Covid-19 : les Hôpitaux de Paris ferment un service d’urgences pour ouvrir des lits de réanimation
Les urgences de l’Hôtel-Dieu sont temporairement mises à l’arrêt pour ouvrir des lits de soins critiques dans un établissement voisin.
Par Le Figaro avec AFPPublié le 03/11/2020 à 18:05, mis à jour le 10/11/2020 à 16:33
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Les dirigeants de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont indiqué mardi 3 novembre avoir décidé un «arrêt temporaire» des urgences de l’Hôtel-Dieu pour ouvrir des lits de soins critiques dans un établissement voisin.
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Cette fermeture «va nous permettre de redéployer des professionnels qui sont compétents dans les secteurs de soins critiques», a expliqué lors d’une conférence de presse le Pr Alain Cariou, directeur médical de crise du groupement Centre-Université de Paris, qui chapeaute 8 établissements de l’AP-HP.
«Une quinzaine d’infirmiers spécialisés et 18 aides-soignantes» vont ainsi renforcer les équipes de réanimation de l’hôpital Cochin, ce qui sera «nécessaire pendant la durée du pic épidémique», a-t-il ajouté. «On en a discuté avec l’équipe des urgences de l’Hôtel-Dieu et tout le monde a convenu que l’importance de ce renfort justifiait pleinement ce redéploiement», a-t-il affirmé.https://player.ausha.co/index.html?podcastId=oa971cZaO4Qk&display=horizontal&color=72238e&v=2&rel=twitter
Une décision condamnée par la CGT et des élus
La CGT de l’Hôtel-Dieu y voit pourtant un «contresens» et souligne dans un communiqué que l’établissement dispose «de locaux vides ayant la capacité d’intégrer une activité ambulatoire» et pourrait servir de «relais Covid-19 pour les examens rapides».
Les sénateurs communistes Pierre Laurent et Laurence Cohen ont pour leur part dénoncé une «décision aberrante» et annoncé qu’ils se rendraient sur place vendredi «pour constater le nombre de chambres et locaux disponibles et non utilisés». La conseillère de Paris (LFI) Danielle Simonnet a également conspué «un non-sens sanitaire alors qu’on va atteindre le pic de saturation des hôpitaux franciliens» et que l’Hôtel-Dieu pourrait selon elle «délester les autres services d’urgence surchargés».
Des réactions balayées par le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, qui a comme au printemps pointé l’inadaptation du plus vieil hôpital parisien aux normes exigées en soins critiques. «Ouvrir par miracle des lits de réanimation dans des locaux qui ne sont pas prévus pour ça, il n’y a pas un seul réanimateur (…) qui pense que ça sauverait un seul malade», a-t-il asséné.
Le patron des Hôpitaux de Paris a aussi précisé que «tous les services d’urgences voient leur activité diminuer en ce moment» et que «celui de l’Hôtel-Dieu a, en période normale, le plus petit nombre de passages». «On pourrait nous traiter de criminels si on laissait des personnels dans un service d’urgences avec peu de passages et qu’on n’ouvrait pas des lits en soins critiques», a-t-il insisté.
Covid-19 : à l’hôpital, les premiers signaux de la quatrième vague
Les services d’urgence ont vu croître de 79 % les passages pour suspicion de Covid-19 en une semaine, selon Santé publique France.
Par Delphine Roucaute et Camille StromboniPublié aujourd’hui à 21h17
Temps de Lecture 3 min.

La quatrième vague se déploie de plus en plus nettement en France. La hausse exponentielle des contaminations au SARS-CoV-2 observée depuis trois semaines se confirme avec une augmentation de 143 % des contaminations sur sept jours, selon le bulletin épidémiologique du 22 juillet de Santé publique France. Le taux d’incidence national est désormais de 108 nouveaux cas pour 100 000 habitants en une semaine, soit plus du double du seuil d’alerte.
Ce rebond, qui a commencé dans les rangs des 20-29 ans, s’étend désormais à toutes les classes d’âge, avec de premières répercussions sur l’hôpital. Pour la première fois depuis quinze semaines, on constate une franche augmentation du taux d’hospitalisation (+ 55 % la semaine du 12 au 18 juillet, par rapport à la précédente) et du nombre de patients admis en services de soins critiques (+ 35 %).
