenir compte de tous ces aspects. Je suis harcelé par des gens qui me demandent ce qu’ils doivent faire, une, deux, zéro dose ? Je rappelle la règle : deux doses pour ceux qui n’ont pas été touchés, une injection pour les Covid de plus de six mois et aucune pour les moins de six mois », résume le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef du service immunologie et maladies infectieuses à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil et membre de la Haute Autorité de santé.
Tests à répétition
Interrogée, la direction générale de la santé (DGS) précise le cadre pour ceux qui ont été infectés avant le 19 avril, date à laquelle le QR code, récupérable sur le portail Sidep, a été mis en place. « Conformément à la loi, les données relatives aux tests sont conservées dans le système d’information Sidep pendant une durée maximale de trois mois à compter de leur collecte, puis, au-delà de ce délai, sont effacées. Un “rattrapage” via le renvoi de SMS/mail aux patients testés positifs entre le 28 mars et le 20 avril a été réalisé afin de récupérer une preuve de test positif, au format européen », explique-t-on à la DGS.
De fait, les patients ne peuvent pas récupérer de test positif émis avant le 28 mars 2021, comme preuve de rétablissement ouvrant l’accès au passe sanitaire. « Pour les personnes n’étant pas dans ce calendrier, il est nécessaire soit d’avoir un schéma vaccinal complet, soit d’effectuer un test sérologique qui atteste de l’infection passée, qui permettra au médecin d’orienter vers une dose de vaccin, soit de se faire dépister pour obtenir une preuve de test négatif », précise encore la DGS(ce qui suppose dans le dernier cas d’effectuer des tests à répétition).
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Autre casse-tête, le cas de femmes enceintes à qui leur gynécologue a conseillé d’attendre le deuxième trimestre de grossesse. « J’avais pris mes rendez-vous pour les deux vaccins, mais mon gynécologue m’a recommandé de les annuler, par mesure de précaution, car enceinte de sept semaines. Mes vacances vont être plus compliquées, ainsi que la reprise du travail en septembre, car je ne me vois pas faire un test toutes les quarante-huit heures », raconte une femme souhaitant rester anonyme.
« Clarifications » à venir
Le ministre de la santé, Olivier Véran, a annoncé, mardi 20 juillet, « en accord avec les autorités scientifiques », que les femmes enceintes pouvaient se faire vacciner dès le premier trimestre de grossesse. « Des femmes ont été vaccinées sans savoir qu’elles étaient enceintes et la recommandation dans ce cas est de poursuivre le schéma vaccinal. Il est, de ce fait, proposé que la vaccination pour les femmes enceintes qui le souhaiteraient soit possible au cours du premier trimestre de la grossesse », précise le conseil d’orientation de la stratégie vaccinale.
D’autres enfin connaissent des contre-indications au vaccin à ARN messager. Cela concernerait, potentiellement, quelques centaines de Français, avance-t-on à la DGS. Trois cas ont été recensés : le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique, dit « syndrome PIMS », qui touche certains enfants et adolescents à la suite d’une infection par le coronavirus ; les réactions type myocardite, péricardite et hépatite sévère ayant nécessité une hospitalisation à la suite d’une première injection de vaccin ; et les personnes allergiques au polyéthylène glycol, l’un des composants du vaccin. Pour eux, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a annoncé, lundi 19 juillet, sur Franceinfo, des « clarifications » à venir, sans donner de délai.