Rythme de progression inquiétant
Si la tension sur les services hospitaliers apparaît encore limitée, loin de l’engorgement des précédentes vagues, le rythme de progression provoque néanmoins l’inquiétude. « Au vu de la contagiosité du variant Delta, les couvertures vaccinales des populations âgées et fragiles sont encore clairement insuffisantes pour qu’on puisse être assuré que l’impact sur le système de santé ne va pas être, dans les semaines à venir, conséquent », a averti Laëtitia Huiart, directrice scientifique de l’agence nationale de santé publique, lors d’une conférence de presse le 23 juillet.https://www.youtube.com/embed/UtOH96ynTcI?autoplay=0&enablejsapi=1&origin=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr&widgetid=1
La campagne vaccinale progresse à un rythme soutenu depuis l’annonce de l’extension du passe sanitaire, mais plus de cinq millions de personnes souffrant d’au moins une pathologie ne sont pas encore vaccinées contre le Covid-19, a fait savoir jeudi l’Assurance-maladie. Autant de personnes plus à risque de développer des formes graves de la maladie si elles rencontraient le virus. Encore un million de personnes de plus de 75 ans et un peu plus d’un million de personnes entre 65 et 74 ans n’ont pas eu non plus d’injection.
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Dans ce contexte, le « contact tracing » est rendu compliqué par la multiplication des contaminations. Avec un phénomène inquiétant : les données recueillies par Santé publique France suggèrent « qu’une proportion croissante des personnes contacts à risque n’était pas identifiée ». Deux hypothèses sont émises pour l’expliquer : dans les bars, qui sont les lieux parmi les plus cités par les personnes contaminées, se croisent beaucoup d’inconnus dont l’identification est quasi impossible. Par ailleurs, les personnes malades jointes par l’Assurance-maladie sont plus réticentes à communiquer leur liste de contacts.
L’Assurance-maladie a par ailleurs fait savoir que le « rétro-tracing », c’est-à-dire la recherche de cas contacts de manière rétrospective et qui a montré de bons résultats ces derniers mois, serait suspendu dans les territoires où l’incidence dépasse les 200 cas pour 100 000 habitants. C’est déjà le cas dans huit départements de métropole, tous situés sur les côtes atlantique ou méditerranéenne, et deux d’outre-mer.
Dans les Pyrénées-Orientales, où le taux d’incidence explose (449), beaucoup de cas positifs ont été enregistrés en provenance d’Espagne. « Pour l’ensemble des zones littorales, on peut faire l’hypothèse que des personnes ont pu arriver en villégiature et ont commencé à transmettre le virus avec une diffusion qui se produit désormais auprès des populations résidentes locales », explique-t-on à Santé publique France.
« Aucun n’est vacciné »
A l’hôpital, on voit apparaître de premiers signaux d’alerte. « En terme d’hospitalisation, la situation reste encore calme, cela augmente peu, assure François-René Pruvot, à la tête de la conférence des présidents de commission médicale d’établissement (CME) des CHU. Le vrai bruit de fond, il est aujourd’hui sur les urgences, c’est-à-dire le passage dans les services d’urgences et les appels au Samu, pour suspicion de Covid. » Selon Santé publique France, ces passages ont crû de 79 % sur une semaine.
A l’Ouest de l’Occitanie, Vincent Bounes, patron du SAMU 31, l’observe depuis plusieurs jours déjà. « Nous avons beaucoup plus d’appels pour des symptômes Covid, venant de patients plus jeunes, pour beaucoup non-vaccinés, décrit l’urgentiste. On est revenu à peu près au rythme du début de la deuxième vague, sauf que ça monte très vite d’un jour à l’autre. » Et à la différence des précédents rebonds épidémiques, outre la fatigue accumulée des soignants, la période estivale est celle d’un fonctionnement en sous-régime des établissements de santé, avec les congés des personnels.
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En réanimation, on voit déjà un « frémissement » dans certains services, comme à l’hôpital Avicenne à Bobigny. « Nous fermons des lits pour que les personnels puissent partir en vacances, rappelle le réanimateur Stéphane Gaudry, chez qui 16 lits de soins critiques sont ouverts, contre 24 en temps normal. Mais depuis quelques jours, nous avons régulièrement des admissions de patients Covid, ils sont cinq dans nos lits désormais, avec un profil plus jeune, entre 35 et 50 ans, et un point commun, aucun n’est vacciné. » En raison du décalage entre contamination, hospitalisation, et entrée en réanimation, le médecin sait bien que « cela va continuer à augmenter ».